{"id":32490,"date":"2021-11-29T17:58:22","date_gmt":"2021-11-29T17:58:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=32490"},"modified":"2021-11-30T22:29:48","modified_gmt":"2021-11-30T22:29:48","slug":"el-candidato-y-la-operacion-condor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2021\/11\/29\/el-candidato-y-la-operacion-condor\/","title":{"rendered":"Chili : le candidat Kast et l&rsquo;op\u00e9ration Condor"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La lecture du programme pr\u00e9sidentiel de Jos\u00e9 Antonio Kast a fait resurgir de douloureux souvenirs personnels et familiaux que j&rsquo;ai v\u00e9cus \u00e0 Buenos Aires, il y a pr\u00e9cis\u00e9ment 46 ans. Au paragraphe 33 de la page 27 du programme de Kast, sous le titre \u00ab\u00a0Coordination internationale anti-radicaux de gauche\u00a0\u00bb, on peut lire : \u00ab\u00a0Nous nous coordonnerons avec les autres gouvernements d&rsquo;Am\u00e9rique latine pour identifier, arr\u00eater et poursuivre les agitateurs radicalis\u00e9s\u00a0\u00bb. C&rsquo;est cette coordination des appareils r\u00e9pressifs des gouvernements dictatoriaux du C\u00f4ne Sud qui a conduit \u00e0 mon arrestation injuste, \u00e0 ma torture et \u00e0 mon emprisonnement en Argentine, gr\u00e2ce \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 connu par la suite sous le nom d&rsquo;Op\u00e9ration Condor.<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_32491\" aria-describedby=\"caption-attachment-32491\" style=\"width: 488px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-32491\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/operacion-condor-300x157.jpg\" alt=\"\" width=\"488\" height=\"255\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/operacion-condor-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/operacion-condor.jpg 642w\" sizes=\"auto, (max-width: 488px) 100vw, 488px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-32491\" class=\"wp-caption-text\">Tu\u00e9s par l\u2019op\u00e9ration Condor<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le matin du 25 novembre 1975, quatre policiers de la Coordination f\u00e9d\u00e9rale ont d\u00e9fonc\u00e9 la porte de ma maison dans le quartier de Caballito. Ma femme et moi avons \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s violemment par ces visiteurs impromptus qui nous ont battus, ont d\u00e9truit la maison et ont vol\u00e9 l&rsquo;argent et les quelques objets de valeur que nous avions. Attach\u00e9s, nous avons \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s au si\u00e8ge de la police argentine, o\u00f9 nous avons eu les yeux band\u00e9s pendant dix jours, au pain et \u00e0 l&rsquo;eau, avec des coups, des tortures et des menaces persistantes. \u00c0 l&rsquo;incertitude de ne pas savoir ce qui arrivait \u00e0 ma femme s&rsquo;ajoutait la douleur intense de l&rsquo;impuissance dans laquelle se trouvaient mes fils Rodrigo et Andr\u00e9s (5 et 7 ans) qui, \u00e0 leur retour de l&rsquo;\u00e9cole, se retrouvaient sans leurs parents et avec une maison \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9truite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai alors os\u00e9 demander \u00e0 l&rsquo;un des r\u00e9presseurs la raison de cette arrestation et quel serait notre avenir imm\u00e9diat. Il a r\u00e9pondu que, \u00e0 la demande de la DINA [<em>Direction nationale du renseignement, police politique de Pinochet, NdT<\/em><strong>]<\/strong>, j\u2019\u00e9tais recherch\u00e9 et que je serais envoy\u00e9 imm\u00e9diatement \u00e0 Santiago. Lorsque j&rsquo;ai demand\u00e9, avec surprise, ce que la police argentine avait \u00e0 voir avec un professionnel chilien travaillant dans les bureaux de l&rsquo;INTAL (une organisation internationale d\u00e9pendant de la BID [<em>Banque interam\u00e9ricaine de d\u00e9veloppement<\/em>]), on m&rsquo;a r\u00e9pondu dans le meilleur style <em>porte\u00f1o<\/em> : \u00ab\u00a0T\u2019es con pu tu fais semblant ? Nous pouvons avoir des divergences avec l&rsquo;\u00c9tat chilien, mais aucune dans la compr\u00e9hension et la collaboration pour \u00e9craser les terroristes, les marxistes, les gauchistes et ceux qui les aident\u00a0\u00bb. Je me suis alors souvenu qu&rsquo;en dehors de mon travail professionnel, je soutenais un programme du Conseil latino-am\u00e9ricain des sciences sociales (CLACSO) visant \u00e0 relocaliser dans des pays solidaires de l&rsquo;exil chilien des \u00e9tudiants et des universitaires qui avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus dans des camps de concentration ou qui s&rsquo;\u00e9taient retrouv\u00e9s sans travail au Chili.