{"id":8000,"date":"2019-04-08T03:05:50","date_gmt":"2019-04-08T03:05:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=8000"},"modified":"2019-04-08T03:18:35","modified_gmt":"2019-04-08T03:18:35","slug":"italie-7-avril-1979-loperation-nuit-et-brouillard-contre-lautonomie-ouvrere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2019\/04\/08\/italie-7-avril-1979-loperation-nuit-et-brouillard-contre-lautonomie-ouvrere\/","title":{"rendered":"Italie, 7 avril 1979 : l&rsquo;Op\u00e9ration Nuit et Brouillard contre l&rsquo;Autonomie ouvri\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/aut_5109.jpg\" width=\"175\" height=\"113\" border=\"0\" \/>Le 7 avril 1979 sont lanc\u00e9s en Italie l&rsquo;op\u00e9ration judiciaire et le processus politique visant \u00e0 r\u00e9gler leur compte s\u00e0 des parties importantes des mouvements des ann\u00e9es soixante-dix, accus\u00e9es pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;Italie r\u00e9publicaine d'\u00a0\u00bbinsurrection arm\u00e9e contre les pouvoirs de l&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_20058.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"219\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le 7 avril 1979, des dizaines de militants (qui deviendront des centaines au cours de l&rsquo;enqu\u00eate) appartenant \u00e0 l\u2019aire de l&rsquo;Autonomie ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s, en ex\u00e9cution d&rsquo;un double mandat d&rsquo;arr\u00eat d\u00e9livr\u00e9 par les juges Pietro Calogero et Achille Gallucci des parquets de Padoue et Rome, pour association subversive, bande arm\u00e9e et participation \u00e0 dix-neuf meurtres, notamment celui d\u2019Aldo Moro. L&rsquo;accusation \u00e9tait qu&rsquo;ils avaient constitu\u00e9 une organisation secr\u00e8te qui dirigeait en coulisses tous les groupes arm\u00e9s possibles : comme l&rsquo;\u00e9crira <em>L&rsquo;Unit\u00e0<\/em> (organe du OCI) deux jours plus tard, \u00a0\u00bb un seul fil conducteur, en somme, traverserait toutes les formations terroristes, de la n\u00e9buleuse du \u00ab\u00a0terrorisme diffus\u00a0\u00bb \u00e0 la perfection militaire des BRr. La main qui tire cette ficelle et man\u0153uvre serait celle de l&rsquo;Autonomie\u00a0\u00bb, une organisation n\u00e9e apr\u00e8s la dissolution de Potere Operaio et qui a grandi dans les ann\u00e9es soixante-dix, c&rsquo;est-\u00e0-dire celle de Toni Negri, pour qui le juge Calogero recourt, pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;Italie r\u00e9publicaine, \u00e0 l&rsquo;article 284 du Code p\u00e9nal \u00ab\u00a0pour avoir encourag\u00e9 une insurrection arm\u00e9e contre les pouvoirs de l&rsquo;\u00c9tat et commis des faits destin\u00e9s \u00e0 provoquer une guerre civile sur le territoire de cet \u00c9tat\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_20059.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"423\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Guido Calogero<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b><\/b><span style=\"font-size: 12pt;\">L&rsquo;op\u00e9ration 7 avril joue un r\u00f4le crucial dans l&rsquo;affrontement social qui a eu lieu dans les ann\u00e9es 1970, une d\u00e9cennie exceptionnelle du point de vue des luttes sociales et du r\u00f4le de premier plan de la classe ouvri\u00e8re. Elle a \u00e9t\u00e9 soutenue par un battage m\u00e9diatique impressionnant. En quelques jours, l&rsquo;Italie a appris l&rsquo;existence d&rsquo;une sorte de Spectre de chez nous, dont l&rsquo;existence \u00e9tait affirm\u00e9e avec certitude comme \u00e9tant prouv\u00e9e par des \u00e9l\u00e9ments solides et des t\u00e9moins irr\u00e9futables : parmi eux, un homme du G\u00e9n\u00e9ral Dalla Chiesa et un brigadiste padouan