{"id":3861,"date":"2018-12-03T03:03:37","date_gmt":"2018-12-03T03:03:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=3861"},"modified":"2018-12-03T03:03:37","modified_gmt":"2018-12-03T03:03:37","slug":"philip-roth-trois-entretiens-avec-primo-levi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2018\/12\/03\/philip-roth-trois-entretiens-avec-primo-levi\/","title":{"rendered":"Philip Roth, trois entretiens avec Primo Levi"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/aut_6405.jpg\" width=\"138\" height=\"110\" border=\"0\" \/><\/strong>Nous aimerions rappeler Philip Roth (1933-2018) -en plus de son extraordinaire production litt\u00e9raire- pour le r\u00f4le central qu\u2019il a jou\u00e9 pour faire conna\u00eetre Primo Levi dans le monde anglophone.\u00a0 Dans cet essai, Marco Belpoliti examine les rencontres entre Roth et Levi qui ont conduit \u00e0 trois versions d&rsquo;une interview m\u00e9morable.- Centro Primo Levi<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Un des plus beaux livres de Philip Roth\u00a0 n\u2019est pas un roman, ni m\u00eame un recueil de nouvelles, mais plut\u00f4t un livre d\u2019entretiens. Il s\u2019intitule <i>Shop Talk<\/i> (en italien <i>Chiacchiere di bottega, <\/i>en fran\u00e7ais<i> <a href=\"http:\/\/www.gallimard.fr\/searchinternet\/advanced?authors_id=2230&amp;SearchAction=1\">Parlons travail, Gallimard 2004<\/a><\/i>). Ce livre publi\u00e9 en anglais en 2001 contient une s\u00e9rie de conversations avec d\u2019autres \u00e9crivains. Ce sont des entretiens pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de portraits fulgurants des personnes que Roth a rencontr\u00e9s, depuis Aharon Appelfeld \u00e0 Ivan Kl\u00edma, d\u2019Isaac Bashevis Singer \u00e0 Milan Kundera\u00a0; viennent ensuite le r\u00e9cit d\u2019une visite qu\u2019il a faite \u00e0 Edna O\u2019Brien et un \u00e9change \u00e9pistolaire avec\u00a0 Mary McCarthy, un portrait de Philip Guston et une s\u00e9rie de br\u00e8ves notes de lecture sur les livres de Saul Bellow. Ce sont de tr\u00e8s beaux textes dans lesquels Roth ne montre pas seulement qu\u2019il est un excellent lecteur \u2013 comment pourrait-il en \u00eatre autrement puisqu\u2019il est \u00e9crivain\u00a0? \u2013 mais aussi un critique, ce qui n\u2019est pas le cas de tous les \u00e9crivains, surtout s\u2019ils sont c\u00e9l\u00e8bres. Un critique est une personne qui p\u00e9n\u00e8tre au plus profond des livres qu\u2019il lit, qui parcourt la fine toile qui les compose et en tire des observations d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral sur la litt\u00e9rature, sur le monde et sur lui-m\u00eame. Dans ces \u00ab\u00a0conversations de boutique\u00a0\u00bb, Roth montre sa tr\u00e8s grande humilit\u00e9. Il ne se place jamais au-dessus des auteurs qu\u2019il rencontre et ne porte jamais un regard hautain sur leurs livres\u00a0: il va les voir et les interroge. Comme ami autant que comme admirateur, avec une curiosit\u00e9 qui stup\u00e9fie chez un auteur aussi complexe, riche et profond. Sa profondeur vient de son intelligence qui, pour \u00eatre tr\u00e8s vive, n\u2019est jamais cynique ni sentimentale, mais toujours dispos\u00e9e \u00e0 comprendre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le livre, d\u00e9sormais incorpor\u00e9 au recueil de ses essais intitul\u00e9\u00a0 <i>Why Write? Collected Nonfiction 1960-2013<\/i> (The Library of America, New York 2017), s\u2019ouvre sur une conversation avec Primo Levi, l\u2019\u00e9crivain que Philip Roth a probablement le plus admir\u00e9, au moins parmi les \u00e9crivains non am\u00e9ricains. Une conversation vraiment passionnante dont l\u2019histoire est int\u00e9ressante, \u00e0 commencer par le fait qu\u2019elle n\u2019est pas la seule qu\u2019on puisse lire. Il s\u2019agit d\u2019un entretien qui, en d\u00e9pit de ses innombrables variantes, existe en au moins trois versions qui nous disent quelque chose des rapports entre Roth et Levi, mais aussi de la fa\u00e7on dont Levi concevait son \u0153uvre. Ces jours-ci ci sort chez Einaudi le troisi\u00e8me volume des <i>\u0152uvres compl\u00e8tes de l\u2019\u00e9crivain turinois, avec le sous -titre\u00a0:\u00a0 Conversazioni, interviste e dichiarazioni (Conversations, entretiens et d\u00e9clarations), que j\u2019ai <\/i>\u00e9dit\u00e9 et qui contient deux des versions de cette conversation. Mais commen\u00e7ons par le commencement, quand Roth et Levi se sont connus.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_19402.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"452\" \/><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Roth (\u00e0 g.) avec Levi dans son studio de Turin<\/strong> \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>\u00c0 Londres et \u00e0 Turin\u00a0\u00a0 \u00a0<\/b><b>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les deux \u00e9crivains se sont rencontr\u00e9s pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Londres en avril 1986. Levi s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 une conf\u00e9rence \u00e0 l\u2019Institut Italien de la Culture dirig\u00e9 par Giorgio Colombo. C\u2019\u00e9tait le deuxi\u00e8me voyage que l\u2019\u00e9crivain, maintenant reconnu, faisait dans un pays anglophone, apr\u00e8s celui qu\u2019il avait fait aux USA l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Il \u00e9tait accompagn\u00e9 de sa femme Lucia. Ils avaient laiss\u00e9 \u00e0 Turin les deux personnes \u00e2g\u00e9es dont ils s\u2019occupaient avec des aides familiales et des infirmi\u00e8res, la m\u00e8re de Primo et celle de Lucia, deux femmes tr\u00e8s \u00e2g\u00e9es et mal en point.