{"id":8021,"date":"2019-04-08T19:17:59","date_gmt":"2019-04-08T19:17:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=8021"},"modified":"2019-04-08T23:41:26","modified_gmt":"2019-04-08T23:41:26","slug":"el-caballo-de-zapata","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2019\/04\/08\/el-caballo-de-zapata\/","title":{"rendered":"Le cheval de Zapata"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><span class=\"texte1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/aut_5181.jpg\" width=\"100\" height=\"148\" border=\"0\" \/><\/span>\u00c0 l&rsquo;occasion du centenaire de l&rsquo;assassinat du G\u00e9n\u00e9ral Emiliano Zapata Salazar, chef de l&rsquo;Arm\u00e9e de Lib\u00e9ration du Sud, \u00e0 Cinameca, nous republions un texte, datant de 2000, du sous-commandant, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;appelait encore Marcos. Nous avons \u00e9dit\u00e9 la traduction de la Voie du Jaguar<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>\u00c0 Don F\u00e9lix Serd\u00e1n, major honoraire<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab Alors il apporta le rapport \u00e0 Zapata. Celui-ci \u00e9tait en train de manger dans la maison de Santiago Posada, lorsque lui parvint le rapport disant que le gouvernement le traquait. Il sortit sur son cheval et s\u2019arr\u00eata dans l\u2019atelier entour\u00e9 par quinze hommes arm\u00e9s. D\u00e9j\u00e0 le gouvernement arrivait sur lui avec quatre cents hommes arm\u00e9s. Il descendit de cheval, prit sa carabine et commen\u00e7a \u00e0 tirer. Mont\u00e9 sur son cheval, il se retourna avec quelques-uns et sortit. Ils partirent \u00e0 trois, deux plus lui. Il s\u2019en fut sur la colline et alors commen\u00e7a la bataille. \u00bb<\/span><\/em><br \/>\n<em><span style=\"font-size: 12pt;\">Pr\u00f3spero Garc\u00eda Aguirre, g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Arm\u00e9e de lib\u00e9ration du Sud<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">(Extrait de L\u2019Irruption zapatiste. 1911, Francisco Pineda G\u00f3mez,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c9ditions Era* &#8211; au fait, f\u00e9licitations pour le quaranti\u00e8me anniversaire<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">du trio d\u2019\u00e9diteurs Espresate-Rojo-Azor\u00edn et la bande qui les accompagne)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"shrinkToFit alignleft\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_6702.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_6702.jpg\" width=\"400\" height=\"506\" align=\"left\" hspace=\"10\" vspace=\"10\" \/><span style=\"font-size: 12pt;\">Ceci est une histoire pour les enfants et les chevaux. Elle vient \u00e0 point en ces jours o\u00f9 nous nous souvenons du g\u00e9n\u00e9ral Emiliano Zapata et aussi parce qu\u2019avril est le mois des enfants. \u00c9galement parce que Zapata venait de l\u2019\u00c9tat de Morelos et qu\u2019\u00e0 Morelos se trouvent une fillette, Ixchel, et un gar\u00e7on, Balam, qui ont soutenu la consultation d\u2019il y a un an. \u00c0 ce moment-l\u00e0, Ixchel allait sur ses sept ans et Balam sur ses trois ans. Pour elle et pour lui, et \u00e0 travers eux pour tous les enfants, voici cette histoire qui parle d\u2019un cheval, du cheval d\u2019Emiliano Zapata.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">On a beaucoup \u00e9crit et dit sur Emiliano Zapata, et ce qu\u2019il a fait n\u2019est pas rien. Il y a cependant d\u2019autres aspects de la lutte zapatiste qui sont pass\u00e9s inaper\u00e7us aux historiens. Je ne suis pas historien (je suis un guerrier, un peu enfant et beaucoup cheval), mais j\u2019ai eu les moyens de conna\u00eetre des histoires grandes et petites qui tournent autour de mon g\u00e9n\u00e9ral. Celle que je vais vous conter maintenant me fut rapport\u00e9e, \u00e0 son tour, par un cheval n\u00e9ozapatiste\u00a0: El Marinero.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">El Marinero n\u2019est pas l\u2019unique cheval n\u00e9ozapatiste, beaucoup d\u2019autres forment les files d\u2019insurg\u00e9s et il y en a m\u00eame un qui est sous-commandant (mais c\u2019est une autre histoire). J\u2019ai eu plusieurs chevaux. Presque tous, invariablement, se sont appel\u00e9s \u00ab\u00a0Lucero\u00a0\u00bb. Lorsque parfois ils ont co\u00efncid\u00e9 dans le temps et l\u2019espace, ils ont \u00e9t\u00e9 renomm\u00e9s de fa\u00e7on \u00e9vidente\u00a0: \u00ab\u00a0Lucero\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Lucerito\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Lucerote\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Lucer\u00f3n\u00a0\u00bb, et ainsi de suite. Maintenant mon cheval se fait appeler \u00ab\u00a0Lucerotote\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Grande\u00a0\u00bb et, comme son nom l\u2019indique, c\u2019est un \u00e9quid\u00e9 petit et pataud qui tr\u00e9buche presque autant que moi