{"id":2899,"date":"2018-11-09T16:15:43","date_gmt":"2018-11-09T16:15:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=2899"},"modified":"2018-11-09T16:15:43","modified_gmt":"2018-11-09T16:15:43","slug":"malgre-ses-gros-fusils-ou-precisement-a-cause-deux-israel-est-spirituellement-emotionnellement-et-culturellement-petit-message-au-festival-de-litterature-palestinienne-kalima","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2018\/11\/09\/malgre-ses-gros-fusils-ou-precisement-a-cause-deux-israel-est-spirituellement-emotionnellement-et-culturellement-petit-message-au-festival-de-litterature-palestinienne-kalima\/","title":{"rendered":"\u00ab Malgr\u00e9 ses gros fusils, ou pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause d\u2019eux, Isra\u00ebl est spirituellement, \u00e9motionnellement et culturellement petit \u00bb <br><i>Message au Festival de litt\u00e9rature palestinienne Kalimat<\/i>"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2900 alignleft\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/Susan-Abulhawabis.jpg\" alt=\"\" width=\"105\" height=\"70\" \/>Je voudrais exprimer ma profonde gratitude au Festival de litt\u00e9rature palestinienne Kalimat, \u00e0 Mahmoud Muna en particulier, et \u00e0 l\u2019Institut Kenyon du British Council, pour m\u2019avoir invit\u00e9e et avoir assum\u00e9 les frais de ma participation au festival de litt\u00e9rature de cette ann\u00e9e en Palestine.<\/span><\/p>\n<div class=\"main\">\n<div class=\"main\">\n<div class=\"main\">\n<div class=\"texte\">\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/scontent.ftun3-1.fna.fbcdn.net\/v\/t1.0-9\/44302180_10155902668658946_4710500013178880000_n.jpg?_nc_cat=101&amp;_nc_ht=scontent.ftun3-1.fna&amp;oh=8f922776253d3eeb5bcd7f16f9cfbcb7&amp;oe=5C8A7786\" alt=\"\" width=\"463\" height=\"247\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Comme vous le savez tous maintenant, les autorit\u00e9s isra\u00e9liennes m\u2019ont refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e dans mon pays et je ne suis pas, de ce fait, en mesure de participer au festival. Je suis tr\u00e8s pein\u00e9e de ne pas \u00eatre avec mes amis et coll\u00e8gues \u00e9crivains pour me pencher sur et c\u00e9l\u00e9brer nos traditions litt\u00e9raires avec des lecteurs et avec chacun de nous dans notre pays. Je suis tr\u00e8s pein\u00e9e que nous puissions nous rencontrer partout dans le monde sauf en Palestine, le lieu auquel nous appartenons, d\u2019o\u00f9 nos histoires \u00e9mergent et o\u00f9 tous nos parcours finissent par aboutir. Nous ne pouvons pas nous r\u00e9unir sur le sol qui a \u00e9t\u00e9 fertilis\u00e9 par les corps de nos anc\u00eatres et arros\u00e9 par les larmes et le sang des fils et filles de Palestine qui combattent chaque jour pour elle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Depuis mon expulsion, je lis que les autorit\u00e9s isra\u00e9liennes ont indiqu\u00e9 que j\u2019\u00e9tais requise de \u00ab\u00a0coordonner\u00a0\u00bb mon voyage avec elles par avance. C\u2019est un mensonge. En fait, \u00e0 mon arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019a\u00e9roport on m\u2019a dit que j\u2019aurais d\u00fb demander un visa avec mon passeport US et que cette demande ne serait pas satisfaite avant 2020, soit au moins cinq ans apr\u00e8s la premi\u00e8re fois qu\u2019ils m\u2019ont refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e. Ils ont dit qu\u2019il \u00e9tait de ma responsabilit\u00e9 de le savoir alors m\u00eame que je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e que j\u2019\u00e9tais interdite d\u2019entr\u00e9e. Puis ils ont dit que ma premi\u00e8re expulsion en 2015 \u00e9tait due \u00e0 mon refus de leur donner les raisons de ma visite. Cela aussi est un mensonge. Voici les faits\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">En 2015 je suis venue