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce fut Gaia Servadio qui organisa la rencontre avec l\u2019\u00e9crivain am\u00e9ricain. Journaliste et \u00e9crivaine, Gaia Servadio vit \u00e0 Londres depuis 1956 et collabore \u00e0 plusieurs journaux, dont \u00a0La Stampa, auquel collabore \u00e9galement Levi. De plus, c\u2019est la fille de Luxardo, un chimiste que Levi a connu \u00e0 Siva et dont la m\u00e8re et la grand-m\u00e8re sont mortes \u00e0 Auschwitz. Gaia \u00e9tait tr\u00e8s sympathique \u00e0 Primo, selon ce qu\u2019en dit Ian Thomson dans Primo Levi. Una vita [Primo Levi. Une vie] (Utet), r\u00e9cemment traduit par Elena Gallitelli. La journaliste italienne conna\u00eet Roth et le fr\u00e9quente, comme elle le raconte dans Raccogliamo le vele [Amenons les voiles] (Feltrinelli 2014), un livre dans lequel elle porte des jugements pas toujours tendres sur l\u2019\u00e9crivain am\u00e9ricain. Levi et elle se rencontrent pour d\u00e9jeuner et l\u2019affaire est conclue. La demande de rendez-vous vient de Roth, qui est un admirateur de l\u2019\u00e9crivain italien. La rencontre \u00e0 lieu \u00e0 l\u2019Institut culturel italien, au 39\u00a0 Belgrave Square. Ils conversent en se promenant. \u00c0 la fin l\u2019Am\u00e9ricain confie \u00e0 Gaia qu\u2019il a rencontr\u00e9 un homme merveilleux. C\u2019\u00e9tait le mercredi 16 avril 1986.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Un week-end de septembre de la m\u00eame ann\u00e9e, Roth arrive \u00e0 Turin. Il s\u2019est arrang\u00e9 pour pouvoir interviewer Levi pour la \u00a0<i>New York Times Book Review,<\/i> \u00e0 laquelle auquel il collabore. Il est accompagn\u00e9 dans la cit\u00e9 pi\u00e9montaise par son \u00e9pouse Claire Bloom, l\u2019idole de Levi depuis qu\u2019elle a tenu le premier r\u00f4le dans L<i>es Feux de la rampe <\/i>de Chaplin<i>, <\/i>son film-culte. Ils partent imm\u00e9diatement pour la Siva, car Roth est curieux de voir l\u2019endroit o\u00f9 Levi a travaill\u00e9 pendant trente ans. Ils sont accompagn\u00e9s de Paola Accardi, fille du propri\u00e9taire de l\u2019entreprise et directrice de l\u2019usine. Paola a v\u00e9cu en Angleterre et parle bien l\u2019anglais. Elle a \u00e9pous\u00e9 un chimiste anglais qui a pris le poste de l\u2019\u00e9crivain quand celui-ci est parti en retraite. Primo lui demande de conduire la voiture et de l\u2019aider \u00e0 communiquer avec Roth. Il semble qu\u2019il ait dit \u00e0 Paola\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne peux pas conduire et parler en m\u00eame temps\u00a0\u00bb.La nouvelle directrice de Siva conna\u00eet bien Primo, pas seulement parce qu\u2019elle est la fille de Federico, dit Rico, le propri\u00e9taire de la compagnie, non seulement personnage de r\u00e9f\u00e9rence dans la vie de Levi, et pas seulement professionnelle, mais aussi parce que pendant quelques ann\u00e9es elle a \u00e9t\u00e9 voisine de l\u2019\u00e9crivain et qu\u2019ils faisaient donc la route ensemble\u00a0 pour aller travailler.\u00a0 Paola a racont\u00e9 \u00e0 Carole Angier que ce trajet en voiture avait \u00e9t\u00e9 fatigant, \u00e9tant donn\u00e9 que Primo \u00e9tait rest\u00e9 presque toujours silencieux et que cela l\u2019avait intimid\u00e9e. (Il doppio legame. Vita di Primo Levi [Le double lien. Vie de Primo Levi], traduction de Valentina Ricci, Mondadori 2004). Auparavant, elle avait \u00e9galement h\u00e9berg\u00e9 Levi \u00e0 Londres, quand elle y habitait, et, \u00e0 cette occasion, le chimiste s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 dr\u00f4le et sympathique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La visite \u00e0 l\u2019entreprise chimique constitue la premi\u00e8re partie du texte de Roth, un petit chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019observation psychologique. Il d\u00e9couvre un Levi qui porte toujours l\u2019usine dans son c\u0153ur, un Levi qui a le nez aussi sensible que celui d\u2019un chien \u2013 son odorat est l\u2019une des raisons qui, selon lui, l\u2019ont pouss\u00e9 \u00e0 devenir chimiste &#8211; mais qui est \u00ab\u00a0concentr\u00e9 et immobile comme un \u00e9cureuil\u00a0\u00bb quand il \u00e9coute ses coll\u00e8gues parler. Roth comprend que le caract\u00e8re unique de Levi est qu&rsquo;il est plus un chimiste artiste qu&rsquo;un \u00e9crivain chimiste. Cette observation est digne d\u2019int\u00e9r\u00eat, puisque\u00a0\u00a0 personne jusque-l\u00e0, du moins en dehors du cercle intime de l&rsquo;\u00e9crivain, n&rsquo;avait soulign\u00e9 sa personnalit\u00e9 d&rsquo;artiste. Roth remarque aussi que, des artistes du XXe si\u00e8cle intellectuellement dou\u00e9s, \u00ab\u00a0c\u2019est probablement celui qui s&rsquo;est le mieux adapt\u00e9 \u00e0 son environnement sous tous ses aspects\u00a0\u00bb, une manifestation de sa r\u00e9silience, dirait-on aujourd&rsquo;hui, que ce soit \u00e0 Auschwitz ou dans sa vie quotidienne, \u00e0 Turin et \u00e0 la Siva.