{"id":3238,"date":"2018-11-20T12:08:46","date_gmt":"2018-11-20T12:08:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=3238"},"modified":"2018-11-20T12:08:46","modified_gmt":"2018-11-20T12:08:46","slug":"homo-sacer-interview-de-giorgio-agamben-a-loccasion-de-la-publication-de-ledition-integrale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2018\/11\/20\/homo-sacer-interview-de-giorgio-agamben-a-loccasion-de-la-publication-de-ledition-integrale\/","title":{"rendered":"<i>Homo sacer<\/i> : interview de Giorgio Agamben \u00e0 l\u2019occasion de la publication de l\u2019\u00e9dition int\u00e9grale"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/aut_6364.jpg\" width=\"95\" height=\"95\" border=\"0\" \/>Le 25 octobre 2018, est sortie en volume unique, aux \u00e9ditions Quodlibet, l\u2019\u0153uvre qui a occup\u00e9 Giorgio Agamben pendant vingt ans, le projet Homo sacer. Celui-ci, qui s\u2019\u00e9tait ouvert avec le volume homonyme, sorti en 1995, s\u2019est en effet conclu avec celui qui porte la num\u00e9rotation IV.2, L\u2019usage des corps, sorti en 2014. Dans les volumes qui font partie de cette \u0153uvre, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9finis et introduits dans le d\u00e9bat philosophique des concepts qui deviendront par la suite un patrimoine commun (quand ce ne serait que pour avoir fait souvent l\u2019objet de critiques) dans la philosophie contemporaine\u00a0: ceux de \u00ab\u00a0sacertas\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0vie nue\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0camp\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0forme-de-vie\u00a0\u00bb, la dichotomie \u00ab\u00a0bios\/z\u00f4\u00e8\u00a0\u00bb, pour n\u2019en citer que quelques-uns. L\u2019immense succ\u00e8s du premier volume du projet dans le monde anglo-saxon, en particulier, a cr\u00e9\u00e9 les pr\u00e9misses de la diffusion des d\u00e9bats lanc\u00e9s par Agamben au niveau plan\u00e9taire (en ce moment, Agamben est selon toute vraisemblance le philosophe italien le plus connu \u00e0 l\u2019\u00e9tranger)\u00a0: on peut aussi compter parmi leurs r\u00e9percussions ce qui devait par la suite \u00eatre appel\u00e9 l\u2018Italian Theory, c\u2019est-\u00e0-dire un mouvement d\u2019auto-r\u00e9flexion et de questionnement de la philosophie italienne sur ses cat\u00e9gories fondatrices, qui a aussi (et surtout) investi le monde anglophone \u2013 d\u00e9sireux de comprendre comment on pouvait faire dialoguer un penseur comme Agamben avec d\u2019autres auteurs, eux aussi italiens, qui ont anim\u00e9 les d\u00e9bats th\u00e9orico-critiques des derni\u00e8res d\u00e9cennies (Toni Negri et Roberto Esposito notamment).<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019interview qui suit, qui se concentre principalement sur le projet <i>Homo sacer<\/i> et sur la structure du volume qui vient de para\u00eetre, est le fruit d\u2019une r\u00e9flexion de l\u2019auteur de ces lignes sur les questions \u00ab\u00a0architectoniques\u00a0\u00bb de l\u2019\u0153uvre agambenienne. Je dois bien s\u00fbr un sinc\u00e8re remerciement \u00e0 Giorgio Agamben pour s\u2019\u00eatre pr\u00eat\u00e9 \u00e0 ce dialogue\u00a0; mais je voudrais aussi remercier ici mon ami Carlo Salzani pour les pr\u00e9cieuses suggestions qui m\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 la formulation de certaines des questions pos\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p>\u00a0<span class=\"texte1\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_19333.jpg\" alt=\"\" width=\"236\" height=\"352\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><em><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Antonio Lucci\u00a0: Giorgio Agamben, ces jours-ci, sort, chez Quodlibet, une \u00e9dition unique des neuf volumes d\u2019Homo sacer, un travail qui vous a occup\u00e9 pendant pratiquement vingt ans. Dans la pr\u00e9face du dernier volume de la s\u00e9rie, L\u2019usage des corps, vous souteniez vous-m\u00eame qu\u2019un ouvrage \u00ab\u00a0peut seulement \u00eatre abandonn\u00e9\u00a0\u00bb, refusant, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, d\u2019inscrire le mot \u00ab\u00a0fin\u00a0\u00bb sur ce projet. A trois ans de distance de la publication du dernier volume du projet, voyez-vous dans cette \u00e9dition int\u00e9grale un travail d\u00e9finitivement clos, ou quelque chose qui peut encore admettre de nouvelles incorporations\u00a0?