en Palestine pour la construction de terrains de jeux dans plusieurs villages et pour des c\u00e9r\u00e9monies d\u2019inauguration de terrains de jeux que nous avions d\u00e9j\u00e0 construits dans les mois pr\u00e9c\u00e9dents. Une autre membre de notre organisation voyageait avec moi. Il se trouve qu\u2019elle \u00e9tait juive et ils l\u2019ont laiss\u00e9e entrer. Plusieurs interrogateurs isra\u00e9liens m\u2019ont pos\u00e9 les m\u00eames questions de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons pendant \u00e0 peu pr\u00e8s 7 heures et demie. J\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 toutes ces questions, comme le doivent les Palestiniens si nous voulons avoir une chance d\u2019aller chez nous, y compris comme visiteurs. Mais je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 suffisamment respectueuse et je n\u2019en \u00e9tais pas capable \u00e0 ce moment-l\u00e0. Mais j\u2019\u00e9tais certainement calme et \u2013 ce qui est exig\u00e9 de tous les gens maltrait\u00e9s \u2013 \u00ab\u00a0civique\u00a0\u00bb. J\u2019ai finalement \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e de ne pas coop\u00e9rer parce que je ne savais pas combien j\u2019ai de cousins et comment ils s\u2019appellent tous, eux et leurs \u00e9pouses. C\u2019est seulement apr\u00e8s qu\u2019on m\u2019avait dit que mon entr\u00e9e \u00e9tait refus\u00e9e que j\u2019ai \u00e9lev\u00e9 la voix et refus\u00e9 de partir tranquillement. J\u2019ai cri\u00e9 et je maintiens tout ce que j\u2019ai cri\u00e9. D\u2019apr\u00e8s <em>Haaretz<\/em>, Isra\u00ebl a dit que je me suis \u00ab\u00a0comport\u00e9e avec col\u00e8re, grossi\u00e8ret\u00e9 et vulgarit\u00e9\u00a0\u00bb en 2015 au Pont Allenby.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce que j\u2019ai dit en 2015 \u00e0 mes interrogateurs et qui a aussi \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 par <em>Haaretz <\/em>\u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019est qu\u2019ils devraient \u00eatre ceux qui partent, pas moi\u00a0; que je suis une fille de cette terre et que rien ne le changera\u00a0; que ma propre histoire est ancr\u00e9e dans la terre et qu\u2019il n\u2019y a pas moyen qu\u2019ils l\u2019en extirpent\u00a0; qu\u2019avec les contes de f\u00e9es mythologiques sionistes qu\u2019ils invoquent, ils ne pourront jamais pr\u00e9tendre \u00e0 autant de lignages familiaux personnels qu\u2019ils le voudraient.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je suppose que cela semble vulgaire \u00e0 des oreilles sionistes. D\u2019\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019indig\u00e9nit\u00e9 palestinienne malgr\u00e9 l\u2019exil, face \u00e0 des narrations coloniales apocryphes et toujours changeantes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mon manque de respect en 2015 et mon choix de ne pas accepter tranquillement la d\u00e9cision arbitraire d\u2019un gardien ill\u00e9gitime \u00e0 la porte de mon pays ont apparemment \u00e9t\u00e9 attach\u00e9s \u00e0 mon nom et signal\u00e9s cette fois \u00e0 mon arriv\u00e9e le 1er novembre, pour une expulsion imm\u00e9diate.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 est que plusieurs millions d\u2019Europ\u00e9ens et d\u2019autres \u00e9trangers vivent maintenant en Palestine alors que la population indig\u00e8ne vit soit en exil soit sous les bottes cruelles de l\u2019occupation isra\u00e9lienne\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 est dans les rangs des tireurs d\u2019\u00e9lite qui surplombent Gaza, qui visent soigneusement et tirent sur des \u00eatres humains qui n\u2019ont pas vraiment de moyen de se d\u00e9fendre en osant manifester contre leur enfermement collectif et contre la mis\u00e8re qui leur est impos\u00e9e\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 c\u2019est de voir notre jeunesse en sang \u00e0 terre, jet\u00e9e dans les prisons isra\u00e9liennes, avoir faim d\u2019\u00e9ducation, de voyages, d\u2019apprentissage ou d\u2019une chance d\u2019\u00eatre pleinement dans le monde\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 c\u2019est la fa\u00e7on dont ils ont pris et continuent \u00e0 nous prendre tout, comment ils ont \u00e9vid\u00e9 nos c\u0153urs, vol\u00e9 tout de nous, occup\u00e9 notre histoire, et pilonn\u00e9 nos voix et notre art.