repenti. <em>L\u2019Unit\u00e0<\/em> se distinguait en particulier dans cette campagne, en distillant, jour apr\u00e8s jour, les r\u00e9v\u00e9lations provenant du Parquet de Padoue : Negri avait \u00e9t\u00e9 l\u2019initiateur des premiers enl\u00e8vements perp\u00e9tr\u00e9s par les BR, membre de la direction des BR depuis la mi-1973, l\u2019interlocuteur t\u00e9l\u00e9phonique qui avait communiqu\u00e9 avec la famille Moro pendant l&rsquo;enl\u00e8vement du dirigeant de la d\u00e9mocratie-chr\u00e9tienne, mais aussi, avec une extr\u00eame versatilit\u00e9, celui qui\u00a0\u00ab\u00a0avait enseign\u00e9 les techniques de fabrication des cocktails Molotov\u00a0\u00bb. Et, insinuait-on, l&rsquo;instigateur du meurtre du juge Emilio Alessandrini (tu\u00e9 par Prima Linea, une organisation arm\u00e9e distincte des BR), qui, apr\u00e8s avoir partag\u00e9 un repas avec Negri dans la maison du juge Antonio Bevere, aurait reconnu sa voix comme celle du t\u00e9l\u00e9phoniste des BR, le \u00ab\u00a0Dr Nicolai \u00bb qui avait appel\u00e9 chez Moro. Aussi incroyable que cela puisse para\u00eetre, il faudra l&rsquo;expertise linguistique de Tullio De Mauro pour certifier la diff\u00e9rence entre l\u2019 \u00e9vidente intonation du \u00ab\u00a0Docteur Nicolai\u00a0\u00bb (qui s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre Mario Moretti) \u00e0 l\u2019accent des Marches et celle de Negri, \u00e0 l\u2019accent padouan.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le syst\u00e8me accusatoire construit par Calogero et Gallucci a \u00e9t\u00e9 configur\u00e9 comme l&rsquo;application de lois sp\u00e9ciales de fait, qui, en contournant la lettre de la loi, \u00e9taient li\u00e9es, dans certains cas en l\u2019 anticipant, \u00e0 la \u00ab\u00a0l\u00e9gislature d&rsquo;urgence\u00a0\u00bb qui a constitu\u00e9 pendant des ann\u00e9es une v\u00e9ritable suspension des droits de la d\u00e9fense : le tron\u00e7onnage de l&rsquo;enqu\u00eate en trois proc\u00e8s a mis de fait les accus\u00e9s en position d&rsquo;\u00eatre accus\u00e9s \u00e0 Rome d&rsquo;avoir cr\u00e9\u00e9 une organisation arm\u00e9e (la myst\u00e9rieuse \u00ab\u00a0O\u00a0\u00bb), \u00e0 Padoue de crimes qui constituaient la substance de l\u2019 \u00ab\u00a0O\u00a0\u00bb, et \u00e0 Milan du caract\u00e8re tentaculaire de l\u2019 \u00ab\u00a0O\u00a0\u00bb conjointement avec d&rsquo;autres acronymes. Comme dans un paradoxe, \u00e0 Rome les crimes \u00e9taient donn\u00e9s pour pr\u00e9suppos\u00e9s, \u00e0 Padoue et \u00e0 Milan c\u2019\u00e9tait l&rsquo;organisation qui l\u2019\u00e9tait. Parall\u00e8lement, au fil du temps et de la chute des premi\u00e8res charges, remplac\u00e9es par de nouvelles charges d\u00e9clench\u00e9es par les aveux de divers \u00ab\u00a0repentis\u00a0\u00bb &#8211; d&rsquo;abord Carlo Fioroni, puis Marco Barbone &#8211; des mandats d&rsquo;arr\u00eat de substitution ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mis qui contournaient en pratique la limite de la d\u00e9tention provisoire fix\u00e9e par la loi \u00ab\u00a0Valpreda\u00a0\u00bb (loi 773\/1972). Les pr\u00e9venus ont ainsi \u00e9t\u00e9 soumis au r\u00e9gime des prisons sp\u00e9ciales &#8211; comme si leur culpabilit\u00e9 avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e &#8211; jusqu&rsquo;\u00e0 la sentence de premi\u00e8re instance, presque toujours sans confrontation avec les repentis qui les accusaient, parfois (comme dans le cas de Negri) sans jamais rencontrer le juge d&rsquo;instruction. Des prisons sp\u00e9ciales dans lesquelles la cohabitation avec les \u00ab\u00a0bourreaux des prisons\u00a0\u00bb brigadistes, qui les consid\u00e9raient comme des tra\u00eetres \u00e0 qui ils promettaient explicitement le \u00ab\u00a0coup de gr\u00e2ce\u00a0\u00bb, constituait un autre \u00e9l\u00e9ment de torture psychologique ; il ne faut pas oublier que le r\u00e9gime carc\u00e9ral s\u00e9v\u00e8re aura des effets d\u00e9vastateurs sur le corps de certains (comme Ferrari Bravo, Vesce, Serafini), qui conna\u00eetront une mort pr\u00e9coce.