{"id":57961,"date":"2023-10-03T20:08:40","date_gmt":"2023-10-03T20:08:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapluma.net\/?p=57961"},"modified":"2023-10-04T16:41:23","modified_gmt":"2023-10-04T16:41:23","slug":"el-siglo-breve-de-toni-negri","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2023\/10\/03\/el-siglo-breve-de-toni-negri\/","title":{"rendered":"Le si\u00e8cle bref de Toni Negri"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Photo de titre : Il a eu 90 ans le premier ao\u00fbt. Photo Judith Revel<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><span style=\"font-size: 24pt;\"> <em>Rencontre. L\u2019op\u00e9ra\u00efsme, les ann\u00e9es 70, le 7 avril, Rossanda, la reconnaissance mondiale : les 90 ans d\u2019un philosophe communiste<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Toni Negri, tu as quatre-vingt-dix ans. Comment vis-tu ton temps aujourd\u2019hui ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Je me souviens que Gilles Deleuze souffrait d\u2019une maladie similaire \u00e0 la mienne. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y avait pas l\u2019assistance et la technologie dont nous b\u00e9n\u00e9ficions aujourd\u2019hui. La derni\u00e8re fois que je l\u2019ai vu, il se d\u00e9pla\u00e7ait dans un fauteuil roulant avec des bouteilles d\u2019oxyg\u00e8ne. C\u2019\u00e9tait vraiment difficile. C\u2019est \u00e9galement le cas pour moi aujourd\u2019hui. Je pense que chaque jour qui passe \u00e0 cet \u00e2ge est un jour de moins. Tu n\u2019as pas la force d\u2019en faire un jour magique. C\u2019est comme lorsque tu mangez un bon fruit et qu\u2019il te laisse un go\u00fbt merveilleux dans la bouche. Ce fruit, c\u2019est probablement la vie. C\u2019est une de ses grandes vertus.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Quatre-vingt-dix ans, c\u2019est un si\u00e8cle bref.<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Il peut y avoir divers si\u00e8cles courts. Il y a la p\u00e9riode classique d\u00e9finie par Hobsbawm qui va de 1917 \u00e0 1989. Il y a eu le si\u00e8cle am\u00e9ricain, beaucoup plus court. Il va des accords mon\u00e9taires et de la d\u00e9finition de la gouvernance mondiale \u00e0 Bretton Woods jusqu\u2019aux attentats de septembre 2001 contre les tours jumelles. Quant \u00e0 moi, mon long si\u00e8cle a commenc\u00e9 avec la victoire bolchevique, peu avant ma naissance, et s\u2019est poursuivi avec les luttes ouvri\u00e8res et tous les conflits politiques et sociaux auxquels j\u2019ai particip\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Ce si\u00e8cle bref s\u2019est achev\u00e9 sur une d\u00e9faite colossale.<\/em><\/strong> <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Certes. Mais on pensait que l\u2019histoire \u00e9tait finie et que l\u2019\u00e8re de la mondialisation apais\u00e9e avait commenc\u00e9. Rien n\u2019est plus faux, comme nous le constatons chaque jour depuis plus de trente ans. Nous sommes dans une \u00e8re de transition, mais en r\u00e9alit\u00e9 nous l\u2019avons toujours \u00e9t\u00e9. Bien que sous les radars, nous sommes dans un temps nouveau marqu\u00e9 par une r\u00e9surgence mondiale des luttes face \u00e0 laquelle la riposte est dure. Les luttes des travailleurs ont commenc\u00e9 \u00e0 croiser de plus en plus les luttes f\u00e9ministes, antiracistes, pour la d\u00e9fense des migrants et la libert\u00e9 de circulation, ou les luttes \u00e9cologistes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Philosophe, tu acc\u00e8des tr\u00e8s jeune \u00e0 une chaire \u00e0 Padoue. Tu participes aux Quaderni Rossi, la revue de l\u2019op\u00e9ra\u00efsme italien. Tu enqu\u00eates, tu fais du travail de terrain dans les usines, en commen\u00e7ant par la p\u00e9trochimie \u00e0 Marghera. Tu as d\u2019abord fait partie de Potere Operaio, puis d\u2019Autonomia Operaia. Tu as v\u00e9cu le long 68 italien, \u00e0 commencer par l\u2019imp\u00e9tueux 69 ouvrier du Corso Traiano \u00e0 Turin. Quel a \u00e9t\u00e9 le moment politique culminant de cette histoire ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Les ann\u00e9es 1970, lorsque le capitalisme a anticip\u00e9 avec force une strat\u00e9gie pour son avenir. Par le biais de la mondialisation, il a pr\u00e9caris\u00e9 le travail industriel ainsi que l\u2019ensemble du processus d\u2019accumulation de la valeur. Dans cette transition, de nouveaux p\u00f4les productifs ont \u00e9t\u00e9 allum\u00e9s : le travail intellectuel, le travail affectif, le travail social qui construit la coop\u00e9ration. \u00c0 la base de la nouvelle accumulation de valeur, il y a bien s\u00fbr aussi l\u2019air, l\u2019eau, le vivant et tous les biens communs que le capital a continu\u00e9 d\u2019exploiter pour contrer la baisse du taux de profit qu\u2019il connaissait depuis les ann\u00e9es 1960.