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00a0Les deux biographes de Levi, Angier et Thomson, racontent avec beaucoup de d\u00e9tails ce week-end avec Philip Roth et Claire Bloom \u00e0 Turin. L&rsquo;enthousiasme avec lequel Levi a \u00e9t\u00e9 accueilli par les gens de l&rsquo;usine &#8211; il \u00e9tait \u00e0 la retraite depuis douze ans &#8211; ainsi que les r\u00e9actions de l&rsquo;\u00e9crivain\u00a0: \u00ab\u00a0Voici un autre fant\u00f4me\u00a0\u00bb, murmure-t-il \u00e0 l&rsquo;oreille de Roth en apercevant un employ\u00e9 du bureau central, o\u00f9 il travaillait autrefois, quand il s\u2019approche pour venir le saluer. La conversation se poursuit ensuite au 75 du Corso Re Umberto, dans l&rsquo;atelier de l&rsquo;\u00e9crivain, que Roth d\u00e9crit dans son essai. De cette visite restent quelques belles photos qui les repr\u00e9sentent tous deux devant les rayons de la biblioth\u00e8que de Levi. Roth a une barbe noire avec quelques m\u00e8ches blanches, Levi a son bouc blanc. Tr\u00e8s diff\u00e9rents physiquement, ils le sont \u00e9galement par le caract\u00e8re\u00a0; on comprend qu\u2019ils s\u2019appr\u00e9cient. En outre, depuis l&rsquo;annonce de l&rsquo;arriv\u00e9e de Roth, Levi a \u00e9t\u00e9 flatt\u00e9 par cette visite et par la demande d&rsquo;entretien de la part d&rsquo;un journal am\u00e9ricain aussi important. C\u2019est justifi\u00e9, car cela fera beaucoup pour la renomm\u00e9e dont il jouit aux USA et qui a d\u00e9j\u00e0\u00a0 \u00e9t\u00e9 confort\u00e9e par les traductions, les hommages et le voyage au cours duquel il a donn\u00e9 des entretiens et des conf\u00e9rences.\u00a0 Primo trouve Claire tr\u00e8s sympathique, non seulement parce que c\u2019est une actrice c\u00e9l\u00e8bre et une belle femme, mais aussi parce qu\u2019elle manifeste une sensibilit\u00e9 qui frappe l\u2019\u00e9crivain italien. Le lendemain, ils visitent Turin, d\u00e9jeunent ensemble, vont \u00e0 la librairie d&rsquo;Angelo Pezzana, la Luxemburg, o\u00f9 Roth signe des exemplaires de ses livres. Un d\u00eener au Cambio, le restaurant classique de Turin, couronne cette plaisante rencontre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans le studio de Levi, ils parlent ensuite de beaucoup de choses. Aucune, ou presque, ne sera mentionn\u00e9e dans les entretiens, car &#8211; et voil\u00e0 ce qui est int\u00e9ressant, comme l&rsquo;a remarqu\u00e9 Domenico Scarpa &#8211; l&rsquo;entrevue n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e, et Roth n&rsquo;a pas non plus fr\u00e9n\u00e9tiquement pris de notes sur un carnet\u00a0: tout s&rsquo;est pass\u00e9 par \u00e9crit et \u00e0 distance. Quand ils se s\u00e9parent, Roth s\u2019engage \u00e0 envoyer une s\u00e9rie de questions et Levi \u00e0 y r\u00e9pondre par \u00e9crit. Cela ne signifie pas que ce que Roth ait vu et compris lors de cette deuxi\u00e8me rencontre avec le chimiste de Turin n\u2019entre pas dans les entretiens publi\u00e9s. L\u2019\u0153il curieux, et m\u00eame vorace, de Roth a saisi beaucoup de choses sur Levi, et puis il a lu attentivement ses livres pour avoir une id\u00e9e tr\u00e8s pr\u00e9cise de sa personnalit\u00e9 en tant qu\u2019\u00e9crivain et en partie en tant qu\u2019homme, comme il ressort de questions qu\u2019il lui enverra\u00a0\u00a0 peu de temps apr\u00e8s, puisque l\u2019entretien sera publi\u00e9 un peu plus d\u2019un mois plus tard dans le magazine am\u00e9ricaine, dat\u00e9e du 12 octobre 1986.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Tous les deux sont des auditeurs attentifs de l&rsquo;autre, bien que Roth, dans l&rsquo;introduction \u00e0 l\u2019entretien, attribue cette qualit\u00e9 uniquement \u00e0 Levi. Mais ceux qui lisent maintenant Shop Talk constateront cette qualit\u00e9 chez l\u2019Am\u00e9ricain\u00a0: il sait se mettre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de l\u2019autre afin de capter les inflexions, le ton de la voix, les passages les plus importants. Les \u00e9crivains, \u00e9crit-il dans l&rsquo;entretien avec Levi, comme les \u00eatres humains en g\u00e9n\u00e9ral, se divisent en deux cat\u00e9gories, \u00ab\u00a0ceux qui savent \u00e9couter et ceux qui n\u2019en sont pas capables\u00a0\u00bb. Ils sont tous les deux de la premi\u00e8re cat\u00e9gorie. Roth sait aussi voir. Une extraordinaire facult\u00e9 d\u2019observation qui vaut plus que de nombreuses lectures critiques pour saisir la personnalit\u00e9 litt\u00e9raire de Levi\u00a0: \u00ab\u00a0Dans son corps et dans son visage, on devine \u2013 au contraire de la plupart des hommes &#8211; le corps et le visage de l&rsquo;enfant d&rsquo;autrefois\u00a0\u00bb. La curiosit\u00e9 de Levi, trait fondamental de ses \u00e9crits, est la partie visible de l&rsquo;iceberg de sa personnalit\u00e9 la plus secr\u00e8te. L&rsquo;Am\u00e9ricain ajoute \u00e9galement une autre observation foudroyante\u00a0: \u00ab\u00a0Sa vitesse de r\u00e9flexion est presque palpable, sa perspicacit\u00e9 vibre en lui comme une petite flamme int\u00e9rieure\u00a0\u00bb. Ce commentaire nous permet de comprendre en quoi le corps est un \u00e9l\u00e9ment important de la personnalit\u00e9 de Levi, une mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre qui s\u2019allie \u00e0 la vigilance de l&rsquo;intellect, la perspicacit\u00e9, qui est un moyen de saisir les choses au vol\u00a0: il a d\u00e9cid\u00e9ment du flair. Peut-\u00eatre qu\u2019ici, Roth ne parle pas seulement de Levi, mais aussi de lui-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00a0Quand ils se s\u00e9parent, le lundi 8 septembre, l&rsquo;\u00e9crivain am\u00e9ricain remarque une certaine tristesse chez son nouvel ami, qui lui confirme certaines intuitions qu&rsquo;il avait eues \u00e0 Londres lors de leur pr\u00e9c\u00e9dente conversation. Levi n\u2019a pas mentionn\u00e9 la d\u00e9pression qui le rongeait depuis un certain temps,\u00a0 n\u00e9anmoins Roth ressent ce genre d\u2019impression, ainsi que celle d&rsquo;une personnalit\u00e9 d\u2019o\u00f9 \u00e9mane la tranquillit\u00e9. Une dualit\u00e9 r\u00e9ellement insolite. C\u2019est