{"id":79377,"date":"2025-06-01T11:34:23","date_gmt":"2025-06-01T11:34:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapluma.net\/?p=79377"},"modified":"2025-06-05T14:18:16","modified_gmt":"2025-06-05T14:18:16","slug":"79377","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2025\/06\/01\/79377\/","title":{"rendered":"Neruda et le <i>Winnipeg<\/i> 86 ans apr\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><em>Comme toujours, le temps transforme en l\u00e9gende tous les \u00e9v\u00e9nements importants de l&rsquo;histoire d&rsquo;une nation. De la l\u00e9gende au mythe, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas, et du mythe \u00e0 la fantaisie anecdotique, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un petit saut.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e du cargo\u00a0Winnipeg\u00a0ne doit jamais \u00eatre rel\u00e9gu\u00e9e dans le coffre de l&rsquo;oubli, mais nous ne pouvons pas non plus permettre qu&rsquo;elle commence \u00e0 se forger aux sources des l\u00e9gendes \u00e9piques, car ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un travail bien fait&#8230; tr\u00e8s bien fait&#8230; solidaire, courageux, opportun, d\u00e9cisif et efficace. Une \u0153uvre avec des noms et des pr\u00e9noms : Pedro et Pablo&#8230; Aguirre Cerda et Neruda, respectivement.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1939, l&rsquo;Europe est d\u00e9chir\u00e9e entre deux sc\u00e9narios d&rsquo;une f\u00e9rocit\u00e9 guerri\u00e8re in\u00e9gal\u00e9e. D&rsquo;une part, la guerre civile espagnole touche \u00e0 sa fin et, d&rsquo;autre part, le r\u00e9gime nazi d&rsquo;Adolf Hitler se pr\u00e9pare &#8211; le 1<sup>er<\/sup>\u00a0\u00a0septembre de la m\u00eame ann\u00e9e &#8211; \u00e0 porter les premiers coups \u00e0 l&rsquo;est de la fronti\u00e8re allemande, d\u00e9clenchant ainsi la Seconde Guerre mondiale.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">En Espagne, des milliers de personnes fuyaient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vers la France, tra\u00eenant des enfants en bas \u00e2ge et de vains espoirs, \u00e9chappant aux troupes fascistes de Francisco Franco, vainqueurs du conflit sanglant et ma\u00eetres d&rsquo;une sauvagerie sans bornes appliqu\u00e9e aux vaincus, qu&rsquo;ils jugeaient (quand ils les jugeaient, car il n&rsquo;y avait g\u00e9n\u00e9ralement pas de proc\u00e8s) en quelques minutes pour les envoyer directement au mur ou, dans le meilleur des cas, dans un cachot o\u00f9 ils resteraient jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de leurs jours.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Le monde avait appris certaines des horribles coulisses de la guerre civile espagnole, \u00e9mu, parmi tant d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements, par le meurtre ignoble et inutile du grand po\u00e8te grenadin Federico Garc\u00eda Lorca, un ami personnel de notre po\u00e8te immortel, Pablo Neruda, qui revint en Europe en 1939, en tant que consul sp\u00e9cial pour l&rsquo;immigration espagnole bas\u00e9 \u00e0 Paris, pour organiser le voyage l\u00e9gendaire dont nous nous souvenons aujourd&rsquo;hui, 85 ans apr\u00e8s qu&rsquo;il a eu lieu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Pourquoi Neruda souhaitait-il retourner en Espagne pour mettre ses efforts au service de quelques Espagnols fuyant les troupes franquistes ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1939, alors que Neruda travaille sur le \u00ab\u00a0Canto General\u00a0\u00bb \u00e0 Isla Negra, il re\u00e7oit une lettre de son ami, le po\u00e8te espagnol Rafael Alberti, qui l&rsquo;informe des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les civils partisans de la R\u00e9publique pour \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;avanc\u00e9e des nationalistes. Neruda pr\u00e9voit la chute imminente de la capitale espagnole et demande de l&rsquo;aide au pr\u00e9sident Pedro Aguirre Cerda.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Le po\u00e8te est nomm\u00e9 consul sp\u00e9cial pour l&rsquo;immigration et se plonge dans un travail de bureau acharn\u00e9 \u00e0 Paris, d\u00e9coupant des photos de passeport et recueillant des centaines de demandes de r\u00e9fugi\u00e9s souhaitant se rendre au Chili.