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Pourquoi la strat\u00e9gie capitaliste l\u2019a-t-elle emport\u00e9 depuis le milieu des ann\u00e9es 1970 ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Parce qu\u2019il y a eu un manque de r\u00e9action de la part de la gauche. En effet, pendant longtemps, l\u2019ignorance de ces processus a \u00e9t\u00e9 totale. \u00c0 partir de la fin des ann\u00e9es 1970, on a assist\u00e9 \u00e0 la suppression de toute force intellectuelle ou politique, ponctuelle ou mouvementiste, qui tentait de montrer l\u2019importance de cette transformation, et qui visait \u00e0 la r\u00e9organisation du mouvement ouvrier autour de nouvelles formes de socialisation et d\u2019organisation politique et culturelle. Ce fut une trag\u00e9die. C\u2019est l\u00e0 que la continuit\u00e9 du si\u00e8cle bref appara\u00eet dans le temps que nous vivons. Il y a eu une volont\u00e9 de la gauche de bloquer le cadre politique sur ce qu\u2019elle poss\u00e9dait.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Marco Pannella, Rossana Rossanda, Toni Negri et Jaroslav Novak <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Et que poss\u00e9dait cette gauche ?<\/em><\/strong><em><br \/>\n<\/em>Une image puissante mais d\u00e9j\u00e0 alors inad\u00e9quate. Elle a mythifi\u00e9 la figure de l\u2019ouvrier industriel sans se rendre compte qu\u2019il voulait autre chose. Il ne voulait pas s\u2019installer dans l\u2019usine d\u2019Agnelli, mais d\u00e9truire son organisation ; il voulait construire des voitures et les offrir aux autres sans asservir personne. \u00c0 Marghera, il ne voulait pas mourir d\u2019un cancer ou d\u00e9truire la plan\u00e8te. C\u2019est au fond ce que Marx a \u00e9crit dans la <em>Critique du programme de Gotha<\/em> : contre l\u2019\u00e9mancipation par le travail marchandis\u00e9 de la social-d\u00e9mocratie et pour la lib\u00e9ration de la force de travail du travail marchandis\u00e9. Je suis convaincu que la direction prise par l\u2019Internationale communiste &#8211; de mani\u00e8re \u00e9vidente et tragique avec le stalinisme, puis de mani\u00e8re de plus en plus contradictoire et imp\u00e9tueuse &#8211; a d\u00e9truit le d\u00e9sir qui avait mobilis\u00e9 des masses gigantesques. Tout au long de l\u2019histoire du mouvement communiste, c\u2019est autour de \u00e7a que s\u2019est men\u00e9e la bataille.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Qu\u2019est-ce qui s\u2019affrontait sur ce champ de bataille ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0D\u2019une part, il y avait l\u2019id\u00e9e de lib\u00e9ration. En Italie, elle \u00e9tait \u00e9clair\u00e9e par la r\u00e9sistance contre le nazifascisme. L\u2019id\u00e9e de lib\u00e9ration a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9e dans la Constitution elle-m\u00eame, telle que nous, les jeunes d\u2019alors, l\u2019avons interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Et \u00e0 cet \u00e9gard, je ne sous-estimerais pas l\u2019\u00e9volution sociale de l\u2019\u00c9glise catholique qui a culmin\u00e9 avec le Concile Vatican II. D\u2019autre part, il y avait le r\u00e9alisme h\u00e9rit\u00e9 de la social-d\u00e9mocratie par le parti communiste italien, celui d\u2019Amendola et des togliattiens de diverses origines. Tout a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019effondrer dans les ann\u00e9es 70, lorsque l\u2019occasion s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e d\u2019inventer une nouvelle fa\u00e7on de vivre, une nouvelle fa\u00e7on d\u2019\u00eatre communiste.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-58031\" src=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri1-300x202.webp\" alt=\"\" width=\"550\" height=\"371\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri1-300x202.webp 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri1-768x518.webp 768w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri1-150x100.webp 150w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri1.webp 940w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><strong>Marco Pannella (Parti Radical), Rossana Rossanda, Toni Negri et Jaroslav Novak (Potere Operaio)<br \/>\n<\/strong><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Tu continues \u00e0 te qualifier de communiste. Qu\u2019est-ce que cela signifie aujourd\u2019hui ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Ce que cela signifiait pour moi quand j\u2019\u00e9tais jeune : conna\u00eetre un avenir dans lequel nous aurions le pouvoir d\u2019\u00eatre libres, de travailler moins, de nous aimer les uns les autres. Nous \u00e9tions convaincus que les concepts bourgeois tels que la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la fraternit\u00e9 pouvaient se concr\u00e9tiser dans les mots d\u2019ordre de la coop\u00e9ration, de la solidarit\u00e9, de la d\u00e9mocratie radicale et de l\u2019amour. Nous l\u2019avons pens\u00e9 et agi, et c\u2019est ce qu\u2019a pens\u00e9 la majorit\u00e9 qui a vot\u00e9 \u00e0 gauche et l\u2019a faite exister. Mais le monde \u00e9tait et reste insupportable, il entretient un rapport contradictoire avec les vertus essentielles du vivre ensemble. Mais ces vertus ne se perdent pas, elles s\u2019acqui\u00e8rent par la pratique collective et s\u2019accompagnent de la transformation de l\u2019id\u00e9e de productivit\u00e9, qui ne consiste pas \u00e0 produire plus de biens en moins de temps, ni \u00e0 mener des guerres toujours plus d\u00e9vastatrices. Il s\u2019agit au contraire de nourrir tout le monde, de moderniser, de rendre heureux. Le communisme est une passion collective joyeuse, \u00e9thique et politique qui lutte contre la trinit\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9, des fronti\u00e8res et du capital.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>La rafle du 7 avril 1979, premier moment de la r\u00e9pression du mouvement de l\u2019autonomie ouvri\u00e8re, a marqu\u00e9 un tournant. Pour d\u2019autres raisons, \u00e0 mon avis, c\u2019est aussi un tournant pour l\u2019histoire du journal <\/em><\/strong><strong>il manifesto<em> gr\u00e2ce \u00e0 une vibrante campagne de soutien qui a dur\u00e9 des ann\u00e9es, un cas de journalisme unique men\u00e9 avec des militants du mouvement, un groupe d\u2019intellectuels courageux, le parti radical. Huit ans plus tard, le 9 juin 1987, lorsque le ch\u00e2teau de cartes des accusations changeantes et infond\u00e9es a \u00e9t\u00e9 d\u00e9moli, Rossana Rossanda a \u00e9crit qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une \u201cr\u00e9paration tardive et partielle de beaucoup de choses irr\u00e9parables\u201d. Qu\u2019est-ce que cela signifie pour toi aujourd\u2019hui ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0C\u2019est avant tout le signe d\u2019une amiti\u00e9 qui ne s\u2019est jamais d\u00e9mentie. Rossana \u00e9tait pour nous une personne d\u2019une incroyable g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. M\u00eame si, \u00e0 un moment donn\u00e9, elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e elle aussi : elle ne parvenait pas \u00e0 imputer au PCI ce qu\u2019il \u00e9tait devenu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Qu\u2019\u00e9tait-il devenu ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Un oppresseur. Il a massacr\u00e9 ceux qui d\u00e9non\u00e7aient le p\u00e9trin dans lequel il s\u2019\u00e9tait fourr\u00e9. Dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, nous avons \u00e9t\u00e9 nombreux \u00e0 le lui dire. Il y avait une autre voie, celle d\u2019\u00e9couter la classe ouvri\u00e8re, le mouvement \u00e9tudiant, les femmes, toutes les nouvelles formes dans lesquelles s\u2019organisaient les passions sociales, politiques et d\u00e9mocratiques. Nous avons propos\u00e9 une alternative de mani\u00e8re honn\u00eate, propre et massive. Nous faisions <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">partie d\u2019un \u00e9norme mouvement qui investissait les grandes usines, les \u00e9coles, les g\u00e9n\u00e9rations. La fermeture de la part du PCI a conduit \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de l\u2019extr\u00e9misme terroriste. Nous avons pay\u00e9 pour tout cela, et lourdement. \u00c0 moi seul, j\u2019ai pass\u00e9 au total quatorze ans en exil et onze ans et demi en prison. <em>Il manifesto<\/em> a toujours d\u00e9fendu notre innocence. Il \u00e9tait compl\u00e8tement idiot que moi ou d\u2019autres membres de l\u2019Autonomia soyons consid\u00e9r\u00e9s comme les kidnappeurs d\u2019Aldo Moro ou les assassins de camarades. Cependant, dans la campagne innocentiste, qui \u00e9tait courageuse et importante, un aspect substantiel a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-58039 size-full\" src=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri2-1.webp\" alt=\"\" width=\"550\" height=\"367\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri2-1.webp 550w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri2-1-300x200.webp 