{"id":61743,"date":"2024-01-28T15:12:20","date_gmt":"2024-01-28T15:12:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapluma.net\/?p=61743"},"modified":"2024-01-28T22:36:51","modified_gmt":"2024-01-28T22:36:51","slug":"en-el-sur-realmente-existe-una-crisis-de-la-deuda-ante-eso-que-preconiza-el-cadtm","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2024\/01\/28\/en-el-sur-realmente-existe-una-crisis-de-la-deuda-ante-eso-que-preconiza-el-cadtm\/","title":{"rendered":"Existe-t-il une crise de la dette du Sud et que pr\u00e9conise le CADTM ?"},"content":{"rendered":"<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Entretien avec Eric Toussaint par Maxime Perriot<\/strong><\/span><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Maxime Perriot<\/strong> : Dans un article publi\u00e9 en d\u00e9cembre 2023, tu affirmais en \u00e9cho \u00e0 un rapport de la Banque mondiale que les \u00ab pays en d\u00e9veloppement \u00bb sont pris au pi\u00e8ge d\u2019une nouvelle crise de la dette, or le Financial Times et d\u2019autres sources signalent qu\u2019au cours des deux premi\u00e8res semaines de 2024, plusieurs dits pays en d\u00e9veloppement ont r\u00e9ussi \u00e0 refinancer facilement leurs dettes, qu\u2019en est-il ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab\u00a0Les trois pays en d\u00e9veloppement qui ont r\u00e9ussi \u00e0 vendre des titres souverains sont trois pays producteurs de p\u00e9trole et de gaz\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00c9ric Toussaint<\/strong> : Les trois pays en d\u00e9veloppement qui ont r\u00e9ussi \u00e0 vendre facilement des titres souverains sont l\u2019Arabie Saoudite, le Mexique et l\u2019Indon\u00e9sie. Ces trois pays qui sont producteurs de p\u00e9trole et de gaz b\u00e9n\u00e9ficient des prix \u00e9lev\u00e9s des combustibles fossiles et ne font pas partie de la cat\u00e9gorie touch\u00e9e directement par la crise de la dette. Pour rappel, l\u2019Arabie Saoudite est le premier exportateur mondial de p\u00e9trole [1].<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Et s\u2019ils arrivent \u00e0 vendre facilement leurs titres, c\u2019est qu\u2019ils proposent un rendement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des titres de la dette des pays du Nord. Le Mexique vient de r\u00e9ussir \u00e0 vendre des titres pour 7 500 millions de dollars en promettant un taux de 2% sup\u00e9rieur \u00e0 celui des Etats-Unis, de 4% sup\u00e9rieur \u00e0 celui de l\u2019Allemagne. Comme les fonds d\u2019investissement et les banques priv\u00e9es Nord disposent toujours de grandes quantit\u00e9s de liquidit\u00e9s financi\u00e8res, ils ach\u00e8tent volontiers des titres de pays du Sud qui offrent des garanties en nature (par exemple de grandes r\u00e9serves de mati\u00e8res premi\u00e8res) et qui sont capables de proposer des taux sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux des \u00e9conomies du Nord. Il faut en plus ajouter qu\u2019\u00e0 la fin de 2023, le rendement des titres am\u00e9ricains ont un peu baiss\u00e9 ce qui a rendu d\u2019autant plus attractifs pour les investisseurs l\u2019achat de titres offrant un rendement sup\u00e9rieur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Maxime Perriot<\/strong> : Ces trois pays ne sont donc pas repr\u00e9sentatifs de la situation d\u2019un grand nombre de pays ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0\u00bb Le Mexique a pu se financer \u00e0 du 6% d\u00e9but 2024 alors que l\u2019\u00c9gypte, la Turquie et la Zambie devraient promettre environ 25% s\u2019ils voulaient vendre des titres aujourd\u2019hui sur les march\u00e9s financiers\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00c9ric Toussaint<\/strong> : En effet, ces 3 pays ne sont pas repr\u00e9sentatifs de la cat\u00e9gorie de pays qui traversent une crise aig\u00fce.