plut\u00f4t la femme de Roth, Claire Bloom, montrant plus d\u2019empathie envers la douleur de Primo Levi, qui semblera ressentir plus profond\u00e9ment la souffrance de Levi. On le sait, Roth lui-m\u00eame souffrira de d\u00e9pression par la suite. Claire a racont\u00e9 \u00e0 Thomson que le regard de Primo au moment des adieux lui avait fait forte impression. Ce sont des d\u00e9clarations a posteriori, faites apr\u00e8s le suicide de Levi, mais il est \u00e9vident que Claire avait per\u00e7u cette douleur profonde que l\u2019ami turinois gardait au fond de lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0je ne sais pas exactement ce que c\u2019\u00e9tait, mais j\u2019avais compris quelque chose, et Primo comprenait que j\u2019avais compris. Un \u00e9change \u00e9trange s&rsquo;\u00e9tait produit, une sorte de reconnaissance mutuelle, tr\u00e8s tr\u00e8s forte. Si Primo avait compris quelque chose sur lui-m\u00eame, je ne le sais pas\u00a0\u00bb. Elle avait envie de pleurer. Levi, serrant Roth dans ses bras, lui dit : \u00ab\u00a0Je ne sais pas qui de nous est le grand fr\u00e8re et qui est le cadet\u00a0\u00bb. Le plus vieux, et de plus d&rsquo;une d\u00e9cennie, c\u2019\u00e9tait lui, Primo.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"imagecache imagecache-rub-art-preview aligncenter\" title=\"\" src=\"http:\/\/en.doppiozero.com\/sites\/default\/files\/imagecache\/rub-art-preview\/4343.0.7583-ku6e-u43430717440052zbh-1224x916corriere-web-sezioni-593x443.jpg\" alt=\"\" width=\"655\" height=\"490\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Les trois entretiens<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Comme on l&rsquo;a dit, le premier texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans La \u00a0<i>New York<\/i> Times Book Review en octobre de la m\u00eame\u00a0 ann\u00e9e. Il comporte six questions et six r\u00e9ponses. \u00c0 la fin du mois, les 26 et 27, il para\u00eet en deux \u00e9pisodes dans le journal italien La Stampa. Ce n&rsquo;est pas le m\u00eame texte que la version am\u00e9ricaine. Les questions et les r\u00e9ponses sont toujours au nombre de six, mais il y a beaucoup de diff\u00e9rences. D\u2019abord, le pr\u00e9ambule, la partie qui raconte la visite de Roth \u00e0 Turin, la plus litt\u00e9raire, si on peut dire, qui comprend la description du lieu, de Levi lui-m\u00eame, des sculptures au fil de cuivre que Levi fabrique pour le plaisir, n\u2019y figure pas. Et il y a d&rsquo;autres diff\u00e9rences. Dans l\u2019avant-derni\u00e8re r\u00e9ponse, celle consacr\u00e9e \u00e0 Maintenant ou jamais , il n\u2019y a pas\u00a0 la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des \u00e9crivains tels que Joseph Roth, Singer, Malamud et Potok. Ensuite une allusion au dernier chapitre de Si c\u2019est un homme, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Histoire de dix jours\u00a0\u00bb, a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e. Mais il y a quelque chose de plus dans la version du quotidien de Turin : la mention du m\u00e9decin de Levi,\u00a0 le fr\u00e8re de Natalia Ginzburg et donc cette citation: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait le fr\u00e8re de Natalia Ginzburg\u00a0: connais-tu ses livres? C\u2019est aussi une Levi, mais pas de ma famille\u00bb. D\u00e9tail curieux, \u00e9tant donn\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait Natalia qui avait communiqu\u00e9 \u00e0 Primo son refus et celui de Pavese de publier en 1947 Si c\u2019est un homme chez Einaudi. Lui- m\u00eame ne s\u2019interdit pas de la faire conna\u00eetre \u00e0 Roth.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il y a une raison pr\u00e9cise qui explique la diff\u00e9rence entre les deux versions. Ils ont une origine commune. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un texte dactylographi\u00e9 de 18 pages qui comporte 10 pages de questions et 8 pages de r\u00e9ponses, r\u00e9dig\u00e9es sur l&rsquo;ordinateur de Levi. Les questions de Roth sont en anglais et les r\u00e9ponses de Levi en italien avec quelques encarts en anglais, des expressions que Levi a traduites directement pour Roth. Ce sont les trois entretiens.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Entre la version de la New York Times Book Review et celle recueillie dans Shop Talk (2001), il existe plusieurs diff\u00e9rences\u00a0: des\u00a0 corrections et des clarifications; et celle contenue dans les \u0152uvres Compl\u00e8tes volume III provient de Why Write ? (2017), \u00e0 son tour corrig\u00e9e par Roth par rapport aux deux publications pr\u00e9c\u00e9dentes (et par cons\u00e9quent \u00e9galement diff\u00e9rente de celle contenue dans la traduction italienne de Shop Talk de 2004). Des changements importants mais non d\u00e9cisifs, qui font partie de la r\u00e9interpr\u00e9tation et de la relecture habituelles de l&rsquo;auteur\u00a0; toutes les traductions italiennes sont de Norman Gobetti.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le r\u00e9sultat de la visite de Roth \u00e0 Turin n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une conversation orale, mais \u00e9crite. Il s\u2019agit donc d\u2019un \u00e9change de textes \u00e9crits. Certes, les discussions dans le studio de Levi et d&rsquo;autres conversations tenues dans la rue, au restaurant, pendant leurs d\u00e9placements et \u00e0 l\u2019usine Siva ont suscit\u00e9 des questions, mais les questions et les r\u00e9ponses sont toutes \u00e9crites.