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri2-1-435x290.webp 435w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri2-1-150x100.webp 150w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Negri2-1-370x247.webp 370w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Un d\u00e9fil\u00e9 de Potere Operaio (Negri en t\u00eate) \u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Lequel ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Nous \u00e9tions politiquement responsables d\u2019un mouvement beaucoup plus large contre le compromis historique entre le PCI et la DC. Contre nous, il y a eu une r\u00e9ponse polici\u00e8re de la part de la droite, et \u00e7a, \u00e7a se comprend. Ce que l\u2019on ne veut pas comprendre, c\u2019est la couverture que le PCI a donn\u00e9e \u00e0 cette r\u00e9ponse. Au fond, ils avaient peur que l\u2019horizon politique de la classe change. Si l\u2019on ne comprend pas ce n\u0153ud historique, comment peut-on se plaindre de l\u2019inexistence d\u2019une gauche en Italie aujourd\u2019hui ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Le 7 avril et le \u201cth\u00e9or\u00e8me de Calogero*\u201d ont \u00e9t\u00e9 per\u00e7us comme un pas vers la conversion d\u2019une partie non n\u00e9gligeable de la gauche au justicialisme et \u00e0 la procuration donn\u00e9e par les politiciens au pouvoir judiciaire. Comment \u00e9tait-il possible de se laisser prendre \u00e0 un tel pi\u00e8ge ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Lorsque le PCI a substitu\u00e9 la centralit\u00e9 de la lutte morale \u00e0 la lutte \u00e9conomique et politique, et ce par l\u2019interm\u00e9diaire de juges qui gravitaient autour de lui, il a termin\u00e9 sa course. Croyait-on vraiment utiliser le justicialisme pour construire le socialisme ? Le justicialisme est l\u2019une des choses les plus ch\u00e8res \u00e0 la bourgeoisie. C\u2019est une illusion d\u00e9vastatrice et tragique qui les emp\u00eache de voir l\u2019utilisation de classe de la loi, de la prison ou de la police contre les subalternes. Au cours de ces ann\u00e9es, les jeunes magistrats ont \u00e9galement chang\u00e9. Avant, ils \u00e9taient tr\u00e8s diff\u00e9rents. On les appelait les \u201cmagistrats d\u2019assaut\u201d. Je me souviens des premiers num\u00e9ros du magazine <em>Democrazia e Diritto, <\/em>pour lequel je travaillais \u00e9galement. Ils me remplissaient de joie parce que nous parlions de justice de masse. Ensuite, l\u2019id\u00e9e de justice a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clin\u00e9e tr\u00e8s diff\u00e9remment, ramen\u00e9e aux concepts de l\u00e9galit\u00e9 et de l\u00e9gitimit\u00e9. Et dans la magistrature, il n\u2019y avait plus de position politique, mais seulement des d\u00e9ploiements entre les courants. Aujourd\u2019hui, donc, nous avons une Constitution r\u00e9duite \u00e0 un paquet de normes qui ne correspondent m\u00eame plus \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du pays.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>En prison, tu as poursuivi le combat politique. En 1983, tu as \u00e9crit un document en prison, publi\u00e9 par il manifesto, intitul\u00e9 Do You remember revolution \u00a0[\u201cTe souviens-tu de la r\u00e9volution\u201d]. Il y \u00e9tait question de l\u2019originalit\u00e9 du 1968 italien, des mouvements des ann\u00e9es 1970 qui ne pouvaient \u00eatre r\u00e9duits aux \u201cann\u00e9es de plomb\u201d. Comment as-tu v\u00e9cu ces ann\u00e9es ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Ce document disait des choses importantes avec une certaine timidit\u00e9. Je pense qu\u2019il a dit plus ou moins les choses que je viens de rappeler. C\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode difficile. Nous \u00e9tions en taule, nous devions sortir d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Je t\u2019avoue que dans cette immense souffrance, il valait mieux pour moi \u00e9tudier Spinoza que de penser \u00e0 la morosit\u00e9 absurde dans laquelle nous avions \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s. J\u2019ai \u00e9crit un gros livre sur Spinoza et c\u2019\u00e9tait une sorte d\u2019acte h\u00e9ro\u00efque. Je ne pouvais pas avoir plus de cinq livres dans ma cellule. Et je changeais constamment de prison sp\u00e9ciale : Rebibbia, Palmi, Trani, Fossombrone, Rovigo. Chaque fois dans une nouvelle cellule avec de nouvelles personnes. J\u2019attendais des jours et je recommen\u00e7ais. Le seul livre que j\u2019avais avec moi \u00e9tait l\u2019<em>\u00c9thique<\/em> de Spinoza. J\u2019ai eu la chance de terminer