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">D\u2019ailleurs le Financial Times reconna\u00eet lui-m\u00eame que l\u2019Arabie et le Mexique constituent des cas exceptionnels. Voici ce qu\u2019il \u00e9crit : \u00ab Toutefois, les ventes d\u2019obligations de cette ann\u00e9e semblent montrer que les march\u00e9s ne sont ouverts qu\u2019aux gouvernements ayant au moins une cote de cr\u00e9dit de premi\u00e8re qualit\u00e9, comme l\u2019Arabie saoudite et le Mexique. Selon les investisseurs, les pays affubl\u00e9s d\u2019une notation de pacotille, comme le simple B, pourraient continuer \u00e0 trouver presque impossible d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019emprunt cette ann\u00e9e, ce qui les emp\u00eacherait de refinancer les \u00e9ch\u00e9ances imminentes, sauf \u00e0 des taux risqu\u00e9s \u00e0 deux chiffres qui aggraveraient rapidement le fardeau de leurs paiements. \u00bb [2] (Extrait d\u2019un article payant du Financial Times du 10 janvier 2024 : https:\/\/www.ft.com\/content\/8b8b4733-83b9-40f0-88d6-28235e458f34)<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Alors que le Mexique a pu se financer d\u00e9but 2024 \u00e0 du 5% \u00e0 5 ans, \u00e0 du 6% \u00e0 12 ans car il a une tr\u00e8s bonne notation et extrait du p\u00e9trole, les acheteurs de la dette de l\u2019\u00c9gypte veulent un rendement de 27,4% sur les titres \u00e0 10 ans, ceux de la dette de la Turquie veulent du 26,6%, ceux de la Zambie du 25,5%, du Kenya 18,2%, de l\u2019Ouganda du 16%, du Pakistan du 15,4%, du Sri Lanka du 14% [3]. Comme je l\u2019ai montr\u00e9 dans l\u2019article que tu as mentionn\u00e9 au d\u00e9but de cette interview, la plupart des pays d\u2019Afrique subsaharienne qui durant dix ans jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 2020 ont pu vendre sur les march\u00e9s financiers des titres souverains n\u2019ont plus la possibilit\u00e9 de s\u2019y financer depuis que les banques centrales des pays du Nord ont d\u00e9cid\u00e9 de relever tr\u00e8s fortement les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Rappelons que sans aucune concertation avec les pays du Sud, la banque centrale des Etats-Unis, la Banque centrale europ\u00e9enne et la Banque d\u2019Angleterre ont augment\u00e9 fortement les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat depuis 2022 ce qui a eu une effet n\u00e9faste de contagion pour les pays du Sud.<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_61761\" aria-describedby=\"caption-attachment-61761\" style=\"width: 464px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-61761\" src=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Capture-decran-Deuda-Sri-Lanka-300x188.png\" alt=\"\" width=\"464\" height=\"291\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Capture-decran-Deuda-Sri-Lanka-300x188.png 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Capture-decran-Deuda-Sri-Lanka.png 597w\" sizes=\"auto, (max-width: 464px) 100vw, 464px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-61761\" class=\"wp-caption-text\">Source: CADTM<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Face \u00e0 des taux aussi \u00e9lev\u00e9s, toute une s\u00e9rie de pays perdent l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s financiers internationaux et doivent s\u2019en remettre aux pr\u00eateurs publics, notamment le FMI, la Banque mondiale et les banques r\u00e9gionales. Ils combinent cela avec d\u2019autres options compl\u00e9mentaires. C\u2019est ainsi qu\u2019ils l\u00e8vent de l\u2019argent sur le march\u00e9 int\u00e9rieur en payant des taux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s mais plus supportables car en monnaie locale. Une autre solution c\u2019est de ren\u00e9gocier des cr\u00e9dits avec la Chine qui est devenu un tr\u00e8s gros pr\u00eateur. Dans certains cas des pays comme l\u2019Arabie saoudite octroient \u00e9galement des cr\u00e9dits pour permettre \u00e0 des pays alli\u00e9s et \u00e0 des partenaires commerciaux de se maintenir \u00e0 flot. L\u2019Arabie Saoudite pr\u00eate au Pakistan. L\u2019Inde pr\u00eate au Sri Lanka.