lorsque, ensemble, nous grimpons et descendons des collines, poussi\u00e8res et boues dans les montagnes du Sud-Est mexicain. Le cheval de Tacho s\u2019appelle \u00ab\u00a0Diamante\u00a0\u00bb et celui du major s\u2019appelle \u00ab\u00a0Cacarizo\u00a0\u00bb. Le cheval de la cellule \u00ab\u00a0Ch\u00f3mpiras\u00a0\u00bb s\u2019appelle \u00ab\u00a0Marinero\u00a0\u00bb. Avant \u00ab\u00a0Marinero\u00a0\u00bb il y eut \u00ab\u00a0Pr\u00edncipe\u00a0\u00bb, un cheval blanc et de bonne taille qui mourut d\u2019une forte douleur de panse, sans que nous sachions si ce fut \u00e0 cause des parasites ou pour avoir \u00e9cout\u00e9 \u00e0 la radio une des d\u00e9clarations de Zedillo (il est vrai que \u00ab\u00a0Principe\u00a0\u00bb, n\u2019appr\u00e9cia jamais vraiment les mules).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais ce que je vais vous raconter n\u2019est pas l\u2019histoire de \u00ab\u00a0Lucero\u00a0\u00bb, ni de \u00ab\u00a0Diamante\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0Cacarizo\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0Pr\u00edncipe\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas non plus, au sens strict, l\u2019histoire de \u00ab\u00a0El Marinero\u00a0\u00bb (m\u00eame s\u2019il y prend une part importante), mais l\u2019histoire du cheval du g\u00e9n\u00e9ral Emiliano Zapata.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Pour comprendre ce que je vais raconter, il faut \u00eatre enfant, cheval ou bien enfant et cheval. On dit qu\u2019il y a des chevaux qui parlent. Je n\u2019en connais aucun, mais c\u2019est ce qu\u2019on dit, et si on le dit, c\u2019est pour quelque chose. Ce que je sais en revanche, c\u2019est qu\u2019il y a des chevaux qui savent lire et \u00e9crire. Je sais qu\u2019il y aura des adultes qui, en lisant cela, feront la moue et, au mieux, passeront \u00e0 la rubrique politique nationale, parce que, pour ce qui est de lire des contes incroyables, il n\u2019y a pas mieux que ceux que raconte Labastida dans sa campagne \u00e9lectorale. Mais les enfants comprendront que ces choses arrivent, je veux dire, qu\u2019il existe des chevaux qui savent lire et \u00e9crire. Alors, pour avaliser \u00e0 mon r\u00e9cit, je n\u2019ai que les enfants et les chevaux qui savent que le monde est plein de merveilles qui, le plus souvent, passent inaper\u00e7ues.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Bref, le fait est qu\u2019il y a des chevaux qui savent lire et \u00e9crire. Ils ne sont pas nombreux du moins je n\u2019en connais pas beaucoup. Marinero est l\u2019un d\u2019eux. Les chevaux qui savent lire, \u00e9crivent des gribouillages comme les tout petits enfants et il para\u00eet qu\u2019on ne les comprend pas. Ou peut-\u00eatre que les adultes ne comprennent pas, mais les enfants, si. Pour donner un exemple, Marinero \u00e9crivit un po\u00e8me qui disait plus ou moins ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Gori, gori, blfr \/ titi, titi, ta \/ Gori, blfr, tita\u00a0\u00bb. Il est clair que la rime et la m\u00e9trique sont d\u2019une qualit\u00e9 appr\u00e9ciable, mais je doute qu\u2019il y ait une acad\u00e9mie ou un cercle de po\u00e8tes qui ne fassent pas la grimace face \u00e0 ces vers d\u00e9clicats. Seuls les enfants et les chevaux pourraient jouir de la magie que renferme ce \u00ab\u00a0gori\u00a0\u00bb r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Mais enfin, ceci n\u2019est pas un trait\u00e9 de po\u00e9sie chevaline, mais un r\u00e9cit qui se rapporte au fait qu\u2019il y a des chevaux qui savent lire et \u00e9crire. Pour cela, ils prennent le stylo dans la bouche, serr\u00e9 dans les dents, et se mettent \u00e0 la t\u00e2che jusqu\u2019\u00e0 remplir des pages et des pages, bien s\u00fbr, s\u2019ils ont des cahiers aux feuilles vierges. Ils ne le font pas devant n\u2019importe qui. Ils montrent seulement ce qu\u2019ils savent lorsqu\u2019ils sont certains que la personne est comme eux, seulement si c\u2019est un enfant ou un cheval, c\u2019est peut-\u00eatre pourquoi, avec moi, Marinero se d\u00e9voile. Mais pas devant tout le monde. Je m\u2019en rendis compte parce qu\u2019un jour je r\u00e9unis la troupe et leur dit. \u00ab\u00a0Ce cheval sait \u00e9crire et lire\u00a0\u00bb, et je mis alors un crayon dans la bouche de Marinero qui commen\u00e7a \u00e0 le mastiquer et \u00e0 vouloir l\u2019avaler et que pour finir, comme il s\u2019\u00e9touffait, Tacho vint lui retirer les morceaux de crayon de la gorge. Tous me regard\u00e8rent avec un air de dire \u00ab\u00a0Ah\u00a0! Ce Sup, quelle id\u00e9e de donner un crayon au cheval\u00a0!\u00a0\u00bb. J\u2019avais l\u2019air idiot, ce qui n\u2019arrive pas si l\u2019on est enfant ou cheval.