<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Giorgio Agamben\u00a0: Dans la pens\u00e9e, comme dans la vie, il n\u2019est pas facile de savoir ce qui est d\u00e9finitivement clos, et ce qui est encore ouvert. Une g\u00e9n\u00e9alogie de la politique occidentale comme celle que j\u2019ai entreprise dans Homo sacer pourrait continuer sans fin. \u00a0Dans ce sens, l\u2019\u0153uvre achev\u00e9e est toujours un fragment. L\u2019apparence d\u2019ach\u00e8vement d\u2019une \u0153uvre est due plut\u00f4t \u00e0 des raisons pour ainsi dire architectoniques et stylistiques, et c\u2019est seulement parce que l\u2019\u00e9difice me semblait avoir atteint une forme coh\u00e9rente que j\u2019ai pu l\u2019abandonner. La longue note de quinze pages sur le concept de guerre que j\u2019ai ajout\u00e9e \u00e0 Stasis dans cette \u00e9dition est bien une incorporation au sens technique. Mais je pr\u00e9f\u00e8re consid\u00e9rer d\u2019autres recherches que j\u2019ai publi\u00e9es et que je pourrai \u00e9ventuellement publier ult\u00e9rieurement comme des \u0153uvres autonomes. Du reste, chacun des neuf volumes r\u00e9unis ici est n\u00e9 avec une vie propre et leur organisation dans un ensemble ne suit pas que des crit\u00e8res logiques et conceptuels. Si le premier niveau d\u2019une composition philosophique est certes conceptuel, le dernier, comme le rappelait Walter Benjamin, est d\u2019ordre musical.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><em><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Une question concernant l\u2019architecture g\u00e9n\u00e9rale du projet, qui tire son nom d\u2019ensemble du volume I, Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue. Originairement, ce volume est le seul \u00e0 ne pas \u00eatre num\u00e9rot\u00e9, ce qui pourrait sugg\u00e9rer l\u2019id\u00e9e que le volume \u00e9tait con\u00e7u pour \u00eatre auto-conclusif. D\u2019autre part, la cl\u00f4ture de ce m\u00eame livre ouvrait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque sur la possibilit\u00e9 d\u2019un \u00e9largissement futur des recherches qui y sont pr\u00e9sent\u00e9es, comme l\u2019indique le passage de conclusion\u00a0: \u00ab\u00a0Si nous appelons forme-de-vie cet \u00eatre qui est seulement son existence nue, cette vie qui est sa forme et reste ins\u00e9parable d\u2019elle, alors nous verrons s\u2019ouvrir un domaine de recherche qui se trouve au-del\u00e0 de celui d\u00e9fini par l\u2019intersection entre politique et philosophie, sciences m\u00e9dico-biologiques et jurisprudence. Mais d\u2019abord, il faudra chercher comment, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res de ces disciplines, on a pu penser quelque chose comme une vie nue, et de quelle fa\u00e7on elles ont fini, dans leur d\u00e9veloppement historique, par se heurter \u00e0 une limite au-del\u00e0 de laquelle elles ne peuvent pas poursuivre, sinon au risque d\u2019une catastrophe bio-politique sans pr\u00e9c\u00e9dents\u00a0\u00bb. (Homo sacer. Il potere sovrano e la nuda vita, p 211). Quand vous avez pens\u00e9 et \u00e9crit ce premier texte, vous aviez d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019id\u00e9e de ne pas vous limiter \u00e0 un seul volume, mais de faire d\u2019Homo sacer un projet\u00a0?<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">M\u00eame si je savais avec certitude que j\u2019avais entrepris une recherche de longue haleine, je n\u2019avais pas encore une id\u00e9e pr\u00e9cise de son articulation. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019entrevoir plus clairement pendant que je travaillais \u00e0 Etat d\u2019exception. Je veux dire que j\u2019ai compris qu\u2019une \u00e9tude comme la mienne devait n\u00e9cessairement comporter une s\u00e9rie de recherches arch\u00e9ologiques, qui sont celles qui ont form\u00e9 la deuxi\u00e8me section de l\u2019ouvrage (outre l\u2019\u00e9tat d\u2019exception, la guerre civile, le serment, l\u2019\u00e9conomie, l\u2019office \u2013 et il est \u00e9vident qu\u2019il aurait pu s\u2019y en ajouter d\u2019autres). Quant \u00e0 la derni\u00e8re section, comme votre citation le sugg\u00e8re, j\u2019\u00e9tais conscient depuis le d\u00e9but qu\u2019elle devait \u00eatre consacr\u00e9e \u00e0 une d\u00e9finition de la forme-de-vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"texte1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_19335.jpg\" alt=\"\" width=\"550\" height=\"688\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Les trois premiers volumes parus dans le cadre de ce projet, Homo sacer, Ce qui reste d\u2019Auschwitz et \u00c9tat d\u2019exception, sont clairement anim\u00e9s par un int\u00e9r\u00eat politique. Dans le premier, sont th\u00e9oris\u00e9es deux des cat\u00e9gories philosophiques qui auront par la suite le plus de succ\u00e8s dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es 90 et la premi\u00e8re d\u00e9cennie du nouveau mill\u00e9naire\u00a0: celles de \u00ab\u00a0vie nue\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0camp\u00a0\u00bb. Des philosophes, des anthropologues, des sociologues, des g\u00e9ographes m\u00eame, se sont servis de ces cat\u00e9gories philosophiques. Toutefois, dans les livre suivants, l\u2019int\u00e9r\u00eat philosophique explicite semble laisser place \u00e0 l\u2019analyse arch\u00e9ologique, et les deux concepts cit\u00e9s plus haut perdent un peu, me semble-t-il, de leur centralit\u00e9. Consid\u00e9rez-vous encore ces deux concepts comme centraux pour votre philosophie\u00a0?<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Distinguer l\u2019analyse arch\u00e9ologique de l\u2019analyse politique n\u2019a pas de sens. Une recherche philosophique qui ne rev\u00eat pas la forme d\u2019une arch\u00e9ologie risque aujourd\u2019hui de tomber dans le bavardage. Et pas seulement parce que l\u2019arch\u00e9ologie est la seule voie d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la compr\u00e9hension du pr\u00e9sent, mais, du fait que l\u2019\u00eatre se pr\u00e9sente toujours comme un pass\u00e9, il a constitutivement besoin d\u2019une arch\u00e9ologie. Les deux concepts que vous avez mentionn\u00e9s avaient leur place et leur sens dans une recherche arch\u00e9ologique sur la structure du pouvoir, et ils ne peuvent pas en \u00eatre s\u00e9par\u00e9s. Certes, lorsqu\u2019ils sont apparus au milieu des ann\u00e9es 90, ces deux concepts ont suscit\u00e9 pol\u00e9miques et scandale, et ce n\u2019est pas sans mal que j\u2019ai pu faire comprendre dans quel sens la production de la vie nue d\u00e9finissait l\u2019op\u00e9ration fondamentale du pouvoir, et pourquoi c\u2019\u00e9tait le camp, et non la cit\u00e9, qui \u00e9tait le paradigme politique de la modernit\u00e9. Aujourd\u2019hui, dans les espaces int\u00e9gralement d\u00e9politis\u00e9s de nos soci\u00e9t\u00e9s post-d\u00e9mocratiques, o\u00f9 l\u2019\u00e9tat d\u2019exception est devenu la r\u00e8gle, ces concepts sont devenus presque banals. Quoi qu\u2019il en soit, on pr\u00e9f\u00e8re souvent les utiliser de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rique, en dehors du contexte dans lequel ils avaient \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s et duquel ils sont ins\u00e9parables\u00a0; certains ont m\u00eame simplement invers\u00e9 la vie nue et la bio-politique, pour en faire des cat\u00e9gories positives, op\u00e9ration pour le moins imprudente.