Gustavo Petro : Discours de réception du Grand collier de l’État de Palestine

Le 3 juin 2024, à Bogotá, le président colombien Gustavo Petro a été décoré du Grand collier de l’État de Palestine, l’ordre civil le plus élevé de l’État de Palestine. Ci-dessous son discours de réception

Foto: Andrea Puentes - Presidencia de Colombia/Présidence de Colombie

« Les jeunes qui sortent des universités aux USA, en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique latine sont l’expression authentique d’une nouvelle humanité qui, si elle survit, construira un monde différent, éloigné du matériel, beaucoup plus enraciné dans la frugalité, mais surtout dans la sagesse et la connaissance, où l’humanité ne trouve plus de pages où des êtres humains tuent d’autres êtres humains ».

J’ai reçu de nombreuses décorations tout au long de ma vie. Les premières à l’école, qui sont celles dont je me souviens le mieux : les médailles d’excellence que le Père Pedro m’a décernées – la dernière qu’il ne voulait pas me donner, mais qu’il m’a donnée – et je dois vous dire que celle-ci est peut-être la plus précieuse que j’ai reçue en raison de ce qu’elle signifie indubitablement dans l’histoire du monde, dans l’histoire de la résistance, et maintenant dans les jours funestes que nous vivons, qui marquent un avant et un après dans l’histoire de l’humanité.

Ce n’est pas n’importe quel événement auquel nous assistons : ce sont les nouveaux signes d’un monde terrible, mais qui doit aussi être rempli d’espoir. Ce n’est pas un monde comme le rêvait Fukuyama, sans contradictions, totalement pacifique. C’est un monde profondément marqué par la politique, peut-être plus que le XXe siècle, qui a connu deux guerres mondiales, qui a connu la révolution socialiste pendant la plus grande partie du siècle.

La lutte entre deux systèmes différents de compréhension du monde, de compréhension de l’économie, de compréhension de la société, qui aurait pu conduire à une troisième conflagration, sans doute, nous en sommes passés très près, mais la responsabilité des deux, l’Union soviétique et les USA, qui avaient déjà été alliés dans une guerre, un épisode qui est parfois ignoré, quand ils ont décidé ensemble de combattre le fascisme, la société usaméricaine et la société soviétique savaient très bien que leur ennemi n’était pas l’autre, que leur ennemi était un troisième parti qui commençait à avancer comme une sorte de spectre à travers l’Europe de l’époque, à travers le monde, apportant avec lui une série de doctrines criminelles qui sont devenues puissantes et qui ont donné à l’humanité l’une de ses pires pages.

Il a fallu cinquante millions de morts pour sortir de cette situation, et ce sont sans doute les soldats des peuples soviétique et usaméricain qui, avec les nombreux résistants en Europe, des dizaines de milliers de personnes qui ont pris les armes, qui n’étaient pas d’accord avec le fascisme, avec l’oppression absolue, avec le génocide, et qui ont su résister, dans un parcours qui a finalement été l’une des grandes batailles épiques de l’humanité.

De là, le mot démocratie a émergé avec plus de force qu’auparavant, et de ces deux conglomérats se disputant le pouvoir mondial est née la thèse d’une société des nations qui est devenue les Nations unies, et avec elle la construction de ce que nous appelons aujourd’hui le droit international.

Petit à petit, après de nombreuses discussions qui sont en quelque sorte l’accumulation de la civilisation humaine, depuis ses débuts lointains, et dont on ne se souvient plus, jusqu’à aujourd’hui, il y a là un résumé de ce que nous sommes en tant qu’humanité, de comment ne pas nous tuer avec tous les problèmes et les contradictions qui s’y reflètent, parce que c’est ni plus ni moins l’expression authentique de l’humanité d’aujourd’hui.

Et il est évident qu’elle est diverse, qu’elle est pleine de complexités, d’inégalités, d’injustices profondes : l’être humain tue encore l’autre être humain. Tant que cela existera, nous ne pourrons pas vraiment embrasser la construction d’une civilisation qui s’appelle humaine, qui ne porte pas le nom d’un pays ou d’un autre, d’une culture ou d’une autre de celles que nous avons déjà tant connues et qui ont été configurées dans l’histoire précédente, mais de quelque chose que nous pouvons appeler, sans homogénéiser, la culture humaine, le spécifiquement humain, ce qui nous amène ici sur la planète Terre, même malgré tout, et qu’à mon avis, une idée de l’humanité peut être projetée vers les étoiles, comme le soulignent parfois beaucoup de nos artistes et sculpteurs et nos propres drapeaux.