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Par la suite, Levi a remis \u00e0 Einaudi une copie de la version compl\u00e8te, avec les questions de Roth et ses r\u00e9ponses \u00e9crites \u00e0 l&rsquo;ordinateur, et cette copie est rest\u00e9e pendant de nombreuses ann\u00e9es dans la chemise qui contient sa correspondance avec l&rsquo;\u00e9diteur, qui est par ailleurs l&rsquo;\u00e9diteur italien de Roth, qui a \u00e9galement retraduit et fait r\u00e9imprimer ses premi\u00e8res \u0153uvres pr\u00e9c\u00e9demment parues en Italie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le volume complet des \u0152uvres Compl\u00e8tes, qui contient 140 entretiens sur plus de 300 recens\u00e9s, comprend \u00e0 la fois la version dactylographi\u00e9e de Levi (avec les questions en anglais et leur traduction) et celle figurant dans la New York Times Book Review, mais dans la derni\u00e8re version, celle qui\u00a0 figure dans Why Write?, comme l&rsquo;a demand\u00e9 Roth par l&rsquo;interm\u00e9diaire de son agent am\u00e9ricain. La version de La Stampa de la conversation peut quant \u00e0 elle \u00eatre lue dans les archives en ligne du journal et dans le volume Primo Levi. Conversazioni e interviste 1961-1987,\u00a0 que j&rsquo;ai \u00e9dit\u00e9 chez Einaudi en 1997.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>R\u00e9ponses \u00e0 Philip Roth<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">C\u2019est le titre donn\u00e9 dans les \u0152uvres Compl\u00e8tes, au tapuscrit de Roth et Levi, l\u2019\u00e9change le plus large entre les deux \u00e9crivains qui nous reste. Quelles sont les principales diff\u00e9rences avec les deux autres versions\u00a0?\u00a0 Dans celle qui a paru dans la\u00a0New York Times Book Review, les questions et les r\u00e9ponses sont au nombre de six; le m\u00eame nombre que pour la version de La Stampa. En revanche, dans le texte paru dans Shop Talk, il y a une question et une r\u00e9ponse de plus, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes dans R\u00e9ponses \u00e0 Philip Roth et qui en sont reprises.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il s\u2019agit du th\u00e8me de l\u2019identit\u00e9 juive qui, ce n\u2019est pas un hasard, est aussi un des fils conducteurs du livre\u00a0: Roth traite dans le volume de six \u00e9crivains juifs, dont quatre sont interview\u00e9s (Levi, Appelfeld, Kl\u00edma et Isaac Bashevis Singer). Roth cite un texte de l&rsquo;historien Arnaldo Momigliano sur les Juifs pi\u00e9montais publi\u00e9 dans la New York Review of Books, o\u00f9 il est soulign\u00e9 qu&rsquo;ils faisaient moins partie de la vie italienne qu&rsquo;ils ne le pensaient. Roth lui demande: \u00e0 quel point penses-tu faire partie de la vie italienne\u00a0? Et ensuite\u00a0: dans quelle mesure restes-tu une impuret\u00e9, \u00ab\u00a0le grain de sel ou la graine de moutarde\u00a0\u00bb\u00a0? Ce sentiment de non appartenance a-t-il disparu? Ce n&rsquo;est pas une mince question, car dans la derni\u00e8re p\u00e9riode de la vie de Levi, la d\u00e9finition d&rsquo;\u00e9crivain juif s\u2019\u00e9tait ajout\u00e9e \u00e0 celle de t\u00e9moin et d&rsquo;\u00e9crivain chimiste. Levi l&rsquo;avait accept\u00e9e avec une certaine r\u00e9ticence. D\u2019ailleurs, la question s\u2019est pos\u00e9e apr\u00e8s la publication de \u00a0Maintenant, ou jamais. Car l\u2019histoire de la bande de partisans juifs est le centre de gravit\u00e9 de ce roman, le seul que Levi ait \u00e9crit en ayant recours \u00e0 la fois \u00e0 la fiction et \u00e0 l\u2019histoire. Levi r\u00e9pond qu&rsquo;il ne voit pas de contradiction entre les deux choses\u00a0: appartenir \u00e0 une communaut\u00e9 sp\u00e9cifique et \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment qui donne du go\u00fbt (le sel et la moutarde). Les Juifs italiens, a-t-il r\u00e9pondu, ont grandement contribu\u00e9 \u00e0 la vie de l&rsquo;Italie, tout en restant fid\u00e8les \u00e0 leurs propres traditions. La question de Roth n\u00e9glige un changement de paradigme que l&rsquo;\u00e9crivain am\u00e9ricain ne pouvait certainement pas comprendre, le fait que Levi, \u00e9crivain antifasciste, r\u00e9sistant antinazi et antifasciste, soit devenu dans les ann\u00e9es quatre-vingt l&rsquo;\u00e9crivain juif de la Shoah.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans la r\u00e9ponse, il y a une note int\u00e9ressante qui, bien que reprise dans la version publi\u00e9e sous forme de livre de l&rsquo;interview, dans Shop Talk et dans le dernier volume am\u00e9ricain des \u0153uvres non romanesques de Roth, ne figurait pas auparavant\u00a0: l&rsquo;id\u00e9e que Levi\u00a0 pense appartenir \u00e0 ce qu\u2019il appelle les \u00ab\u00a0\u00e9crivains de la fronti\u00e8re\u00a0\u00bb, parmi lesquels il cite Naipaul, Duras, Gordimer, Rushdie, Canetti et Kundera pour l&rsquo;\u00e9tranger et, pour l\u2019Italie, Rigoni Sterni, qui \u00ab\u00a0appartient \u00e0 une minorit\u00e9 allemande archa\u00efque\u00a0\u00bb, Tomizza en tant que slov\u00e8ne, Bassani en tant que juif et Sciascia en tant que sicilien\u00a0: \u00ab\u00a0En somme, dit-il, \u00eatre d\u00e9positaire de deux traditions, ce qui est le cas pour les Juifs mais pas seulement pour eux, est une richesse, pour les \u00e9crivains, et pas seulement pour les \u00e9crivains\u00a0\u00bb. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa place entre science et litt\u00e9rature, les \u00ab\u00a0deux cultures\u00a0\u00bb de C. P. Snow, est aussi manquante. Puis un autre petit d\u00e9tail concerne\u00a0 sa relation avec Isra\u00ebl. Dans le texte dactylographi\u00e9 Levi \u00e9crit : \u00ab\u00a0En Italie, il n&rsquo;y a pratiquement pas d&rsquo;antis\u00e9mitisme, en effet, le juda\u00efsme est per\u00e7u avec int\u00e9r\u00eat et le plus souvent avec sympathie, m\u00eame s\u2019il existe des sentiments contrast\u00e9s\u00a0 envers Isra\u00ebl\u00a0\u00bb. Dans les traductions ce \u00ab\u00a0contrast\u00e9s\u00a0\u00bb devient: \u00ab\u00a0ambigus\u00a0\u00bb. La question de la relation avec Isra\u00ebl est encore une autre affaire chez le juif italien Primo Levi. Sans\u00a0 trop entrer dans les d\u00e9tails, certaines parties ne sont pas reproduites dans les deux autres entretiens, mais\u00a0 pr\u00e9sentes dans le texte dactylographi\u00e9 Risposte a Philip Roth, qui paraissent int\u00e9ressantes\u00a0: la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Soljenitsyne et \u00e0 son livre <i>Ivan Denisovitch, et celle au film Le pont sur la rivi\u00e8re Kwa\u00ef, tous deux cit\u00e9s quand ils \u00e9voquent le travail bien fait dans le Lager [le camp de prisonniers, NdT]. Puis une question de Roth\u00a0 a disparu, celle o\u00f9 il cite un long passage de Si c\u2019est un homme\u00a0 consacr\u00e9 au malheur, qui constitue l\u2019une des plus fascinantes r\u00e9flexions philosophiques et psychologiques du livre. Roth le d\u00e9finit comme la \u00ab\u00a0g\u00e9om\u00e9trie du malheur\u00a0\u00bb, un th\u00e8me tr\u00e8s pr\u00e9sent dans ses romans. Dans <\/i>sa r\u00e9ponse, Levi souligne que le travail en usine aussi l&rsquo;a \u00ab\u00a0maintenu en contact avec le monde des choses r\u00e9elles\u00a0\u00bb. Un th\u00e8me sur lequel il a beaucoup insist\u00e9, une sorte de \u00ab\u00a0r\u00e9alisme\u00a0\u00bb l\u00e9vien. Il manque aussi la r\u00e9f\u00e9rence de Roth \u00e0 Joyce et \u00e0 son \u00ab\u00a0Here Comes Everybody\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Ils arrivent tous\u00a0\u00bb), qui revient \u00e9galement dans ses livres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il y a huit questions et r\u00e9ponses dans ce tapuscrit\u00a0; l\u2019une ne figure dans aucune publication, et est seulement consign\u00e9e qu\u2019ici. Elle concerne l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de Levi pour la chimie et les vernis. Roth l&rsquo;interroge sur ses auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, sur Thomas Mann. Il cite La recherche des racines, l\u2019anthologie qui n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 traduite en anglais et dans presque aucune autre langue, m\u00eame aujourd\u2019hui, et ne figure m\u00eame pas dans The Complete Works of Primo Levi\u00a0 (Liveright Publishing Corporation), \u00e9dit\u00e9 par Ann Goldstein. L&rsquo;\u00e9crivain am\u00e9ricain l\u2019interroge sur les auteurs qui l&rsquo;ont influenc\u00e9, ceux qu&rsquo;il a lus : Eliot, Rabelais, Conrad, Sholem Aleichem, Saint-Exup\u00e9ry. Levi lui r\u00e9pond que son int\u00e9r\u00eat pour les vernis a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 d\u00fb occasionnel, mais qu&rsquo;il s\u2019est renforc\u00e9 par la suite. Et que, selon lui, il n&rsquo;y a pas de corr\u00e9lation entre son enthousiasme pour la peinture et celui pour la litt\u00e9rature. Il explique aussi son amour pour Mann. Non seulement pour La<i> Montagne Magique, mais aussi pour Joseph et ses fr\u00e8res<\/i>, \u00a0publi\u00e9 en Italie avant l&rsquo;interdiction de l&rsquo;auteur allemand par les fascistes pour ses positions politiques. Son p\u00e8re l\u2019avait rapport\u00e9 \u00e0 la maison, et lui, Primo, avait d\u00e9vor\u00e9 ce livre. Puis il y a sa passion pour Aldous Huxley: ses livres ont \u00e9t\u00e9 les premiers que Levi ait lus en anglais; mais il l\u2019a ensuite abandonn\u00e9 quand Huxley a vir\u00e9 au mysticisme. Il continue ensuite \u00e0 r\u00e9pondre en retra\u00e7ant la liste des livres et des auteurs cit\u00e9s dans La ricerca delle radici [La recherche des racines\u00a0: une anthologie personnelle]; Conrad m\u00e9rite une mention particuli\u00e8re\u00a0: un mod\u00e8le dans la confrontation avec la nature amie-ennemie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La question suivante, en revanche, est pr\u00e9sente dans toutes les diff\u00e9rentes versions de l&rsquo;entrevue. Elle creuse le th\u00e8me des vernis, depuis le moment o\u00f9 Roth est all\u00e9 visiter la Siva, et ceci, comme il l&rsquo;explique dans l&rsquo;introduction aux entretiens publi\u00e9e dans la New York Times Book Review, est l&rsquo;un des points importants de l&rsquo;identit\u00e9 de Levi. Dans la question du tapuscrit, pr\u00e9sente dans les deux autres versions, Roth parle de Sherwood Anderson, l\u2019\u00e9crivain qui avait travaill\u00e9 dans une usine de peinture, qu\u2019il avait ensuite quitt\u00e9e pour suivre sa vocation litt\u00e9raire. Levi d\u00e9clare qu&rsquo;il ne le savait pas. Dans la r\u00e9ponse, il cite \u00e0 la place Italo Svevo, un Juif de Trieste converti au catholicisme. Il parle de Moravia, qui \u00e9tait son parent. Il y a aussi d&rsquo;autres lignes que Roth n&rsquo;a pas reprises, qui relient Zeno Cosini \u00e0 Zuckerman, un personnage de l&rsquo;\u00e9crivain am\u00e9ricain. Levi dit qu&rsquo;entre Svevo et Roth, il y a des points communs. Svevo, ajoute Levi, \u00e9tait directeur d\u2019une usine de peinture appartenant \u00e0 son beau-p\u00e8re, la Societ\u00e0 Veneziani. Le parall\u00e8le entre Svevo et Roth ne se trouve pas dans les diff\u00e9rentes versions, et la derni\u00e8re partie sur le rapport entre les fabricants de vernis et les \u00e9crivains est