{"id":45599,"date":"2022-12-03T12:41:55","date_gmt":"2022-12-03T12:41:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapluma.net\/?p=45599"},"modified":"2022-12-04T18:54:36","modified_gmt":"2022-12-04T18:54:36","slug":"carta-a-un-amigo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2022\/12\/03\/carta-a-un-amigo\/","title":{"rendered":"Lettre \u00e0 un ami"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-11116 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/baniere1-300x35.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 805px) 100vw, 805px\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/baniere1-300x35.jpg 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/baniere1-768x90.jpg 768w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/baniere1-1024x119.jpg 1024w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/baniere1.jpg 1200w\" alt=\"\" width=\"805\" height=\"94\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Malgr\u00e9 le climat (qui \u00e0 force de s&rsquo;\u00e9terniser finira pa d\u00e9passer notre \u00e9ternel printemps de Colombie) me voici, lanc\u00e9 dans une ar\u00e8ne de vingt pieds de longueur et douze de hauteur&#8230; Laissant ma peaux sur le mur, me d\u00e9faisant des images qui poussent en moi au cours de la nuit. On pourrait croire que je r\u00eave, mais c&rsquo;est l\u2019urgence qui me travaille, faisant de moi l&rsquo;instrument de sa jouissance et de sa panique. Me voil\u00e0, \u00e0 l&rsquo;assaut du centre de la toile&#8230;pour tirer du nombril un paysage.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le tableau n\u2019a pas de titre. Je vais essayer de t&rsquo;en donner une id\u00e9e plus exacte en le d\u00e9crivant. La sc\u00e8ne se passe dans mon atelier, le tableau est divis\u00e9 en autant de parties que n\u00e9cessaire, et moi, je suis au milieux en train de peindre\u2026 Devant moi, le paysage dont je te parlais avec ses cieux aigres-doux, les collines arrach\u00e9es \u00e0 mon enfance et ses grandes herbes qui lac\u00e8rent l\u2019air de leurs lames ti\u00e8des\u2026Derri\u00e8re, et sur les c\u00f4t\u00e9s, comme croisant mon chemin, les autres personnages qui m\u2019habitent\u00a0: l\u2019homme en noir et blanc, avec son chapeau melon \u2013 sorte de daguerr\u00e9otype vivant, avec son coffre sous le bras, &#8211; puis un cur\u00e9 d\u2019aspect triomphant, tout en rouges et pourpres, dont le vent agite l\u2019ample soutane\u2026 Derri\u00e8re lui, un g\u00e9n\u00e9ral ou un militaire de je ne sais quel grade avec sa casquette cintr\u00e9e \u2013 comme si l\u2019aigle lui cuvait sur la t\u00eate-, curieuse demi-lune faisant \u00e9trangement \u00e9cho aux petits soleils qui ornent sa poitrine. Chez les premiers, j\u2019ai utilis\u00e9 le blanc, les noirs, la gamme qui va du rouge aux violets\u00a0; chez le dernier, l\u2019obscurit\u00e9 du vert et la lumi\u00e8re des tons dor\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Cette pr\u00e9sence frontale de mes trois personnages s\u2019est anim\u00e9e d\u2019un \u00ab mouvement \u00bb ; un bras dessus, un bras dessous\u2026 et cette figure charg\u00e9e de pr\u00e9sages s\u2019est musicalis\u00e9e. Quelques accords plaqu\u00e9s sur tout ce d\u00e9corum et le tour \u00e9tait jou\u00e9\u2026 O gloire\u00a0! O dignit\u00e9 ! L\u2019instant de mort n\u2019a rien pu face au jaillissement vital, ni la prohibition face \u00e0 la libert\u00e9. J\u2019ignore comment a pu s\u2019op\u00e9rer cette secr\u00e8te transformation\u00a0; c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019\u00e9v\u00eaque, ce cur\u00e9 aux jupons espi\u00e8gles, joyeux corrupteur de cette tr\u00e8s-sainte trinit\u00e9 de complices, qui d\u2019une touche d\u2019essence f\u00e9minine \u00e0 accord\u00e9 \u00e0 la mati\u00e8re sa licence de sensualit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Il est vrai \u00e9galement que j\u2019\u00e9tais l\u00e0 pour quelque chose\u2026 soufflant une poudre d\u2019or sur les m\u00e9dailles-pollen f\u00e9condant des c\u0153urs, me glissant doucement, franc et furtif \u00e0 la fois, sous leurs cuirasses\u2026 Je les ai s\u00e9duits un \u00e0 un -\u00e0 force de tripotages et de sans g\u00eane-, je leur ai fait go\u00fbter, a doses graduelles, les saveurs d\u2019une libert\u00e9 qui leur \u00e9tait ni\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">T\u00e2ch\u00e9s d\u2019ombre et de lumi\u00e8re, comme en une f\u00eate \u00ab\u00a0impressionniste\u00a0\u00bb ils s\u2019abandonnent aujourd\u2019hui au tango, aux valses ou au bol\u00e9ro. Mais ils continuent \u00e0 chanter \u00ab\u00a0C\u2019est moi qui ai le meilleurs profil\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Derri\u00e8re moi, il y a aussi un mod\u00e8le, nu, qui s\u2019appuie sur le dossier de mon si\u00e8ge et me regarde peindre. Ses v\u00eatements sont par terre, devant le tableau\u2026 Je lui dis\u00a0: \u00ab\u00a0La seule chose qui compte, c\u2019est d\u2019avoir une mais pour faire ce que nous fait envie\u2026\u00a0\u00bb, elle semble ne pas comprendre et reste imperturbable.