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Au total, Isra\u00ebl m\u2019a d\u00e9tenue pendant environ 36 heures. Nous n\u2019avons eu droit \u00e0 aucun appareil \u00e9lectronique, plume ou crayon dans les cellules de prison, mais j\u2019ai trouv\u00e9 moyen d\u2019en avoir \u2013 parce que nous les Palestiniens sommes pleins de ressources, astucieux et nous trouvons notre voie vers la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 par tous les moyens possibles. J\u2019ai des photos et des vid\u00e9os de l\u2019int\u00e9rieur de ce terrible centre de d\u00e9tention, que j\u2019ai prises avec un second t\u00e9l\u00e9phone cach\u00e9 sur moi et je leur ai laiss\u00e9 quelques messages au mur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lit sale sur lequel j\u2019ai d\u00fb m\u2019allonger. Je suppose qu\u2019ils trouveront vulgaire ce qu\u2019ils liront\u00a0: \u00ab\u00a0Palestine Libre, Isra\u00ebl est un \u00c9tat d\u2019apartheid\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Susan Abulhawa \u00e9tait l\u00e0 et elle a introduit ill\u00e9galement ce crayon dans sa cellule de prison\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais la partie la plus m\u00e9morable de ce calvaire furent les livres. J\u2019avais deux livres dans mon bagage quand je suis arriv\u00e9e \u00e0 la prison et j\u2019ai eu le droit de les garder. J\u2019ai tour \u00e0 tour lu chacun d\u2019eux, dormi et r\u00e9fl\u00e9chi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le premier livre \u00e9tait un texte tr\u00e8s recherch\u00e9 de l\u2019historien Nour Masalha, \u00ab\u00a0Palestine\u00a0: Une Histoire de Quatre Mille Ans\u00a0\u00bb. Je devais interviewer Nour sur sc\u00e8ne sur sa revue \u00e9pique de l\u2019histoire mill\u00e9naire de la Palestine qui est racont\u00e9e non pas \u00e0 partir des narratifs \u00e0 motivation politique, mais de narratifs arch\u00e9ologiques et m\u00e9dico-l\u00e9gaux. C\u2019est une histoire du peuple, qui couvre les couches multiples et en d\u00e9sordre des identit\u00e9s de la population indig\u00e8ne palestinienne depuis l\u2019\u00e2ge de bronze jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Dans une cellule de d\u00e9tention isra\u00e9lienne, avec cinq autres femmes \u2013 toutes d\u2019Europe de l\u2019Est et chacune dans sa propre souffrance, les chapitres du livre de Nour Masalha m\u2019ont emmen\u00e9e dans le pass\u00e9 pluraliste, multiculturel et multireligieux de la Palestine, d\u00e9form\u00e9 et essentialis\u00e9 par des inventions modernes sur le pass\u00e9 antique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019ironie la plus am\u00e8re de notre condition n\u2019a pas eu d\u2019effet sur moi. Moi, fille de la terre, d\u2019une famille enracin\u00e9e depuis au moins 900 ans dans cette terre, et qui ai pass\u00e9 l\u2019essentiel de mon enfance \u00e0 J\u00e9rusalem, j&rsquo;\u00e9tais expuls\u00e9e de ma patrie par les fils et filles d\u2019arrivants r\u00e9cents, venus en Palestine quelques d\u00e9cennies plus t\u00f4t dans l\u2019ethos europ\u00e9en du darwinisme racial, invoquant des contes de f\u00e9es bibliques et un droit divin.