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c0 l&rsquo;issue d&rsquo;une proc\u00e9dure judiciaire qui a dur\u00e9 des ann\u00e9es (la sentence de seconde instance est du 8 juin 1987), apr\u00e8s que le proc\u00e8s de Padoue eut fait justice du syst\u00e8me accusatoire et que le procureur Giovanni Palombarini eut d\u00e9menti et r\u00e9fut\u00e9 Calogero, les pr\u00e9venus, condamn\u00e9s en premi\u00e8re instance \u00e0 de tr\u00e8s lourdes peines, furent acquitt\u00e9s de presque toutes les charges, et leurs peines presque toutes r\u00e9duites selon la dur\u00e9e de leur d\u00e9tention pr\u00e9ventive. Mais d\u00e9sormais, on \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9 dans les ann\u00e9es 80.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_20056.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"264\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Cette machination judiciaire raffin\u00e9e \u00e9tait au service d&rsquo;un canevas g\u00e9n\u00e9ral, qui prit le nom de \u00ab\u00a0th\u00e9or\u00e8me de Calogero\u00a0\u00bb et qui pr\u00e9tendait r\u00e9duire un mouvement de critique et de subversion de l&rsquo;\u00e9tat des choses pr\u00e9sent \u00e0 une association criminelle manipul\u00e9e par une poign\u00e9e de \u00ab\u00a0mauvais ma\u00eetres\u00a0\u00bb. Le th\u00e9or\u00e8me reposait sur trois hypoth\u00e8ses : qu&rsquo;un mouvement autonome et spontan\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas possible ; que son caract\u00e8re multiple et pluriel constituait une simple variation par rapport \u00e0 une uniformit\u00e9 essentielle qui r\u00e9duisait toute manifestation d&rsquo;antagonisme et de lutte de classe au terrorisme BR ; que la lutte de classe devait \u00eatre purifi\u00e9e de toute expression de violence, malgr\u00e9 l&rsquo;histoire et la tradition des opprim\u00e9s &#8211; d&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de donner au conflit social une direction politique et syndicals qui ne pourrait admettre aucune objection.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le \u00ab\u00a0th\u00e9or\u00e8me de Calogero\u00a0\u00bb, en somme, est n\u00e9 comme une \u00e9manation (explicite ou non) de ce Parti communiste qui s&rsquo;est attribu\u00e9 la t\u00e2che de repr\u00e9senter et de diriger \u00ab\u00a0la classe ouvri\u00e8re qui se fait \u00c9tat\u00a0\u00bb, et en tant que tel \u00e9tait charg\u00e9, se faisant des illusions, de rem\u00e9dier \u00e0 la crise de l\u2019\u00c9tat planificateur. Le conflit social qui, non seulement en Italie, durait depuis 1968, a mis en crise les fondements m\u00eames de la doctrine keyn\u00e9sienne de l&rsquo;\u00c9tat-providence qui, op\u00e9rant une certaine redistribution des revenus, a maintenu l&rsquo;antagonisme social dans des limites acceptables, au prix de quelques bonnes r\u00e9formes. La crise \u00e9conomique mondiale avait montr\u00e9 ce bon souverain dans toute sa nudit\u00e9, et mis son d\u00e9passement \u00e0 l&rsquo;ordre du jour. Le PCI, prisonnier des politiques du compromis historique et engag\u00e9 \u00e0 faire preuve de sa fiabilit\u00e9 pour la gestion de la crise, a r\u00e9pondu par la politique de sacrifices sanctionn\u00e9e au niveau syndical par le \u00ab\u00a0tournant de l&rsquo;EUR\u00a0\u00bb, le choix de la CGIL d&rsquo;accepter la baisse des salaires pour favoriser la reprise \u00e9conomique et au niveau gouvernemental par le plan Pandolfi de 1978, par lequel le gouvernement Andreotti