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ensuite, je grondais Marinero qui m\u2019expliqua qu\u2019il ne montrait pas ses connaissances devant n\u2019importe qui. Ainsi si vous, les enfants qui lisez cette histoire, vous trouvez un cheval qui sait lire et \u00e9crire, n\u2019allez pas r\u00e9pandre la nouvelle et ne lui demandez pas de le montrer \u00e0 d\u2019autres, parce que le cheval va avaler le crayon et que tous vont commencer \u00e0 dire que vous \u00eates malades et qu\u2019ils vont vous donner des sirops, des pastilles et, m\u00eame pire, des piq\u00fbres\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Bon, le fait est que ce cheval sait lire et \u00e9crire. Mais ce n\u2019est pas tout, il envoie et re\u00e7oit aussi des lettres. Ce n\u2019est pas pour les mettre en avant, mais Marinero a \u00e9chang\u00e9 des courriers avec le cheval de mon g\u00e9n\u00e9ral Zapata. Oui, je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Emiliano Zapata, g\u00e9n\u00e9ral en chef de l\u2019Arm\u00e9e de lib\u00e9ration du Sud (et aussi de l\u2019EZLN). Je vous raconte maintenant comment je l\u2019ai su.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Parfois, lorsque je sors me promener \u00e0 l\u2019aube, je rencontre Marinero. Il se met au garde-\u00e0-vous et salue, car les chevaux qui sont dans les arm\u00e9es rebelles ont une fa\u00e7on de faire tr\u00e8s militaire. Habituellement je r\u00e9ponds \u00e0 son salut et continue mon chemin, apr\u00e8s m\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 pour lui demander comment il va ou s\u2019il y a quelque chose de nouveau. Une de ces fois-l\u00e0 quelques papiers se trouvaient \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la main gauche de Marinero. Je lui ai demand\u00e9 de quoi il s\u2019agissait et Marinero pris (ou mordis) le stylo et \u00e9crivit sur une feuille propre. \u00ab\u00a0Lettres\u00a0\u00bb. Bien s\u00fbr il n\u2019a pas mis \u00ab\u00a0lettres\u00a0\u00bb, mais son \u00e9quivalent en langage infantile. \u00ab\u00a0Des lettres\u00a0?\u00a0\u00bb, lui ai-je demand\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Marinero se remit \u00e0 \u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0Oui. D\u2019un ami, d\u2019un cheval qui est un ami.\u00a0\u00bb Je ne demandais pas \u00e0 Marinero comment il se faisait qu\u2019il re\u00e7oive des lettres d\u2019un autre cheval, suffisamment de choses rares arrivent dans ces montagnes pour que je ne m\u2019attarde pas \u00e0 savoir le pourquoi de chacune d\u2019entre elles, aussi je me limitai \u00e0 lui demander de quel cheval il s\u2019agissait. Marinero r\u00e9pondit, toujours en \u00e9crivant. \u00ab\u00a0Le cheval de Zapata.\u00a0\u00bb Je fis la m\u00eame t\u00eate que vous devez \u00eatre en train de faire en lisant cela.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Marinero remua la t\u00eate pour acquiescer et commen\u00e7a \u00e0 m\u2019\u00e9crire une explication que je ne compris pas enti\u00e8rement. Cependant, je pus tirer au clair que le cheval de Zapata changeait de nom, ou peut-\u00eatre ne s\u2019appelait-il pas comme on l\u2019appelle mais prend-il un nom clandestin parce que, si l\u2019on savait qu\u2019il est le cheval de Zapata, alors il ne s\u2019en sortirait pas. Je ne compris pas d\u2019o\u00f9 \u00e9crivait le cheval de Zapata, mais il ne m\u2019importait pas beaucoup de le savoir parce que je compris tout de suite que la discr\u00e9tion \u00e9tait importante. Marinero, je crois, appr\u00e9cia mon geste et, en retour, me montra quelques lettres que lui avait envoy\u00e9es le cheval de Zapata.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce que je lus \u00e9tait long et merveilleux. Ici, par manque d\u2019espace et de temps, je vous transcris seulement quelques-unes unes des choses que raconte le cheval de Zapata. Bien, allons-y.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_20064.jpg\" alt=\"\" width=\"368\" height=\"480\" align=\"right\" hspace=\"10\" vspace=\"10\" \/><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0Mon g\u00e9n\u00e9ral n\u2019\u00e9tait pas encore g\u00e9n\u00e9ral lorsque je galopais avec les chevaux. Mon g\u00e9n\u00e9ral aimait beaucoup les chevaux, bien qu\u2019il ne f\u00fbt pas encore mon g\u00e9n\u00e9ral. Et il savait beaucoup sur les chevaux, il savait comment leur parler et il savait les comprendre. Mon g\u00e9n\u00e9ral avait beaucoup de jugeote. Moi, il me connaissait lorsque nous allions aux taureaux. Parce que mon g\u00e9n\u00e9ral aimait beaucoup tor\u00e9er. Une fois, il affronta un taurillon de bonne taille qui lui ab\u00eema une jambe. Mais mon g\u00e9n\u00e9ral se massa seulement un peu et alla manger avec les siens. Moi je vis l\u00e0 que mon g\u00e9n\u00e9ral, en plus d\u2019avoir beaucoup de jugeote, avait ce courage que l\u2019on ne soup\u00e7onnait pas et qui, pour cela, n\u2019en brillait que davantage.