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Une question concernant toujours la premi\u00e8re partie du projet, en particulier les volumes I et II. Si l\u2019on consid\u00e8re le volume d\u2019ouverture du projet, Homo sacer, et ceux pr\u00e9sents dans la partie II, latinit\u00e9 et gr\u00e9cit\u00e9 s\u2019av\u00e8rent en \u00e9quilibre parfait, et d\u00e9j\u00e0 dans les titres des textes, trois latins (Homo sacer, Justitium, Opus dei) et trois grecs (Stasis, Horkos, O\u00efkonomia). Cette fa\u00e7on de ne vouloir donner la pr\u00e9\u00e9minence ni \u00e0 la tradition grecque ni \u00e0 la tradition romaine est-elle voulue\u00a0? Ou bien, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre entre les titres, selon vous, dans le projet Homo sacer, l\u2019une des deux est-elle prioritaire par rapport \u00e0 l\u2019autre\u00a0?<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je ne me pr\u00e9occupais nullement de pr\u00e9server l\u2019\u00e9quilibre entre les deux cultures classiques, et les titres ne doivent pas induire en erreur. Je travaillais sur des textes latins ou grecs sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue, suivant les n\u00e9cessit\u00e9s de la recherche, et, dans chacune de mes \u00e9tudes arch\u00e9ologiques, les deux traditions s\u2019entrecroisent continuellement. L\u2019influence immense exerc\u00e9e sur l\u2019Occident par le droit romain m\u2019a souvent oblig\u00e9 \u00e0 me confronter au monde latin, mais la Gr\u00e8ce, comme plus tard la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, est \u00e9galement pr\u00e9sente. Ce qui est plus d\u00e9cisif pour moi, c\u2019est que l\u2019enqu\u00eate arch\u00e9ologique atteigne chaque fois un point o\u00f9, entre le ph\u00e9nom\u00e8ne historique et les sources et documents qui nous l\u2019ont transmis, il y ait un hiatus et non une co\u00efncidence. En ce point, qu\u2019on pourrait d\u00e9finir comme le point d\u2019\u00e9mergence du ph\u00e9nom\u00e8ne, ou, comme l\u2019appelait Overbeck, sa pr\u00e9histoire, sources et traditions viennent \u00e0 manquer, et pass\u00e9 et pr\u00e9sent, pr\u00e9histoire et post-histoire se font face et semblent presque se toucher.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Encore une question sur l\u2019importance des diverses traditions philosophiques pour votre projet. Apr\u00e8s la conclusion d\u2019Homo sacer, vous avez publi\u00e9 un texte \u2013 Karman. Breve trattato sull\u2019azione, la colpa e il gesto (2017) [Karman. Bref trait\u00e9 sur l\u2019action, la faute et le geste] \u2013 dans lequel vous vous confrontez \u00e0 une g\u00e9n\u00e9alogie du concept de faute, et, &#8211; autant que je me souvienne, corrigez-moi si je me trompe &#8211; pour la premi\u00e8re fois de fa\u00e7on suivie, \u00e0 la pens\u00e9e orientale. Karman n\u2019aurait-il pas pu, peut-\u00eatre, faire lui aussi partie de la section II d\u2019Homo sacer\u00a0? Ou bien la pens\u00e9e orientale est-elle trop \u00e9loign\u00e9e du projet d\u2019une arch\u00e9ologie de la politique occidentale\u00a0? Dit autrement\u00a0: selon vous, les cat\u00e9gories philosophiques sous-jacentes \u00e0 la structure conceptuelle du monde contemporain sont-elles principalement celles qui viennent de l\u2019axe g\u00e9n\u00e9alogique gr\u00e9co-romano-chr\u00e9tien, ou y a-t-il d\u2019autres traditions qui ont influ\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9cisive sur notre pr\u00e9sent\u00a0?<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je ne travaille que sur des domaines dont je peux contr\u00f4ler les sources de premi\u00e8re main. Cela ne veut pas dire que les traditions dont je ne connais pas la langue, comme les traditions orientales, ne m\u2019int\u00e9ressent pas\u00a0: cela veut seulement dire que je ne peux pas pr\u00e9tendre en parler s\u00e9rieusement. Dans \u00ab\u00a0Karman\u00a0\u00bb, la pens\u00e9e indienne ne fait pas l\u2019objet d\u2019une recherche arch\u00e9ologique, elle est seulement \u00e9voqu\u00e9e pour l\u2019analogie qui, selon certains chercheurs, existe entre le terme sanskrit karman et le terme latin crimen, qui d\u00e9signent tous deux l\u2019action imputable \u00e0 un sujet et lourde de cons\u00e9quences.