{"id":37200,"date":"2022-04-14T12:44:52","date_gmt":"2022-04-14T12:44:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=37200"},"modified":"2022-04-14T13:04:19","modified_gmt":"2022-04-14T13:04:19","slug":"novela-de-la-virgencita-rebelde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2022\/04\/14\/novela-de-la-virgencita-rebelde\/","title":{"rendered":"\u201cBetsab\u00e9 y Betsab\u00e9\u201d, le roman de la petite vierge rebelle colombienne"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>La premi\u00e8re fois que j&rsquo;ai entendu parler de Betsab\u00e9 Espinal, la l\u00e9gendaire meneuse ouvri\u00e8re de la premi\u00e8re \u00ab\u00a0gr\u00e8ve des demoiselles\u00a0\u00bb en Colombie, c&rsquo;\u00e9tait peu avant la gr\u00e8ve civique nationale du 14 septembre 1977 contre le gouvernement d&rsquo;Alfonso L\u00f3pez Michelsen. Il est apparu dans un dossier avec des couvertures en carton rustique et une pile de feuilles imprim\u00e9es \u00e0 la ron\u00e9o. Sur \u00a0la couverture \u00e9tait \u00e9crit \u00ab\u00a0Grupo de Estudio Betsab\u00e9 Espinal\u00a0\u00bb.<\/i><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-37201 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Betsabe_Espinal-227x300.png\" alt=\"\" width=\"337\" height=\"445\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Betsabe_Espinal-227x300.png 227w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Betsabe_Espinal.png 484w\" sizes=\"auto, (max-width: 337px) 100vw, 337px\" \/><\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\">Betsab\u00e9 Espinal (1896-1932), pionni\u00e8re de la lutte des femmes pour les droits des travailleur\u00b7ses<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux ou trois ans plus tard, alors que j&rsquo;\u00e9tais encore \u00e9tudiant en journalisme \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Antioquia, le collectif Jos\u00e9 Antonio Gal\u00e1n de Bogot\u00e1 m&rsquo;a demand\u00e9 de r\u00e9aliser une \u00ab\u00a0enqu\u00eate sur le mouvement ouvrier en Antioquia\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai men\u00e9 des entretiens dans les syndicats, avec des dirigeants astucieux de diff\u00e9rentes centrales et f\u00e9d\u00e9rations syndicales, de toutes les ob\u00e9diences, des d\u00e9mocrates-chr\u00e9tiens, conservateurs et lib\u00e9raux, \u00e0 des camilistes [<em>partisans du pr\u00eatre gu\u00e9rill\u00e9ro et sociologue Camilo Torres, NdT<\/em>] et des communistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors d&rsquo;une de ces rencontres, je ne sais pas si c&rsquo;\u00e9tait avec le syndicat de l\u2019usine textile Fabricato, un des travailleurs m&rsquo;a dit qu&rsquo;\u00e0 Bello, dans un secteur appel\u00e9 La Callecita [<em>la petite rue<\/em>], vivait encore uen des gr\u00e9vistes de 1920 de l&rsquo;Usine de tissage de Bello (qui avait auparavant d\u2019autres raisons sociales). J&rsquo;ai rencontr\u00e9 la dame, dont j&rsquo;ai oubli\u00e9 le nom par la suite, qui m&rsquo;a racont\u00e9 des d\u00e9tails sur Betsab\u00e9 Espinal, en particulier sur sa mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que j&rsquo;ai enregistr\u00e9 et syst\u00e9matis\u00e9, je l&rsquo;ai envoy\u00e9, avec d&rsquo;autres interviews et rapports, au centre d&rsquo;\u00e9tudes susmentionn\u00e9 de Bogota, dirig\u00e9 par un certain Omar \u00d1\u00e1\u00f1ez ou Y\u00e1\u00f1ez, je ne sais plus. Je n&rsquo;ai plus jamais entendu parler de ces mat\u00e9riaux, ni s&rsquo;ils ont publi\u00e9 des recherches sur le sujet. Des ann\u00e9es plus tard, alors que nous avions d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation du Centre d&rsquo;histoire de Bello en 1996, j&rsquo;ai \u00e9crit un article en 2002 sur cette \u00ab\u00a0gr\u00e8ve des demoiselles\u00a0\u00bb et sa dirigeante embl\u00e9matique&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui \u00e9tait curieux dans ce compte rendu, c&rsquo;est que j&rsquo;ai \u00e9crit que Mlle Espinal \u00e9tait morte pendue par ses longs cheveux dans la douche de sa maison. \u00c7a a d\u00e9clench\u00e9 des foudres. C\u2019est faux, m&rsquo;a confi\u00e9 un membre prestigieux de l&rsquo;Acad\u00e9mie d&rsquo;histoire de Huila, ne cachant pas son agacement face au \u00ab\u00a0manque de rigueur\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Quelle belle mort c&rsquo;\u00e9tait\u00a0\u00bb, m&rsquo;a dit une dame sensible de Medell\u00edn. En r\u00e9alit\u00e9, elle est morte [<em>\u00e0 36 ans, NdT<\/em>] alors qu&rsquo;elle manipulait des fils \u00e9lectriques devant sa maison dans le quartier historique de Guanteros \u00e0 Medell\u00edn, le 16 novembre 1932.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2011, l&rsquo;Universidad Pontificia Bolivariana a parrain\u00e9 une recherche d&rsquo;archives sur la gr\u00e8ve de 1920, qui a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une couverture m\u00e9diatique extraordinaire de la part de journaux tels que <em>El Correo Liberal, El Luchador, La Familia Cristiana, El Social, La Defensa<\/em> et <em>El Espectador<\/em>, dont le reporter portait le pseudonyme quichottesque <em>El curioso impertinente<\/em>. L&rsquo;un des r\u00e9sultats de cette recherche sera publi\u00e9 en ce mois d\u2019 avril\u00a0: il s&rsquo;agit du roman \u00ab\u00a0<em>Betsab\u00e9 y Betsab\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;occasion du quatre-vingt-dixi\u00e8me anniversaire de la mort de celle qu&rsquo;un chroniqueur de l&rsquo;\u00e9poque appela la Jeanne d&rsquo;Arc colombienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u00ab\u00a0gr\u00e8ve des demoiselles\u00a0\u00bb, dont l&rsquo;histoire est rest\u00e9e dans les limbes pendant de nombreuses ann\u00e9es, a rompu avec un mod\u00e8le d&rsquo;entreprise qui comportait divers dispositifs de surveillance et de contr\u00f4le des travailleur\u00b7ses. Il existait une alliance, parfois tacite, parfois explicite, entre l&rsquo;\u00c9glise, l&rsquo;\u00c9tat et les industriels. Et il \u00e9tait presque impossible, au milieu des mod\u00e8les f\u00e9minins mariaux, et avec tous les m\u00e9canismes de domestication et de contr\u00f4le eccl\u00e9siastique (patronages, cat\u00e9ch\u00e8se, conseils de censure, di\u00e8tes litt\u00e9raires pour les catholiques&#8230;), qu&rsquo;un conglom\u00e9rat de travailleuses puisse briser ces cha\u00eenes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les chroniqueurs de l&rsquo;\u00e9poque, qui avaient une vision romantique de ces h\u00e9ro\u00efnes indomptables, les appelaient de toutes sortes de noms, allant de \u00ab\u00a0femmes viriles\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0petites fleurs humaines\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0esclaves rebelles\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0nouvelles Polycarpe\u00a0\u00bb {<em>\u00e9v\u00eaque martyr de Smyrne, NdT<\/em>]. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement inhabituel, une gr\u00e8ve de filles, d\u2019adolescentes et de jeunes adultes, ce qu\u2019\u00e9taient les travailleuses, marqu\u00e9e, entre autres, par des revendications telles que celles des \u00ab\u00a0trois huit\u00a0\u00bb, pour lesquelles tant de travailleur\u00b7ses sont mort\u00b7es en Europe et aux USA, a re\u00e7u une couverture m\u00e9diatique exceptionnelle.