{"id":6046,"date":"2019-02-05T01:42:37","date_gmt":"2019-02-05T01:42:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=6046"},"modified":"2019-02-05T15:01:50","modified_gmt":"2019-02-05T15:01:50","slug":"iran-1979-une-revolution-qui-a-ebranle-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2019\/02\/05\/iran-1979-une-revolution-qui-a-ebranle-le-monde\/","title":{"rendered":"Iran 1979 : une r\u00e9volution qui a \u00e9branl\u00e9 le monde"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/aut_6527.jpg\" width=\"105\" height=\"105\" border=\"0\" \/>La chute du r\u00e9gime imp\u00e9rial de Mohammad Reza Chah Pahlavi en f\u00e9vrier 1979 fut longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme un accident. Dans le contexte de la guerre froide, le nouveau \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>r\u00e9gime islamique<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 une \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>erreur<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb, hyperm\u00e9diatis\u00e9e par sa dimension religieuse. Quarante ans plus tard, la R\u00e9publique islamique d\u2019Iran est toujours l\u00e0, et il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence : la r\u00e9volution iranienne de 1979 fut une rupture profonde dans l\u2019histoire des Iraniens, mais aussi dans le monde islamique et dans les relations internationales.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_19694.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"338\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>9 janvier 1979. \u2014 Manifestation de force en faveur de la R\u00e9publique islamique sur la place Shayad \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran.<span class=\"caps\"> AP<\/span>\/Aristotle Saris<\/strong><\/p>\n<section id=\"chapo\" class=\"entry-summary chapeau chapeauunecol\">\n<div class=\"texte_article\">\n<p style=\"text-align: justify;\">E<span style=\"font-size: 12pt;\">n se rem\u00e9morant l\u2019enchainement des faits, on prend la mesure de la profondeur complexe d\u2019une r\u00e9volution qui ne se r\u00e9sume pas \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir d\u2019un ayatollah. Ce fut une vraie r\u00e9volution, avec son cort\u00e8ge de morts, de crimes, d\u2019injustice, de trahisons, mais aussi d\u2019illusions, d\u2019espoirs et l\u2019\u00e9mergence de nouveaux acteurs politiques que l\u2019on n\u2019attendait pas. La Savak, la <span class=\"caps\">CIA<\/span> et le Mossad craignaient une r\u00e9volution communiste, mais ce fut avant l\u2019heure la premi\u00e8re r\u00e9volution de l\u2019\u00e8re post-sovi\u00e9tique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Tout a commenc\u00e9 par des po\u00e8mes<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019accession \u00e0 la pr\u00e9sidence des Etats-Unis en 1977 de Jimmy Carter, qui pr\u00f4nait le respect des droits humains fut d\u00e9terminante pour lib\u00e9rer la parole. Le chah fut contraint de se montrer bon \u00e9l\u00e8ve et de ne plus censurer ni emprisonner syst\u00e9matiquement les \u00e9crivains et les intellectuels lib\u00e9raux ou de gauche. Le premier \u00e0 oser parler haut et fort fut l\u2019essayiste Hadj Seyyed Djavadi qui publia en mars 1977 une lettre ouverte au chah, demandant respectueusement plus de libert\u00e9. Il ne fut pas embastill\u00e9, ce qui d\u00e9clencha dans tout le pays un printemps de libert\u00e9 prudente, mais contagieuse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Comme toujours en Iran, rien n\u2019est possible si on ne peut pas l\u2019exprimer par un po\u00e8me. Dans sa jeunesse, le futur ayatollah Ruhollah Khomeiny publia d\u2019ailleurs des po\u00e8mes en persan. C\u2019est ainsi que l\u2019Institut Goethe, le centre culturel allemand de T\u00e9h\u00e9ran, organisa des soir\u00e9es de po\u00e9sies anim\u00e9es notamment par des auteurs \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>lib\u00e9raux<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb comme Gholam Hossein Saedi ou proches du parti communiste Toudeh comme le po\u00e8te Ahmad Shamlou, tous membres de l\u2019Association des \u00e9crivains iraniens (<i>kanun-e nevisandeg\u00e2n<\/i>), alors interdite, mais active. Plusieurs