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><em><span style=\"font-size: 12pt;\">La partie II du projet est probablement celle qui, pour utiliser une cat\u00e9gorie que vous introduisez vous-m\u00eame dans Signatura Rerum en 2008, proc\u00e8de le plus souvent par \u00ab\u00a0paradigmes\u00a0\u00bb. Si on regarde la nouvelle disposition et nomenclature des textes qui font partie du projet, il semble presque que deux cat\u00e9gories appartenant au monde romain, celles de Justitium et d\u2019Opus dei, forment la parenth\u00e8se d\u2019ouverture et de cl\u00f4ture dans laquelle s\u2019ins\u00e8rent trois cat\u00e9gories grecques, celles de Stasis, Horkos et O\u00efkonomia. Ces volumes de la deuxi\u00e8me partie d\u2019Homo sacer, et leur ordonnancement, doivent-ils \u00eatre compris comme interconnect\u00e9s, \u00e0 lire en continuit\u00e9 l\u2019un avec l\u2019autre\u00a0? Ou doivent-ils \u00eatre pris justement comme des paradigmes qui \u2013 je vous cite \u2013 sont maintenus \u00ab\u00a0dans leur dispersion\u00a0\u00bb (Signatura Rerum, 81), dans le but de nous donner des images et Urszenen [sc\u00e8nes primitives] multiples qui ont conduit au c\u0153ur palpitant de notre \u00e9poque\u00a0?<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Encore une fois, les connexions sont dans les choses et non dans le caprice de l\u2019auteur. Plus que des \u00ab\u00a0sc\u00e8nes originales\u00a0\u00bb, je cherche \u00e0 atteindre \u00e0 chaque fois ce que Foucault appelait un a priori historique, qui co\u00efncide pour moi, comme je viens de le dire, avec le point o\u00f9 appara\u00eet un \u00e9cart entre le ph\u00e9nom\u00e8ne dans son \u00e9mergence et les sources et documents qui nous l\u2019ont transmis, entre la pr\u00e9histoire et l\u2019histoire. En ce point, la recherche historique et la recherche arch\u00e9ologico-philosophique se s\u00e9parent.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><em><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Le volume III du projet porte maintenant le titre \u00ab\u00a0Auschwitz\u00a0\u00bb, et non plus \u00ab\u00a0Ce qui reste d\u2019Auschwitz\u00a0\u00bb. Comment avez-vous pu vouloir renoncer \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab\u00a0reste\u00a0\u00bb, qui est une cat\u00e9gorie si importante pour toute l\u2019architecture de votre volume\u00a0?<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Changer un titre ne veut absolument pas dire renoncer \u00e0 un concept. \u00ab\u00a0Reste\u00a0\u00bb est une cat\u00e9gorie importante de mes recherches et j\u2019ai m\u00eame termin\u00e9 depuis peu un essai qui s\u2019intitule justement La lingua che resta [La langue qui reste].<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans une interview de janvier 2001 avec Hanna Leitgeb et Cornelia Vismann, parue dans la revue allemande Literaturen, vous d\u00e9finissiez Homo sacer III comme \u00ab\u00a0ein ethisches Korrelat, eine Theorie der Subjektivit\u00e4t\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0un corr\u00e9lat \u00e9thique, une th\u00e9orie de la subjectivit\u00e9\u00a0\u00bb, aux th\u00e9ories expos\u00e9es dans le premier volume d\u2019Homo sacer. Vous \u00eates encore de cet avis, \u00e0 savoir qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Auschwitz\u00a0\u00bb contient votre \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la subjectivit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0?<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La doctrine du sujet comme t\u00e9moin qui est d\u00e9velopp\u00e9e dans le troisi\u00e8me chapitre du livre sur Auschwitz reste pour moi fondamentale. Je suis encore convaincu que n\u2019est vraiment humain que celui qui t\u00e9moigne du non-humain, et que le sujet t\u00e9moigne avant tout d\u2019une d\u00e9subjectivation. Et j\u2019estime toujours vrai, comme me l\u2019a appris Primo Levi, que le sujet est celui qui am\u00e8ne \u00e0 la parole une impossibilit\u00e9 de parler.