mon texte avant l\u2019\u00e9meute de Trani en 1981, lorsque les forces sp\u00e9ciales ont tout d\u00e9truit. Je suis heureux que cela ait provoqu\u00e9 un bouleversement dans l\u2019histoire de la philosophie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>En 1983, tu as \u00e9t\u00e9 \u00e9lu au parlement et tu es sorti de prison pour quelques mois. Que penses-tu du moment o\u00f9 l\u2019on a vot\u00e9 ton retour en prison et o\u00f9 tu as d\u00e9cid\u00e9 de t\u2019exiler en France ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0J\u2019en souffre encore beaucoup. Si je dois porter un jugement d\u00e9tach\u00e9, historique, je pense que j\u2019ai eu raison de partir. En France, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 utile pour \u00e9tablir des relations entre les g\u00e9n\u00e9rations et j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9. J\u2019ai eu l\u2019occasion de travailler avec F\u00e9lix Guattari et j\u2019ai pu entrer dans le d\u00e9bat de l\u2019\u00e9poque. Il <\/span><span style=\"font-size: 14pt;\">m\u2019a beaucoup aid\u00e9 \u00e0 comprendre la vie des sans papiers. Moi aussi, j\u2019ai enseign\u00e9 alors que je n\u2019avais pas de carte d\u2019identit\u00e9. Mes camarades de l\u2019Universit\u00e9 de Paris 8 m\u2019ont aid\u00e9. Mais d\u2019une autre mani\u00e8re, je me dis que j\u2019ai eu tort. Cela me choque profond\u00e9ment d\u2019avoir laiss\u00e9 mes camarades en prison, ceux avec qui j\u2019ai v\u00e9cu les plus belles ann\u00e9es de ma vie et les \u00e9meutes en quatre ans de d\u00e9tention provisoire. Les avoir quitt\u00e9s me fait encore mal. Cette prison a d\u00e9vast\u00e9 la vie de chers camarades, et souvent de leurs familles. J\u2019ai 90 ans et je suis sauv\u00e9. Cela ne me rend pas plus serein face \u00e0 ce drame.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>M\u00eame Rossanda t\u2019a critiqu\u00e9&#8230;<\/em><\/strong> <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Oui, elle m\u2019a demand\u00e9 de me comporter comme Socrate. J\u2019ai r\u00e9pondu que je risquais de finir comme le philosophe. Viu les rapports qui r\u00e9gnaient en prison, j\u2019aurais pu mourir. Pannella m\u2019a mat\u00e9riellement sorti de prison et m\u2019a ensuite rejet\u00e9 toute la responsabilit\u00e9 parce que je ne voulais pas y retourner. Beaucoup de gens m\u2019ont tromp\u00e9. Rossana m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 mis en garde, et elle avait peut-\u00eatre raison.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>L\u2019a-t-elle fait une autre fois ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Oui, lorsqu\u2019elle m\u2019a dit de ne pas revenir de Paris en Italie en 1997, apr\u00e8s 14 ans d\u2019exil. Je l\u2019ai vue pour la derni\u00e8re fois avant son d\u00e9part dans un caf\u00e9 pr\u00e8s du mus\u00e9e de Cluny, le mus\u00e9e national du Moyen \u00c2ge. Elle m\u2019a dit qu\u2019elle voulait m\u2019attacher avec une cha\u00eene pour m\u2019emp\u00eacher de prendre cet avion.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Pourquoi as-tu d\u00e9cid\u00e9 de retourner en Italie ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0J\u2019\u00e9tais convaincu que j\u2019allais lutter pour l\u2019amnistie de tous les camarades des ann\u00e9es 1970. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il y avait le bicam\u00e9ralisme, cela semblait possible. J\u2019ai pass\u00e9 six ans en prison, jusqu\u2019en 2003. Rossana avait peut-\u00eatre raison.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Quels souvenirs as-tu d\u2019elle aujourd\u2019hui ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Je me souviens de la derni\u00e8re fois que je l\u2019ai vue \u00e0 Paris. C\u2019\u00e9tait une amie tr\u00e8s gentille qui s\u2019inqui\u00e9tait de mes voyages en Chine, craignant que je ne sois bless\u00e9. C\u2019\u00e9tait une personne merveilleuse, \u00e0 l\u2019\u00e9poque et depuis toujours.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Anna Negri, ta fille, a \u00e9crit \u201cCon un piede impigliato nella storia\u201d [Avec un pied coinc\u00e9 dans l\u2019histoire] (DeriveApprodi) qui raconte cette histoire du point de vue de vos affects, et d\u2019une autre g\u00e9n\u00e9ration.