Grandes oreilles et filtrage : le ministre de l’Intérieur allemand veut étendre les possibilités de flicage électronique

Mais il y a aussi de l’espoir dans l’inquiétude des dirigeants en place. Car qui a si peur de la parole ou de l’image libres n’est pas sûr de son pouvoir. Il sait que tout pouvoir trouve sa fin dans la connaissance de tous

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Ces messieurs-dames devraient en fait se sentir plutôt en sécurité. Les gens vont voter à intervalles réguliers et ce qui en sort généralement ne met pas vraiment en danger ceux qui tiennent le manche. Le système parlementaire peut même se payer le luxe d’une opposition. Ça ne mange pas de pain : le Parti de Gauche est de toute façon pris par ses querelles internes, l’AfD est pour l’OTAN, il n’y a donc pas de risque de se heurter à une quelconque résistance. Et pourtant, le pouvoir craint de voir remise en cause cette belle sensation de sécurité que donne le vide politique : l’absence de véritables alternatives doit rester cadenassée. Pour cela, ces messieurs-dames ont besoin de surveillance : calme sur la toile et silence au téléphone.

Fidèle à la tradition, le ministère allemand de l’Intérieur mise sur l’appareil de flicage : le Verfassungsschutz (renseignements intérieurs) doit être en mesure d’écouter plus et mieux. Les pandores craignent que certaines actions puissent commencer par un message sur whatsapp. L’action n’est-elle pas le début du délit ? Le délit incontrôlé n’est-il pas le début matériel de la contradiction ? Cette contradiction ne peut-elle pas être le début même de la fin du pouvoir ? Bien sûr, si elle est organisée. Et donc ces messieurs-dames préfèrent pouvoir lire, écouter, voir à temps. Car seul le savoir maintient le pouvoir. C’est pourquoi il veut savoir ce que ses administrés échangent dans le dos de l’État. L’espionnage est toujours entravé par l’article 10 de la constitution allemande. Cette restriction obsolète au secret des postes et des télécommunications doit être levée. Pour la préservation du pouvoir. 

Et qu’est-ce qui est attaché à beaucoup de messages whatsapp ? Un lien vers une vidéo. Bien sûr, le pouvoir n’a rien contre les se faisant des papouilles ou de bébés embrassant des poissons. Mais encore et encore les liens mènent à des sites dont le contenu n’est pas aussi drôle. Et ce que sur ces sites on aime appeler information, c’est pour l’Union européenne le début de la subversion. Car ceux qui sont éclairés sont assez grands pour se gouverner eux-mêmes. Ce serait la fin de la bureaucratie régnante. Et tout comme le ministre allemand de l’Intérieur veut écouter pour la sécurité, l’UE veut filtrer pour la sécurité, avec l’article 13 de la directive de l’UE réformant le droit d’auteur de l’UE et instituant un filtre de téléchargement de contenus.

Mais il y a aussi de l’espoir dans l’inquiétude des dirigeants en place. Car qui a si peur de la parole ou de l’image libres n’est pas sûr de son pouvoir. Il sait que tout pouvoir trouve sa fin dans la connaissance de tous. Ils étaIent donc des dizaines de milliers dans de nombreuses villes allemandes, les manifestants qui ne veulent pas être filtrés, et qui ont organisé leur action sur leur portable. Qui n’ont pas peur du ministre de l’Intérieur. Leur courage est l’insécurité du pouvoir.

Manifestation à Berlin le 23 mars contre l’Article 13 : « Je ne suis pas un (ro)bot », « Google a payé cette pancarte »

Ulrich Gellermann

Original: Sicherheit durch Hören und Filtern
Der Anfang der Aufklärung ist das Ende der Macht

Traduit par   Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source: Tlaxcala, le 28 mars 2019