Ce n’est pas pour rien que les étoiles sont sur les drapeaux. Cela a quelque chose à voir avec les messages subliminaux dans les rêves des êtres humains.

Un nouveau 1933

Ce monde né après la défaite du fascisme est en voie de disparition. Nous vivons son agonie. C’est une période de mort que nous vivons. Je l’ai appelé le 1933 mondial, parce qu’en 1933, Hitler est arrivé au pouvoir en Allemagne sous les applaudissements de la population et avec la destruction des valeurs mêmes de la culture européenne.

La même culture qui avait grandi en Allemagne, la culture germanique de Beethoven, de Bach, de Mozart, de Goethe, de tant de philosophes que nous avons lus, peut-être la pensée philosophique la plus profonde de l’humanité, se trouve en Allemagne. Et malgré cette culture maximale, peut-être cette expression sublime de la spiritualité humaine, comme Hegel l’a souligné, ils sont entrés dans la pire des catastrophes.

D’un moment à l’autre, l’éclat s’est transformé en obscurité, montrant ce dont les êtres humains sont capables, non seulement dans le domaine du sublime, mais aussi dans celui de la catastrophe, de la Nakba mondiale.

Le fascisme progresse dans le monde

Aujourd’hui, nous sommes en 1933, non pas en Allemagne, mais dans le monde entier. Ces forces montent, le fascisme monte dans le monde et nous devons l’appeler par son nom : ce sont les nazis qui reviennent au pouvoir, qui viennent se venger, qui veulent faire de l’humanité un robot asservi, sans liberté. Sous l’oppression du plus fort, la loi du droit international se transforme en force brute.

La géopolitique, ce n’est plus que la loi de qui a le plus d’avions et le plus d’argent dans les fonds de capitaux, point barre, et non pas de qui représente le plus l’humanité et l’intérêt général de la vie. Nous sommes sans aucun doute au bord d’une Nakba mondiale. Si j’ai réagi à la situation palestinienne, c’est d’abord parce que nous l’avons connue dès notre plus jeune âge, presque comme enfants.

La révolution comme évolution de l’humanité

Les forces progressistes latino-américaines de l’époque, pour la plupart dans la clandestinité, résistaient aux dictatures, la mort qui s’approchait de nous chaque jour, nous entourait, tuait tant de camarades par milliers, tout un parti.

Dans toute l’Amérique latine, nous autres, les forces qui avons pris les armes, avons toujours eu la Palestine au cœur. Parce qu’un révolutionnaire, qui est une condition particulière – tous les êtres humains ne naissent pas révolutionnaires – lorsqu’un être révolutionnaire se joint à un peuple, une révolution se fait. Les révolutions sont toujours une nouvelle façon pour l’humanité d’évoluer. Elles ne peuvent pas être regardées comme un péché, comme quelque chose de démoniaque ; au contraire, elles sont ce qui nous fait émerger en tant qu’humanité.

Nous nous sommes développés à partir de révolutions. Nous avons eu des révolutions ici au 19ème siècle, au 18ème siècle ; trois phares ont commencé un travail et j’ignore peut-être d’autres luttes, mais il me semble que trois phares ont été allumés pour l’humanité presque en même temps.

Alors que l’Internet n’existait pas et grâce aux voiliers et aux marins qui transportaient les livres – principalement des marins arabes – qui s’occupaient de cette littérature d’idées clandestine, qui ne pouvait pas être mentionnée dans les cours, dans les palais, dans la politique réelle de l’époque, clandestinement à travers les mers, les marins arabes livraient des livres écrits en français, des livres révolutionnaires, qui atteignaient l’Amérique du Nord, se répandaient en Europe et atteignaient sûrement le monde arabe d’une manière ou d’une autre et l’Amérique latine, et dans ces trois endroits, les feux de joie étaient allumés, la lumière était allumée, les drapeaux étaient hissés.

Nous pensions presque de la même manière dans l’Europe libertaire, dans les USA libertaires – qui ne s’appelaient pas encore ainsi – et ici en Amérique latine ; nous galopions, en même temps, avec la même bannière, la possibilité de construire des républiques, pour exercer la souveraineté, disions-nous, et la possibilité de construire un monde de démocratie et de liberté, un rêve qui accompagnait les cavaliers galopant à travers les plaines, les montagnes et les mers.

L’Amérique : terre de liberté

Cet esprit ne s’est pas arrêté ici, nous l’avons poursuivi, d’une certaine manière nous sommes les héritiers de ces jeunes qui ont su construire ces républiques, avec leurs plus et leurs moins, et faire de l’Amérique une terre de liberté.