a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 des coupes g\u00e9n\u00e9rales des d\u00e9penses publiques : les co\u00fbts de la crise (tout d&rsquo;abord les taux de ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9s) ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9percut\u00e9s sur les travailleurs, auxquels il \u00e9tait demand\u00e9 d\u2019 accepter les politiques de licenciement, \u00e0 mettre leurs revendications en veilleuse (am\u00e9liorations contractuelles \u00e9chelonn\u00e9es, r\u00e9vision \u00ab\u00a0de fond en comble\u00a0\u00bb du m\u00e9canisme de la Caisse d&rsquo;int\u00e9gration) et d\u2019accepter l&rsquo;id\u00e9e que les salaires devraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme une \u00ab\u00a0variable d\u00e9pendante\u00a0\u00bb. Le PCI et les syndicats ne parvenaient pas \u00e0 comprendre que le d\u00e9clin de la planification \u00e9tatique se traduisait par l\u2019usage politique de la crise\u00a0; ils ne saisissaient pas le sens de ces politiques capitalistes de restructuration &#8211; allongement des cha\u00eenes de production, automatisation, d\u00e9localisation &#8211; qui pr\u00e9figuraient d\u00e9j\u00e0 le capitalisme de la fin du si\u00e8cle, et le soutenaient m\u00eame ; et ils ne comprenaient pas le changement profond dans la composition sociale des mouvements exprim\u00e9 par le d\u00e9placement du conflit, de l&rsquo;usine \u00e0 tout le territoire m\u00e9tropolitain &#8211; et donc de la journ\u00e9e de travail \u00e0 la qualit\u00e9 de vie dans son int\u00e9gralit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Qu&rsquo;il \u00e9tait concevable qu&rsquo;une vie lib\u00e9r\u00e9e de la domination du travail salari\u00e9 et des d\u00e9terminations \u00e9conomiques soit possible ; qu&rsquo;il y ait une vie au-del\u00e0 de l&rsquo;horizon de l&rsquo;usine ; que cette vie ne soit pas seulement th\u00e9oris\u00e9e, mais pratiqu\u00e9e dans des styles de conduite collectifs et communautaires ; que de nouveaux sujets sociaux produisent des formes novatrices et transversales de lutte ; que tout cela soit accompagn\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9flexion th\u00e9orique \u00e0 la hauteur du d\u00e9fi : tout cela, le parti de Berlinguer, le syndicat de Lama et le parquet de Calogero ne pouvaient pas le reconna\u00eetre ni m\u00eame la concevoir. La r\u00e9duction \u00e0 une sc\u00e8ne d\u2019indice d\u2019un futur crime du d\u00eener auquel avait assist\u00e9 avec Bevere (fondateur et directeur du magazine Critica del diritto, Critique du droit), Toni Negri (qui avait collabor\u00e9 avec Critica del diritto) et son \u00e9pouse Paola, et le juge Alessandrini est embl\u00e9matique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il ne pouvait pas venir \u00e0 l\u2019esprit des journalistes de <em>L&rsquo;Unit\u00e0<\/em> qu&rsquo;autour d&rsquo;une revue qui pratiquait la critique du droit, des magistrats et des militants qui s&rsquo;int\u00e9ressaient aux luttes d&rsquo;usines et aux conflits sociaux puissent se rencontrer et en discuter, socialisant connaissances et points de vue &#8211; peut-\u00eatre \u00e0 partir de l&rsquo;interpr\u00e9tation commune de Boris Pasukanis, le juriste sovi\u00e9tique qui analysait l&rsquo;interaction entre droit et capitalisme. Interpr\u00e9ter ces discussions conviviales comme des paralipom\u00e8nes des D\u00e9mons de Dosto\u00efevski \u00e9tait une cl\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9tation plus confortable et attirante, efficace si l&rsquo;on voulait croire que toute manifestation de conflit radical &#8211; partag\u00e9e ou non &#8211; \u00e9tait caus\u00e9e par des aliens et n\u2019\u00e9tait pas reconnue comme issue d&rsquo;une histoire commune : m\u00eame quand, comme dans le cas