<\/span><\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Maxime Perriot<\/strong> : Il y a donc bien en cours une crise de la dette ?<\/span><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab\u00a0Une centaine de pays \u00e9prouvent des difficult\u00e9s \u00e0 refinancer leurs dettes et sont pouss\u00e9s par le FMI \u00e0 r\u00e9duire leurs d\u00e9penses sociales\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00c9ric Toussaint<\/strong> : Oui. Une centaine de pays \u00e9prouvent de plus en plus de difficult\u00e9s \u00e0 refinancer leurs dettes et sont pouss\u00e9s par les bailleurs comme le FMI et la Banque mondiale \u00e0 r\u00e9duire leurs d\u00e9penses sociales.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Selon l\u2019\u00e9conomiste Michael Roberts qui se r\u00e9f\u00e8re au rapport qu\u2019Oxfam a publi\u00e9 le 10 janvier \u00e0 l\u2019occasion du sommet de Davos : \u00ab Des pays entiers sont menac\u00e9s de faillite, les pays les plus pauvres d\u00e9pensant aujourd\u2019hui quatre fois plus pour rembourser leurs dettes aux riches cr\u00e9anciers que pour les soins de sant\u00e9. Les trois quarts des gouvernements du monde pr\u00e9voient des r\u00e9ductions des d\u00e9penses publiques li\u00e9es \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 &#8211; y compris dans les domaines de la sant\u00e9 et de l\u2019\u00e9ducation &#8211; \u00e0 hauteur de 7 800 milliards de dollars au cours des cinq prochaines ann\u00e9es. \u00bb [4] (Source : Michael Roberts http:\/\/www.cadtm.org\/Davos-and-the-melting-world-economy qui se r\u00e9f\u00e8re au rapport publi\u00e9 par Oxfam le 15 janvier 2024 : https:\/\/www.oxfamfrance.org\/rapports\/multinationales-et-inegalites-multiples\/ Voir le rapport complet : https:\/\/www.oxfamfrance.org\/app\/uploads\/2024\/01\/Oxfam_Multinationales-et-inegalites-multiples_Davos-2024_sous-embargo-150124.pdf )<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Si la situation de crise n\u2019a pas abouti jusqu\u2019ici \u00e0 une multiplication de suspensions de paiements, c\u2019est parce que le FMI (et dans une moindre mesure, la Banque mondiale) d\u2019une part et la Chine d\u2019autre part font un maximum pour \u00e9viter que la crise ne se g\u00e9n\u00e9ralise. Les gouvernements du Nord \u00e9galement interviennent via les cr\u00e9dits bilat\u00e9raux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Ces acteurs ne le font pas par bont\u00e9 : ils prot\u00e8gent leur propres int\u00e9r\u00eats. Une g\u00e9n\u00e9ralisation des suspensions des paiements ne leur rapporterait rien. Ils pr\u00e9f\u00e8rent maintenir les pays \u00e0 flot en octroyant de nouveaux cr\u00e9dits ou en permettant aux pays endett\u00e9s de reporter les paiements voire de les suspendre de mani\u00e8re provisoire et n\u00e9goci\u00e9e. En maintenant les pays \u00e0 flot, les paiements se poursuivent m\u00eame si dans certains cas, ils sont revus provisoirement \u00e0 la baisse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Maxime Perriot<\/strong> : Tu insistes sur les cr\u00e9anciers publics tels le FMI, la Banque mondiale, la Chine, les pays industrialis\u00e9s,\u2026. Qu\u2019est-ce qui se passe du c\u00f4t\u00e9 des cr\u00e9anciers priv\u00e9s ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab\u00a0\u00c0 partir de 2022 les cr\u00e9anciers priv\u00e9s ont surtout cherch\u00e9 \u00e0 se faire rembourser les anciens pr\u00eats tout