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Depuis quelques temps, ma peinture laisse entrer quelques blanches Venus venues du nord\u2026 Ces chose que l\u2019ont peut respirer dans l\u2019air\u00a0! Qui sait si cette \u00e9norme femme n\u2019est pas la g\u00e9ante de Baudelaire\u2026 Je l&rsquo;ai vue aussi portant des lampes, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Op\u00e9ra, une discr\u00e8te tunique moulant ses molles g\u00e9om\u00e9tries\u00a0; elle est \u00e9trangement maternelle, nourrissant du lait culte de son sein une p\u00e2le prog\u00e9niture\u2026 Comment te dire\u2026 j\u2019aime et je n\u2019aime pas\u2026 hanches amples, cheveux rassembl\u00e9s en chignon, le ventre arrondi en une ligne fertile\u2026 Je parierais, n\u00e9anmoins, qu\u2019il ne nous reste de ses accouchements que la substance sans corps des l\u00e9gislations.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">L\u2019humidit\u00e9 de l\u2019orage, ou la vapeur l\u00e9g\u00e8re du sang frais\u2026 tous \u00e7a, tu le trouverais, r\u00e9duit au symbole, perdu au fond de spirales parfaites\u2026Grains de sable dans l\u2019\u0153il de l\u2019oubli\u00a0; puisant les frises accumul\u00e9es des tranquilles h\u00e9ros tandis que passent les nuages\u2026 Pour moi il y a un contraste peut \u00eatre la figure a-t-elle abus\u00e9 de son d\u00e9guisement de R\u00e9publique. Mais cela n\u2019a plus d\u2019importance, c\u2019est moi qui l\u2019engendre maintenant, et je laisse dans chaque repli une opportunit\u00e9 de naissance. Elles sont l\u00e0 et n\u2019attendent rien, rondes comme des \u0153ufs sur une herbe folle\u00a0; quasiment sacramentelles, pr\u00e9sidant des c\u00e9r\u00e9monies d\u2019animaux \u00e9tranges. Paysage sans visage de ce qui est doux, de ce qui n\u2019est pas humain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">A c\u00f4t\u00e9 de cette femme, quelques personnages connus, (j\u2019aimerais tirer le portrait d\u2019un philosophe, ou d\u2019un gar\u00e7on de caf\u00e9, mais je ne les crois disponibles ni l\u2019un, ni l\u2019autre), ensuite, c\u2019est ton tour -vers l\u2019avant du tableau, tu es assis sur un tabouret, les jambes crois\u00e9es et un chapeau de paille sur le genoux, avec ton visage allong\u00e9 d\u2019Espagnol, les mains agit\u00e9es. \u00c1 l\u2019extr\u00eame droite, appuy\u00e9 sur une table, Baudelaire lit un grand livre (Poe\u00a0? La Bible ?)\u00a0; \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s une Orientale fait semblant de se regarder dans un miroir. Ensuite une fen\u00eatre, un hamac, quelque vase comme une explosion muette au fond de la pi\u00e8ce\u2026Ensuite, plus rien. Le mur nu et l\u2019ombre d\u2019un oiseau qui passe.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Tout cela, je te l\u2019ai mal expliqu\u00e9, j\u2019aurais d\u00fb commencer par la fin\u2026 Mais tu comprendras comme tu pourras. Figure-toi que alors que j\u2019avais ce tableau \u00e0 l\u2019esprit, j\u2019attrap\u00e9 les oreillons. Mois qui n\u2019a pas de temps \u00e0 perdre et qui ne supporte ni l\u2019enfermement ni la tranquillit\u00e9\u00a0! L\u2019exposition pour Monsieur Bruxel est presque pr\u00eate\u00a0: il me fallait 14 toiles, je crois qui j\u2019y arriverai.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">A Ermont je vais dans un caf\u00e9 que fr\u00e9quentent aussi des braconniers\u2026 ce sont des gens sympathiques \u00e0 qui une sorte de sagesse populaire suffit\u2026 samedi prochain, ils m\u2019ont invit\u00e9 \u00e0 monter avec eux (ils m\u2019ont pr\u00e9venu de la taille de leurs chevaux\u00a0: beaucoup plus grand que les n\u00f4tres, mais je crois que je ne vais pas les d\u00e9cevoir)\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019ai confiance, comme tout le monde, dans les vertus de l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a0; fais bien attention \u00e0 toi, car l\u2019orgueil et l\u2019honn\u00eatet\u00e9 peuvent venir \u00e0 bout de n\u2019importe qui.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Je t\u2019embrasse du fond de mon c\u0153ur,<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 18pt;\">OSSABA<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00abCadencia avanti\u00bb. Reportage sur l&rsquo;artiste et son \u0153uvre r\u00e9alis\u00e9 et diffus\u00e9 par FR3 ( Cha\u00eene 3 TV) France, 1986.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>\u00ab Les quatre saisons<\/b>\u00bb (Las cuatro estaciones). Galerie Orly. A\u00e9roports de Par\u00eds. Exposition personnelle, 1994.<\/span><\/p>\n<h2><span style=\"font-size: 14pt;\">Original: <a href=\"https:\/\/www.lapluma.net\/2022\/12\/03\/carta-a-un-amigo\/\">Carta a un amigo<\/a><\/span><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e2ch\u00e9s d\u2019ombre et de lumi\u00e8re, comme en une f\u00eate \u00ab\u00a0impressionniste\u00a0\u00bb ils s\u2019abandonnent aujourd\u2019hui au tango aux valses ou au bol\u00e9ro. 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