raccourcie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/rhystranter.files.wordpress.com\/2017\/09\/primo-levi-philip-roth.jpg?w=1400\" alt=\"https:\/\/rhystranter.files.wordpress.com\/2017\/09\/primo-levi-philip-roth.jpg?w=1400\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Conclusions<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Que nous apprend cette interview de Roth sur les trois versions que nous poss\u00e9dons\u00a0? Tout d\u2019abord, Roth a bien saisi certains des aspects importants de la personnalit\u00e9 humaine et litt\u00e9raire de Levi. Comme il est dit ci-dessus, tout d&rsquo;abord l&rsquo;aspect artistique\u00a0; puis ce qui relie cela au travail de chimiste qu&rsquo;il a fait pendant trente ans et lui a sauv\u00e9 la vie \u00e0 Auschwitz. Roth a bien mis l&rsquo;accent \u2013 et c\u2019est la question de d\u00e9part dans les trois versions &#8211; sur la relation entre le d\u00e9vouement au travail et la timidit\u00e9. Levi r\u00e9pond que pour lui la timidit\u00e9 ou l\u2019inhibition \u00ab\u00a0\u00e9tait sinc\u00e8re, douloureuse et pesante\u00a0; beaucoup plus importante pour moi que le d\u00e9vouement au travail\u00a0\u00bb. Il ajoute : \u00ab\u00a0Je pense qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque, le travail \u00e9tait en fait pour moi une compensation sexuelle plut\u00f4t qu&rsquo;une v\u00e9ritable passion\u00a0\u00bb. C&rsquo;est probablement \u00e0 partir de cette m\u00eame affirmation que commence la\u00a0 biographie d&rsquo;Angier, qui insiste beaucoup sur cet aspect.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Un autre point important est d&rsquo;avoir mis en relation le journal d\u2019Histoire de dix jours (chapitre 17 de Si c\u2019est un homme) avec Robinson Cruso\u00e9. Roth semble capable d&rsquo;entrer dans les replis de la personnalit\u00e9 de Levi. Il y a des moments o\u00f9 Levi dit des choses qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais dites auparavant\u00a0; il s\u2019est \u00e9tabli une relation de confiance\u00a0 avec un autre \u00e9crivain, juif comme lui. Il parle \u00e9galement du manque d&rsquo;aventures dans sa vie, tr\u00e8s s\u00e9dentaire dans l\u2019ensemble depuis son retour d&rsquo;Auschwitz. La phrase prononc\u00e9e par le fr\u00e8re de Natalia Ginzburg est remarquable\u00a0:\u00a0 pour lui l&rsquo;ann\u00e9e \u00e0 Auschwitz est en technicolor, le reste de sa vie \u00e0 Turin en noir et blanc.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les r\u00e9f\u00e9rences au juda\u00efsme sont diff\u00e9rentes\u00a0; elles sont omises dans la publication am\u00e9ricaine, en raison, probablement, de la place r\u00e9duite accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9crivain dans les pages du journal. Roth a simplifi\u00e9, mais a \u00e9galement rendu le dialogue \u00e9crit plus compact.\u00a0 Il a supprim\u00e9, comme on l&rsquo;a dit, diverses r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires faites par Levi, en particulier l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il est un \u00ab\u00a0\u00e9crivain de la fronti\u00e8re\u00a0\u00bb qui offrait\u00a0 une cl\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9tation int\u00e9ressante. Sans doute cette image contrastait-elle trop avec celle que les lecteurs am\u00e9ricains s\u2019\u00e9taient fait de Levi lui-m\u00eame\u00a0: l\u2019\u00e9crivain de la Shoah. C\u2019est un aspect que Saul Bellow lui-m\u00eame a soulign\u00e9 dans sa correspondance avec Cynthia Ozick, l&rsquo;auteur de l&rsquo;inoubliable The Shawl\u00a0: Levi \u00e9tait l&rsquo;un des rares \u00e0 avoir compris l&rsquo;Holocauste.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Roth restitue cependant, dans la version recueillie dans les livres, la question sur le juda\u00efsme de Levi, pr\u00e9c\u00e9demment supprim\u00e9e, et celle sur les relations entre les Juifs italiens et leur pays. Levi r\u00e9pond que Roth est lui-m\u00eame une graine de moutarde pour les milieux juifs am\u00e9ricains, soulignant ainsi les frictions que l&rsquo;auteur avait provoqu\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque &#8211; l&rsquo;ann\u00e9e 1986 \u2013 \u00e0 propos de ses propres origines religieuses et culturelles.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">De m\u00eame, l\u2019\u00e9vocation de la relation entre la chimie et la litt\u00e9rature, comme le montre la longue r\u00e9ponse de Levi \u00e0 la septi\u00e8me et avant-derni\u00e8re question,\u00a0 du tapuscrit intitul\u00e9 <i>Responses to Philip Roth, est r\u00e9duite dans la version am\u00e9ricaine de la conversation\u00a0; tandis que dans la huiti\u00e8me et derni\u00e8re question du m\u00eame tapuscrit, Levi r\u00e9pond, comme on l&rsquo;a vu, en faisant une comparaison entre le personnage de Zeno Cosini dans la Conscience de Zeno, et Zuckerman, en introduisant un th\u00e8me, la psychanalyse, pr\u00e9sent dans Roth mais absent dans l\u2019\u0153uvre de l&rsquo;\u00e9crivain turinois. Sans ignorer Freud, qu\u2019il a \u00e9galement lu, Levi se tient \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de la psychanalyse.