en r\u00e9duisant fortement les nouveaux achats de titres ou les nouveaux cr\u00e9dits\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00c9ric Toussaint<\/strong> : Les cr\u00e9anciers priv\u00e9s pr\u00eatent sous deux modalit\u00e9s : soit ils ach\u00e8tent des titres souverains \u00e9mis par les pays du Sud (c\u2019est ce que l\u2019on appelle le march\u00e9 obligataire) ; soit, quand il s\u2019agit des banques cr\u00e9anci\u00e8res, elles octroient un cr\u00e9dit et signent un contrat avec le pays concern\u00e9 (ou avec les entreprises priv\u00e9es du Sud qui re\u00e7oivent un cr\u00e9dit bancaire).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">On s\u2019est aper\u00e7u qu\u2019\u00e0 partir de 2022 les cr\u00e9anciers ont surtout cherch\u00e9 \u00e0 se faire rembourser les anciens pr\u00eats tout en r\u00e9duisant fortement les nouveaux achats de titres ou quand il s\u2019agit des banques les nouveaux cr\u00e9dits.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Comme je l\u2019ai expliqu\u00e9 dans l\u2019article que tu as mentionn\u00e9, la Banque mondiale dans un rapport publi\u00e9 en d\u00e9cembre 2023, reconna\u00eet que les pr\u00eateurs priv\u00e9s ont commenc\u00e9 en 2022 \u00e0 fermer le robinet des cr\u00e9dits aux PED tout en pressant au maximum le citron pour obtenir le plus de remboursements. En effet, selon la BM, les nouveaux cr\u00e9dits octroy\u00e9s par les pr\u00eateurs priv\u00e9s aux pouvoirs publics des pays en d\u00e9veloppement ont chut\u00e9 de 23 %, ayant \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9s \u00e0 371 milliards de dollars, soit leur plus bas niveau en dix ans. Par contre, ces m\u00eames cr\u00e9anciers priv\u00e9s ont r\u00e9colt\u00e9 556 milliards de dollars sous forme de remboursement. Cela signifie qu\u2019en 2022, ils ont per\u00e7u 185 milliards de dollars de plus en remboursements que ce qu\u2019ils en ont d\u00e9caiss\u00e9 en pr\u00eats. Toujours selon la Banque mondiale, c\u2019est la premi\u00e8re fois depuis 2015 que les cr\u00e9anciers priv\u00e9s recevaient plus de fonds qu\u2019ils n\u2019en injectaient dans les pays en d\u00e9veloppement.<\/span><\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Maxime Perriot<\/strong> :La situation peut-elle s\u2019aggraver au cours de l\u2019ann\u00e9e 2024 ?<\/span><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0\u00bb Parmi les difficult\u00e9s auxquelles un nombre croissant de pays vont devoir faire face, il y a la ren\u00e9gociation des remboursements dus \u00e0 la Chine\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00c9ric Toussaint<\/strong> : Oui la situation pourrait s\u2019aggraver car une s\u00e9rie de pays doivent rembourser cette ann\u00e9es d\u2019importants montants qu\u2019ils ont emprunt\u00e9 au moment o\u00f9 les taux \u00e9taient bas.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Prenons l\u2019exemple du Kenya, selon le <em>Financial Times<\/em> \u00ab l\u2019obligation kenyane de 2 milliards de dollars arrivant \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance en juin sera consid\u00e9r\u00e9e comme un test d\u00e9cisif cette ann\u00e9e. Nairobi a indiqu\u00e9 qu\u2019il aurait recours aux pr\u00eats des banques de d\u00e9veloppement pour racheter une partie de la dette plut\u00f4t que de chercher \u00e0 se refinancer sur le march\u00e9. La plus grande \u00e9conomie d\u2019Afrique de l\u2019Est a \u00e9mis l\u2019obligation \u00e0 des taux de 6-7 pour cent en 2014, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat am\u00e9ricains \u00e9taient proches de z\u00e9ro, ce qui a pouss\u00e9 les investisseurs \u00e0 se lancer dans une chasse mondiale aux actifs \u00e0 haut rendement. \u00bb Le Kenya trouvera probablement une solution, mais \u00e0 quel taux d\u2019int\u00e9r\u00eat ? L\u2019\u00c9thiopie, pays voisin du Kenya, suspendu le paiement de sa dette en 2023. La Zambie n\u2019a toujours pas \u00e9t\u00e9 en mesure de reprendre les paiements.