COP25 : l’art d’occulter les causes réelles de la crise climatique

Au-delà d’événements comme celui de Madrid, les politiques réelles maintiennent la logique du système et allouent les ressources publiques en faveur des mêmes entités qui sont à l’origine de la crise climatiqu

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Juan Diego García

Le récent sommet sur le changement climatique de Madrid a à peine abordé la sphère productive et sa nature capitaliste néolibérale, qui est maintenant prédominante dans le monde entier. Une orientation économique qui repose sur la pleine liberté d’action du capital au détriment du bien public et du souci de l’environnement.

Et il ne pourrait en être autrement à en juger par ceux qui ont pris les décisions au cours de cet événement : les gouvernements néolibéraux et les institutions internationales comme l’ONU, elles-mêmes soumises aux décisions de ceux qui détiennent le pouvoir effectif sur la planète. Ce n’est pas un hasard si, à Madrid, les coûts de l’organisation de l’événement ont été à la charge de trois ou quatre grandes entreprises ayant des liens étroits et décisifs avec cet ordre économique, social et politique, responsable de l’impact négatif, voire suicidaire, sur l’environnement.

Anthony Garner, Barcelone

La déclaration finale n’est guère différente des autres qui, par le passé, ont eu les mêmes objectifs et produit les mêmes résultats : de vagues promesses qui n’ont pas empêché le changement climatique de cesser d’être une menace et d’être déjà une réalité comme l’atteste la science, avec des prévisions alarmantes qui remettent en question la survie même de la civilisation actuelle. Ce n’est qu’en affectant radicalement le processus de production (dans les pays très développés mais aussi à la périphérie du système) et en soumettant le capital à une rationalisation qui va à l’encontre de son principe fondamental de garantir le profit à tout prix, qu’il serait possible de soumettre la production à des dimensions qui commencent par modérer l’impact sur la société et la nature, qui se produisent dans un délai raisonnable sans le chaos généré par la libre entreprise et qui placent l’intérêt général au-dessus de l’intérêt de l’entrepreneur.

Il s’agirait d’harmoniser la production et la consommation pour remplacer le chaos actuel inhérent au système capitaliste, quitte à soumettre l’intérêt de l’entreprise au bien commun. Le sommet de Madrid n’a pas proposé de mesures, même modestes, d’un tel contrôle (possible dans le cadre du capitalisme) ; la question la plus sensible (le marché des émissions de gaz à effet de serre, par exemple) n’a pas été abordée, ou comme en tant d’autres occasions, elle a été renvoyée aux calendes grecques dans l’attente d’un consensus impossible. Ce n’est pas la première fois que la question de l’impact climatique est débattue, ni la première fois que rien d’essentiel n’est décidé ou que si elle est mentionnée, elle n’est pas convertie en mesures concrètes. Tout est négligé et rien ne se passe parce que les vraies pouvoirs (puissances économiques mondiales, multinationales et gouvernements) ne sont pas disposés à le faire, car ils comprennent que la prise en compte des recommandations affecte pleinement non seulement leurs intérêts mais le système lui-même ; et tant pis si leur comportement signifie une catastrophe pour l’humanité.

Il n’est donc pas surprenant que l’événement de Madrid ait été financé par de grandes entreprises, dont certaines multinationales énergétiques ou bancaires bien connues, certainement très soucieuses de faire pression avec succès pour que les décisions finales n’affectent pas leurs intérêts et restent sur le papier comme cela a été le cas. Il n’est pas non plus surprenant que dans les débats qui ont surgi sur le changement climatique, il n’y ait pratiquement aucune mention de la sphère productive et que tout l’accent soit mis sur la consommation, de sorte que selon les médias (ces grandes multinationales de la manipulation), la plus grande ou presque seule responsabilité du changement climatique incombe au consommateur, à des citoyens supposés irresponsables, et seulement dans une moindre mesure aux autorités qui régulent l’ordre social (les politiciens).

Au-delà d’événements comme celui de Madrid, les politiques réelles maintiennent la logique du système et allouent les ressources publiques en faveur des mêmes entités qui sont à l’origine de la crise climatique. C’est ce qui se passe, par exemple, avec l’industrie automobile qui, face à l’épuisement du pétrole (moins de 15 ans ?), parie maintenant sur la voiture électrique (une technologie qui existe depuis des décennies mais dont l’application n’était pas rentable pour eux à l’époque), monopolisant de manière sûre les ressources publiques disponibles à cette fin. Il en va de même pour les grandes entreprises d’énergie qui parient maintenant sur les énergies renouvelables et maintiennen

t leur monopole alors que ce serait une magnifique occasion pour le public de reprendre le contrôle.On crée alors une image selon laquelle le consommateur est le principal coupable du changement climatique et on cache délibérément que la question a son origine dans la sphère productive, c’est-à-dire dans les décisions des entreprises, dans la logique même du système. Plus important encore, le problème sous-jacent est systématiquement évité : bien que le capitalisme admette certaines réformes (qui auraient un impact positif sur la relation économie/environnement), une solution structurelle à la crise climatique actuelle qui résulterait d’une planification très stricte de la production et de la consommation (au niveau mondial) est cachée ou réduite à néant. Un vrai changement de civilisation. Est-ce réaliste dans le cadre du capitalisme ? C’est le défi de ceux qui lui font encore confiance en tant que seul système économique et social possible. Ou, au contraire, une planification qui harmonise la production et la consommation, qui privilégie le bien commun par rapport au profit des entreprises, n’est possible que sans le capitalisme. Tel est le défi théorique et pratique si l’on considère que le système capitaliste a déjà donné tout ce qu’il peut, que sa crise est terminale et qu’il faut donc chercher des alternatives essentiellement différentes qui signifieraient une véritable révolution au sens strict du terme, à savoir de nouveaux rapports de propriété et de pouvoir et une culture différente et respectueuse de l’environnement et de l’être humain.

Juan Diego Garcia

Original: La cumbre de Madrid: ocultando las causas reales de la crisis climática

Trauit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source: Tlaxcala, le 4 janvier 2020