{"id":45080,"date":"2022-11-17T13:46:18","date_gmt":"2022-11-17T13:46:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapluma.net\/?p=45080"},"modified":"2022-11-17T14:53:10","modified_gmt":"2022-11-17T14:53:10","slug":"huelga-y-muerte-de-la-senorita-betsabe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2022\/11\/17\/huelga-y-muerte-de-la-senorita-betsabe\/","title":{"rendered":"Gr\u00e8ve et mort de Mlle Betsab\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Quatre cents demoiselles, tisseuses, ourdisseuses, rebelles, certaines adolescentes, d&rsquo;autres encore enfants, certaines d\u00e9j\u00e0 \u00ab grandes \u00bb, sont pass\u00e9es dans l&rsquo;histoire de la Colombie comme les protagonistes de la premi\u00e8re gr\u00e8ve dans le pays, \u00e0 l\u2019aube des fameuses \u00ab ann\u00e9es folles et heureuses \u00bb. Elles mettaient en application la loi r\u00e9cente, n\u00b0 78 de novembre 1919, qui consacrait le droit de gr\u00e8ve, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 artisans (tailleurs, cordonniers), ouvriers, mineurs, cheminots avaient d\u00e9j\u00e0 fait entendre leur voix de protestaation et men\u00e9 des gr\u00e8ves contre deivers abus en mati\u00e8re de travail.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Mais ce sont les travailleuses de la Fabrique de Tissus de Bello (qui eut d&rsquo;autres raisons sociales) qui, avec leur gr\u00e8ve de vingt et un jours (commenc\u00e9e le 12 f\u00e9vrier 1920), furent inscrites dans l&rsquo;histoire de la dignit\u00e9 et des combats prol\u00e9tariens. Betsab\u00e9 Espinal, leur principale dirigeante, \u00e9tait une \u00ab\u00a0petite n\u00e9gresse fut\u00e9e\u00a0\u00bb, jolie, fille \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb de Celsa Julia Espinal, et avec un caract\u00e8re et une personnalit\u00e9 redoutables pour remettre \u00e0 leur place les patrons de l&rsquo;usine et trois contrema\u00eetres, qui faisaient chanter et pers\u00e9cutaient les ouvri\u00e8res.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Les filles de la bo\u00eete (premi\u00e8re usine du secteur fond\u00e9e dans la Vall\u00e9e d&rsquo;Aburr\u00e1) se soulev\u00e8rent contre la tyrannie du g\u00e9rant Emilio Restrepo Callejas, alias Paila, dont, des ann\u00e9es avant le formidable d\u00e9clenchement de la gr\u00e8ve, Carlos E. Restrepo (un autre actionnaire de l&rsquo;entreprise) s&rsquo;\u00e9tait plaint de l\u2019autoritarisme et de l\u2019arrogance, et contre les man\u0153uvres grossi\u00e8res de trois contrema\u00eetres qu&rsquo;elles avaient baptis\u00e9s \u00ab\u00a0caciques\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-45082 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Bestsabe-comic-194x300.png\" alt=\"\" width=\"485\" height=\"751\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">La r\u00e9bellion des \u00ab petites pucelles tr\u00e8s pures \u00bb r\u00e9pondait aussi \u00e0 d\u2019autres saloperies, comme les longues journ\u00e9es de travail (\u00ab du lever au coucher du soleil\u00bb) et l\u2019interdiction de garder leurs chaussures au travail, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 les discours hygi\u00e9nistes promulguaient la n\u00e9cessit\u00e9 de chaussures dans la pr\u00e9vention des maladies, et o\u00f9, par exemple, \u00e0 Medell\u00edn, il y avait d\u00e9j\u00e0 des usines qui en fabriquaient, comme celle appel\u00e9e Roi Soleil. L\u2019\u00e9trange d\u00e9clenchement d\u2019une gr\u00e8ve, outre des ouvri\u00e8res \u00ab pures et chaste \u00bb (l\u2019usine employait aussi une centaine d\u2019ouvriers m\u00e2les, dont beaucoup agirent comme briseurs de gr\u00e8ve), a provoqu\u00e9 une \u00ab couverture \u00bb par les journaux et les magazines, ainsi que la solidarit\u00e9 de larges secteurs de la population.