centaines d\u2019auditeurs le premier soir, des milliers les soirs suivants. La police, d\u00e9bord\u00e9e n\u2019osa pas r\u00e9primer. L\u2019opposition au r\u00e9gime imp\u00e9rial a ainsi commenc\u00e9 par des po\u00e8mes, comme jadis Hafez de Chiraz s\u2019\u00e9tait oppos\u00e9 aux Mongols. Quelques jours plus tard, le chah en visite officielle \u00e0 Washington \u00e9tait violemment chahut\u00e9 \u00e0 l\u2019initiative de la Conf\u00e9d\u00e9ration des \u00e9tudiants iraniens. La dynamique de contestation politique directe \u00e9tait lanc\u00e9e, domin\u00e9e par la \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>gauche<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb, la\u00efque, nationaliste et anti-imp\u00e9rialiste.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce fut \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>le printemps de T\u00e9h\u00e9ran<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb. Tous les libraires, associations professionnelles, partis politiques plus ou moins interdits \u00e9tal\u00e8rent sur les trottoirs les ouvrages de toute nature, censur\u00e9s, mais conserv\u00e9s. Une gigantesque foire au livre dans le centre de T\u00e9h\u00e9ran. L\u2019hebdomadaire <i>Ket\u00e2b-e jomeh<\/i> (le livre du vendredi) fut le symbole embl\u00e9matique et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de cette \u00e9poque o\u00f9 tous les espoirs de libert\u00e9 semblaient permis, avec le soutien \u2014 au moins tacite \u2014 du tout-puissant parrain am\u00e9ricain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>L\u2019islam chiite rejoint la contestation<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le clerg\u00e9 chiite iranien a une longue exp\u00e9rience de contestation politique. Dans les ann\u00e9es qui ont suivi la \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>R\u00e9volution blanche<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb octroy\u00e9e en 1962 par le chah (r\u00e9forme agraire, vote des femmes, instruction publique\u2026) et l\u2019expulsion vers l\u2019Irak en 1963 du jeune ayatollah Khomeiny qui s\u2019y \u00e9tait oppos\u00e9, les jeunes militants religieux ou la\u00efques cherchant \u00e0 associer islam, identit\u00e9 iranienne et monde contemporain \u00e9taient de plus en plus nombreux et actifs.<\/span><\/p>\n<aside id=\"appel_newsletter\" class=\"includestatic\"><\/aside>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La contestation id\u00e9ologique \u00e9tait jusqu\u2019alors domin\u00e9e par les \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>lib\u00e9raux religieux<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb du Mouvement de lib\u00e9ration de l\u2019Iran de Mehdi Bazargan, qui s\u2019inscrivait alors dans la critique nationaliste et islamique du plagiat de la culture occidentale port\u00e9e par l\u2019essayiste Jalal Ahl-e Ahmad, auteur tr\u00e8s populaire du pamphlet <i>\u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>Gharbzadegi<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb<\/i> (La maladie de l\u2019Occident). Dans les milieux religieux, la violence des Fedayan-e eslam, proches des id\u00e9es des Fr\u00e8res musulmans, mais sans relations institutionnelles avec eux, fut alors d\u00e9pass\u00e9e par une dynamique intellectuelle qui a touch\u00e9 au plus profond une soci\u00e9t\u00e9 toujours tr\u00e8s int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la culture chiite nationale.<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_19692.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_19692.jpg\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Ali Shariati<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, la jeunesse iranienne, qui fr\u00e9quentait d\u00e9sormais en nombre les universit\u00e9s fut enthousiasm\u00e9e par les conf\u00e9rences d\u2019Ali Shariati (1933-1977) \u00e0 l\u2019<i>hosseynieh<\/i> (centre religieux) Ershad de T\u00e9h\u00e9ran. Ce jeune philosophe form\u00e9 en France fut sans conteste l\u2019artisan le plus efficace des changements de mentalit\u00e9 qui ont abouti au succ\u00e8s populaire de la r\u00e9volution de 1979. Dans ses nombreux livres et brillants discours, il promouvait l\u2019id\u00e9e