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il me vint \u00e0 l\u2019esprit, aussi, que tous les Palestiniens \u2013 quelles que soient nos conditions, id\u00e9ologies, ou lieux d\u2019emprisonnement ou d\u2019exil &#8211; sont li\u00e9s pour toujours par une histoire commune qui commence avec nous et voyage vers le pass\u00e9 antique vers un espace sur la terre, comme les nombreuses feuilles et branches d\u2019un arbre qui m\u00e8nent \u00e0 un tronc. Et nous sommes aussi li\u00e9s ensemble par la souffrance collective n\u00e9e de la vision de ces gens venus du monde entier qui colonisent non seulement l\u2019espace physique de notre existence, mais les sc\u00e8nes spirituelles, familiales, et culturelles de notre existence. Je pense que nous trouvons aussi du pouvoir dans cette blessure sans fin, sans soulagement. C\u2019est de l\u00e0 que nous \u00e9crivons nos histoires. Que nous chantons nos chants et notre dabke l\u00e0 aussi. Nous faisons de l\u2019art de ces douleurs. Nous nous saisissons de fusils et de crayons, de cam\u00e9ras et de pinceaux dans cet espace, nous lan\u00e7ons des pierres, faisons voler des cerfs-volants et y brandissons des poings de victoire et de pouvoir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019autre livre que je lisais \u00e9tait le roman acclam\u00e9 et envo\u00fbtant de Colson Whitehead, \u00ab\u00a0Le Chemin de Fer Souterrain\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019histoire de Cora, la fille n\u00e9e en esclavage de Mabel qui fut la premi\u00e8re esclave \u00e0 s\u2019enfuir de la plantation Randal. Dans cette fiction, Cora s\u2019\u00e9chappe de la plantation avec son ami C\u00e9sar, Ridgeway, leur captureur d\u2019esclaves \u00e0 leurs trousses dans le chemin de fer souterrain \u2013 une m\u00e9taphore de la vie r\u00e9elle transpos\u00e9e dans un chemin de fer r\u00e9el dans le roman. Le traumatisme g\u00e9n\u00e9rationnel de l\u2019inconcevable asservissement est d\u2019autant plus d\u00e9vastateur dans ce roman qu\u2019il est donn\u00e9 de fa\u00e7on neutre, du point de vue du captif. Une autre blessure collective d\u2019un peuple, non soulag\u00e9e, mise \u00e0 nu, un puissant pass\u00e9 commun insoutenable, un lieu de leur pouvoir aussi, une source de leurs histoires et de leurs chants.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je suis rentr\u00e9e chez moi maintenant, aupr\u00e8s de ma fille et de nos chiens et chats aim\u00e9s, mais mon c\u0153ur ne quitte jamais la Palestine. Aussi, je suis l\u00e0-bas et nous continuerons \u00e0 nous rencontrer dans les paysages de notre litt\u00e9rature, de notre art, de notre cuisine et de toutes les richesses de notre culture partag\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s avoir \u00e9crit cette d\u00e9claration, j\u2019ai appris que la conf\u00e9rence de presse a lieu \u00e0 Dar el Tifl*. J\u2019ai v\u00e9cu l\u00e0 les meilleures ann\u00e9es de mon enfance, malgr\u00e9 la s\u00e9paration d\u2019avec ma famille et les conditions parfois difficiles auxquelles nous devions faire face, sous occupation isra\u00e9lienne. Dar el Tifl est l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une des plus admirables femmes que j\u2019aie jamais connues, Sitt Hind el Husseini. Elle m\u2019a sauv\u00e9e de plus de fa\u00e7ons que je suppose qu\u2019elle n\u2019ait sues ou que je n\u2019j&rsquo;ai comprises \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Elle a sauv\u00e9 beaucoup de nous, filles. Elle nous a rassembl\u00e9es de tous les fragments cass\u00e9s de la Palestine. Elle nous a donn\u00e9 le g\u00eete et le couvert, nous a \u00e9duqu\u00e9es et elle croyait en nous et en retour nous faisait croire que nous valions quelque chose. Il n\u2019y a pas de lieu plus appropri\u00e9 \u00e0 la lecture de cette d\u00e9claration que Dar el Tifl.