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Des reporters d\u2019<em> El Espectador <\/em>(comme celui qui signait <em>Le Curieux impertinent<\/em>), d\u2019<em> El Luchador<\/em> (journal socialiste), d\u2019 <em>El Correo Liberal<\/em>, de <em>La Defensa<\/em>, d\u2019<em>El Social<\/em> et d\u2019autres, ont \u00ab\u00a0couvert\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9v\u00e9nement insolite, en un temps o\u00f9 l\u2019\u00c9glise catholique faisait la promotion du \u00ab\u00a0mod\u00e8le marial\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0reines du foyer\u00a0\u00bb, et autres mod\u00e8les de femmes et o\u00f9, en tout cas, on n\u2019aurait jamais pens\u00e9 qu\u2019elles pourraient entreprendre une t\u00e2che \u00e9norme comme une gr\u00e8ve, \u00e9tant en outre des \u00a0\u00ab\u00a0 demoiselles\u00a0\u00bb. Parce que c\u2019\u00e9tait une exigence patronale qu\u2019elles ne soient pas mari\u00e9es et encore moins m\u00e8res c\u00e9libataires. Ces quatre cents femmes \u00e9taient des \u00ab\u00a0pures pucelles rebelles\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Betsab\u00e9, devenue par son talent oratoire son courage la grande cheffe, la \u00ab\u00a0justice faite femme\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0d\u00e9esse de la libert\u00e9\u00a0\u00bb et d\u2019autres appellations donn\u00e9es par les journalistes, a atteint des dimensions colossales, allant jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre appel\u00e9e la \u00ab\u00a0Jeanne d\u2019Arc\u00a0\u00bb colombienne. Betsab\u00e9, dont la m\u00e8re, devenue folle, mourut des ann\u00e9es plus tard \u00e0 l\u2019asile, se dressa comme le symbole d\u2019un exploit gigantesque pour l\u2019\u00e9poque. Elle a ouvert des voies impossibles. Et en tant que femme-flambeau, femme-phare, elle a \u00e9clair\u00e9 les t\u00e9n\u00e8bres dans lesquelles les discours eccl\u00e9siaux et ceux des propri\u00e9taires d\u2019usine maintenaient les travailleur\u00b7ses.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Les filles de Bello, avec leur meneuse indomptable, une sorte de Polycarpe ouvri\u00e8re, spt mont\u00e9es \u00e0 l\u2019assaut de \u00a0l\u2019histoire. Les \u00ab\u00a0esclaves rebelles et hautaines, rescap\u00e9es du bagne de don Emilio Restrepo\u00a0\u00bb (comme l\u2019\u00e9crivait un auteur d\u2019 <em>d\u2019El Luchador<\/em>), battirent \u00e0 plate couture les propri\u00e9taires de l\u2019entreprise et, en vingt et un jours de gr\u00e8ve, arrach\u00e8rent des revendications comme celle de chasser de l\u2019usine les \u00ab\u00a0trois contrema\u00eetres esclavagistes\u00a0\u00bb et harceleurs. Il y avait, outre Bestab\u00e9 d\u2019autres protagonistes, comme Trina Tamayo, Adelina Gonz\u00e1lez, Carmen Agudelo, Teresa Piedrahita\u2026 toutes \u00ab\u00a0femmes h\u00e9ro\u00efques et viriles de Bello\u00a0\u00bb, comme les qualifia <em>El Espectador<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Apr\u00e8s la gr\u00e8ve historique des demoiselles, la gr\u00e8ve juste et, en particulier, Betsab\u00e9 Espinal furent rendues invisibles. Sur ces femmes qui ont r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 \u00eatre des \u00ab\u00a0douces\u00a0 brebis\u00bb, l\u2019oubli a longtemps r\u00e9gn\u00e9. Plus tard, surtout \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, des traces et des recherches sont apparues et un int\u00e9r\u00eat inhabituel pour activer la m\u00e9moire des femmes qui ont bris\u00e9 la mise sous tutelle et l\u2019embrigadement des cur\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Il y a des ann\u00e9es, j\u2019ai rencontr\u00e9 \u00e0 Bello une des gr\u00e9vistes, camarade de Bestab\u00e9. Elle me raconta alors que cette extraordinaire lideure, dont on ne savait plus grand-chose apr\u00e8s la \u00ab\u00a0gr\u00e8ve des demoiselles\u00a0\u00bb, \u00e9tait morte \u00e0 Medellin, chez elle, pendue par sa chevelure abondante. C\u2019\u00e9tait une fin h\u00e9ro\u00efque et romantique (c\u2019est ce que je raconte dans mon roman <em>Betsab\u00e9 y Betsab\u00e9<\/em>, publi\u00e9 par l\u2019UpB et en cours de traduction en fran\u00e7ais). Mais \u00e7a ne s\u2019est pas pass\u00e9 comme \u00e7a. La fin fut tragique, mais d\u2019une autre mani\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Je suis r\u00e9cemment pass\u00e9 par la maison o\u00f9 est morte Betsab\u00e9 Espinal, dans le quartier de Las Palmas, \u00e0 Medell\u00edn. Il ne restait plus que quelques jours avant le 90<sup>\u00e8me <\/sup>\u00a0de sa mort accidentelle. Rien dans cette r\u00e9sidence d\u2019angle ne rappelait la l\u00e9gendaire jeune fille qui, \u00e0 23 ans, est entr\u00e9e dans l\u2019histoire. Elle mourut \u00e9lectrocut\u00e9e par des c\u00e2bles \u00e9lectriques, le 16 novembre 1932.