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Entre 1937 et 1939, l&rsquo;ambassade du Chili \u00e0 Madrid accueille un grand nombre de r\u00e9fugi\u00e9s. Lorsque la capacit\u00e9 de l&rsquo;ambassade est insuffisante pour accueillir les 700 demandeurs d&rsquo;asile, les l\u00e9gations guat\u00e9malt\u00e8que et salvadorienne collaborent.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Apr\u00e8s la victoire du camp dirig\u00e9 par Francisco Franco, et alors que les troupes nationalistes sont dans les rues de Madrid, 17 r\u00e9publicains se r\u00e9fugient \u00e0 l&rsquo;ambassade du Chili.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Carlos Morla Lynch, ambassadeur et charg\u00e9 d&rsquo;affaires, a contact\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ral Jordana, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res du gouvernement franquiste, pour obtenir des sauf-conduits pour eux. Mais la r\u00e9ponse est n\u00e9gative et le nouveau gouvernement espagnol ordonne que les r\u00e9fugi\u00e9s soient remis aux troupes fascistes, ce que l&rsquo;ambassade chilienne refuse cat\u00e9goriquement, mais elle doit r\u00e9sister \u00e0 une dizaine d&rsquo;attaques des phalangistes \u00e0 la recherche de leurs ennemis.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Le Chili a alors recours au trait\u00e9 de Montevideo et tous les pays d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud soutiennent le gouvernement de Pedro Aguirre Cerda dans cette lutte diplomatique pour la d\u00e9fense du droit d&rsquo;asile des 17 r\u00e9publicains r\u00e9fugi\u00e9s dans l&rsquo;ambassade. Plusieurs d&rsquo;entre eux ont fait partie de l&rsquo;\u00a0\u00ab\u00a0Alianza Antifascista de Escritores\u00a0\u00bb (Alliance antifasciste des \u00e9crivains) et ont finalement voyag\u00e9 vers le nouveau continent, l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Ce groupe comprenait les \u00e9crivains Antonio Aparicio Herrero, Pablo de la Fuente et Antonio de Lezama, entre autres. Pour passer le temps \u00e0 l&rsquo;ambassade, ils \u00e9ditent un journal, \u00ab\u00a0Cometa\u00a0\u00bb, et une revue culturelle appel\u00e9e \u00ab\u00a0Luna\u00a0\u00bb, qui est une revue hebdomadaire dactylographi\u00e9e et \u00e9crite \u00e0 la main, avec des articles sur la po\u00e9sie et des articles litt\u00e9raires. Ils publient jusqu&rsquo;\u00e0 60 exemplaires par jour. Ils analysent la situation en Espagne, bien que l&rsquo;accent soit mis davantage sur la litt\u00e9rature que sur la politique, afin de ne pas compromettre l&rsquo;ambassade du Chili, qui leur a accord\u00e9 l&rsquo;asile.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium aligncenter\" src=\"https:\/\/blogger.googleusercontent.com\/img\/b\/R29vZ2xl\/AVvXsEjuzn6J0qnMgpQ900ngm3nUdnm0ZlnkQg6lhRsbzWZU8WZGpTNwhoUBbKQXszzMYKDK4ig9hgQwObmotxufNFQJtPP2E2PDtttDlY4DtukynZ6pM-Z7Dt_Nn7lQSEknq8lnBLsnXfU0_jHda7ehph7aetmn4zvBHABl_qJVxMksbOWuLUeek8x_gsLEG9yL\/w640-h360-rw\/Winnipeg%202.jpg\" width=\"640\" height=\"360\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Pendant ce temps, Neruda s&rsquo;efforce de trouver un navire, un cargo ou autre, qui lui permettrait de sauver deux mille Espagnols qui se trouvaient dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9s en France, un pays qui, \u00e0 vrai dire, n&rsquo;apportait pas beaucoup d&rsquo;aide aux r\u00e9publicains qui franchissaient ses fronti\u00e8res \u00e0 la recherche d&rsquo;une aide humanitaire parce que leur vie (et celle de leur famille) \u00e9tait menac\u00e9e par l&rsquo;avanc\u00e9e des troupes franquistes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Un an plus tard, cette m\u00eame France sera fatalement et cruellement envahie par les arm\u00e9es nazies d&rsquo;Hitler, partenaire de Franco dans la guerre civile espagnole, qui avait soutenu le g\u00e9n\u00e9ral fasciste en lui envoyant des escadrilles a\u00e9riennes de la Luftwaffe dirig\u00e9es par Hermann G\u00f6ring. Ce sont ces avions nazis qui ont proc\u00e9d\u00e9 au bombardement criminel de la ville de Guernica.