Altesse et bassesse

Les temps de la soi-disant « Mère Patrie » appartiennent au passé, maintenant ses peuples ne sont les sujets de personne, ils sont protagonistes et participatifs, beaucoup d’entre eux avec des désirs de coexistence et de fraternité, pour une Amérique latine unie et indépendante.

Votre Altesse est le terme protocolaire pour s’adresser à un roi, pour sa haute investiture. La bassesse est celle de la chaise d’un invité restant assis à un acte officiel, lorsque le protocole dicte de se lever.

Lors de son investiture à la présidence de la Colombie, Gustavo Petro, en signe de souveraineté de son pays et en hommage au Libérateur Simón Bolívar, a présenté son épée libertaire.

Tous les invités étrangers sur la tribune officielle se sont levés pour applaudir, à l’exception du roi d’Espagne, Felipe VI, qui est resté assis, les mains croisées.

Les critiques ne se sont pas fait attendre, son attitude a été interprétée comme de l’arrogance, bien que nous ne sachions pas si le roi a présenté des explications ou des excuses.

Quiconque peut se demander ce qui l’a vraiment motivé : fatigue ou simple maladresse diplomatique ? Une frayeur quand il a vu l’épée et a préféré rester assis au cas où il s’évanouirait ? La rage d’un roi qui, en tant que Capitaine Général de ses forces armées, a perçu que l’épée symbolisait les défaites de ses armées conquérantes du passé, non seulement en Colombie, mais aussi au Venezuela, en Bolivie, au Pérou et en Équateur ? Dans une Colombie qui depuis deux siècles n’est plus la Vice-royauté de la Nouvelle-Grenade, ni une colonie de l’Empire espagnol, cette épée lui a-t-elle rappelé que s’il est roi, c’est uniquement de la petite péninsule ibérique ?

Que Son Altesse n’ait pas présenté d’explication publique peut avoir une autre motivation : son paternel prédécesseur, le roi Juan Carlos Ier, lui a-t-il recommandé de se taire pour éviter un « Pourquoi tu ne te tais pas ? », son interpellation intempestive historique, lorsqu’il a essayé, sans succès, d’empêcher le président Hugo Chávez d’exprimer son opinion au sujet d’un ancien Premier ministre espagnol, José María Aznar ?

Roi d’espagne à Chavéz: « Pourquoi ne te tais-tu pas ? »

Face à l’épée de Bolívar, il est dommage que Sa Majesté ne se soit pas inspiré d’un noble épisode des guerres d’indépendance hispano-américaines, lorsque le Vice-roi du Pérou, l’Espagnol José de La Serna, prisonnier et blessé à la bataille d’Ayacucho, se présenta au maréchal vénézuélien Antonio José de Sucre pour lui remettre son sabre en disant « Gloire au vainqueur ! » : le maréchal le salua militairement, refusa l’arme et lui répondit « Honneur au vaincu ! »

Gloire au vainqueur ! » , « Honneur au vaincu ! »

Honneur à Son Altesse pour avoir daigné participer à l’investiture du président Gustavo Petro. Espérons que cela lui a permis de réaliser que son invitation était un message pour des relations pacifiques et que l’épée du Libérateur n’a fait que ratifier, que presque tous les pays d’Amérique latine sont désormais des nations libres et souveraines.

Les temps de la soi-disant « Mère Patrie » appartiennent au passé, maintenant ses peuples ne sont les sujets de personne, ils sont protagonistes et participatifs, beaucoup d’entre eux avec des désirs de coexistence et de fraternité, pour une Amérique latine unie et indépendante.

Jean Araud pour La Pluma, 21 septembre 2022

Alteza y bajeza  Pag. 13 ​Le Courrier de l’Orénoque Caracas le 19 août 2022​​​​​​

Español: Alteza y bajeza

Édité par María Piedad Ossaba