*<\/p>\n<h5><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-16422 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21764-300x194.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 538px) 100vw, 538px\" srcset=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21764-300x194.jpg 300w, http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21764-292x190.jpg 292w, http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21764.jpg 700w\" alt=\"\" width=\"538\" height=\"348\" \/><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: center;\">Les travailleuses de Bello en gr\u00e8ve. Benjam\u00edn de la Calle. Biblioth\u00e8que publique pilote de Medell\u00edn<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les demoiselles, qui avaient inaugur\u00e9 l\u2019exercice du droit de gr\u00e8ve en Colombie, approuv\u00e9 quelques mois plus t\u00f4t, en novembre 1919, par la loi 78, \u00e9taient les porte-drapeaux de la justice et de la dignit\u00e9. Emmen\u00e9es par une \u00ab\u00a0brune fut\u00e9e\u00a0\u00bb (comme l&rsquo;a d\u00e9crite un journaliste), grande tisserande, qui exigeait qu&rsquo;on ne les fasse pas travailler de six heures \u00e0 six heures et qu&rsquo;on leur accorde une heure pour d\u00e9jeuner, les plus de quatre cents ouvri\u00e8res ont \u00e9crit une histoire sans pareille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah, dans ce dossier, qu&rsquo;un jour un fr\u00e8re a rapport\u00e9 \u00e0 la maison avec un certain secret, le nom de famille de Betsab\u00e9 a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 chang\u00e9, et a \u00e9t\u00e9 parfois donn\u00e9 comme Espinosa. L&rsquo;autre Bethsab\u00e9e du roman est une femme qui est n\u00e9e au moment de la mort de la premi\u00e8re et qui \u00e9tait capable, entre autres capacit\u00e9s \u00e9sot\u00e9riques, de communiquer avec les esprits d&rsquo;outre-tombe. Rien d&rsquo;inhabituel dans une ville comme Medell\u00edn, qui, depuis 1870, pratiquait le spiritisme \u00e0 grande \u00e9chelle, du moins jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1920.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-37208 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/indexBetabe-huelga-1920.jpg\" alt=\"\" width=\"304\" height=\"454\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y eut une g\u00e9n\u00e9ration, celle des ann\u00e9es 1970, qui, en coalition avec les travailleurs, r\u00eavait de nouveaux mondes et maintenait l&rsquo;utopie en vie. <em>Betsab\u00e9 y Betsab\u00e9, <\/em>un roman qui est sur le point de voir le jour, fait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration. [\u00c0 para\u00eetre aux <a href=\"https:\/\/www.upb.edu.co\/es\/vida-universitaria\/editorial-libreria\">\u00e9ditions UPB<\/a>]<\/p>\n<h4>Reinaldo Spitaletta<\/h4>\n<h4>Original: \u201cBetsab\u00e9 y Betsab\u00e9\u201d, novela de la virgencita rebelde<\/h4>\n<h4>Traduit par <a href=\"https:\/\/drive.google.com\/file\/d\/1yonU1TFL80rHWu5iWQekgi-hN6al9M2z\/view\">Fausto Giudice<\/a><\/h4>\n<h4>Source: <a href=\"https:\/\/tlaxcala-int.blogspot.com\/2022\/04\/reinaldo-spitaletta-betsabe-y-betsabe.html\">Tlaxcala<\/a>, le 1 avril 2022<\/h4>\n<h4>Edit\u00e9 par <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/fr\/nosotros\/editora\/\">Mar\u00eda Piedad Ossaba<\/a><\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y eut une g\u00e9n\u00e9ration, celle des ann\u00e9es 1970, qui, en coalition avec les travailleurs, r\u00eavait de nouveaux mondes et maintenait l&rsquo;utopie en vie. 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