d\u2019une des composantes du brigadisme, les Martiens venaient de l\u2019 album de famille m\u00eame du PCI et en conservaient les pires tares kominternistes, sans m\u00eame prendre la peine de raser la moustache<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">D&rsquo;autre part, la mise en relation commune des pratiques \u00e9tait un trait constitutif de ce mouvement, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Nadia Urbinati [<em>politologue italienne de l\u2019Universit\u00e9 Columbia \u00e0 New-York NdT<\/em>], qui lui a attribu\u00e9 \u00ab\u00a0une vision lib\u00e9rale et individualiste\u00a0\u00bb, d&rsquo;ailleurs contredite par ses propres citations des journaux du mouvement. Le fait que la dimension horizontale de ce mouvement \u00e9tait r\u00e9ticulaire et communicative, informative et territorialisante, \u00e9tait malheureusement bien connu des procureurs et des forces de r\u00e9pression qui, dans les mois qui ont suivi, gr\u00e2ce aussi aux \u00a0\u00bb aveux \u00a0\u00bb au caract\u00e8re spontan\u00e9 et v\u00e9ridique variablke des repentis, ont r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9sarticuler ces r\u00e9seaux : Il suffit de rappeler la destruction du circuit des librairies Punti Rossi, dont non seulement les responsables locaux ont \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s &#8211; identifi\u00e9s avec une pr\u00e9cision chirurgicale &#8211; mais les lecteurs eux-m\u00eames (la seule Libreria Calusca de Milan en un an s&rsquo;est retrouv\u00e9e avec 681 usagers arr\u00eat\u00e9s), la fermeture de la coop\u00e9rative Ar&amp;a de Primo Moroni et Nanni Balestrini, structure \u00e9ditoriale qui r\u00e9unissait de nombreuses r\u00e9alit\u00e9s d&rsquo;\u00e9dition autog\u00e9r\u00e9es, en mesure de s\u2019 opposer \u00e0 la grande distribution des titres, la fin du circuit musical qui tournait autour de Cramps Records.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_20057.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"619\" \/><\/span><span class=\"texte1\">Claudio Calia<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans les ann\u00e9es de d\u00e9tention pr\u00e9ventive, avant m\u00eame que le proc\u00e8s ne soit non seulement tenu mais instruit et les charges formul\u00e9es avec pr\u00e9cision, les prisonniers du 7 avril constituaient en prison cette exp\u00e9rience de partage des connaissances qu\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0l&rsquo;Universit\u00e9 de Rebibbia\u00a0\u00bb\u00bb, prise entre <em>L\u2019anomalie sauvage<\/em> de Negri et <em>Convention et mat\u00e9rialisme <\/em>de Paolo Virno, deux des textes les plus importants (certainement les deux plus <em>inactuels<\/em>) des ann\u00e9es 80, \u00e0 travers lesquels l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;autonomie et du (post)-op\u00e9ra\u00efsme s\u2019est prolong\u00e9e \u00e0 ce jour. Il n&rsquo;est pas seulement symbolique qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion du 40\u00e8me anniversaire de cette pers\u00e9cution, <em>Assembl\u00e9e<\/em> ,de Negri et Hardt ait \u00e9t\u00e9 traduite en italien \u2013 ce qui prouve que la tentative d&#8217;emp\u00eacher ce cerveau collectif de penser a \u00e9chou\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Si une image doit estampiller l&rsquo;ensemble de cette histoire obsc\u00e8ne d&rsquo;inquisitions et de \u00ab\u00a0colonnes inf\u00e2mes\u00a0\u00bb, il est bon de rappeler, \u00e0 travers l&rsquo;un de ses acteurs, ce que signifiait la libert\u00e9 pour ces militants : le 12 juin 1984, Luciano Ferrari Bravo, \u00ab\u00a0en attendant, apr\u00e8s cinq ans et demi de d\u00e9tention pr\u00e9ventive, une sentence qui aurait pu le condamner \u00e0 des d\u00e9cennies d&#8217;emprisonnement, au