Anthony Bellanger, Secrétaire de la FIJ: « La sécurité des journalistes reste l’un de nos principaux défis ». À la veille du 31e Congrès mondial à Oman

e sera au prochain Comité exécutif d’organiser tout cela et de définir le lieu de ce Centenaire en 2026 et surtout de son programme, qui restera comme un grand moment pour nous tous.

Du 31 mai au 3 juin, des centaines de représentant-e-s de syndicats et d’associations de journalistes du monde entier se réuniront à Mascate, la capitale d’Oman, pour le 31e congrès de la Fédération internationale des journalistes.

La FIJ, qui se décrit comme « la voix mondiale des journalistes », regroupe 187 syndicats, associations et fédérations (de 140 pays) avec plus de 600 000 membres. Il s’agit de la plus grande organisation de travailleurs de l’information au monde. Une quarantaine de motions, d’assemblées, de débats et d’échanges composent le programme du Congrès, qui se déroulera cette fois dans le contexte complexe du conflit russo-ukrainien et sur fond dramatique de 25 journalistes assassiné-e-s, au cours des cinq premiers mois de cette année, dans différentes régions du monde.

Q : Comme vous l’exprimez dans le rapport pour le Congrès d’Oman, les journalistes, la FIJ, la planète Terre, clôturent une période (les quatre dernières années) marquée par ce qui fut peut-être la crise mondiale contemporaine la plus traumatisante. Rétrospectivement, quelle réflexion fondamentale en tirez-vous quant à l’exercice du journalisme durant toute cette période ?

La FIJ lutte pour la défense de l’information comme bien public. Photo-ONU

Anthony Bellanger : Lorsque j’observe les trois dernières années, depuis notre congrès de Tunis (2019), je constate que la FIJ, une fois encore, a permis à ses affilié-e-s de bien se défendre pendant la pandémie en proposant la Plateforme mondiale pour un journalisme de qualité, qui est une sorte de boîte à outils pour sortir de la crise, par des propositions économiques essentiellement.

Bien entendu, je n’oublie pas les nombreux/ses journalistes qui ont perdu leur emploi car beaucoup de médias ont fermé lors de la crise économique qui a suivi la pandémie et l’arrêt généralisé de toute la planète ou presque.

Je peux confirmer que c’est la pire crise que la FIJ ait eu à gérer depuis la Seconde Guerre mondiale.

Q : Des centaines de délégué-e-s du monde entier pourront se rencontrer en personne dans quelques jours à Oman pour participer au 31e congrès de la FIJ. Quels sont les principaux défis/attentes du secrétariat de la FIJ pour cet événement ?

Les crimes contre les journalistes ne doivent pas rester impunis.Photo-UNESCO

AB : Pour la première fois en 100 ans, la FIJ organisera un congrès mondial au Moyen Orient. La grande question qui sera débattue, outre les motions ordinaires, sera la sécurité et la protection des journalistes et des travailleurs/ses des médias, après la publication de la Convention de la FIJ destinée aux Nations Unies. Trop de meurtres demeurent impunis – 9 sur 10 – et l’ONU doit maintenant prendre ses responsabilités. Nous recevrons d’ailleurs à Mascate, Oman, des familles de victimes, issues des cinq régions du monde, qui parleront de leur calvaire : ne pas savoir qui a assassiné leur proche, sans espoir de justice.

La violence ne fait pas partie du travail

Q : Ce Congrès se réunira dans le contexte d’une nouvelle crise mondiale, en l’occurrence pendant le conflit Russie-Ukraine. Dans quelle mesure pensez-vous que la FIJ, en tant qu’organisation mondiale, pourra parvenir à des consensus dans une situation géopolitique aussi complexe ?

AB : Oui, la situation géopolitique est complexe, mais ce n’est pas nouveau pour nous. La FIJ, en tant qu’organisation mondiale, a finalement les mêmes problèmes que les Nations Unies. Notre mot d’ordre reste le même : le journalisme et l’information de qualité doivent demeurer des biens publics. Quels que soient les drapeaux, les systèmes politiques ou les liens diplomatiques.