Ici, les dictatures n’ont pas pu germer, ici les monarchies n’ont pas pu exister, ici les autoritarismes ont été balayés par le peuple, encore et encore. L’Amérique reste une terre de liberté et c’est pourquoi, dès notre plus jeune âge, avec ces mêmes idées, en tant qu’officiers de Bolívar dans la résistance, nous sommes allés au Sahara, dans une histoire que certains survivants devraient encore écrire dans un livre pour s’en souvenir, afin de ne pas la laisser derrière eux, dans les personnes qui sont déjà mortes et qui étaient là, parmi lesquelles mon cher ami Enán Lora, de Córdoba.

Ils sont arrivés au Sahara et ont rencontré de nombreux peuples résistants qui prenaient les armes, luttaient contre l’esclavage, contre l’apartheid. Il y a eu des peuples, des organisations armées de peuples noirs qui voulaient se libérer en Afrique subsaharienne, et il y a eu les organisations arabes.

Liens avec la Palestine

Nous avons également noué des alliances avec l’Organisation de libération de la Palestine de Yasser Arafat ; nous nous sommes entraînés ensemble là-bas. Je n’y étais pas, mais j’ai entendu leurs histoires lorsqu’ils sont arrivés, de Francisco Vargas, qui est mort à Zipaquirá et qui était mon ami, et d’Enán Lora et de tous ceux qui étaient là et qui ont rejoint les rêves arabes, sous les étoiles du désert, en construisant des rêves communs dans la tricontinentale, que nous pensions être le germe d’une grande révolution mondiale.

Ces rêves, plus ou moins, ont été détruits partout ; résistants nous sommes et, pour certains d’entre nous, le restons. Le socialisme arabe a été complètement détruit, le panarabisme arabe a été détruit. En Europe, ne surgissent que des fascismes, qui nient sa propre pensée. Face à Athènes, où le mot démocratie a été créé, il y a la plus grande fosse commune de la planète, pleine de cadavres au fond de la mer de personnes qui s’échappent d’Afrique pour se rendre en Europe pour un bol de soupe.

La plus grande injustice se trouve sur les terres, sur les mers où ont navigué les penseurs qui ont parlé, pour la première fois dans le monde, de démocratie et de république, mais aussi de tyrannie et d’oligarchie. Ils nous ont enseigné les premiers balbutiements de la politique et la possibilité d’être des esprits libres, comme les Grecs l’ont enseigné à toute l’humanité.

Nous avons rencontré le peuple palestinien dans le Sahara. Cela n’est pas écrit dans la presse colombienne ; cela n’apparaît pas dans l’histoire officielle, parce que c’était la rencontre de la résistance humaine dans la clandestinité, comme dans une sorte de veine dont le sang coule sous terre, rassemblant les gens pour une lutte commune, dans la solidarité. C’est pourquoi nous avons réagi immédiatement lorsque les bombes sont tombées sur Gaza.

Gaza, un laboratoire mondial

Je pense qu’une expérience est en cours à Gaza, une expérience qui utilise Gaza comme laboratoire. Il s’agit d’une expérience épouvantable liée aux nazis ; les nazis l’ont pratiquée à petite échelle, relativement, et ils ont essayé d’exterminer le peuple juif, le peuple soviétique, le peuple démocratique, les socialistes et les communistes, et tout ce qui leur paraissait différent devait aller dans le camp de concentration et la chambre à gaz.

L’Europe est morte là, dans ces camps. Et ce que Hitler a proposé, c’est ce qui est appliqué à Gaza, mais à titre d’expérience pour le monde entier. C’est ainsi qu’ils veulent nous dominer ; c’est ainsi que les majorités de l’humanité, qui ne vivent pas sous le pouvoir économique mondial en Europe, au Japon ou aux USA, et qui ne sont pas disposées à maintenir un statu quo d’injustice absolue, où il y a des vaccins contre la maladie pour certains, mais pour les pauvres il n’y en a pas ou ils arrivent en retard.

Un tel état d’injustice, y compris à l’égard de la vie elle-même, ce que le philosophe Foucault a appelé la biopolitique du pouvoir, c’est-à-dire la manière dont le pouvoir peut préméditer la fin de la vie à une échelle étendue et massive, comme l’envisageait Hitler, est ce à quoi nous assistons aujourd’hui.

Ils en font l’expérience à Gaza. Les bombes à Gaza ne sont pas simplement larguées par quelques soldats israéliens. Il s’agit d’un immense capital mondiale, centralisé, coordonné, qui influence les grands gouvernements. C’est pourquoi nous voyons une France en contradiction avec sa ^ropre devise, « liberté, fraternité, égalité ».

