De la vache folle à l’holocauste des visons et au massacre des étourneaux : la compulsion à répéter les erreurs du passé

En somme, la compulsion à répéter les erreurs du passé semble caractériser le comportement des humains même face aux pandémies et aux épidémies.

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En l’an 2000, les éditions Dedalo publièrent un volume, Homo sapiens e mucca pazza. Antropologia del rapporto col mondo animale, sous ma direction et pour lequel j’avais rédigé une introduction, qui contenait des essais de l’anthropologue Mondher Kilani, de l’éthologue Roberto Marchesini, de la philosophe Luisella Battaglia, outre le mien.

https://www.edizionidedalo.it/7905-large_default/homo-sapiens-e-mucca-pazza.jpgLe relire aujourd’hui,  à l’époque de la pandémie de Covid-19, nous pousse à réfléchir sur l’absence de vision à long terme dont font preuve politiques et intellectuels, et jusqu’à certains scientifiques, quant au fait, parfaitement fondé, que l’encéphalopathie spongiforme bovine (terme scientifique) serait suivie d’autres épidémies ou pandémies si rien ne changeait dans notre rapport à l’environnement et aux animaux non humains, en particulier ceux qui se trouvent confinés et marchandisés dans les élevages intensifs et les abattoirs industriels.

« Leur réification et leur massification, avais-je écrit dans ce volume, leur confinement et leur ségrégation, leur réduction à des machines à produire de la viande, du lait et des œufs, se révèlent, au bout du compte, destructeurs non seulement pour la vie et la santé des animaux mais aussi des êtres humains ». Et j’ajoutais que « la découverte de la transmissibilité du bovin à l’homme de l’encéphalopathie spongiforme n’a pas porté préjudice […] à la propension répandue en Occident à considérer la viande un besoin naturel et indispensable ».

L’habitude tout aussi répandue de définir l’encéphalopathie comme une maladie de la « vache folle », écrivait pour sa part Mondher Kilani, était une indication claire de la propension à attribuer uniquement aux bovins la responsabilité d’une catastrophe provoquée par les humains.

Alors, écrivait encore Kilani, les autorités européennes poursuivirent un « vaste plan de suppression des veaux âgés de quelques jours ». Et aujourd’hui un holocauste tout aussi cruel qu’inutile s’est répété : en novembre dernier, au Danemark, pour ne citer qu’un seul exemple, 17 millions de visons ont été massacrés et jetés dans d’immenses et horribles fosses communes ; on croyait pouvoir éliminer de cette façon une souche mutante de Covid-19.

Et pourtant, il devrait être absolument clair de nos jours que c’est notre système de production lui-même qui favorise les virus, les épidémies et les pandémies qui en découlent. Un système qui perpétue encore, quand il ne les multiplie pas, les élevages intensifs, utilise des combustibles fossiles tels le pétrole et le charbon, pollue constamment et massivement, augmente la déforestation, réduisant ainsi l’habitat naturel de nombreuses espèces. En définitive, les épidémies et les pandémies sont le résultat d’une domination excessive de l’espèce humaine sur les autres formes de vie et du bouleversement consécutif des équilibres de la planète. Ce qui produit la dialectique perverse conduisant à avoir des modes et des styles de vie, qui, à leur tour, ne font que cautionner et favoriser tout cela.

En somme, la compulsion à répéter les erreurs du passé semble caractériser le comportement des humains même face aux pandémies et aux épidémies. Il reste encore moins d’illusions à avoir quant au comportement des « gens ordinaires ». Pour ne citer qu’un seul exemple, un événement pourtant aussi choquant et douloureux, mortifère et de longue durée que la pandémie actuelle semble n’avoir eu que très peu d’impact même sur la tradition de tirer des pétards et des feux d’artifice au cours de la soirée de la Saint-Sylvestre. Comme si, ce faisant, on pouvait exorciser les presque deux millions de victimes du Covid-19 à l’échelle mondiale et la perspective, tout à fait réaliste, d’un 2021 qui, malgré les vaccins, sera également conditionné par le Coronavirus.

Une telle tradition, déjà en soi plutôt détestable, puisque hautement polluante et irrespectueuse de la tranquillité d’autrui, est par-dessus tout porteuse, chaque année, d’accidents pouvant être mortels. Cette année c’est un jeune de treize ans qui a perdu la vie. Il vivait dans un camp de Rroms à Asti. Ailleurs, quelque 79 personnes ont été blessées, dont certaines grièvement.

Mais, comme toujours, ce sont les non-humains qui ont payé le prix le plus fort en termes de victimes. A Rome, comme on le sait, la soirée-nuit du 31 décembre dernier, rue Cavour et dans d’autres rues du centre, des centaines d’étourneaux sont morts à cause des feux d’artifice, pétards et explosifs déflagrants et assimilés, qui ont choqué ces pauvres créatures au point de provoquer des infarctus mortels, de les faire se jeter contre des murs, des fenêtres ou même des câbles de haute-tension avant de succomber.

Ceux qui insistent sur le sens propitiatoire et la fonction de rite de passage des feux et assimilés (comme si aujourd’hui ceux qui tirent des feux d’artifice, des pétards et des explosifs déflagrants étaient conscients d’un tel sens et d’une telle fonction) perpétuent au fond l’idée que tout ce qui est prétendument primitif, traditionnel, ancestral, doit être préservé et perpétué au-delà des contextes historiques et sociaux, au-delà de ces mêmes graves conséquences que ce « rite » produit. L’anthropologue Marino Niola, tout en reconnaissant qu’un tel “rituel” est désormais devenu un « réservoir d’épisodes relevant des faits divers », admet, en effet, qu’il est « sacro-saint de faire des contrôles », mais considère qu’il est « stupide d’interdire les mortiers ».

Pour conclure : la compulsion à répéter, l’aspiration à revenir au « monde d’avant », la tendance à perpétuer, comme si de rien n’était, les habitudes et les coutumes usuels comme la consommation de viande, la chasse, l’utilisation de fourrures animales, la contribution quotidienne à la pollution, bref, l’incapacité de tirer de cette tragédie des leçons éthiques et politiques se traduisant en pratique quotidienne, tout cela nous expose, nous autres humains, mais aussi les non-humains innocents, à un futur constellé d’épidémies et de pandémies.

« Je pourrais me suicider, mais je raterais la fin du monde »-Altan

Annamaria Rivera

Original: Dalla mucca pazza all’olocausto di visoni e alla strage di storni: la coazione a ripetere gli errori del passato

Traduit par Vanessa De Pizzol

Edité par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Traductions disponibles : Español

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_21691.jpg

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