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Vous faites souvent r\u00e9f\u00e9rence dans vos travaux, et depuis la fin du premier volume de la s\u00e9rie Homo sacer, \u00e0 la forme-de-vie. Le texte qui semble se rapprocher le plus de la description de ce qui a \u00e9t\u00e9, dans l\u2019histoire de la culture occidentale, une forme-de-vie est De la tr\u00e8s haute pauvret\u00e9. L\u00e0, le moine franciscain, dans la mesure o\u00f9 il devient pur \u00ab\u00a0geste\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire incorporation de la r\u00e8gle monastique au-del\u00e0 de son individualit\u00e9, devient \u2013 me semble-t-il comprendre \u2013 forme-de-vie. A la fin d\u2019Homo sacer IV.2, vous d\u00e9finissez l\u2019\u00e2me, \u00e0 la fa\u00e7on dont elle est d\u00e9crite dans le Mythe platonicien d\u2019Er, comme une forme-de-vie. Personnellement, j\u2019ai vu dans le Polichinelle de Divertissement pour les jeunes gens (2015), dans le Majorana de Qu\u2019est-ce que le r\u00e9el\u00a0? (2016) et dans le Giorgio Agamben d\u2019Auto-portrait dans un atelier (2017) trois portraits paradigmatiques de trois formes-de-vie. Pourriez-vous nous dire quelque chose de plus sur ce concept si important pour votre philosophie\u00a0? La forme-de-vie a-t-elle aussi une dimension politique\u00a0? Peut-elle, d\u2019une certaine fa\u00e7on, se d\u00e9finir, ou bien appartient-elle \u00e0 ce champ d\u2019objets qui ne peut \u00eatre d\u00e9crit, mais seulement \u00ab\u00a0montr\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0?<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La forme-de-vie n\u2019a pas aussi une dimension politique, c\u2019est un concept intrins\u00e8quement politique. On pourrait dire, de fa\u00e7on quelque peu approximative, que la forme-de-vie d\u00e9finit la politique qui n\u2019est plus fond\u00e9e sur l\u2019isolement de la vie nue, qui n\u2019est plus, dans ce sens, une bio-politique. Un des r\u00e9sultats de mes recherches, c\u2019est que, contre toute attente, la vie, dans notre culture, n\u2019est pas un concept m\u00e9dico-scientifique, mais une cat\u00e9gorie philosophico-politique. Dans les 57 trait\u00e9s du Corpus Hippocraticum, qui rassemble les textes de la m\u00e9decine grecque, le terme vie (z\u00f4\u00e8) n\u2019appara\u00eet presque pas, et en tout cas jamais avec un sens technique. En revanche, si l\u2019on ouvre la Politique d\u2019Aristote, le concept \u00ab\u00a0vie\u00a0\u00bb y acquiert, d\u00e8s les premi\u00e8res pages, une fonction fondamentale. La vie (z\u00f4\u00e8), c\u2019est ce sur l\u2019exclusion de quoi se fonde la polis, ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, ce qui s\u2019y trouve inclus \u00e0 travers son exclusion, et elle joue ainsi le r\u00f4le de fondement n\u00e9gatif de la politique. Cette ex-ceptio, cette prise-hors ou exclusion inclusive de la vie se retrouve dans de tr\u00e8s nombreux aspects de notre culture, pas seulement politique. M\u00eame l\u2019isolement de la vie v\u00e9g\u00e9tative (elle aussi d\u2019origine aristot\u00e9licienne\u00a0: Aristote d\u00e9testait les plantes) qui est \u00e0 la base de la m\u00e9decine moderne, a une structure tr\u00e8s semblable. Quant \u00e0 votre r\u00e9f\u00e9rence au livre sur Polichinelle et \u00e0 l\u2019Auto-portrait dans l\u2019atelier, il va de soi que, ce qui m\u2019int\u00e9resse dans un \u00eatre vivant, c\u2019est toujours sa forme-de-vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Une question sur les r\u00e9f\u00e9rences philosophiques d\u2019Homo sacer. Quand on lit vos volumes dans l\u2019ordre chronologique, on a l\u2019impression que, dans les premiers textes, les auteurs