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour l\u2019\u00c9gypte, ce sera tr\u00e8s compliqu\u00e9 car elle doit, selon le Financial Times, rembourser 30 milliards de dollars de dette ext\u00e9rieure en 2024. Pour pouvoir effectuer ce remboursement, elle devra s\u00fbrement faire de nouveau appel au FMI pour des cr\u00e9dits suppl\u00e9mentaires mais cela risque de ne pas \u00eatre suffisant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Parmi les difficult\u00e9s auxquelles un nombre croissant de pays vont devoir faire face, il y a la ren\u00e9gociation des remboursements dus \u00e0 la Chine. En effet au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es, la Chine a fortement augment\u00e9 ses pr\u00eats aux pays du Sud en accordant des p\u00e9riodes de gr\u00e2ce qui duraient de 5 \u00e0 7 ans selon les cas. Pendant la p\u00e9riode de gr\u00e2ce, le pays ne doit pas commencer \u00e0 rembourser le cr\u00e9dit. Beaucoup de ces cr\u00e9dits arrivent maintenant au moment o\u00f9 la p\u00e9riode de gr\u00e2ce prend fin et donc la situation d\u2019une s\u00e9rie de pays endett\u00e9s envers la Chine va s\u2019aggraver. Il faut aussi tenir compte qu\u2019une partie importante des pr\u00eats de la Chine ont \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9s \u00e0 taux variable avec indexation sur les taux d\u2019int\u00e9r\u00eats internationaux (en se r\u00e9f\u00e9rant principalement \u00e0 un index qui s\u2019appelle le Libor). En cons\u00e9quence de l\u2019augmentation des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat d\u00e9cid\u00e9 par les banques centrales des puissances industrielles et cr\u00e9anci\u00e8res occidentales, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eats des pr\u00eats chinois sont en train d\u2019augmenter fortement. La Chine est pr\u00eate \u00e0 ren\u00e9gocier les calendriers de remboursements mais il ne semble pas qu\u2019elle soit d\u2019accord de ne pas appliquer l\u2019augmentation des taux d\u2019int\u00e9r\u00eats. Donc la situation risque de s\u2019aggraver.<\/span><\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Maxime Perriot : Que pr\u00e9conise le CADTM ?<\/span><\/strong><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00abSelon le droit international, les gouvernements ont parfaitement le droit de suspendre le paiement en mobilisant l\u2019argument juridique du \u00ab changement fondamental de circonstances \u00bb\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00c9ric Toussaint<\/strong> : Le CADTM recommande aux gouvernements des pays endett\u00e9s de se prot\u00e9ger en d\u00e9clarant une suspension des paiements de la dette. Selon le droit international, ils en ont parfaitement le droit. En effet, ils peuvent \u00e9voquer le changement fondamental de circonstances provoqu\u00e9 par les chocs externes provenant du Nord, en particulier la d\u00e9cision unilat\u00e9rale des banques centrales d\u2019Am\u00e9rique du Nord et d\u2019Europe occidentale d\u2019augmenter radicalement les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Parmi les facteurs provoquant un changement fondamental de circonstances, on peut aussi invoquer les effets de l\u2019invasion de l\u2019Ukraine sur les prix des combustibles et des aliments. Alors que les pays du Sud n\u2019y ont aucune part de responsabilit\u00e9, ils en paient les cons\u00e9quences. En cas de changement fondamental de circonstances et de chocs externes, il n\u2019y a pas d\u2019obligation de poursuivre l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un contrat d\u2019emprunt et de continuer \u00e0 rembourser la dette.