Ils s’étaient déjà contredits lorsque ce sont les Noirs d’Haïti qui ont brandi cette même devise et hissé le drapeau et menée cette révolution haïtienne, la plus importante de toute l’Amérique, et a été elle aussi oubliée.

Les nazis sont au pouvoir, ils montent par le biais du capital financier, ils parviennent à diriger le gouvernement des USA, même s’il se dit démocratique, avec des courants progressistes, mais ce progressisme jeune, noir, arabe, divers, latino, qui est là, ne parvient pas à changer la volonté de l’État, qui continue d’aider à larguer les bombes.

Et c’est la même chose en Europe. Après tant de luttes ouvrières et de révolutions socialistes et démocratiques, après tant de barricades érigées dans les grandes villes européennes, construisant le projet démocratique et humaniste, l’Europe elle-même se rend aux nazis.

L’avidité du capital

En Allemagne même, les socialistes qui ont été exterminés par Hitler sont aujourd’hui incapables d’arrêter le génocide alors qu’ils sont encore au pouvoir. Les grandes puissances mondiales sont subordonnées à un énorme capital financier, dont les liquidités sont basée sur l’économie fossile, qui doit prendre fin dans le monde ; et terrifiées par l’idée d’un changement mondial, d’une révolution mondiale, qui est une révolution pour la vie, qui ne s’est jamais produite auparavant dans notre histoire humaine, mais qui est aujourd’hui absolument essentielle.

Il n’y a pas d’issue, car l’autre voie est la mort de l’espèce, de tous nos enfants et petits-enfants, car dans une économie fossile, ce qui meurt, c’est tout, c’est l’omnicide, à commencer par l’espèce humaine.

La cupidité du capital ne veut pas nous faire voir la nécessité de la transformation, elle la ralentit constamment, elle fait du lobbying aux Nations unies, dans les centres du pouvoir mondial, elle influence les gouvernements, elle les finance, il n’y a pas de campagne qu’elle ne finance pas, et ainsi elle s’empare de la politique, elle met fin à la liberté de l’espèce humaine, elle l’aveugle à travers ses médias, qui la dominent tous, et le grand panoptikon de l’humanité, comme l’a dit Foucault, commence à être géré depuis un bureau, dans un bureau froid du nord.

Orson Welles l’avait déjà écrit, et c’est la réalité d’aujourd’hui, c’est ce que nous vivons, une humanité aveuglée pour l’asservir, pour qu’elle ne se rende pas compte que le profit rapide accumulé entraîne la mort de l’espèce humaine, que comme l’avait déjà dit l’économiste et philosophe allemand Marx, dont on ne veut plus se souvenir du nom, que le capital détruit ses propres conditions de richesse, c’est-à-dire la nature et l’être humain.

Marx a dit que l’homme, parce qu’il était patriarcal, européen et machiste – mais il aurait dû écrire l’être humain – est en train de détruire l’être humain, et que toutes les tensions que nous observons sur la planète, la politique montante, ont à voir avec cette tentative de l’humanité de survivre, et la tentative du capital fossile, par le biais de la violence, d’arrêter le changement.

Tout cela est habillé de discours et d’idéologies, de blablas dans la presse, mais nous sommes déjà en guerre ; nous avons été appelés à une guerre, et c’est soit l’extinction de l’humanité, soit la révolution mondiale pour la vie, et ce qui est concentré à Gaza, dans un si petit espace, est la condensation de ce conflit. Ce qui tire, ce n’est pas Israël – qui n’est qu’un outil – ce qui tire, c’est le grand capital fossile et financier mondial, contre un peuple qu’ils ne peuvent empêcher de résister, de tenir bon, parce qu’il a résisté, parce qu’il a enseigné à tous les peuples du monde qu’il n’y a pas d’autre voie que la résistance.

Lever l’étendard de la vie, c’est le moment

Quelque chose que nous savions déjà, et c’est pourquoi nous nous sommes rassemblés en tant qu’enfants, parlant des langues et des religions différentes, nous avons compris qu’il s’agissait d’un seul et même drapeau. Lever le drapeau, c’est le moment, et ce partout dans le monde.

Les jeunes qui sortent des universités usaméricaines, les plus prestigieuses – Harvard -, les jeunes qui sortent des universités européennes, les jeunes qui sortent des universités d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, sont l’expression authentique d’une nouvelle humanité qui, si elle survit, construira un monde différent, éloigné du matériel, beaucoup plus enraciné dans la frugalité, mais surtout dans la sagesse et la connaissance, où l’humanité ne trouve plus de pages où des êtres humains tuent d’autres êtres humains, parce que nous aurons découvert notre propre histoire et notre propre mission.

