Alessandro Ghebreigziabiher: Coupe du Monde de l’Eau

Apparemment, cette montagne d’eau qui aiderait à prolonger la vie de millions d’êtres humains, pour la plupart des femmes et des enfants, servira à rafraîchir un autre type de camps. 10 000 litres d’eau par jour pour 140 terrains de football en vue des matches officiels de la prochaine Coupe du monde au Qatar et autant pour les 130 autres dédiés aux entraînements.

Ça ne va pas tarder, les amis. Résistez, je vous en prie.

Dans un peu plus d’un mois, le grand spectacle commencera.

Mais qui aurait dit que ce serait l’occasion de faire quelque chose de juste, de solidaire, en un mot, d’humain ?

Apparemment, malgré l’impact environnemental considérable et les coûts exorbitants, la fin justifiera peut-être pour une fois les moyens.

Parce que, oyez oyez, dès le début du tournoi, pendant environ trois semaines, 140 camps recevront au moins 10 000 litres d’eau par jour.

De l’eau douce, d’accord ? Préalablement dessalée, avec tous les efforts économiques et industriels appropriés, en plus de ceux environnementaux, comme déjà mentionné. Mais c’est l’occasion de fermer un œil, car c’est la survie de nos semblables les plus en difficulté qui est en jeu.

Maintenant, je ne les ai pas tous comptés, mais 140 camps, c’est un nombre important, peuchère, et 10 000 litres d’eau à boire par jour représentent une véritable manne du ciel, ou plutôt de la mer.

Je pense évidemment aux camps qui comptent le plus grand nombre d’habitants, comme celui de Bidi Bidi, en Ouganda, avec ses 270 000 réfugiés fuyant la guerre civile au Soudan du Sud, et celui de Kutupalong, au Bangladesh, qui accueille des réfugiés Rohingyas, et concurrence le précédent quant à la triste primauté de présences.

Une goutte « est plus nécessaire que jamais ».

Dix mille litres d’eau par jour seraient une bénédiction incroyable, là où même une seule gorgée est capable d’influer sur les chances de survie du lendemain.

Mais la liste est longue et c’est vraiment bien de pouvoir annoncer cette magnifique nouvelle.

J’imagine la joie dans les autres camps africains, comme bien sûr celui de Dadaab, au Kenya, pour la plupart habité par des réfugiés somaliens à cause aussi cette fois d’une maudite guerre « civile », même si la raison pour laquelle nous nous obstinons à l’appeler ainsi m’échappe. Qu’y a-t-il de civil à exterminer des générations entières ? Bof…

Bien sûr, nous savons tous d’où vient une part essentielle des responsabilités de ces tragédies et ce ne sont certainement pas des trucs locaux, ou du moins nous devrions le savoir.

Quoiqu’il en soit, ce n’est pas le moment des condamnations, mais celui des applaudissements et des remerciements. Quand les riches du sport et du pétrole s’unissent pour faire quelque chose de bien, il faut le reconnaître, point barre.

Qu’y a-t-il de plus beau que l’eau ? Les réfugiés syriens dans le camp de réfugiés de Zaatari, en Jordanie, et les citoyens migrants dans celui de Traiskirchen, en Autriche, les réfugiés tamouls dans le camp de Mandapam, en Inde, ou encore les réfugiés soudanais dans le camp de Pugnido, l’un des nombreux camps en Éthiopie, le savent mieux que chacun d’entre nous, dans un ordre désespéré plus que dispersé.

Mais, comme je l’ai rappelé, la liste est vraiment impressionnante entre l’Afrique, l’Asie et en particulier le Moyen-Orient, des camps au Pakistan à ceux au Burundi, en Algérie et en Thaïlande, au Yémen et au Rwanda.

Un véritable championnat du monde entre des communautés qui font équipe à chaque instant, un corps unique entre ceux qui ont besoin d’aide et ceux qui traversent la frontière ou le monde entier pour donner un coup de main.

Un tableau de défis contre la soif et même la faim dont les joueurs et leurs actions les plus courageuses devraient tous nous passionner, d’autant plus que le résultat favorable est la victoire appelée survie.

Eh bien, ils ne représentent pas la solution à tous les problèmes et n’offrent certainement pas de garanties absolues pour le succès final, mais avec 10 000 litres d’eau, vous aidez à gagner un peu tout le monde, et n’est-ce pas la signification la plus noble du sport ?

Je vous demande pardon, mais je me suis laissé emporter par l’enthousiasme.

Ou l’excès de confiance, à vous de voir, mais j’ai mal compris comment cela m’arrive parfois, avec l’âge qui avance. Apparemment, cette montagne d’eau qui aiderait à prolonger la vie de millions d’êtres humains, pour la plupart des femmes et des enfants, servira à rafraîchir un autre type de camps.

10 000 litres d’eau par jour pour 140 terrains de football en vue des matches officiels de la prochaine Coupe du monde au Qatar et autant pour les 130 autres dédiés aux entraînements.

Je vous laisse les multiplications, les sommes dues et les inévitables soustractions…

Alessandro Ghebreigziabiher

Original:  Alessandro Ghebreigziabiher, Storie e Notizie N° 2067, 7/10/2022

Traduit par Fausto Giudice

Edité par María Piedad Ossaba

Source: Tlaxcala, le 9 octobre 2022

Traductions disponibles: Español, English, Deutsch