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c0 peu de temps de cette histoire de taureau que je vous conte, nous nous sommes soulev\u00e9s en armes contre le mauvais gouvernement&#8230; Nous nous sommes soulev\u00e9s parce que l\u2019injustice dont souffraient les n\u00f4tres \u00e9tait grande ainsi que la mis\u00e8re des indig\u00e8nes. Nous n\u2019avions rien lorsque nous nous sommes soulev\u00e9s contre le gouvernement et mon g\u00e9n\u00e9ral disait que \u00ab\u00a0(&#8230;) lorsqu\u2019il s\u2019\u00e9tait lanc\u00e9 dans la r\u00e9volution il avait laiss\u00e9 \u00e0 la maison, pendus \u00e0 un clou, les vieux pantalons avec lesquels \u00e9tait rest\u00e9 le peu de peur qu\u2019il ait eu dans sa vie\u00a0\u00bb <i>(Ibid)<\/i>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je me rappelle qu\u2019une fois o\u00f9 nous passions par l\u2019\u00c9tat de Puebla nous avons attaqu\u00e9 Atlixco et \u00a0Metepec. L\u2019entreprise textile Compa\u00f1\u00eda Industrial de Atlixco SA avait trois usines (une de filature et de tissus, une autre de blanchissage et la troisi\u00e8me d\u2019impression). Dans le combat de Metepec, beaucoup d\u2019ouvriers se sont incorpor\u00e9s dans nos rangs. Je me souviens, au fait, qu\u2019un ouvrier du textile, Fortino Ayaquica, arriva au grade de g\u00e9n\u00e9ral dans notre Arm\u00e9e de lib\u00e9rationb du Sud. Et je sus qu\u2019il y avait par l\u00e0 un r\u00e9volutionnaire espagnol qui s\u2019appelait Sebasti\u00e1n San Vicente dont je ne savais pas o\u00f9 il \u00e9tait pass\u00e9 apr\u00e8s, jusqu\u2019\u00e0 ce que je le retrouve, organisant des ouvriers dans ce m\u00eame \u00c9tat de Puebla. C\u2019\u00e9tait un homme bon, ce Sebasti\u00e1n, je te raconterai dans une autre lettre ce que je sais de lui. Le fait est qu\u2019avec nous, en plus des paysans, il y avait des ouvriers. Et m\u00eame quelques dipl\u00f4m\u00e9s, de ceux qui ont leurs \u00e9tudes et leurs grandes paroles, mais qui ne rechignaient pas \u00e0 l\u2019heure de mettre la main \u00e0 la carabine o\u00f9 aux bombes en cuir, lorsqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019affronter les cr\u00e2nes d\u2019oeuf du vieux don Porfirio.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Notre arm\u00e9e, la Lib\u00e9ratrice du Sud, \u00e9tait une arm\u00e9e tr\u00e8s grande. Je ne me r\u00e9f\u00e8re pas seulement au grand nombre que nous \u00e9tions, mais \u00e0 ce qu\u2019il y avait des gens de tous genres et de pens\u00e9es tr\u00e8s diverses.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce que nous avions tous en commun, hommes, femmes et chevaux, \u00e9tait le courage pour avoir vu tant d\u2019injustice et tant de pauvret\u00e9 dans les gens du peuple, et tant d\u2019orgueil et tant de richesse dans les maisons de quelques-uns.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c0 la pr\u00e9sidence du Mexique se trouvait un tyran nomm\u00e9 Porfirio D\u00edaz. Ce monsieur n\u2019\u00e9tait que trop rest\u00e9, faisant des lois et commandant des troupes, toujours portant pr\u00e9judice aux pauvres, toujours b\u00e9n\u00e9ficiant aux riches. De m\u00eame que maintenant, bien qu\u2019au lieu d\u2019une personne ce soit aujourd\u2019hui un parti, le PRI, qui se charge que tout aille bien pour les puissants, bien que cela signifie que tout sera pire pour les humbles.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">D\u00edaz ne put se maintenir en place et dut s\u2019en aller. Arriva alors le <i>se\u00f1or<\/i> Madero, mais les choses ne chang\u00e8rent pas et mon g\u00e9n\u00e9ral Zapata dit que nous devions continuer jusqu\u2019\u00e0 ce que soit r\u00e9alis\u00e9 ce que nous voulions\u00a0: Terre et libert\u00e9\u00a0! Je me souviens que lorsque nous assi\u00e9gions Cuautla, Morelos, les combats furent tr\u00e8s durs, nous y allions dur et eux aussi. Il y avait par l\u00e0 quelqu\u2019un qui se nommait Octavio Paz Sol\u00f3rzano. Il avait ramass\u00e9 des t\u00e9moignages de ces luttes et, par la suite, s\u2019incorpora \u00e0 nos rangs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le manquement \u00e0 sa parole du <i>se\u00f1or<\/i> Madero provoqua beaucoup d\u2019indignation dans nos troupes. Je me souviens que l\u00e0-bas, vers ao\u00fbt 1911, le <i>se\u00f1or<\/i> Madero vint nous voir \u00e0 Morelos. Il voulait nous calmer et que nous cessions la lutte. Nous all\u00e2mes le recevoir \u00e0 la gare. Alors il grimpa (Madero) en haut d\u2019un wagon de train et commen\u00e7a \u00e0 nous haranguer, \u00e0 dire\u00a0: \u00ab\u00a0Compagnons de l\u2019\u00c9tat de Morelos, je vous suis reconnaissant de m\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 renverser le gouvernement de don Porfirio Diaz, mais, en m\u00eame temps, je veux vous dire que les terres sont celles des propri\u00e9taires et que celui qui veut une terre, qu\u2019il travaille.\u00a0\u00bb C\u2019est ce que dit Madero et alors tous les zapatistes, hommes, femmes et chevaux lui cri\u00e8rent\u00a0: \u00c0 mort Madero\u00a0! (<i>Ibid<\/i>. F\u00e9lix V\u00e1zquez Jim\u00e9nez, major de la cavalerie de l\u2019Arm\u00e9e de lib\u00e9ration du Sud). Et le <i>se\u00f1or<\/i> Madero continua comme un ent\u00eat\u00e9, essayant de convaincre mon g\u00e9n\u00e9ral de se rendre. Bien mal en prit au <i>se\u00f1or<\/i> Madero parce que nous les zapatistes, nous ne nous rendons pas, nous ne nous vendons pas.