lieu de se laisser tra\u00eener encha\u00een\u00e9 devant le tribunal, resta \u00e0 Rebibbia, serein avec une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 philosophique, pour jouer un s\u00e9rieux match de tennis\u00a0\u00bb (Sandro Chignola, <em>Foucault oltre Foucault<\/em>, DeriveApprodi, 2014, p. 189). T\u00e9moin socratique de la v\u00e9rit\u00e9, Ferrari Bravo ne pouvait alors pas savoir qu&rsquo;en ce printemps-l\u00e0, Foucault avait termin\u00e9 son dernier cours au Coll\u00e8ge de France, alors que la mort approchait, en parlant du courage de la v\u00e9rit\u00e9 et de la philosophie cynique et sto\u00efque comme d&rsquo;un militantisme philosophique \u00ab\u00a0dans le monde et contre le monde (&#8230;) : la vraie vie, comme vie de lutte, pour un monde transform\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=25745#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><span style=\"font-size: 12pt;\">[1]<\/span><br \/>\n<\/a><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">NdT<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"http:\/\/www.seuil.com\/ouvrage\/le-courage-de-la-verite-michel-foucault\/9782020658706\">[1] Le Courage de la v\u00e9rit\u00e9, Le gouvernement de soi et des autres. 1984, Seuil 2009<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span class=\"auteur\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Girolamo De Michele<\/span> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Original: <span class=\"navigation_cadre\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=25743\">7 aprile<\/a><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Traduit par <span class=\"trad\"> <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2&amp;lg_pp=fr\">Fausto Giudice \u0424\u0430\u0443\u0441\u0442\u043e \u0414\u0436\u0443\u0434\u0438\u0447\u0435 \u0641\u0627\u0648\u0633\u062a\u0648 \u062c\u064a\u0648\u062f\u064a\u0634\u064a<\/a><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=25745\">Tlaxcala<\/a>, le 7 avril 2019<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-8002\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Kalogero_KossigaBis.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"149\" \/><\/span><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si une image doit estampiller l&rsquo;ensemble de cette histoire obsc\u00e8ne d&rsquo;inquisitions et de \u00ab\u00a0colonnes inf\u00e2mes\u00a0\u00bb, il est bon de rappeler, \u00e0 travers l&rsquo;un de ses acteurs, ce que signifiait la libert\u00e9 pour ces militants<\/p>\n","protected":false},"author":471,"featured_media":8002,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[218],"tags":[2886,4419,4420,1010,2567,352,4417],"coauthors":[4421],"class_list":["post-8000","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-monde","tag-annees-de-plomb","tag-autonomie-ouvriere","tag-girolamo-de-michele","tag-italiette","tag-repression-policiere","tag-revoltes-logiques","tag-theoreme-de-calogero"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":false,"excerpt":false},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8000","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/471"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8000"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8000\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8007,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8000\/revisions\/8007"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8002"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8000"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8000"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8000"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=8000"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}