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Il faut combiner la suspension de paiement \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un audit de la dette avec une participation active des citoyen\u00b7nes. Cet audit doit avoir pour objectif d\u2019identifier la part ill\u00e9gitime, odieuse, ill\u00e9gale ou et insoutenable de la dette afin de l\u2019annuler.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Maxime Perriot<\/strong> : Un avocat du diable pourrait dire : \u00ab\u00a0Les pays du Sud ont contract\u00e9 des pr\u00eats \u00e0 taux fixe, avec \u00e9videmment l\u2019obligation de les refinancer lorsqu\u2019ils arriveront \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance. Personne ne leur a jamais garanti que 10 ans plus tard, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eats resteraient \u00e0 ces niveaux faibles. D\u2019ailleurs, tout le monde savait qu\u2019un jour ou l\u2019autre cela allait remontrer. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00c9ric Toussaint<\/strong> : On devrait r\u00e9pondre \u00e0 cet argument des cr\u00e9anciers : alors que tout le monde savait que les taux n\u2019allaient pas rester \u00e0 leur niveau historiquement bas, pourquoi avez-vous pr\u00eat\u00e9 massivement \u00e0 des pays dont on pouvait raisonnablement pr\u00e9voir qu\u2019ils \u00e9taient tr\u00e8s fragiles en cas de chocs externes et notamment d\u2019une hausse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eats d\u00e9cid\u00e9e au Nord ? Vous devez assumer les risques que vous avez pris, les pr\u00eateurs ont le devoir de v\u00e9rifier la capacit\u00e9 de remboursement des pays \u00e0 qui ils pr\u00eatent, vous ne l\u2019avez pas fait, ne vous en prenez qu\u2019\u00e0 vous &#8211; m\u00eames si ces pays sont amen\u00e9s \u00e0 suspendre les paiements pour faire face \u00e0 leur responsabilit\u00e9 vis &#8211; \u00e0 -vis de la population de leur pays.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le fait que les cr\u00e9anciers pr\u00eatent \u00e0 des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat plus \u00e9lev\u00e9s aux pays du Sud s\u2019explique justement par le \u00ab risque \u00bb de non-remboursement car ces pays sont plus fragiles. Logiquement, quand \u00e7a arrive, qu\u2019un pays ne peut plus rembourser, les cr\u00e9anciers devraient assumer les risques qu\u2019ils ont pris.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Par ailleurs, je rappelle que dans le cas des cr\u00e9dits accord\u00e9s par la Chine les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sont tr\u00e8s souvent variables.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Notes:<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Existe-t-il-une-crise-de-la-dette-du-Sud-et-que-preconise-le-CADTM#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirme le Financial Times, l\u2019Arabie saoudite ne fait pas partie des pays en d\u00e9veloppement ou des \u00e9conomies \u00e9mergentes, ce pays fait partie des pays dits d\u00e9velopp\u00e9s. En effet, selon la Banque mondiale l\u2019Arabie Saoudite fait partie des \u00e9conomies \u00e0 hauts revenus tout comme les pays d\u2019Europe occidentale ou d\u2019Am\u00e9rique du Nord (pour les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories selon la Banque mondiale voir <a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"https:\/\/datahelpdesk.worldbank.org\/knowledgebase\/articles\/906519-world-bank-country-and-lending-groups\" target=\"_blank\" rel=\"external nofollow noopener\">https:\/\/datahelpdesk.worldbank.org\/knowledgebase\/articles\/906519-world-bank-country-and-lending-groups<\/a> ).