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">C\u2019est pourquoi, bien que nous ayons projet\u00e9 le petit <i>se\u00f1or<\/i> Diaz hors de la chaise pr\u00e9sidentielle, nous repartimes dans la <i>sierra<\/i>. Nous all\u00e2mes donc \u00e0 Ayoxuxtla. Je me souviens bien de la date. C\u2019\u00e9tait le 25 novembre et l\u2019ann\u00e9e 1911 finissait. Mon g\u00e9n\u00e9ral seul faisait les cent pas et disait \u00e0 celui qui \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0Que manque-t-il, comp\u00e8re, que manque-t-il\u00a0?\u00a0\u00bb Mais par la suite il sembla qu\u2019il ne manquait plus rien parce qu\u2019il nous a appel\u00e9s et nous a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0, ici se trouve ce que nous sommes, ce que nous voulons, et cela s\u2019appelle le Plan d\u2019Ayala. Alors les sept g\u00e9n\u00e9raux zapatistes sign\u00e8rent, et ensuite, Zapata nous dit \u00e0 tous\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<i>Se\u00f1ores<\/i>, que celui qui n\u2019a pas peur vienne signer, mais vous savez que vous allez signer pour la victoire ou la mort.\u00a0\u00bb Moi, j\u2019allais passer pour le signer, mais je ne le fis pas parce qu\u2019apr\u00e8s ils allaient penser du mal de moi, un cheval qui sait lire et \u00e9crire, c\u2019est pourquoi je hennis seul, pour bien marquer que j\u2019\u00e9tais aussi d\u2019accord pour la lutte et pour que personne ne soup\u00e7onne que j\u2019\u00e9tais un cheval qui savait lire et \u00e9crire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mon g\u00e9n\u00e9ral continua donc la lutte. Le <i>se\u00f1or<\/i> Madero croyait encore qu\u2019il allait le contenter avec de petites paroles, qu\u2019il s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 arr\u00eat\u00e9, que nous avions gagn\u00e9, qu\u2019il resterait calme, mais mon g\u00e9n\u00e9ral se mit en col\u00e8re et \u00e9crivit une lettre tr\u00e8s dure et tr\u00e8s belle. J\u2019en ai eu connaissance car c\u2019est moi qui la portai au destinataire. J\u2019en profitai pour copier quelques paroles. Voici ce qu\u2019elles disaient\u00a0: \u00ab\u00a0Moi, comme je ne suis pas politicien, je ne comprends rien \u00e0 ces victoires \u00e0 moiti\u00e9, \u00e0 ces victoires o\u00f9 les vaincus sont les gagnants, \u00a0\u00e0 ces victoires o\u00f9, comme dans mon cas, on m\u2019offre, on exige de moi, qu\u2019apr\u00e8s \u00eatre sorti victorieux de la r\u00e9volution, je parte non seulement de mon \u00c9tat, mais aussi de ma patrie&#8230; Je suis r\u00e9solu \u00e0 lutter contre tout et contre tous sans autre bastion que la confiance, l\u2019affection et l\u2019appui de mon peuple, faites-le donc savoir \u00e0 tous\u00a0; et \u00e0 don Gustavo (Madero), dites-lui en r\u00e9ponse \u00e0 ce qu\u2019il m\u2019a dit, que l\u2019on n\u2019ach\u00e8te pas Emiliano Zapata avec de l\u2019or. Aux compagnons qui \u00e9taient prisonniers, victimes de l\u2019ingratitude de Madero, il leur dit de ne pas faire attention, qu\u2019il y avait encore ici des hommes qui avaient honte et que l\u2019espoir de leur rendre leur libert\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas perdu\u00a0\u00bb (Emiliano Zapata \u00e0 Gildardo Maga\u00f1a, 6 d\u00e9cembre 1911. <i>Ib\u00edd<\/i>.)<\/span><\/p>\n<p><span class=\"texte1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"shrinkToFit aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_20065.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_20065.jpg\" width=\"460\" height=\"585\" \/><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em>Zapata, dirigeant agraire<\/em>, Diego Rivera, 1931.Fresque sur ciment renforc\u00e9 d&rsquo;acer galvanis\u00e9, 238.1 x 188 cm. Mus\u00e9e d&rsquo;Art moderne, New-York, Abby Aldrich Rockefeller Fund. La fresque se base sur un panneau de la s\u00e9rie murale peinte par Rivera dans le Palais de Cort\u00e9s \u00e0 Cuernavaca, la capitale del l&rsquo;\u00c9tat de Morelos<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><span class=\"texte1\"><img decoding=\"async\" class=\"overflowingVertical\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_20066.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_20066.jpg\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s vint la trahison de Victoriano Huerta et le <i>se\u00f1or<\/i> Madero fut assassin\u00e9. Les ann\u00e9es sont pass\u00e9es. Nous les avons pass\u00e9es \u00e0 combattre contre Huerta et il fut promptement renvers\u00e9. Mais alors un monsieur Carranza s\u2019acharna \u00e0 prendre le pouvoir sans faire cas des demandes du peuple, des paysans, qui avait fait leur le plan d\u2019Ayala. Dans le nord, le g\u00e9n\u00e9ral Francisco Villa avait fini par briser l\u2019arm\u00e9e huertiste \u00e0 la bataille de Zacatecas. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, Carranza et ses g\u00e9n\u00e9raux se voyaient d\u00e9j\u00e0 gouverner sans que personne ne leur mette de b\u00e2tons dans les roues. Mais les r\u00e9volutionnaires qui \u00e9taient avec le peuple se r\u00e9unirent pour s\u2019assurer qu\u2019un bon gouvernement arrive et guide notre patrie sur le bon chemin. \u00c0 Aguascalientes, les principaux chefs r\u00e9volutionnaires se r\u00e9unirent et ils donn\u00e8rent \u00e0 leur r\u00e9union le nom de \u00ab\u00a0Convention\u00a0\u00bb. Aux d\u00e9buts de la Convention d\u2019Aguascalientes, nous les zapatistes n\u2019\u00e9tions pas pr\u00e9sents, mais ensuite, ceux qui \u00e9taient r\u00e9unis l\u00e0 d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019envoyer une d\u00e9l\u00e9gation pour nous inviter. J\u2019\u00e9tais pr\u00e9sent lorsque le g\u00e9n\u00e9ral Felipe Angeles, \u00e0 la t\u00eate du groupe, arriva jusqu\u2019au quartier zapatiste pour inviter mon g\u00e9n\u00e9ral Zapata.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mon g\u00e9n\u00e9ral envoya Paulino Mart\u00ednez, un homme droit, bon de c\u0153ur et de paroles. Je n\u2019y suis pas all\u00e9, mais d\u2019autres me dirent que don Paulino porta bien la parole zapatiste et, rapidement, la Convention fit sien notre Plan d\u2019Ayala.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les conventionnels all\u00e8rent voir le <i>se\u00f1or<\/i> Carranza, chef des forces arm\u00e9es qui s\u2019appelaient \u00ab\u00a0constitutionnalistes\u00a0\u00bb, pour lui demander d\u2019abandonner ses ambitions et de remettre le pouvoir qu\u2019il avait pris de force. Selon ce que disait notre Plan d\u2019Ayala, le nouveau pr\u00e9sident devait sortir d\u2019un accord des chefs r\u00e9volutionnaires et il fallait organiser une \u00e9lection pour que le peuple choisisse son gouvernement. Carranza fit comme s\u2019il \u00e9tait d\u2019accord, mais sa ruse \u00e9tait de vouloir \u00e9liminer de la lutte et du pays les g\u00e9n\u00e9raux Francisco Villa et Emiliano Zapata. Carranza savait que, une fois d\u00e9barrass\u00e9 d\u2019 eux, personne ne l\u2019emp\u00eacherait de prendre le pouvoir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Vue l\u2019ambition de Carranza il n\u2019y eut pas d\u2019accord, et alors le d\u00e9sordre continua, d\u00e9sormais entre conventionnels et constitutionnalistes. C\u2019est ainsi qu\u2019ils se nommaient, mais en v\u00e9rit\u00e9 c\u2019\u00e9tait la guerre entre ceux qui voulaient que les choses changent pour le bien du peuple, c\u2019est-\u00e0-dire Villa et Zapata, et ceux qui voulaient que tout continue comme avant, c\u2019est-\u00e0-dire Carranza et Obregon.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Nos troupes avanc\u00e8rent vers la capitale du pays et, apr\u00e8s que mon g\u00e9n\u00e9ral eut rencontr\u00e9 Villa \u00e0 Xochimilco, nous sommes entr\u00e9s dans la ville de Mexico le 6 d\u00e9cembre 1914. Nous \u00e9tions l\u00e0 juste pour y faire un tour, puisque nous n\u2019\u00e9tions pas entr\u00e9s en lutte parce que nous voulions le gouvernement, ou de l\u2019argent, ou pour avoir des choses. Non, nous avions lutt\u00e9 pour la terre et la libert\u00e9. C\u2019est pourquoi ensuite nous sommes sortis de la ville de Mexico, pour continuer \u00e0 nous pr\u00e9parer pour la lutte.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les ann\u00e9es suivantes ne furent pas faciles. Carranza eut l\u2019appui des r\u00e9actionnaires et put armer convenablement ses arm\u00e9es. Obreg\u00f3n vainquit Villa \u00e0 la bataille de Celaya et l\u2019arm\u00e9e constitutionnelle devint la plus puissante. Pour essayer de gagner plus de monde \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, Carranza promulgua la loi du 6 janvier 1915, qui reconnaissaient quelques-unes des revendications agraires de notre peuple, non parce qu\u2019il pensait les r\u00e9aliser, mais bien parce qu\u2019il voulait tromper les zapatistes. Carranza arma aussi des groupes d\u2019ouvriers pour combattre la r\u00e9volution. Au total, les choses devinrent de plus en plus difficiles pour nous et notre lutte. En 1917, Carranza organisa une nouvelle Constitution, ce qui repr\u00e9sente les lois les plus grandes d\u2019un pays. L\u00e0, gr\u00e2ce \u00e0 la forte lutte des zapatistes, quelques droits des peuples paysans furent reconnus.