de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9taient pour vous, principalement, Aristote parmi les Anciens, Benjamin et Schmitt parmi les contemporains. Par contre, si on consid\u00e8re les derniers volumes du projet, il semble que vous finissez par \u00ab\u00a0temp\u00e9rer\u00a0\u00bb Aristote par Platon, en ce qui concerne la gr\u00e9cit\u00e9, et que Foucault acquiert un r\u00f4le de plus en plus important, parall\u00e8lement \u00e0 une importance de plus en plus faible de Schmitt. Dans L\u2019usage des corps, en outre, vous revenez sur Heidegger, alors que, dans les derniers volumes d\u2019Homo sacer, il semblait avoir perdu de son importance. S\u2019agit-il seulement d\u2019un usage des diff\u00e9rents auteurs en fonction des diff\u00e9rents contextes et int\u00e9r\u00eats de la recherche, ou votre int\u00e9r\u00eat philosophique s\u2019est-il, au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, effectivement d\u00e9plac\u00e9\u00a0? Quels auteurs consid\u00e9rez-vous comme vos interlocuteurs principaux dans le projet Homo sacer\u00a0?<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Si l\u2019on divise les philosophes, comme on l\u2019a souvent sugg\u00e9r\u00e9, entre une lign\u00e9e platonicienne et une lign\u00e9e aristot\u00e9licienne, il est clair que je me situerais parmi les platoniciens et non parmi les aristot\u00e9liciens. Il est tout aussi \u00e9vident que je me sens plus proche de Benjamin que de Schmitt. Mais une recherche comme celle d\u2019Homo sacer ne s\u2019\u00e9labore pas en fonction de descendances et de sympathies, mais, comme sur un champ de bataille, selon des n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019ordre strat\u00e9gique et tactique. Si j\u2019avais suivi mes sympathies, je me serais certainement pass\u00e9 de compulser l\u2019immense corpus de la th\u00e9ologie m\u00e9di\u00e9vale ou celui de la tradition juridique, mais je me serais ainsi laiss\u00e9 vaincre par des adversaires que j\u2019esp\u00e8re au contraire avoir r\u00e9ussi \u00e0 neutraliser.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Il me semble que beaucoup des livres et essais qui ne font pas \u00ab\u00a0officiellement\u00a0\u00bb partie du projet Homo sacer sont pourtant tr\u00e8s importants pour votre conception et pour son architecture. Je veux parler, en particulier, de Profanations, Qu\u2019est-ce qu\u2019un dispositif\u00a0? mais surtout de Le temps qui reste et L\u2019ouvert. Celui-ci (explicitement, mais aussi, de fa\u00e7on implicite et insistante, Le temps qui reste) est le texte que vous citez vous-m\u00eame le plus souvent parmi ceux que vous avez \u00e9crits (ce que vous ne faites presque jamais dans vos \u0153uvres), tout sp\u00e9cialement dans L\u2019usage des corps. D\u2019autres textes, au contraire, &#8211; par exemple Auschwitz , ne reviennent jamais et ne sont jamais cit\u00e9s. Pouvez-vous nous \u00e9clairer le rapport entre ces textes (et d\u2019autres) et ceux que vous avez inclus dans Homo sacer\u00a0?<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Vous donnez peut-\u00eatre trop d\u2019importance aux distinctions formelles. Il est \u00e9vident que toutes les parties de l\u2019\u0153uvre d\u2019un auteur sont entrelac\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, elles ne font que s\u2019appeler et se r\u00e9pondre. Et, assur\u00e9ment, dans la mesure o\u00f9 L\u2019ouvert contient une r\u00e9flexion sur le concept de vie et sur la machine anthropologique qui divise et en m\u00eame temps r\u00e9unit l\u2019animal et l\u2019humain, il touche de pr\u00e8s la recherche d\u2019Homo sacer. Et une anthropologie du messianisme comme celle qui est d\u00e9velopp\u00e9e dans Le temps qui reste ne peut remettre en question toute la conceptualit\u00e9 de notre culture. Dans une recherche comme la mienne \u2013 mais peut-\u00eatre en est-il ainsi dans la pens\u00e9e \u2013 tout est intimement li\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Une derni\u00e8re question, si vous le permettez. Dans la pr\u00e9face \u00e0 L\u2019usage des corps, vous \u00e9crivez que votre recherche peut \u00ab\u00a0\u00e9ventuellement, \u00eatre continu\u00e9e par d\u2019autres\u00a0\u00bb. Qu\u2019auriez-vous envie de dire au chercheur qui voudrait se lancer sur la piste indiqu\u00e9e par Homo sacer, pour tenter de \u00ab\u00a0continuer\u00a0\u00bb ce genre de recherche\u00a0?