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce \u00e0 la solidarit\u00e9 internationale, et probablement en raison du fait que deux sujets britanniques avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s par co\u00efncidence lors de la m\u00eame offensive r\u00e9pressive, nous n&rsquo;avons pas \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9s vers le territoire chilien. Ma femme et moi, ainsi que nos camarades socialistes Juan Bustos, Ernesto Benado, Catalina Palma, Sergio (Cochin) Mu\u00f1oz et quelques autres exil\u00e9s, avons \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s dans la prison de Villa Devoto \u00ab\u00a0\u00e0 la disposition de l&rsquo;ex\u00e9cutif national\u00a0\u00bb. Cela signifiait que, sans avoir \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s pour quelque crime que ce soit, nous \u00e9tions d\u00e9tenus \u00e0 la discr\u00e9tion du gouvernement argentin, en tant que personnes suppos\u00e9es dangereuses. Ma femme et moi avons \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus pendant un an sans pouvoir nous voir et n&rsquo;avons eu qu&rsquo;occasionnellement la possibilit\u00e9 de recevoir la visite de nos parents, qui ont d\u00fb d\u00e9m\u00e9nager \u00e0 Buenos Aires pour prot\u00e9ger nos enfants, qui ont \u00e9t\u00e9 menac\u00e9s par t\u00e9l\u00e9phone pendant plusieurs semaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La visite des familles dans la prison de Villa Devoto comprenait un examen anal et vaginal pour les proches des d\u00e9tenus, qui avait pour but d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;entr\u00e9e probable dans la prison de toute lecture, ce qui \u00e9tait strictement interdit. Je me souviens aujourd&rsquo;hui, avec la m\u00eame douleur qu&rsquo;il y a 46 ans, des pleurs irr\u00e9pressibles de mon fils Andr\u00e9s, qui, \u00e0 deux reprises, n&rsquo;a pas pu voir sa m\u00e8re, emp\u00each\u00e9 par les caprices des gendarmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 24 mars 1976, le coup d&rsquo;\u00c9tat de Videla a lieu en Argentine. Dans les jours qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le coup d&rsquo;\u00c9tat, des individus habill\u00e9s en civil nous ont rendu visite. \u00c0 chaque \u00e9tage de la Villa Devoto, ils nous ont oblig\u00e9s \u00e0 nous identifier, nous ont d\u00e9shabill\u00e9s et ont point\u00e9 des mitraillettes sur nous. L&rsquo;enfermement habituel de 23 heures dans les cellules est devenu permanent au cours des deux semaines pr\u00e9c\u00e9dant le coup d&rsquo;\u00c9tat. La prison, qui \u00e9tait difficile jusqu&rsquo;avant le coup d&rsquo;\u00c9tat de Videla, est devenue un enfer apr\u00e8s le 24 mars. La certitude relative, qu&rsquo;en tant que Chiliens, nous serions lib\u00e9r\u00e9s, s&rsquo;est transform\u00e9e en peur et en ins\u00e9curit\u00e9 lorsque plusieurs camarades argentins ont \u00e9t\u00e9 sortis de leurs cellules et tu\u00e9s dans le dos aux alentours de l&rsquo;a\u00e9roport d&rsquo;Ezeiza ou m\u00eame pr\u00e8s de Villa Devoto. Aujourd&rsquo;hui encore, je ne peux oublier Gonzalo Carranza, un jeune Argentin de 27 ans, que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 dans une cellule de punition, o\u00f9 pendant 15 jours nous avons \u00e9t\u00e9 battus et o\u00f9 l&rsquo;on nous aspergeait d&rsquo;eau froide toutes les nuits. Gonzalo avait affront\u00e9 la police plusieurs fois et, comme il me l&rsquo;a dit, ils lui en voulaient. Quelque temps plus tard, j&rsquo;ai appris qu&rsquo;ils l&rsquo;avaient fait sortir de prison et que son corps avait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9, cribl\u00e9 de balles.