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Finalement, Neruda r\u00e9ussit \u00e0 affr\u00e9ter le vieux cargo fran\u00e7ais\u00a0<em>Winnipeg<\/em>\u00a0et alors commence la partie la plus difficile de son travail : s\u00e9lectionner les deux mille Espagnols qui seraient accueillis au Chili en tant que r\u00e9fugi\u00e9s. Il y avait \u00e9videmment plus d&rsquo;ouvriers et de travailleurs que d&rsquo;intellectuels \u00e0 bord du navire, et les histoires personnelles de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 aid\u00e9s par le po\u00e8te chilien pourraient remplir les pages de nombreux livres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium\" src=\"https:\/\/blogger.googleusercontent.com\/img\/b\/R29vZ2xl\/AVvXsEgpRgfzzE8BVKXiLoHi1KS892nkvVlYt8RDrP6O8N8uUAWhFsg_kI1_iS4mJVMS-mf0ZRZ_SGDzTXWPkhOhKpcTfvce9EcN99mf8LU6dqvQhuhHbnKRiAjbSkSqvY91sM4LsA4_cpnM6ny088Y2GVc1Uw_-Wdc21DhlB3aEsl4N8U7-oALorLbLqdtBKyNv\/w640-h360-rw\/Ni%C3%B1os%20WINNIPEG.webp\" width=\"640\" height=\"360\" \/><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Dans la soir\u00e9e du 4 ao\u00fbt 1939, le\u00a0<em>Winnipeg<\/em>\u00a0quitte le port fran\u00e7ais de Trompeloup-Pauillac, pr\u00e8s de Bordeaux, avec 2 365 personnes \u00e0 bord, dont les \u00ab\u00a0300 enfants de la guerre\u00a0\u00bb, nom donn\u00e9 aux mineurs qui voyagent avec leurs parents. La nuit o\u00f9 le\u00a0<em>Winnipeg<\/em>\u00a0a lev\u00e9 l&rsquo;ancre, Pablo Neruda a \u00e9crit ce qui suit, rappel\u00e9 dans ses M\u00e9moires :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">\u00ab\u00a0Ma po\u00e9sie, dans sa lutte, avait r\u00e9ussi \u00e0 leur trouver une patrie. Et je me suis senti fier. J&rsquo;ai eu la joie de leur offrir, dans ma patrie, le pain, le vin et l&rsquo;amiti\u00e9 de tous les Chiliens. Que les critiques effacent toute ma po\u00e9sie, s&rsquo;ils le souhaitent, mais personne ne pourra effacer ce po\u00e8me du\u00a0<em>Winnipeg<\/em>\u00a0dont je me souviens aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Le deuxi\u00e8me jour du voyage, au large du cap Finisterre, la petite Agnes Winnipeg Am\u00e9rica Alonso Bollados est n\u00e9e \u00e0 bord du navire, le premier b\u00e9b\u00e9 \u00e0 venir au monde au milieu de la trag\u00e9die des r\u00e9fugi\u00e9s qui se sont retrouv\u00e9s sur le pont et dans les cales du navire, devenant ainsi un symbole d&rsquo;espoir pour ceux qui ont embarqu\u00e9 sur le navire, contraints de laisser derri\u00e8re eux leur famille et leur patrie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">La travers\u00e9e de l&rsquo;Atlantique n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sans tension, en particulier pour l&rsquo;\u00e9quipage du navire, car des dizaines de sous-marins allemands traquaient les navires fran\u00e7ais et britanniques naviguant dans ces eaux, alors que la Seconde Guerre mondiale \u00e9tait sur le point d\u2019\u00e9clater et que la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre coul\u00e9 par une torpille d&rsquo;un sous-marin nazi constituait une menace certaine. En fait, alors que le\u00a0<em>Winnipeg<\/em>\u00a0navigue dans des eaux plus calmes, Hitler ordonne \u00e0 ses troupes d&rsquo;envahir la Pologne le 1<sup>er<\/sup>\u00a0\u00a0septembre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Le 3 septembre 1939, le\u00a0<em>Winnipeg<\/em>\u00a0accoste dans le port de Valpara\u00edso. La mission de Neruda a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0 bien. Le lendemain, les Espagnols d\u00e9barquent et sont accueillis par les autorit\u00e9s chiliennes. En guise de remerciement pour la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du Chili, et en particulier du pr\u00e9sident Pedro Aguirre Cerda, les immigrants ont accroch\u00e9 au bateau un grande toile sur laquelle \u00e9tait peint le visage du pr\u00e9sident. Ce geste \u00e9tait d&rsquo;autant plus important que certains secteurs politiques chiliens (de droite, pour changer) s&rsquo;\u00e9taient obstin\u00e9ment oppos\u00e9s \u00e0 la solidarit\u00e9 du gouvernement d&rsquo;Aguirre Cerda, mais une fois le navire arriv\u00e9 sur les c\u00f4tes chiliennes, cette opposition s&rsquo;est estomp\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;on se rende compte que les Espagnols du\u00a0<em>Winnipeg<\/em>\u00a0repr\u00e9sentaient un v\u00e9ritable apport intellectuel et technique pour notre pays.