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je veux vous laisser avec une pens\u00e9e encore, que j\u2019aie eue dans cette cellule de prison et la voici\u00a0: Isra\u00ebl est spirituellement, \u00e9motionnellement et culturellement petit malgr\u00e9 les gros fusils qu\u2019ils pointent vers nous, ou peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause d\u2019eux. C\u2019est \u00e0 leur propre d\u00e9triment qu\u2019ils ne peuvent accepter notre pr\u00e9sence dans notre patrie, parce que notre humanit\u00e9 reste intacte et notre art est beau et il affirme la vie et nous n\u2019irons nulle part ailleurs que chez nous.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"texte\" style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je voudrais exprimer ma profonde gratitude au Festival de litt\u00e9rature palestinienne Kalimat, \u00e0 Mahmoud Muna en particulier, et \u00e0 l\u2019Institut Kenyon du British Council, pour m\u2019avoir invit\u00e9e et avoir assum\u00e9 les frais de ma participation au festival de litt\u00e9rature de cette ann\u00e9e en Palestine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Comme vous le savez tous maintenant, les autorit\u00e9s isra\u00e9liennes m\u2019ont refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e dans mon pays et je ne suis pas, de ce fait, en mesure de participer au festival. Je suis tr\u00e8s pein\u00e9e de ne pas \u00eatre avec mes amis et coll\u00e8gues \u00e9crivains pour me pencher sur et c\u00e9l\u00e9brer nos traditions litt\u00e9raires avec des lecteurs et avec chacun de nous dans notre pays. Je suis tr\u00e8s pein\u00e9e que nous puissions nous rencontrer partout dans le monde sauf en Palestine, le lieu auquel nous appartenons, d\u2019o\u00f9 nos histoires \u00e9mergent et o\u00f9 tous nos parcours finissent par aboutir. Nous ne pouvons pas nous r\u00e9unir sur le sol qui a \u00e9t\u00e9 fertilis\u00e9 par les corps de nos anc\u00eatres et arros\u00e9 par les larmes et le sang des fils et filles de Palestine qui combattent chaque jour pour elle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Depuis mon expulsion, je lis que les autorit\u00e9s isra\u00e9liennes ont indiqu\u00e9 que j\u2019\u00e9tais requise de \u00ab\u00a0coordonner\u00a0\u00bb mon voyage avec elles par avance. C\u2019est un mensonge. En fait, \u00e0 mon arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019a\u00e9roport on m\u2019a dit que j\u2019aurais d\u00fb demander un visa avec mon passeport am\u00e9ricain et que cette demande ne serait pas satisfaite avant 2020, soit au moins cinq ans apr\u00e8s la premi\u00e8re fois qu\u2019ils m\u2019ont refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e. Ils ont dit qu\u2019il \u00e9tait de ma responsabilit\u00e9 de le savoir alors m\u00eame que je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e que j\u2019\u00e9tais interdite d\u2019entr\u00e9e. Puis ils ont dit que ma premi\u00e8re expulsion en 2015 \u00e9tait due \u00e0 mon refus de leur donner les raisons de ma visite. Cela aussi est un mensonge. Voici les faits\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">En 2015 je suis venue en Palestine pour la construction de terrains de jeux dans plusieurs villages et pour des c\u00e9r\u00e9monies d\u2019inauguration de terrains de jeux que nous avions d\u00e9j\u00e0 construits dans les mois pr\u00e9c\u00e9dents. Une autre membre de notre organisation voyageait avec moi. Il se trouve qu\u2019elle \u00e9tait juive et ils l\u2019ont laiss\u00e9e entrer. Plusieurs interrogateurs isra\u00e9liens m\u2019ont pos\u00e9 les m\u00eames questions de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons pendant \u00e0 peu pr\u00e8s 7 heures et demie. J\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 toutes ces questions, comme le doivent les Palestiniens si nous voulons avoir une chance d\u2019aller chez nous, y compris comme visiteurs. Mais je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 suffisamment respectueuse et je n\u2019en \u00e9tais pas capable \u00e0 ce moment-l\u00e0. Mais j\u2019\u00e9tais certainement calme et \u2013 ce qui est exig\u00e9 de tous les gens maltrait\u00e9s \u2013 \u00ab\u00a0civique\u00a0\u00bb. J\u2019ai finalement \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e de ne pas coop\u00e9rer parce que je ne savais pas combien j\u2019ai de cousins et comment ils s\u2019appellent tous, eux et leurs \u00e9pouses. C\u2019est seulement apr\u00e8s qu\u2019on m\u2019ait dit que mon entr\u00e9e \u00e9tait refus\u00e9e que j\u2019ai \u00e9lev\u00e9 la voix et refus\u00e9 de partir tranquillement. J\u2019ai cri\u00e9 et je maintiens tout ce que j\u2019ai cri\u00e9. D\u2019apr\u00e8s Haaretz, Isra\u00ebl a dit que je me suis \u00ab\u00a0comport\u00e9e avec col\u00e8re, grossi\u00e8ret\u00e9 et vulgarit\u00e9\u00a0\u00bb en 2015 au Pont Allenby.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce que j\u2019ai dit en 2015 \u00e0 mes interrogateurs et qui a aussi \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 par Haaretz \u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019est qu\u2019ils devraient \u00eatre ceux qui partent, pas moi\u00a0; que je suis une fille de cette terre et que rien ne le changera\u00a0; que ma propre histoire est ancr\u00e9e dans la terre et qu\u2019il n\u2019y a pas moyen qu\u2019ils l\u2019en extirpent\u00a0; qu\u2019avec les contes de f\u00e9es mythologiques sionistes qu\u2019ils invoquent, ils ne pourront jamais pr\u00e9tendre \u00e0 autant de lignages familiaux personnels qu\u2019ils le voudraient.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je suppose que cela semble vulgaire \u00e0 des oreilles sionistes. D\u2019\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019indig\u00e9nit\u00e9 palestinienne malgr\u00e9 l\u2019exil, face \u00e0 des narrations coloniales apocryphes et toujours changeantes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Mon manque de respect en 2015 et mon choix de ne pas accepter tranquillement la d\u00e9cision arbitraire d\u2019un gardien ill\u00e9gitime \u00e0 la porte de mon pays ont apparemment \u00e9t\u00e9 attach\u00e9s \u00e0 mon nom et signal\u00e9s cette fois \u00e0 mon arriv\u00e9e le 1er novembre, pour une expulsion imm\u00e9diate.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">La v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 est que plusieurs millions d\u2019Europ\u00e9ens et d\u2019autres \u00e9trangers vivent maintenant en Palestine alors que la population indig\u00e8ne vit soit en exil soit sous les bottes cruelles de l\u2019occupation isra\u00e9lienne\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 est dans les rangs des tireurs d\u2019\u00e9lite qui surplombent Gaza, qui visent soigneusement et tirent sur des \u00eatres humains qui n\u2019ont pas vraiment de moyen de se d\u00e9fendre en osant manifester contre leur enfermement collectif et contre la mis\u00e8re qui leur est impos\u00e9e\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 c\u2019est de voir notre jeunesse en sang \u00e0 terre, jet\u00e9e dans les prisons isra\u00e9liennes, avoir faim d\u2019\u00e9ducation, de voyages, d\u2019apprentissage ou d\u2019une chance d\u2019\u00eatre pleinement dans le monde\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 c\u2019est la fa\u00e7on dont ils ont pris et continuent \u00e0 nous prendre tout, comment ils ont creus\u00e9 nos c\u0153urs, vol\u00e9 tout de nous, occup\u00e9 notre histoire, et pilonn\u00e9 nos voix et notre art.