C’est ce que nous devons récupérer à Gaza, c’est là que se livre la première des batailles, ce ne sera pas la dernière, et nous devons nous préparer, comme au bon vieux temps. Enfant, je me préparais mentalement et physiquement, car ce qui s’annonce s’inscrit dans les pages de l’histoire de l’humanité, cette bataille se livre à Gaza et nous devons la gagner.

Parmi les décombres, le sang, les corps déchiquetés des enfants, de tant de milliers de bébés assassinés par le capital, cette épreuve et cette douleur qui doivent être immenses, nous les comprenons en partie en Colombie, car ici aussi, ils ont massacré et largué des bombes et beaucoup d’innocents sont morts.

Certains chiffres parlent de 500 000, d’autres de 700 000 tués par la cupidité. Comparé à Gaza, nous sommes peut-être confrontés à une Nakba pire que celle qui s’est déchaînée sur la Colombie il y a des décennies et qui n’est toujours pas terminée, malgré ce gouvernement, cette lutte doit encore être menée en Colombie.

C’est pourquoi, en Colombie et en Amérique latine, nous pouvons comprendre ce qui se passe dans l’âme du peuple palestinien et nous ne pouvons pas lui tourner le dos, aucune raison éthique ou morale ne nous empêche d’élever la voix quand nous le pouvons et d’agir tant que nous le pouvons. Nous sommes faibles, mais ensemble nous sommes l’humanité et cette union, nous devons la rassembler, cette union doit être construite entre toutes les langues de Babel, comme le dit la Bible.

Dans la Bible, on trouve les images de l’apparition du peuple juif et du peuple musulman ; tous deux sémites, selon la Bible, descendants de Cham, selon la chronologie biblique. Ceux qui nous critiquent en disant que nous sommes antisémites n’ont pas la moindre idée de ce qu’est la Bible, ils ne l’ont même pas lue, car s’ils l’avaient lue, ils sauraient que dans ces livres anciens, on trouve l’histoire des deux peuples du même père.

Aujourd’hui, ils doivent être frères. D’une manière ou d’une autre, vous devez trouver le moyen, si vous pouvez être frères, l’humanité aura trouvé le chemin de la fraternité ultime, donc cette recherche difficile doit aboutir.

D’une certaine manière, Yasser Arafat a ressenti D’instinct, comme Pizarro ici en Colombie, ce qui pourrait être la possibilité d’une paix sur le chemin de l’humanité, une paix qui est révolutionnaire. Ce n’est pas la guerre qui est révolutionnaire, comme nous avons pu le croire nous-mêmes à tort. C’est la paix qui est révolutionnaire.

Yasser Arafat l’a trouvé, il a trouvé ce message en quelque sorte dans son existence et il a changé la situation en disant que les deux peuples pouvaient être frères ; bien sûr, sans tyrannie, bien sûr dans la liberté ; bien sûr dans des pures démocraties. La terre palestinienne peut vivre dans la diversité, comme elle l’a toujours fait, parce que c’est une terre de diversité de croyances, une terre de liberté.

Jésus était un Juif palestinien, c’était sa nationalité, soumis à la domination romaine, et il a construit une voie qui n’était pas celle des guérilleros juifs, qui marchaient à ses côtés et l’observaient ; une voie de mots et il a construit des mots fondés sur l’amour et la vie. Et il me semble que la révolution mondiale d’aujourd’hui ne brandit pas un simple drapeau rouge comme par le passé ; il est peut-être rouge, mais c’est le drapeau de la vie qui est le drapeau révolutionnaire.

Aujourd’hui, c’est une révolution de la vie, c’est la tâche que nous devons tous accomplir, tisser, construire, organiser ; on nous appellera révolutionnaires, oui, mais nous en sommes fiers, parce que nous sommes l’expression authentique d’une humanité qui ne veut pas de chaînes, qui ne veut pas d’injustice, qui veut être libre, esprit, parmi les étoiles.

Je vous remercie pour votre décoration et j’adresse mon salut et mon amour au peuple palestinien.

Gustavo Petro

Original: Palabras del presidente Gustavo Petro luego de recibir la condecoración El Gran Collar del Estado de Palestina

Traduit par Fausto Giudice,

Source: TLaxcala, 11 de junio de 2024

Traductions disponibles: Italiano,English