d\u2019un islam chiite acteur et non simple contestataire du changement social et politique. Shariati s\u2019inspirait des intellectuels de gauche et les leaders des mouvements de lib\u00e9ration nationale qu\u2019il avait fr\u00e9quent\u00e9s \u00e0 Paris dans les ann\u00e9es 1960. Malgr\u00e9 la censure, cet \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>islam de gauche<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb pacifique, social, lib\u00e9ral et m\u00eame anticl\u00e9rical a connu un succ\u00e8s dans tout le pays. Au d\u00e9but de la r\u00e9volution, les portraits du \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>docteur<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb Shariati, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en exil de fa\u00e7on suspecte, \u00e9taient d\u2019ailleurs plus nombreux que ceux de Khomeiny.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Tous les leaders de la future R\u00e9publique islamique ont baign\u00e9 dans cette effervescence intellectuelle o\u00f9 l\u2019on cherchait \u00e0 d\u00e9passer le discours conservateur des nationalistes et la\u00efques du Front national, la mod\u00e9ration du Mouvement de lib\u00e9ration de l\u2019Iran, le qui\u00e9tisme traditionaliste de l\u2019immense majorit\u00e9 du clerg\u00e9 chiite, et la violence des groupes r\u00e9volutionnaires marxistes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Pour la <span class=\"caps\">CIA<\/span>, le Mossad et la Savak, l\u2019activisme des groupes r\u00e9volutionnaires marxistes (Fedayins du peuple, Moudjahedines du peuple), sans base populaire, pr\u00e9sentait un danger r\u00e9el, mais moindre que la capacit\u00e9 de mobilisation du clerg\u00e9 chiite influenc\u00e9e par Ali Shariati, ou par l\u2019ayatollah Khomeiny exil\u00e9 en Irak. Ce dernier semblait se rapprocher non plus des lib\u00e9raux nationalistes, mais des \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>forces de gauche<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb et anti-imp\u00e9rialistes. Ce nouvel islam politique restait analys\u00e9 comme une menace qui ne pouvait profiter qu\u2019\u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique. Le chah d\u00e9cida donc de s\u2019attaquer directement \u00e0 l\u2019ayatollah Khomeiny, dans un article insultant publi\u00e9 le 7 janvier 1978 par son ministre de l\u2019information. Erreur fatale : on ne peut pas traiter ainsi un dignitaire religieux. Ce fut le d\u00e9but de la r\u00e9volte du clerg\u00e9 chiite avec ses milliers de mollahs, ses r\u00e9seaux, ses mosqu\u00e9es, ses moyens financiers, son emprise morale et culturelle sur l\u2019immense majorit\u00e9 de la population. Une premi\u00e8re r\u00e9volte fut r\u00e9prim\u00e9e dans le sang \u00e0 Qom le 18 f\u00e9vrier 1978. S\u2019ensuivirent tous les quarante jours, selon la tradition chiite du deuil, de nouvelles \u00e9meutes violemment r\u00e9prim\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e \u00e0 Tabriz, Yazd, T\u00e9h\u00e9ran, Ispahan.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019incendie du cin\u00e9ma <i>Rex<\/i> d\u2019Abadan (19 ao\u00fbt 1978, 420 morts) imput\u00e9 \u00e0 la Savak, \u00e9chauffa encore plus les esprits alors que commen\u00e7ait le mois de ramadan. Chacun pouvait s\u2019identifier avec les combats et le martyre de l\u2019imam Hussein, dont l\u2019histoire est ancr\u00e9e dans la culture populaire iranienne. Le gouvernement du chah \u00e9tait totalement d\u00e9pass\u00e9. Il prit quelques mesures lib\u00e9rales, lib\u00e9ra des prisonniers politiques, mais l\u2019arm\u00e9e \u00e9tait partout dans les rues.