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-5216\" src=\"https:\/\/glocalworkshop.com\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Bestabe-portada-GW-715x1024.png\" sizes=\"auto, (max-width: 715px) 100vw, 715px\" srcset=\"https:\/\/glocalworkshop.com\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Bestabe-portada-GW-715x1024.png 715w, https:\/\/glocalworkshop.com\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Bestabe-portada-GW-210x300.png 210w, https:\/\/glocalworkshop.com\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Bestabe-portada-GW-768x1099.png 768w, https:\/\/glocalworkshop.com\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Bestabe-portada-GW-680x973.png 680w, https:\/\/glocalworkshop.com\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Bestabe-portada-GW.png 839w\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"859\" \/><\/p>\n<h2><span style=\"font-size: 18pt;\">Reinaldo Spitaletta<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"font-size: 18pt;\">Original: <a href=\"https:\/\/www.lapluma.net\/2022\/11\/17\/huelga-y-muerte-de-la-senorita-betsabe\/\">Huelga y muerte de la se\u00f1orita Betsab\u00e9<\/a><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"font-size: 18pt;\"><b>Traduit par <\/b><a href=\"https:\/\/drive.google.com\/file\/d\/1yonU1TFL80rHWu5iWQekgi-hN6al9M2z\/view\"><b><span lang=\"EN-GB\"><span lang=\"FR\">Fausto Giudice<\/span><\/span><\/b><\/a><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"font-size: 18pt;\">Source: <a href=\"https:\/\/tlaxcala-int.blogspot.com\/2022\/11\/reinaldo-spitaletta-greve-et-mort-de.html\">Tlaxcala <\/a>le 15 novembre 2022<\/span><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Betsab\u00e9, devenue par son talent oratoire son courage la grande cheffe, la \u00ab\u00a0justice faite femme\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0d\u00e9esse de la libert\u00e9\u00a0\u00bb et d\u2019autres appellations donn\u00e9es par les journalistes, a atteint des dimensions colossales, allant jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre appel\u00e9e la \u00ab\u00a0Jeanne d\u2019Arc\u00a0\u00bb colombienne.<\/p>\n","protected":false},"author":20,"featured_media":37203,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[7,5],"tags":[21208,7983,18303,21211,21209,12696,12700,519,352,345],"coauthors":[265],"class_list":["post-45080","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ddhh","category-editoriales-y-opiniones","tag-bello-antioquia-colombia","tag-betsabe-espinal","tag-greve-de-femmes-bello","tag-greve-des-demoiselles","tag-huelga-senoritas","tag-luchas-obreras","tag-luttes-ouvrieres","tag-reinaldo-spitaletta","tag-revoltes-logiques","tag-revueltas-logicas"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45080","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/20"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45080"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45080\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45093,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45080\/revisions\/45093"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/37203"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45080"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45080"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45080"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=45080"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}