Je continue à aller partout et tout le temps pour que la lumière de l’information reste allumée sur notre planète.

Q : Si l’on analyse le rapport de la FIJ pour ces quatre dernières années, il y a trois éléments annexés qui semblent essentiels dans cette étape de construction de nouveaux paradigmes/références pour le journalisme mondial. Je pense à la Charte éthique mondiale des journalistes, approuvée lors du précédent congrès à Tunis en 2019 ; à la prise de position du Comité exécutif de juillet 2020 sur le harcèlement sexuel et à la Plateforme mondiale pour un journalisme de qualité développée pendant la pandémie. Quel a été l’impact de ces piliers de réflexion et de référence ?

AB : Ces documents, une fois adoptés par nos instances internationales, sont devenus de facto des références pour l’ensemble des rédactions et des journalistes dans le monde. Ils servent avant tout à nos consœurs et confrères sur le terrain et je sais que nombre d’entre eux les utilisent quand il n’existe pas de Charte d’éthique dans leur pays ou que la question du harcèlement est vue différemment par d’autres pays et cultures. Si la FIJ l’écrit, le publie et le fait savoir partout dans le monde, cela permet à nos syndicats de s’en emparer et de le défendre sur le terrain.

Q : Quels sont les grands thèmes d’avenir, pour les quatre prochaines années, sur lesquels la FIJ devrait travailler, afin de produire un cadre de référence paradigmatique pour la profession ?

AB : On parle toujours de l’avenir du journalisme car c’est toujours une vraie question depuis plusieurs décennies. Même si l’avenir n’est pas toujours réjouissant, en tant que journaliste, on ne joue pas le rôle de « voyants » et on se contente de travailler sur le terrain syndical et aussi celui de la sécurité et de la protection des journalistes. Nos discussions à l’ONU devraient nous prendre énormément de temps et d’énergie ces prochaines années. Mais il en va de la mémoire de nos consœurs et confrères assassiné-e-s et de la protection de celles et ceux qui sont menacé-e-s tous les jours.

Le défi complexe d’informer dans les zones de guerre. Photo-FIIP

Q : Si j’analyse les motions que les syndicats de la FIJ présenteront à Oman, sur quelque 35, près de la moitié d’entre elles font référence à la sécurité, à la persécution des journalistes, à des scandales tels que Pegasus… Y a-t-il un défi en suspens pour la FIJ à cet égard, dans un monde où la liberté de la presse semble être de plus en plus menacée par des mécanismes répressifs, la criminalisation de l’activité journalistique et les tendances monopolistiques de la concentration des médias ?

AB : Il s’agit d’un aspect essentiel de tout notre travail en tant fédération.

Q : Impossible de terminer sans mentionner que dans quatre ans la FIJ fêtera son 100ème anniversaire. Quelles sont vos réflexions ? De quoi la FIJ devrait-elle rêver pour sa 100e année ?

AB : Sans doute ce sera un moment historique ! Qui, parmi les pères fondateurs, notamment le Français Georges Bourdon, premier président de la FIJ en 1926, aurait pu imaginer que la FIJ fêterait son Centenaire ?

Ce sera au prochain Comité exécutif d’organiser tout cela et de définir le lieu de ce Centenaire en 2026 et surtout de son programme, qui restera comme un grand moment pour nous tous. Plusieurs syndicats se préparent déjà sérieusement, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment…

Sergio Ferrari,  depuis Berne, Suisse, pour La Pluma, en collaboration avec Syndicom, le syndicat suisse des médias affilié à la Fédération internationale des journalistes.

Original: Anthony Bellanger, secretario general de la FIP: “La seguridad de los periodistas es siempre una prioridad esencial”. A las puertas del 31 Congreso Mundial de periodistas