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Au total, Isra\u00ebl m\u2019a d\u00e9tenue pendant environ 36 heures. Nous n\u2019avons eu droit \u00e0 aucun appareil \u00e9lectronique, plume ou crayon dans les cellules de prison, mais j\u2019ai trouv\u00e9 moyen d\u2019en avoir \u2013 parce que nous les Palestiniens sommes pleins de ressources, astucieux et nous trouvons notre voie vers la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 par tous les moyens possibles. J\u2019ai des photos et des vid\u00e9os de l\u2019int\u00e9rieur de ce terrible centre de d\u00e9tention, que j\u2019ai prises avec un second t\u00e9l\u00e9phone cach\u00e9 sur moi et je leur ai laiss\u00e9 quelques messages au mur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lit sale sur lequel j\u2019ai d\u00fb m\u2019allonger. Je suppose qu\u2019ils trouveront vulgaire ce qu\u2019ils liront\u00a0: \u00ab\u00a0Palestine Libre, Isra\u00ebl est un \u00c9tat d\u2019apartheid\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Susan Abulhawa \u00e9tait l\u00e0 et elle a introduit ill\u00e9galement ce crayon dans sa cellule de prison\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais la partie la plus m\u00e9morable de ce calvaire furent les livres. J\u2019avais deux livres dans mon bagage quand je suis arriv\u00e9e \u00e0 la prison et j\u2019ai eu le droit de les garder. J\u2019ai tour \u00e0 tour lu chacun d\u2019eux, dormi et r\u00e9fl\u00e9chi.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Le premier livre \u00e9tait un texte tr\u00e8s recherch\u00e9 de l\u2019historien Nour Masalha, \u00ab\u00a0Palestine\u00a0: Une Histoire de Quatre Mille Ans\u00a0\u00bb. Je devais interviewer Nour sur sc\u00e8ne sur sa revue \u00e9pique de l\u2019histoire mill\u00e9naire de la Palestine qui est racont\u00e9e non pas \u00e0 partir des narratifs \u00e0 motivation politique, mais de narratifs arch\u00e9ologiques et m\u00e9dico-l\u00e9gaux. C\u2019est une histoire du peuple, qui couvre les couches multiples et en d\u00e9sordre des identit\u00e9s de la population indig\u00e8ne palestinienne depuis l\u2019\u00e2ge de bronze jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Dans une cellule de d\u00e9tention isra\u00e9lienne, avec cinq autres femmes \u2013 toutes d\u2019Europe de l\u2019Est et chacune dans sa propre souffrance, les chapitres du livre de Nour Masalha m\u2019ont emmen\u00e9e dans le pass\u00e9 pluraliste, multiculturel et multi religieux de la Palestine, d\u00e9form\u00e9 et essentialis\u00e9 par des inventions modernes sur le pass\u00e9 antique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019ironie la plus am\u00e8re de notre condition n\u2019a pas eu d\u2019effet sur moi. Moi, fille de la terre, d\u2019une famille enracin\u00e9e depuis au moins 900 ans dans cette terre, et qui a pass\u00e9 l\u2019essentiel de son enfance \u00e0 J\u00e9rusalem, \u00e9tait expuls\u00e9e de sa patrie par les fils et filles d\u2019arrivants r\u00e9cents, venus en Palestine quelques d\u00e9cennies plus t\u00f4t dans l\u2019ethos europ\u00e9en du darwinisme racial, invoquant des contes de f\u00e9es bibliques et un droit divin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Il me vint \u00e0 l\u2019esprit, aussi, que tous les Palestiniens \u2013 quelles que soient nos conditions, id\u00e9ologies, ou lieux d\u2019emprisonnement ou d\u2019exil &#8211; sont li\u00e9s pour toujours par une histoire commune qui commence avec nous et voyage vers le pass\u00e9 antique vers un espace sur la terre, comme les nombreuses feuilles et branches d\u2019un arbre qui m\u00e8nent \u00e0 un tronc. Et nous sommes aussi li\u00e9s ensemble par la souffrance collective n\u00e9e de la vue de ces gens venus du monde entier qui colonisent non seulement l\u2019espace physique de notre existence, mais les sc\u00e8nes spirituelles, familiales, et culturelles de notre existence. Je pense que nous trouvons aussi du pouvoir dans cette blessure sans fin, sans soulagement. C\u2019est de l\u00e0 que nous \u00e9crivons nos histoires. Que nous chantons nos chants et notre dabke l\u00e0 aussi. Nous faisons de l\u2019art de ces douleurs. Nous nous saisissons de fusils et de crayons, de cam\u00e9ras et de pinceaux dans cet espace, nous lan\u00e7ons des pierres, faisons voler des cerfs-volants et y brandissons des poings de victoire et de pouvoir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019autre