<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je suis convaincu que ce qu\u2019il y a de plus pr\u00e9cieux dans un ouvrage de pens\u00e9e est sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9 et continu\u00e9 par d\u2019autres. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un principe m\u00e9thodologique, mais aussi d\u2019un v\u00e9ritable principe \u00e9thique que j\u2019ai toujours essay\u00e9 de suivre. Si je devais faire une recommandation aux jeunes chercheurs, ce serait justement de ne pas chercher \u00e0 tout prix l\u2019originalit\u00e9, mais de s\u2019efforcer plut\u00f4t de recueillir et de continuer ce qui, chez les auteurs qu\u2019ils aiment, est rest\u00e9 inachev\u00e9 ou non-dit. Mais, pour r\u00e9pondre \u00e0 votre question, percevoir avec clart\u00e9 ce qui, dans votre propre pens\u00e9e, est rest\u00e9 inachev\u00e9 ou non-dit, est, pour un auteur, extr\u00eamement difficile. C\u2019est pourquoi il est n\u00e9cessaire que ce soit un autre qui le fasse.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"texte1\"><a href=\"https:\/\/www.quodlibet.it\/shopping\/cart\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_19334.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_19334.jpg\" \/><\/a><\/span><\/p>\n<p><strong><span class=\"auteur\" style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=6364&amp;lg_pp=fr\">Antonio Lucci <\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span class=\"navigation_cadre\" style=\"font-size: 12pt;\">Original: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=24675\"><i>Homo Sacer<\/i>: intervista a Giorgio Agamben <\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Traduit par <span class=\"trad\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=3734&amp;lg_pp=fr\">Rosa Llorens<\/a><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Edit\u00e9 par <span class=\"trad\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2&amp;lg_pp=fr\">Fausto Giudice \u0424\u0430\u0443\u0441\u0442\u043e \u0414\u0436\u0443\u0434\u0438\u0447\u0435 \u0641\u0627\u0648\u0633\u062a\u0648 \u062c\u064a\u0648\u062f\u064a\u0634\u064a<\/a><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=24676\">Tlaxcala<\/a>, le 18 novembre 2018<\/span><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Si je devais faire une recommandation aux jeunes chercheurs, ce serait justement de ne pas chercher \u00e0 tout prix l\u2019originalit\u00e9, mais de s\u2019efforcer plut\u00f4t de recueillir et de continuer ce qui, chez les auteurs qu\u2019ils aiment, est rest\u00e9 inachev\u00e9 ou non-dit. <\/p>\n","protected":false},"author":185,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[8,17],"tags":[],"coauthors":[1607],"class_list":["post-3238","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","category-educacion"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":false,"excerpt":false},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3238","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/185"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3238"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3238\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3243,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3238\/revisions\/3243"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3238"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3238"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3238"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=3238"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}