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais Carranza ne peut oublier que mon g\u00e9n\u00e9ral Zapata est un r\u00e9volutionnaire, qui ne va pas cesser de se battre jusqu\u2019\u00e0 ce que le Plan d\u2019Ayala soit r\u00e9alis\u00e9. C\u2019est pourquoi il fait un plan pour assassiner mon g\u00e9n\u00e9ral Emiliano. Comme ils ne pouvaient l\u2019acheter avec de l\u2019or, ou lui faire peur avec la guerre, ni le vaincre avec tant d\u2019arm\u00e9es, il monte un plan de trahison. Le g\u00e9n\u00e9ral carranziste Pablo Gonz\u00e1lez ordonna \u00e0 un subordonn\u00e9, le colonel Jes\u00fas Mar\u00eda Guajardo, de faire semblant de d\u00e9serter les rangs gouvernementaux et de passer du c\u00f4t\u00e9 des zapatistes. Mon g\u00e9n\u00e9ral n\u2019y crut pas vraiment et exigea diverses preuves de Guajardo, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il le convainque un peu. Alors arriva ce qui se passa \u00e0 Chinameca, dans le courant de l\u2019ann\u00e9e 1919, et c\u2019\u00e9tait le mois d\u2019avril.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans l\u2019Hacienda de Chinameca, Morelos, \u00e7a ne s\u2019est pass\u00e9 comme on le dit. Ou bien si, \u00e7a s\u2019est pass\u00e9 comme \u00e7a, mais pas seulement comme \u00e7a. Il est vrai que le d\u00e9nomm\u00e9 Guajardo retourna sa veste et tendit un pi\u00e8ge \u00e0 mon g\u00e9n\u00e9ral, mais il n\u2019est pas s\u00fbr que celui-ci mourut l\u00e0, ce 10 avril 1919. Non, mon g\u00e9n\u00e9ral fut m\u00e9chamment bless\u00e9, c\u2019est certain, mais je me suis d\u00e9brouill\u00e9 pour le tirer de l\u00e0 et nous enfuir ensuite comme des d\u00e9rat\u00e9s, profitant de la confusion et de la poussi\u00e8re soulev\u00e9e par les tirs des cr\u00e2nes d\u2019\u0153uf.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les choses se pass\u00e8rent ainsi. Le 9 avril, Zapata \u00e9l\u00e8ve Guajardo au grade de g\u00e9n\u00e9ral et celui-ci, pour le remercier, lui offre un cheval alezan et l\u2019invite \u00e0 manger \u00e0 l\u2019hacienda de Chinameca. Tandis qu\u2019il se rendait au repas, parvinrent des rumeurs qu\u2019un homme de Carranza appel\u00e9 R\u00edos Certuche, r\u00f4dait dans l\u2019hacienda. Mon g\u00e9n\u00e9ral envoie faire une reconnaissance et on ne trouve personne. Mais alors, je me rendis compte que quelque chose n\u2019allait pas bien et j\u2019allais r\u00f4der vers le centre de l\u2019hacienda. Mon g\u00e9n\u00e9ral entre, mont\u00e9 sur l\u2019alezan offert par Guajardo. J\u2019entends clairement que les trois coups de clairon sont sonn\u00e9s pour le salut militaire. Le troisi\u00e8me coup s\u2019\u00e9teint \u00e0 peine que la fusillade commence. Rapide, sans r\u00e9fl\u00e9chir davantage, je me lance vers la porte et entre au galop. Mon g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait \u00e0 terre et \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s \u00e9tait tomb\u00e9 Agust\u00edn Cort\u00e9s, son assistant. Je ramassai mon g\u00e9n\u00e9ral et m\u2019en allai en le tirant. Ces idiots crurent qu\u2019Agust\u00edn Cort\u00e9s \u00e9tait Zapata et ils continu\u00e8rent de lui tirer dessus, et dans la confusion, je partis en tirant mon g\u00e9n\u00e9ral avec les dents.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je ne le tirai pas vers le campement, parce que je pensais que, s\u00fbrement, les hommes de Carranza se rendraient l\u00e0-bas. Ce que je fis alors fut de l\u2019emporter vers la maison de quelques indig\u00e8nes et je le laissais l\u00e0 pour qu\u2019ils le soignent. Je m\u2019en allais parce que, si je restais dans le coin, ils me reconna\u00eetraient s\u00fbrement et trouveraient mon g\u00e9n\u00e9ral. Je sus apr\u00e8s que mon g\u00e9n\u00e9ral Zapata s\u2019\u00e9tait bien remis et s\u2019\u00e9tait enfui vers le Sud-Est, mais ceci est une autre histoire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Comme ci comme \u00e7a, j\u2019allais d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre et maintenant je suis ici, attendant que mon g\u00e9n\u00e9ral m\u2019appelle et que nous chevauchions de nouveau ensemble. Durant ce temps, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des plus mal foutus, ceux que personne n\u2019\u00e9coute, ceux auxquels personne ne fait cas. C\u2019est pourquoi je sais que notre lutte n\u2019est pas termin\u00e9e, qu\u2019il faudra encore beaucoup lutter pour arriver \u00e0 ce que nous avons dit dans les montagnes de Morelos et qui a \u00e9t\u00e9, et est, notre drapeau\u00a0: Terre et Libert\u00e9\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Bon Marinero, je te quitte. Allez.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mes meilleures salutations. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Le cheval d\u2019Emiliano Zapata.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">C\u2019est ce que j\u2019ai lu dans la lettre du cheval. Lorsque je demandai \u00e0 Marinero s\u2019il en savait plus, il prit le crayon et \u00e9crivit\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0Le cheval de Zapata est dans les parages. Il dit qu\u2019il ne cherche pas un cavalier qui le monte. Non, il dit qu\u2019il cherche quelqu\u2019un qui le comprenne.\u00a0\u00bb<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">J\u2019ai pris cong\u00e9 de Marinero et je suis retourn\u00e9 \u00e0 la plage de bl\u00e9 o\u00f9 la mer se repose.