<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/iranian.com\/Times\/Subs\/Revolution\/Feb99\/Images\/icons.jpg\" alt=\"https:\/\/iranian.com\/Times\/Subs\/Revolution\/Feb99\/Images\/icons.jpg\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Portraits de Khomeiny, Ali Shariati et Mossadegh, brandis durant la r\u00e9volution<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>La foule prend la rue<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La r\u00e9volte devint r\u00e9volution le 4 septembre 1978, jour d\u2019Eid-e Fetr, la fin du ramadan. Sous la direction de l\u2019ayatollah Mahmoud Taleghani, le tr\u00e8s populaire imam du vendredi de la capitale, une foule immense et pacifique d\u00e9fila du nord au centre de T\u00e9h\u00e9ran. Les soldats qui avaient renonc\u00e9 \u00e0 tirer sur la foule furent couverts de gla\u00efeuls. Le chah fit le choix de la r\u00e9pression. Il proclama la loi martiale dans onze villes, et le lendemain matin, vendredi 8 septembre, place Jaleh \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, l\u2019arm\u00e9e ouvrit le feu sur la foule. Ce fut le \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>vendredi noir<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb. Quelques jours plus tard, un tremblement de terre d\u00e9truisait la ville de Tabas. Signe de la col\u00e8re des dieux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Plus rien de va. Tout le pays manifeste et se met en gr\u00e8ve : raffineries, grandes usines, bazar, \u00e9coles, universit\u00e9, radio, t\u00e9l\u00e9vision, fonctionnaires, tandis que depuis son exil \u00e0 Nadjaf, l\u2019ayatollah Khomeiny, d\u00e9sormais en contact permanent avec la hi\u00e9rarchie religieuse de Qom appelle \u00e0 la destitution du chah.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c0 la demande du chah, le gouvernement irakien expulse le dignitaire religieux qui s\u2019installe le 6 octobre 1978 en France, \u00e0 Neauphle- le-Ch\u00e2teau, devenue imm\u00e9diatement la capitale de la contestation iranienne. Du monde entier, les opposants au r\u00e9gime imp\u00e9rial, islamistes, gauchistes, marxistes, lib\u00e9raux, nationalistes, aventuriers, tous reconnaissent l\u2019ayatollah Khomeiny comme un leader providentiel capable de conduire le consensus r\u00e9volutionnaire avec toutes ses contradictions.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La m\u00e9diatisation de cette \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>R\u00e9publique de Neauphle<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb est unique dans l\u2019histoire. Des centaines de journalistes couvrent en direct cette situation dramatique et spectaculaire. La <span class=\"caps\">BBC<\/span> en persan, \u00e9cout\u00e9e sur ondes moyennes, tient inform\u00e9s tous les Iraniens. Le r\u00e9seau des religieux permet la diffusion clandestine des discours de Rouhollah Khomeiny enregistr\u00e9s sur des milliers de mini-cassettes audio \u2014 le top de la modernit\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais c\u2019est en Iran que s\u2019impose le nouveau rapport de force. Les incidents et les morts sont quotidiens, mais le gouvernement ne contr\u00f4le plus rien. Le 5 novembre le centre de T\u00e9h\u00e9ran est livr\u00e9 aux \u00e9meutiers. Banques et d\u00e9bits de boisson alcoolis\u00e9e sont saccag\u00e9s. Le chah fait alors une nouvelle tentative d\u2019ouverture. Il nomme le g\u00e9n\u00e9ral Gholam Reza Azhari premier ministre, lib\u00e8re la plupart des leaders politiques, engage des n\u00e9gociations, fait arr\u00eater de hautes personnalit\u00e9s, dont l\u2019ancien premier ministre Abbas Hoveyda. En vain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le 2 d\u00e9cembre commence le mois de deuil de <i>moharram<\/i>. La loi martiale et le couvre-feu interdisent les manifestations, mais \u00e0 l\u2019appel de Khomeiny, des millions d\u2019Iraniens, marxistes, lib\u00e9raux, anonymes, ou religieux, dans toutes les villes et villages d\u2019Iran, montent sur les terrasses \u00e0 la nuit tomb\u00e9e et crient \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>Allah-o akbar<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb. Impressionnant et irr\u00e9versible.