<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>\u00c0 cette \u00e9poque, o\u00f9 la mort nous entourait, on parlait ouvertement d&rsquo;une coordination militaire r\u00e9pressive entre la DINA et l&rsquo;arm\u00e9e argentine. Dans de telles conditions, nos avocats (menac\u00e9s quotidiennement par les \u00ab\u00a0services de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb) ont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 les proc\u00e9dures et fait appel \u00e0 toutes sortes d&rsquo;instances internationales pour obtenir notre lib\u00e9ration de prison. Un matin de septembre 1976, quelques jours avant l&rsquo;assassinat d\u2019Orlando Letelier [<em>ministre d\u2019Allende puis ambassadeur aux USA, tu\u00e9 dans sa voiture pi\u00e9g\u00e9e, NdT<\/em>] \u00e0 Washington, la police f\u00e9d\u00e9rale m&rsquo;a conduit, menott\u00e9, \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport d&rsquo;Ezeiza, pour \u00eatre expuls\u00e9 vers la Grande-Bretagne. Apr\u00e8s deux semaines, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 ma femme qui, peu avant mon d\u00e9part, avait d\u00fb subir, au cours d&rsquo;une nuit cauchemardesque, toutes sortes de harc\u00e8lements sexuels de la part d&rsquo;agents de la police f\u00e9d\u00e9rale. Quelques jours plus tard, nos enfants arrivaient et nous \u00e9tions r\u00e9unis avec eux apr\u00e8s une s\u00e9paration douloureuse.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma famille et moi avons v\u00e9cu l&rsquo;op\u00e9ration Condor de premi\u00e8re main, c&rsquo;est-\u00e0-dire la coordination polici\u00e8re et l&rsquo;action extraterritoriale des fonctionnaires de la DINA en Argentine. Comme on le sait, mon exp\u00e9rience n&rsquo;est pas unique. Au cours de ces ann\u00e9es, des milliers de Chiliens ont connu la d\u00e9tention, la torture, la disparition et la mort sur le territoire chilien et argentin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La proposition du candidat pr\u00e9sidentiel d&rsquo;extr\u00eame droite me rappelle mon exp\u00e9rience personnelle de l&rsquo;op\u00e9ration Condor, qu&rsquo;il tente aujourd&rsquo;hui de r\u00e9\u00e9diter. La d\u00e9mocratie, la paix et la non-violence que nous, Chiliens, appelons de nos v\u0153ux sont menac\u00e9es dans plusieurs domaines par la proposition de Kast. Mais il est particuli\u00e8rement inqui\u00e9tant que sa politique internationale, au lieu de s&rsquo;occuper de l&rsquo;am\u00e9lioration des relations de voisinage, de r\u00e9pondre aux demandes de faire face \u00e0 la d\u00e9t\u00e9rioration des \u00e9cosyst\u00e8mes ou de favoriser la r\u00e9duction de l&rsquo;armement, se concentre sur la r\u00e9pression des personnes qui ont des id\u00e9ologies diff\u00e9rentes de celles qu&rsquo;il d\u00e9fend.<\/p>\n<h4>Roberto Pizarro Hoffer<i><br \/><\/i><\/h4>\n<h4>Original: <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2021\/11\/29\/el-candidato-y-la-operacion-condor\/\" rel=\"bookmark\">El candidato y la Operaci\u00f3n C\u00f3ndor<\/a><\/h4>\n<h4>Traduit par\u00a0 <strong>Fausto Giudice<\/strong><\/h4>\n<h4>Source: <a href=\"https:\/\/tlaxcala-int.blogspot.com\/2021\/11\/roberto-pizarro-hofer-chili-le-candidat.html#more\">Tlaxcala<\/a>, le 29 novembre 2021<\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La propuesta del candidato presidencial de la extrema derecha recuerda mi experiencia personal con la Operaci\u00f3n C\u00f3ndor, la que ahora intenta reeditar.<\/p>\n","protected":false},"author":491,"featured_media":32499,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[412,16193,16194,16157,5537,16159,16196,16195],"coauthors":[4563],"class_list":["post-32490","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-editoriales-y-opiniones","tag-dictadura-argentina","tag-dictatures-sud-americaines","tag-dina-intal-bid","tag-direction-nationale-du-renseignement-dina","tag-operacion-condor","tag-propuesta-jose-antonio-kast","tag-roberto-pizarro-hoffer","tag-villa-devoto"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32490","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/491"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=32490"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32490\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":32552,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32490\/revisions\/32552"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/32499"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=32490"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=32490"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=32490"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=32490"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}