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,<br \/>\nsous-commandant insurg\u00e9 Marcos. <i><br \/>\n<\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mexique, le 10 avril 2000, pour l\u2019anniversaire de mon g\u00e9n\u00e9ral Emiliano Zapata<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Note de Tlaxcala<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\">*Premier tome de la t\u00e9tralogie publi\u00e9e par <em><a href=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/libro\/la-irrupcion-zapatista_78432\/\"><strong>Ediciones Era<\/strong><\/a><\/em><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/libro\/la-irrupcion-zapatista_78432\/\"><img decoding=\"async\" class=\"book-cover\" src=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/media\/ediciones_era\/images\/thumbs\/edition-71083-115x177.jpg\" alt=\"La irrupci\u00f3n zapatista\" \/><\/a><\/p>\n<h4 class=\"book-title\"><a href=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/libro\/la-irrupcion-zapatista_78432\/\">La irrupci\u00f3n zapatista<\/a> 1911<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/libro\/la-revolucion-del-sur_78485\/\"><img decoding=\"async\" class=\"book-cover\" src=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/media\/ediciones_era\/images\/thumbs\/edition-71131-115x173.jpg\" alt=\"La revoluci\u00f3n del sur\" \/><\/a><\/p>\n<h4 class=\"book-title\"><a href=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/libro\/la-revolucion-del-sur_78485\/\">La revoluci\u00f3n del sur<\/a> 1912-1914<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/libro\/ejercito-libertador_78592\/\"><img decoding=\"async\" class=\"book-cover\" src=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/media\/ediciones_era\/images\/thumbs\/edition-70955-115x173.jpg\" alt=\"Ej\u00e9rcito Libertador\" \/><\/a><\/p>\n<h4 class=\"book-title\"><a href=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/libro\/ejercito-libertador_78592\/\">Ej\u00e9rcito Libertador<\/a> 1915<\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/libro\/la-guerra-zapatista_93787\/\"><img decoding=\"async\" class=\"book-cover\" src=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/media\/ediciones_era\/images\/thumbs\/cover-93787-115x173.jpg\" alt=\"La guerra zapatista\" \/><\/a><\/p>\n<h4 class=\"book-title\"><a href=\"https:\/\/www.edicionesera.com.mx\/libro\/la-guerra-zapatista_93787\/\">La guerra zapatista<\/a> 1916-1919<\/h4>\n<p align=\"center\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/XAUcMmxaubg\" width=\"656\" height=\"369\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/8VRQiPWKFGk\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Ignacio L\u00f3pez Tarso\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span class=\"auteur\">Subcomandante Insurgente Galeano<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Original: <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2019\/04\/08\/el-caballo-de-zapata\/\"><span class=\"navigation_cadre\">El caballo de Zapata<\/span><\/a><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=25751\">Tlaxcala<\/a>, le 8 avril 2019<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme ci comme \u00e7a, j\u2019allais d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre et maintenant je suis ici, attendant que mon g\u00e9n\u00e9ral m\u2019appelle et que nous chevauchions de nouveau ensemble. Durant ce temps, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des plus mal foutus, ceux que personne n\u2019\u00e9coute, ceux auxquels personne ne fait cas. C\u2019est pourquoi je sais que notre lutte n\u2019est pas termin\u00e9e, qu\u2019il faudra encore beaucoup lutter pour arriver \u00e0 ce que nous avons dit dans les montagnes de Morelos et qui a \u00e9t\u00e9, et est, notre drapeau : Terre et Libert\u00e9 !<\/p>\n","protected":false},"author":473,"featured_media":8022,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[8,217],"tags":[4426,4427,4423,4424],"coauthors":[4425],"class_list":["post-8021","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","category-abya-yala","tag-caballos-zapatistas","tag-chinameca","tag-emiliano-zapata","tag-revolucion-mexicana"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8021","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/473"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8021"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8021\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8024,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8021\/revisions\/8024"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8022"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8021"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8021"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8021"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=8021"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}