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Existe-t-il-une-crise-de-la-dette-du-Sud-et-que-preconise-le-CADTM#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>\u201cHowever, this year\u2019s bond sales appear to show that markets are open only to governments with at least investment-grade credit ratings such as Saudi Arabia and Mexico. Countries with junk ratings, such as single B, may continue to find it almost impossible to access borrowing this year, say investors, leaving them unable to refinance looming maturities except at risky double-digit rates that would rapidly worsen their payment burdens.\u201d Extrait d\u2019un article payant du Financial Times du 10 janvier 2024\u00a0: <a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"https:\/\/www.ft.com\/content\/8b8b4733-83b9-40f0-88d6-28235e458f34\" target=\"_blank\" rel=\"external nofollow noopener\">https:\/\/www.ft.com\/content\/8b8b4733-83b9-40f0-88d6-28235e458f34<\/a><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Existe-t-il-une-crise-de-la-dette-du-Sud-et-que-preconise-le-CADTM#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Le rendements sur les titres souverains d\u2019un grand nombre de pays est disponible en ligne sur ce site\u00a0: <a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"http:\/\/www.worldgovernmentbonds.com\/spread-historical-data\/\" target=\"_blank\" rel=\"external nofollow noopener\">http:\/\/www.worldgovernmentbonds.com\/spread-historical-data\/<\/a><\/span><\/p>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Existe-t-il-une-crise-de-la-dette-du-Sud-et-que-preconise-le-CADTM#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>\u201cEntire countries are facing bankruptcy, with the poorest countries now spending four times more repaying debts to rich creditors than on healthcare. Three-quarters of the world\u2019s governments are planning austerity-driven public sector spending cuts \u2014including on healthcare and education\u2014 by $7.8 trillion over the next five years.\u201d Michael Roberts <a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"http:\/\/www.cadtm.org\/Davos-and-the-melting-world-economy\" target=\"_blank\" rel=\"external nofollow noopener\">http:\/\/www.cadtm.org\/Davos-and-the-melting-world-economy<\/a><\/span><\/p>\n<h2><span style=\"font-size: 14pt;\">Eric Toussaint &#8211; Maxime Pierrot<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"font-size: 14pt;\">Traducciones disponibles: <a href=\"https:\/\/www.lapluma.net\/2024\/01\/28\/en-el-sur-realmente-existe-una-crisis-de-la-deuda-ante-eso-que-preconiza-el-cadtm\/\">Espa\u00f1ol<\/a>, <a dir=\"ltr\" href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Is-there-a-debt-crisis-in-the-South-and-what-is-recommended-by-the-CADTM\">English <\/a>, <a dir=\"ltr\" href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Existe-uma-crise-uma-crise-da-divida-do-Sul-e-quais-sao-as-preconizacoes-do\">Portugu\u00eas <\/a><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"font-size: 14pt;\">Source: <a href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Existe-t-il-une-crise-de-la-dette-du-Sud-et-que-preconise-le-CADTM\">CADTM<\/a>, 18 de enero de 2024<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"font-size: 14pt;\">Edit\u00e9 par <a href=\"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/nosotros\/editora\/\">Mar\u00eda Piedad Ossaba<\/a><\/span><\/h2>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le fait que les cr\u00e9anciers pr\u00eatent \u00e0 des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat plus \u00e9lev\u00e9s aux pays du Sud s\u2019explique justement par le \u00ab risque \u00bb de non-remboursement car ces pays sont plus fragiles. Logiquement, quand \u00e7a arrive, qu\u2019un pays ne peut plus rembourser, les cr\u00e9anciers devraient assumer les risques qu\u2019ils ont pris. 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