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">La plupart de ceux qui ont d\u00e9barqu\u00e9 du\u00a0<em>Winnipeg<\/em>\u00a0sont rest\u00e9s au Chili, s&rsquo;int\u00e9grant pleinement \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 chilienne et collaborant magnifiquement au d\u00e9veloppement de certains arts et m\u00e9tiers.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Le chercheur chilien Julio G\u00e1lvez Barraza raconte que : \u00ab\u00a0m\u00e9decins, ing\u00e9nieurs, chimistes, \u00e9lectriciens, techniciens de la p\u00eache, p\u00eacheurs, ouvriers du textile, charpentiers, m\u00e9caniciens, m\u00e9tallurgistes, tailleurs, boulangers, mineurs et autres professions et m\u00e9tiers sont descendus du navire avec un bagage de gratitude et d&rsquo;espoir pour l&rsquo;avenir\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Les arts plastiques chiliens de notre \u00e9poque sont dirig\u00e9 par deux grands peintres : Roser Bru et Jos\u00e9 Balmes, tous deux passagers du\u00a0<em>Winnipeg<\/em>\u00a0et tous deux, plus tard, \u00e9l\u00e8ves de trois grands peintres chiliens : Burchard, Camilo Mori et Perotti. Ils sont arriv\u00e9s au Chili alors qu&rsquo;ils \u00e9taient presque enfants. Roser Bru a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier l&rsquo;aquarelle et les croquis en tant qu&rsquo;\u00e9tudiante libre \u00e0 l&rsquo;Escuela de Bellas Artes. Elle a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des membres les plus remarquables du Taller 99, dirig\u00e9 par Nemesio Ant\u00fanez, et son \u0153uvre jouit depuis longtemps d&rsquo;un prestige reconnu dans les principaux centres d&rsquo;art contemporain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Jos\u00e9 Balmes, le mois de son arriv\u00e9e au Chili, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de douze ans, est \u00e9galement entr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Escuela Bellas Artes en tant qu&rsquo;\u00e9tudiant libre. Le plus chilien des exil\u00e9s, selon sa propre d\u00e9finition, y restera jusqu&rsquo;en septembre 1973, date \u00e0 laquelle il terminera ses \u00e9tudes comme doyen. Sur sa \u00ab\u00a0chilenisation\u00a0\u00bb acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, le peintre, n\u00e9 en 1927 \u00e0 Montesquieu, en Catalogne, raconte qu&rsquo;il a \u00e9tudi\u00e9 au Liceo Barros Borgo\u00f1o : \u00ab\u00a0J&rsquo;y ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement chilenis\u00e9, parce que si tu n&rsquo;\u00e9tais pas chilenis\u00e9 au Barros Borgo\u00f1o, qu&rsquo;on appelait l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;abattoir, ou les plus grossiers l&rsquo;appelaient les abatteurs, si tu n&rsquo;\u00e9tais pas chilenis\u00e9 l\u00e0-bas, c&rsquo;est que tu \u00e9tais vraiment idiot\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">L&rsquo;excellente (et c\u00e9l\u00e8bre) peintre Roser Bru avait entrepris le voyage \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 16 ans. eJ&rsquo;ai eu 16 ans \u00e0 la fronti\u00e8re avec la France, l\u00e0 o\u00f9 le bateau est parti. Je suis venue avec ma s\u0153ur. Nous dormions dans la cale, dans des lits superpos\u00e9s, et la journ\u00e9e se passait au premier \u00e9tage \u00e0 s&rsquo;occuper des enfants sur le bateau qui avan\u00e7ait comme une baleine. Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Valpara\u00edso la nuit, avec cette merveilleuse lumi\u00e8re qui semble suspendue sur les collines du splendide port. Nous sommes descendus, avons \u00e9t\u00e9 vaccin\u00e9s et avons pris un train qui a travers\u00e9 diff\u00e9rentes villes, o\u00f9 les gens nous ont jet\u00e9 des fleurs. Lorsque nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la gare de Mapocho, on nous a conduits au Centre catalan, situ\u00e9 dans les rues Moneda et Bandera, o\u00f9 l&rsquo;on nous a accueillis avec des haricots et des saucisses\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Chacun des 2 365 Espagnols qui sont arriv\u00e9s dans notre pays le 4 septembre 1939 a sans aucun doute apport\u00e9 une magnifique contribution au d\u00e9veloppement de cette belle r\u00e9publique. Au fil des ans, les \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb se sont enracin\u00e9s, ont eu des enfants entre mer et montagne, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mus par les couleurs de notre drapeau et ont fusionn\u00e9 leurs propres coutumes avec les n\u00f4tres comme un creuset unique, enrichissant le curriculum de cette terre qui, pour sa beaut\u00e9 et sa tranquillit\u00e9, est envi\u00e9e en de nombreux endroits.