<\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le th\u00e8me est encore celui de la relation avec les femmes, comme l&rsquo;explique Levi lui-m\u00eame dans le texte dactylographi\u00e9\u00a0: Zeno \u00ab\u00a0est embarrass\u00e9 (mais avec beaucoup plus de pruderie que Zuckerman) dans ses relations avec les femmes\u00a0; il souffre de douleurs psychosomatiques\u00a0\u00bb. Ainsi, la derni\u00e8re question semble renvoyer \u00e0 la premi\u00e8re, au th\u00e8me de la sexualit\u00e9. Roth, \u00e0 partir de <i>\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Portnoy_et_son_complexe\">Portnoy et son complexe<\/a><\/i>, en a fait le centre de son propre r\u00e9cit, ce qui, \u00e0 sa mort, a \u00e9t\u00e9 largement ignor\u00e9 au profit d\u2019une lecture plus \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb de son \u0153uvre,\u00a0 au vu de la trilogie de la derni\u00e8re ou avant-derni\u00e8re p\u00e9riode de son activit\u00e9 litt\u00e9raire (Pastorale am\u00e9ricaine, J\u2019ai \u00e9pous\u00e9 un communiste, La tache ), ou du moins, peu relev\u00e9 dans les notices n\u00e9crologiques italiennes. Et il est singulier qu&rsquo;un \u00e9crivain comme celui-ci ait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0le fr\u00e8re a\u00een\u00e9\u00a0\u00bb de Primo Levi lors de leurs deux rencontres \u00e0 Londres et \u00e0 Turin, quelques mois avant le suicide de l&rsquo;auteur de Si c\u2019est un homme. Comme on le sait, l\u2019exception confirme toujours la r\u00e8gle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans les derni\u00e8res lignes de R\u00e9ponses \u00e0 Philip Roth, barr\u00e9es dans le tapuscrit, Levi remercie Roth pour leurs conversations et l&rsquo;estime qu\u2019il lui a manifest\u00e9e en venant jusqu\u2019\u00e0 Turin. Il lui rappelle qu&rsquo;il doit encore tirer un livre de ses exp\u00e9riences en usine, puis il transcrit une phrase du commentaire r\u00e9dig\u00e9 par FCS Schiller\u00a0 sur Snark de Lewis Carroll, en en donnant la version originale en anglais: \u00ab\u00a0 It is a recognized maxim of literary ethics that none but the dead can deserve a commentary, seeing that they can no longer explain themselves or perturb the explanations of those who devote themselves to the congenial, and frequently not unprofitable, task of making plain what was previously obscure, and profound what was previously plain.\u00a0\u00bb Levi lui-m\u00eame l\u2019a traduit ainsi en italien pour La ricerca delle radici \u00a0: \u00ab\u00a0\u201c\u00c8 una massima riconosciuta dell\u2019etica letteraria che soltanto gli scrittori morti devono essere commentati, visto che non sono pi\u00f9 in grado di spiegare se stessi, n\u00e9 di perturbare le spiegazioni di coloro che si dedicano al compito piacevole, e talvolta non privo di utilit\u00e0, di rendere chiaro ci\u00f2 che prima era oscuro, e profondo ci\u00f2 che prima era solo chiaro\u201d.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0C\u2019est une maxime bien connue de l&rsquo;\u00e9thique litt\u00e9raire que nul, sauf les morts, ne m\u00e9rite un commentaire, puisqu\u2019ils ne peuvent plus s\u2019expliquer, ni perturber les explications de ceux qui se consacrent \u00e0 la tache agr\u00e9able, et parfois fructueuse, de rendre clair ce qui auparavant \u00e9tait obscur, et profond ce qui auparavant \u00e9tait clair.\u00a0\u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span class=\"auteur\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Marco Belpoliti <\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Original: <span class=\"navigation_cadre\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=24792\">Philip Roth e le tre interviste a Primo Levi<\/a><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Traduit par <span class=\"trad\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=4445&amp;lg_pp=fr\">Jacques Boutard<\/a><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Edit\u00e9 par <span class=\"trad\"> <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2&amp;lg_pp=fr\">Fausto Giudice \u0424\u0430\u0443\u0441\u0442\u043e \u0414\u0436\u0443\u0434\u0438\u0447\u0435 \u0641\u0627\u0648\u0633\u062a\u0648 \u062c\u064a\u0648\u062f\u064a\u0634\u064a<\/a><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Traductions disponibles: <span class=\"navigation_cadre\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=24793\">English<\/a>\u00a0 <\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=24794\">Tlaxcala<\/a>, le 2 d\u00e9cembre 2018<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous aimerions rappeler Philip Roth (1933-2018) -en plus de son extraordinaire production litt&eacute;raire- pour le r&ocirc;le central qu&rsquo;il a jou&eacute; pour faire conna&icirc;tre Primo Levi dans le monde anglophone.&nbsp; Dans cet essai, Marco Belpoliti examine les rencontres entre Roth et Levi qui ont conduit &agrave; trois versions d&rsquo;une interview m&eacute;morable.- Centro Primo Levi Un des&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":226,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[8,19],"tags":[1891,1889,1890],"coauthors":[1888],"class_list":["post-3861","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","category-literatura","tag-marco-belpoliti","tag-philip-roth","tag-primo-levi"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":false,"excerpt":false},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3861","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/226"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3861"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3861\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3864,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3861\/revisions\/3864"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3861"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3861"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3861"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=3861"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}