<\/em><\/strong> <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0J\u2019ai trois enfants merveilleux, Anna, Francesco et Nina, qui ont souffert de mani\u00e8re indicible de ce qui s\u2019est pass\u00e9. J\u2019ai regard\u00e9 la s\u00e9rie de Bellocchio sur Moro et je n\u2019en reviens toujours pas qu\u2019on m\u2019ait rendu responsable de cette incroyable trag\u00e9die. Je pense \u00e0 mes deux premiers enfants, qui allaient \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Certains les voyaient comme les enfants d\u2019un monstre. Ces gar\u00e7ons, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, ont v\u00e9cu des \u00e9v\u00e9nements \u00e9normes. Ils ont <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">quitt\u00e9 l\u2019Italie et sont revenus, ils ont travers\u00e9 eux-m\u00eames <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">ce long hiver. Le moins qu\u2019ils puissent faire est d\u2019\u00e9prouver une certaine col\u00e8re envers les parents qui les ont mis dans cette situation. Et j\u2019ai une certaine responsabilit\u00e9 dans cette histoire. Nous sommes redevenus amis. C\u2019est pour moi un cadeau d\u2019une immense beaut\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990, co\u00efncidant avec les nouveaux mouvements mondiaux et anti-guerre, tu as acquis une solide position de reconnaissance avec Michael Hardt, en commen\u00e7ant par le livre \u201cEmpire\u201d. Comment d\u00e9finirais-tu la relation entre la philosophie et le militantisme aujourd\u2019hui, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on assiste \u00e0 un retour au sp\u00e9cialisme et aux id\u00e9es r\u00e9actionnaires et \u00e9litistes ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Il m\u2019est difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question. Quand on me dit que j\u2019ai fait \u201cun\u2019opera\u201d [une \u0153uvre, mais aussi un op\u00e9ra] je r\u00e9ponds : \u201cLyrique\u00a0?\u201d Tu te rends compte\u00a0? Je suis oblig\u00e9 de rire. Parce que je suis plus militant que philosophe. Cela <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">peut faire rire certains, mais moi, je m\u2019y vois comme Papageno*&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Il ne fait pourtant aucun doute que tu as \u00e9crit de nombreux livres&#8230;<\/em> <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre quelque part entre la philosophie et le militantisme. Dans les meilleures p\u00e9riodes de ma vie, je suis pass\u00e9 en permanence de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Cela m\u2019a permis de cultiver un rapport critique \u00e0 la th\u00e9orie capitaliste du pouvoir. Pivotant sur Marx, je suis pass\u00e9 de Hobbes \u00e0 Habermas, en passant par Kant, Rousseau et Hegel. Des gens suffisamment s\u00e9rieux pour devoir \u00eatre combattus. En revanche, la ligne Machiavel-Spinoza-Marx constituait une v\u00e9ritable alternative. Je le r\u00e9p\u00e8te : l\u2019histoire de la philosophie n\u2019est pas pour moi une sorte de texte sacr\u00e9 qui aurait m\u00eal\u00e9 tout le savoir occidental, de Platon \u00e0 Heidegger, \u00e0 la civilisation bourgeoise et transmis des concepts fonctionnels au pouvoir. La philosophie fait partie de notre culture, mais elle doit \u00eatre utilis\u00e9e pour ce dont elle a besoin, \u00e0 savoir transformer le monde et le rendre plus juste. Deleuze a parl\u00e9 de Spinoza et a repris l\u2019iconographie qui le repr\u00e9sente comme Masaniello. J\u2019aimerais que ce soit le cas pour moi. M\u00eame \u00e0 90 ans, j\u2019ai toujours ce rapport \u00e0 la philosophie. Vivre le militantisme est moins facile, mais j\u2019arrive \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 \u00e9couter, dans une situation d\u2019exil.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>L\u2019exil, encore aujourd\u2019hui ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Un peu, oui. Mais c\u2019est un exil diff\u00e9rent. Cela d\u00e9pend du fait que les deux mondes dans lesquels je vis, l\u2019Italie et la France, ont des dynamiques de mouvement tr\u00e8s diff\u00e9rentes. En France, l\u2019op\u00e9ra\u00efsme n\u2019a pas eu beaucoup d\u2019adeptes, m\u00eame s\u2019il est red\u00e9couvert aujourd\u2019hui. Le mouvement de gauche en France a toujours \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par le trotskisme ou l\u2019anarchisme. Dans les ann\u00e9es 1990, avec la revue <em>Futur ant\u00e9rieur,<\/em> avec mon ami et camarade Jean-Marie Vincent, nous avons trouv\u00e9 une m\u00e9diation entre le gauchisme et l\u2019op\u00e9ra\u00efsme : cela a march\u00e9 pendant une dizaine d\u2019ann\u00e9es. Mais nous l\u2019avons fait avec beaucoup de prudence. Nous avons laiss\u00e9 le jugement sur la politique fran\u00e7aise \u00e0 nos camarades fran\u00e7ais. Le seul \u00e9ditorial important \u00e9crit par des Italiens dans la revue a \u00e9t\u00e9 celui sur la grande gr\u00e8ve