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le tournant de la R\u00e9volution iranienne eut lieu les 10 et 11 d\u00e9cembre 1978, jours de Tasu\u2019a et Achoura, c\u00e9l\u00e9brant le martyre de l\u2019imam Hussein. Une foule de plusieurs millions de personnes, probablement la plus grande mobilisation populaire de l\u2019histoire, manifesta dans les grandes avenues de toutes les villes. \u00c0 T\u00e9h\u00e9ran, les chars et l\u2019arm\u00e9e s\u2019\u00e9taient retir\u00e9s. Sous la direction des ayatollahs Taleghani (de T\u00e9h\u00e9ran) et Shariat Madari (de Qom), et de Karim Sandjabi (du Mouvement de lib\u00e9ration de l\u2019Iran), mais aussi de l\u2019ayatollah Mohammad Beheshti qui repr\u00e9sentait Khomeiny \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, la foule innombrable a chang\u00e9 les noms des rues et d\u00e9fil\u00e9 de la place de l\u2019imam Hussein \u00e0 celle de la Libert\u00e9 en passant par l\u2019avenue de la R\u00e9volution&#8230; Les femmes de milieux populaires en tchador noir de c\u00e9r\u00e9monie n\u2019\u00e9taient pas les derni\u00e8res \u00e0 crier <i>\u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>\u00c0 bas le chah<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb, \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>Khomeiny est imam<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb,<\/i> et surtout <i>\u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>Ind\u00e9pendance, libert\u00e9, R\u00e9publique islamique<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb,<\/i> la future devise de la R\u00e9publique islamique. Ce jour-l\u00e0 la foule \u2014 le peuple<small class=\"fine\"> <\/small>? \u2014 a pris la rue et ne l\u2019a plus rendue. Le r\u00e9gime imp\u00e9rial \u00e9tait de fait renvers\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Le clerg\u00e9 et ses alli\u00e9s prennent le pouvoir<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Entre l\u2019enthousiasme populaire des rues d\u2019Iran et l\u2019utopie du consensus r\u00e9volutionnaire de Neauphle-le-Ch\u00e2teau, la rivalit\u00e9 est \u00e9vidente. La d\u00e9b\u00e2cle du r\u00e9gime imp\u00e9rial surprend tout le monde et inqui\u00e8te. Les dignitaires du r\u00e9gime imp\u00e9rial et leur famille quittent en masse le pays et aucun mouvement populaire ne vient soutenir le chah. Le leader nationaliste Chapour Bakhtiar est nomm\u00e9 premier ministre le 28 d\u00e9cembre, mais ni lui ni les membres de son gouvernement ne pourront entrer dans leurs minist\u00e8res en gr\u00e8ve.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les grandes puissances qui avaient fait du r\u00e9gime imp\u00e9rial le \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>gendarme du Golfe<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb et leur principal alli\u00e9 contre l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span> ont enfin compris que le changement politique \u00e9tait in\u00e9luctable. Des contacts ont lieu entre l\u2019ambassadeur am\u00e9ricain William Sullivan et les proches de Khomeiny. Abandonn\u00e9 de tous, Mohammad Reza Pahlavi quitte son pays le 16 janvier 1979.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le retour en Iran de l\u2019ayatollah Khomeiny est alors une \u00e9vidence que le gouvernement de Chahpour Bakhtiar ne peut plus emp\u00eacher. L\u2019arriv\u00e9e triomphale le 1<sup class=\"typo_exposants\">er<\/sup> f\u00e9vrier du dignitaire religieux devenu leader <i>in absentia<\/i> d\u2019une r\u00e9volution populaire marque le commencement de la fin du consensus r\u00e9volutionnaire. La foule innombrable est d\u00e9sormais encadr\u00e9e par les \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>comit\u00e9s d\u2019accueil de l\u2019imam Khomeiny<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb qui deviendront quelques jours plus tard les \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb. Le 5 f\u00e9vrier, l\u2019imam nomme Mehdi Bazargan premier ministre, puis le dernier gouvernement imp\u00e9rial disparait presque sans coup f\u00e9rir apr\u00e8s la r\u00e9volte des militaires les 9-11 f\u00e9vrier et la d\u00e9claration de neutralit\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019Iran est alors au bord du chaos. Les p\u00e9nuries sont de plus en plus grandes, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 augmente, toutes les id\u00e9ologies, toutes les publications, les discours les plus contradictoires irriguent une vie quotidienne et politique dont on ne voit pas l\u2019issue. On craint les vengeances, les r\u00e8glements de comptes, la menace d\u2019une invasion sovi\u00e9tique ou d\u2019un coup d\u2019\u00c9tat<\/span> des Am\u00e9ricains comme en 1953 contre Mohammad Mossadegh.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_19693.