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #000000;\">Et finalement, qu&rsquo;est-il arriv\u00e9 \u00e0 ce navire mythique ? Le\u00a0<em>Winnipeg<\/em>, construit en 1918 pour transporter des troupes lors de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, apr\u00e8s son voyage embl\u00e9matique est revenu en France pour effectuer le m\u00eame travail pour d&rsquo;autres personnes et d&rsquo;autres solidarit\u00e9s, mais il a \u00e9t\u00e9 coul\u00e9 en haute mer, dans l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique, par une torpille d&rsquo;un sous-marin allemand. On ne sait toujours pas o\u00f9 se trouve son \u00e9pave.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><b><i><a href=\"https:\/\/tlaxcala-int.blogspot.com\/p\/auteurs.html\">Arturo Alejandro, Mu\u00f1oz\u00a0<\/a><\/i><\/b><i><strong>\u00a0<\/strong><\/i><b><i><a href=\"https:\/\/encimadelaniebla.com\/neruda-y-el-winnipeg-86-anos-despues\/\">Encima de la Niebla\u00a0<\/a><\/i><\/b><i><strong>, 1\/6\/2025<\/strong><\/i><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Traduit par\u00a0<a href=\"http:\/\/glocalworkshop.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Fausto-Giudice-bio-FR-2024.pdf\">Fausto Giudice<\/a>,\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/tlaxcala-int.blogspot.com\/search\/label\/Fausto%20Giudice\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Tlaxcala<\/span><\/a><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Lire aussi\u00a0<\/em><\/span><a href=\"https:\/\/poesiedanger.blogspot.com\/2025\/06\/le-bateau-de-lespoir-de-pablo-neruda.html\"><span style=\"font-size: 14pt;\">L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e du Winnipeg racont\u00e9e par Pablo Neruda<\/span><\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la soir\u00e9e du 4 ao\u00fbt 1939, le Winnipeg quitte le port fran\u00e7ais de Trompeloup-Pauillac, pr\u00e8s de Bordeaux, avec 2 365 personnes \u00e0 bord, dont les \u00ab 300 enfants de la guerre \u00bb, nom donn\u00e9 aux mineurs qui voyagent avec leurs parents. La nuit o\u00f9 le Winnipeg a lev\u00e9 l&rsquo;ancre, Pablo Neruda a \u00e9crit ce qui suit, rappel\u00e9 dans ses M\u00e9moires :<br \/>\n\u00ab Ma po\u00e9sie, dans sa lutte, avait r\u00e9ussi \u00e0 leur trouver une patrie. Et je me suis senti fier. J&rsquo;ai eu la joie de leur offrir, dans ma patrie, le pain, le vin et l&rsquo;amiti\u00e9 de tous les Chiliens. Que les critiques effacent toute ma po\u00e9sie, s&rsquo;ils le souhaitent, mais personne ne pourra effacer ce po\u00e8me du Winnipeg dont je me souviens aujourd&rsquo;hui \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":253,"featured_media":79380,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[8,19,218,6],"tags":[3274,191,269,10411,14454,7241,29737,29747,29746],"coauthors":[2164],"class_list":["post-79377","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","category-literatura","category-mundo","category-politique","tag-arturo-alejandro-munoz","tag-chile","tag-chili","tag-federico-garcia-lorca","tag-guerra-civil-espanola","tag-pablo-neruda","tag-refugiados-espanoles","tag-refugies-espagnols","tag-winnipeg"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79377","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/253"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79377"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79377\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":79557,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79377\/revisions\/79557"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/79380"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79377"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79377"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79377"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=79377"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}