des cheminots de 1995, qui ressemblait tellement aux luttes italiennes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Pourquoi l\u2019op\u00e9ra\u00efsme conna\u00eet-il aujourd\u2019hui une r\u00e9sonance mondiale ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Parce qu\u2019il r\u00e9pond \u00e0 un besoin de r\u00e9sistance et de r\u00e9surgence des luttes, comme dans d\u2019autres cultures critiques avec lesquelles il dialogue : f\u00e9minisme, \u00e9cologie politique, critique post-coloniale par exemple. Et puis parce qu\u2019il n\u2019est la propri\u00e9t\u00e9 de rien ni de personne. Il ne l\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, pas plus qu\u2019il n\u2019a \u00e9t\u00e9 un chapitre de l\u2019histoire du PCI, comme certains s\u2019en font l\u2019illusion. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une id\u00e9e pr\u00e9cise de la lutte des classes et d\u2019une critique de la souverainet\u00e9 qui coagule le pouvoir autour du p\u00f4le ma\u00eetre, propri\u00e9taire et capitaliste. Mais le pouvoir est toujours divis\u00e9, il est toujours ouvert, m\u00eame lorsqu\u2019il ne semble pas y avoir d\u2019alternative. Toute la th\u00e9orie du pouvoir comme extension de la domination et de l\u2019autorit\u00e9 faite par l\u2019\u00e9cole de Francfort et ses \u00e9volutions r\u00e9centes est fausse, m\u00eame si elle reste malheureusement h\u00e9g\u00e9monique. L\u2019op\u00e9ra\u00efsme balaie d\u2019un revers de main cette lecture brutale. C\u2019est un style de travail et de pens\u00e9e. Il prend l\u2019histoire par le bas, faite de grandes masses en mouvement, il cherche la singularit\u00e9 dans une dialectique ouverte et productive.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Tes r\u00e9f\u00e9rences constantes \u00e0 Fran\u00e7ois d\u2019Assise m\u2019ont toujours impressionn\u00e9. D\u2019o\u00f9 vient cet int\u00e9r\u00eat pour le saint et pourquoi l\u2019as-tu pris comme exemple de ta joie d\u2019\u00eatre communiste ?<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0D\u00e8s mon plus jeune \u00e2ge, on s\u2019est moqu\u00e9 de moi parce que j\u2019utilisais le mot \u201camour\u201d. On me prenait pour un po\u00e8te ou pour un illumin\u00e9. Au contraire, j\u2019ai toujours pens\u00e9 que l\u2019amour \u00e9tait une passion fondamentale qui maintient l\u2019humanit\u00e9 debout. Il peut devenir une arme pour vivre. Je viens d\u2019une famille qui a connu la mis\u00e8re pendant la guerre et qui m\u2019a appris une affection avec laquelle je vis encore aujourd\u2019hui. Fran\u00e7ois est au fond un bourgeois qui vit \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il saisit la possibilit\u00e9 de transformer la bourgeoisie elle-m\u00eame, et de faire un monde o\u00f9 les gens s\u2019aiment et aiment le vivant. L\u2019appel \u00e0 lui, pour moi, est comme l\u2019appel aux Ciompi*** de Machiavel. Fran\u00e7ois, c\u2019est l\u2019amour contre la propri\u00e9t\u00e9 : exactement ce que nous aurions pu faire dans les ann\u00e9es 70, en inversant cette \u00e9volution et en cr\u00e9ant une nouvelle fa\u00e7on de produire. Fran\u00e7ois n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 suffisamment pris en compte, pas plus que l\u2019importance que le franciscanisme a eue dans l\u2019histoire de l\u2019Italie. Je le mentionne parce que je veux que des mots comme amour et joie entrent dans le langage politique. <em>[Lire <\/em><em><strong><a href=\"https:\/\/tlaxcala-int.blogspot.com\/2023\/10\/grado-giovanni-merlo-ce-communiste-de.html\">Ce communiste de Saint Fran\u00e7ois<\/a><\/strong>]<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">NdT<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">*<strong><em>Pietro Calogero<\/em><\/strong>, substitut du procureur \u00e0 Padoue, responsable de l\u2019enqu\u00eate conduisant au coup de filet du 7 avril, aurait d\u00e9clar\u00e9\u00a0:\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Puisqu\u2019on ne peut pas attraper le poisson [les Brigades rouges], il faut ass\u00e9cher la mer [le mouvement subversif]\u00a0\u00bb, appliquant ainsi les principes de la guerre contre-insurrectionnelle appliqu\u00e9s par les militaires fran\u00e7ais \u201cmao\u00efstes\u201d en Alg\u00e9rie, tirant les le\u00e7ons de leur d\u00e9faite au Vietnam (d\u2019o\u00f9 \u00e9tait originaire sa m\u00e8re). Calogero, alias Kalogero, est devenu c\u00e9l\u00e8bre en raison du th\u00e9or\u00e8me qui lui est attribu\u00e9 et qui \u00e9tablit un lien entre les responsabilit\u00e9s de certains professeurs d\u2019universit\u00e9 pr\u00eachant la subversion (appel\u00e9s \u201cprofessorini\u201d, petits profs) et les actions terroristes. Le magistrat a indiqu\u00e9 dans ses ordres d\u2019arrestation des crimes tels que la \u201cformation de et la participation de bandes arm\u00e9es\u201d et \u201cl\u2019insurrection arm\u00e9e contre les pouvoirs de l\u2019\u00c9tat\u201d, ainsi que des attentats, des meurtres, des blessures et des enl\u00e8vements, affirmant que les publications de l\u2019Autonomia Operaia et d\u2019autres documents, ainsi que les t\u00e9moignages, avaient fourni des \u201cindications suffisantes de culpabilit\u00e9\u201d. Les dirigeants du Parti communiste italien apport\u00e8rent un soutien inconditionnel \u00e0 ce chevalier blanc de la contre-subversion.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">** <strong><em>Papageno<\/em><\/strong> est un personnage masculin de La Fl\u00fbte enchant\u00e9e de Mozart, dont le r\u00f4le est \u00e9crit pour une voix de baryton. C\u2019est un oiseleur au service de La Reine de la Nuit, \u00ab gai, l\u00e9ger, chantant, habill\u00e9 d\u2019un pittoresque v\u00eatement de plumes \u00bb, et \u00ab l\u2019un des personnages les plus populaires de tout le r\u00e9pertoire lyrique \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">***Les <strong><em>Ciompi<\/em><\/strong>, les \u201cbatteurs\u201d de laine, \u00e9taient la cat\u00e9gorie la plus pauvre des travailleurs de l\u2019industrie textile de la r\u00e9publique de Florence. Leur r\u00e9volte (\u201ctumulto\u201d) de juin \u00e0 ao\u00fbt 1378 leur permit d\u2019obtenir en juillet la cr\u00e9ation de guildes sp\u00e9cifiques et Michele di Lando, simple ouvrier cardeur, fut promu gonfalonnier de justice de la r\u00e9publique de Florence. Mais l\u2019exercice du pouvoir n\u2019est pas sans probl\u00e8mes et le mois d\u2019ao\u00fbt voit le retour \u00e0 l\u2019ordre ant\u00e9rieur. Cette r\u00e9volte a fait l\u2019objet de d\u00e9veloppements dans <em>L\u2019Histoire de Florence<\/em> de Machiavel, qui la pr\u00e9sente du point de vue des classes sup\u00e9rieures.<\/span><\/p>\n<h5><strong><a href=\"https:\/\/tlaxcala-int.blogspot.com\/p\/auteurs.html\">Roberto Ciccarelli<\/a><\/strong><strong>,<em><a href=\"https:\/\/ilmanifesto.it\/il-secolo-breve-di-toni-negri\">il<\/a><\/em><\/strong><a href=\"https:\/\/ilmanifesto.it\/il-secolo-breve-di-toni-negri\"><strong><em> manifesto<\/em><\/strong><\/a><strong><em>, 5\/8\/2023<br \/>\nTraduit par <\/em><\/strong><strong><em><a href=\"https:\/\/drive.google.com\/file\/d\/1rN8S1UGcTPIpdrQHVKCtU1FvwPYQHqNH\/view\">Fausto Giudice<\/a><\/em><\/strong><strong><em>, <\/em><\/strong><strong><em><a href=\"https:\/\/tlaxcala-int.blogspot.com\/search\/label\/Fausto%20Giudice\">Tlaxcala<\/a><\/em><\/strong><\/h5>\n<h5>Traduction disponible : <a href=\"https:\/\/www.lapluma.net\/2023\/10\/03\/el-siglo-breve-de-toni-negri\/\">Espa\u00f1ol<\/a><\/h5>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il s\u2019agit de nourrir tout le monde, de moderniser, de rendre heureux. Le communisme est une passion collective joyeuse, \u00e9thique et politique qui lutte contre la trinit\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9, des fronti\u00e8res et du capital.<\/p>\n","protected":false},"author":1335,"featured_media":58037,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[24585,24587,24578,24579,5669,23454,2279,12700,24580,24581,24584,14383,2696,24586,24582,24583],"coauthors":[24577],"class_list":["post-57961","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","tag-anos-setenta","tag-autonomia-obrera-organizada","tag-autonomie-ouvriere-organisee","tag-communisme","tag-comunismo","tag-italiette-italieta","tag-luchas-y-resistencias","tag-luttes-ouvrieres","tag-marco-pannella","tag-operaisme","tag-operaismo","tag-potere-operaio","tag-revolutionnaires-du-xxeme-siecle","tag-roberto-ciccarelli","tag-rossana-rossanda","tag-toni-negri"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57961","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1335"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57961"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57961\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":58120,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57961\/revisions\/58120"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/58037"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57961"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57961"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57961"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=57961"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}