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_19693.jpg\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Ce qui reste d&rsquo;une statue du Shah, dans l&rsquo;ancien complexe imp\u00e9rial de Saad Abad \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong>\u00ab<span style=\"font-size: 12pt;\"><small class=\"fine\"> <\/small>Vox populi, lex dei<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le clerg\u00e9 chiite, avec son nouveau leader, l\u2019ayatollah (d\u00e9sormais appel\u00e9 imam) Khomeiny s\u2019impose alors assez facilement comme la seule force vraiment capable d\u2019\u00e9viter une guerre civile. La culture islamique traditionnelle envahit la vie quotidienne, surtout celle des femmes, mais pour les lib\u00e9raux, les technocrates, les nationalistes, les socialistes et une grande partie de la nouvelle bourgeoisie moyenne qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9e du chah, ce \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>Gouvernement du Guide<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb (<i>velayat-e faghi<\/i>) est un moindre mal qui ne saurait durer. On connait la suite.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Quarante ans ont pass\u00e9. On ne saurait expliquer ici les raisons complexes de cette long\u00e9vit\u00e9, mais constater simplement que l\u2019Iran actuel, tout en restant fid\u00e8le \u00e0 sa longue histoire, a peu de points communs avec l\u2019Iran des Pahlavi. C\u2019est un syst\u00e8me politique, social, culturel nouveau, issu d\u2019une r\u00e9volution complexe qui reste vivante et ne se r\u00e9sume pas \u00e0 l\u2019islam politique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur du pays, le principal changement est peut-\u00eatre l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle bourgeoisie moyenne d\u2019origine populaire et donc de culture islamique o\u00f9 les femmes ont pris une place jusqu\u2019alors inconnue. C\u2019est la foule qui a renvers\u00e9 le chah. Les Iraniens sont devenus r\u00e9publicains et continuent d\u2019exiger l\u2019ind\u00e9pendance, la libert\u00e9 et la r\u00e9publique, sans renier l\u2019islam.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c0 l\u2019ext\u00e9rieur, la r\u00e9volution iranienne puis la cr\u00e9ation de la R\u00e9publique islamique d\u2019Iran ont suscit\u00e9 une peur souvent irrationnelle. La \u00ab<small class=\"fine\"> <\/small>menace iranienne<small class=\"fine\"> <\/small>\u00bb \u00e9tait multiforme : les Occidentaux craignaient la menace sovi\u00e9tique sur le p\u00e9trole du golfe Arabo-Persique, les despotes et monarchies voisines avaient peur d\u2019une R\u00e9publique o\u00f9 la foule exigeait la libert\u00e9 et les droits humains, en Isra\u00ebl on perdait un alli\u00e9 et dans le monde musulman domin\u00e9 par les monarchies sunnites on redoutait la r\u00e9volte des minorit\u00e9s chiites. Une fois encore, l\u2019Iran a \u00e9t\u00e9 un laboratoire politique et social pour les pays du Proche-Orient, et en a pay\u00e9 le prix fort.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2462 size-full aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lefotochehannosegnatounepoca.it\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_8828.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Le 8 mars 1979, plus de 100 000 femmes d\u00e9filent \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran contre l&rsquo;obligation de porter le tchador instaur\u00e9e par le nouveau r\u00e9gime, qui abolira la loi de protection de la famille de 1967 et abaissera l&rsquo;\u00e2ge l\u00e9gal du mariage pour les filles \u00e0 9 ans (il sera plus tard port\u00e9 \u00e0 13 ans)<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/section>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span class=\"auteur\"> Bernard Hourcade <\/span> <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=25246\">Tlaxcala<\/a>, le 4 f\u00e9vrier 2019<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Publi\u00e9 par <a href=\"https:\/\/orientxxi.info\/magazine\/iran-1979-une-revolution-qui-a-ebranle-le-monde,2893\"><span class=\"envoi\">OrientXXI<\/span><\/a><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est la foule qui a renvers\u00e9 le chah. 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