livre que je lisais \u00e9tait le roman acclam\u00e9 et envo\u00fbtant de Colson Whitehead, \u00ab\u00a0Le Chemin de Fer Souterrain\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019histoire de Cora, la fille n\u00e9e en esclavage de Mabel qui fut la premi\u00e8re esclave \u00e0 s\u2019enfuir de la plantation Randal. Dans cette fiction, Cora s\u2019\u00e9chappe de la plantation avec son ami C\u00e9sar, Ridgeway, leur captureur d\u2019esclaves \u00e0 leurs trousses dans le chemin de fer souterrain \u2013 une m\u00e9taphore de la vie r\u00e9elle transpos\u00e9e dans un chemin de fer r\u00e9el dans le roman. Le traumatisme g\u00e9n\u00e9rationnel de l\u2019inconcevable asservissement est d\u2019autant plus d\u00e9vastateur dans ce roman qu\u2019il est donn\u00e9 de fa\u00e7on neutre, du point de vue du captif. Une autre blessure collective d\u2019un peuple, non soulag\u00e9e, mise \u00e0 nu, un puissant pass\u00e9 commun insoutenable, un lieu de leur pouvoir aussi, une source de leurs histoires et de leurs chants.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je suis rentr\u00e9e chez moi maintenant, aupr\u00e8s de ma fille et de nos chiens et chats aim\u00e9s, mais mon c\u0153ur ne quitte jamais la Palestine. Aussi, je suis l\u00e0-bas et nous continuerons \u00e0 nous rencontrer dans les paysages de notre litt\u00e9rature, de notre art, de notre cuisine et de toutes les richesses de notre culture partag\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s avoir \u00e9crit cette d\u00e9claration, j\u2019ai appris que la conf\u00e9rence de presse a lieu \u00e0 Dar el Tifl. J\u2019ai v\u00e9cu l\u00e0 les meilleures ann\u00e9es de mon enfance, malgr\u00e9 la s\u00e9paration d\u2019avec ma famille et les conditions parfois difficiles auxquelles nous devions faire face, sous occupation isra\u00e9lienne. Dar el Tifl est l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une des plus admirables femmes que j\u2019aie jamais connues, Sitt Hind el Husseini. Elle m\u2019a sauv\u00e9e de plus de fa\u00e7ons que je suppose qu\u2019elle n\u2019ait su ou que je n\u2019ai compris \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Elle a sauv\u00e9 beaucoup de nous, filles. Elle nous a rassembl\u00e9es de tous les fragments cass\u00e9s de la Palestine. Elle nous a donn\u00e9 le g\u00eete et le couvert, nous a \u00e9duqu\u00e9es et elle croyait en nous et en retour nous faisait croire que nous valions quelque chose. Il n\u2019y a pas de lieu plus appropri\u00e9 \u00e0 la lecture de cette d\u00e9claration que Dar el Tifl.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je veux vous laisser avec une pens\u00e9e encore, que j\u2019aie eue dans cette cellule de prison et la voici\u00a0: Isra\u00ebl est spirituellement, \u00e9motionnellement et culturellement petit malgr\u00e9 les gros fusils qu\u2019ils pointent vers nous, ou peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause d\u2019eux. C\u2019est \u00e0 leur propre d\u00e9triment qu\u2019ils ne peuvent accepter notre pr\u00e9sence dans notre patrie, parce que notre humanit\u00e9 reste intacte et notre art est beau et il affirme la vie et nous n\u2019irons nulle part ailleurs que chez nous.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"texte\" style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je voudrais exprimer ma profonde gratitude au Festival de litt\u00e9rature palestinienne Kalimat, \u00e0 Mahmoud Muna en particulier, et \u00e0 l\u2019Institut Kenyon du British Council, pour m\u2019avoir invit\u00e9e et avoir assum\u00e9 les frais de ma participation au festival de litt\u00e9rature de cette ann\u00e9e en Palestine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Comme vous le savez tous maintenant, les autorit\u00e9s isra\u00e9liennes m\u2019ont refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e dans mon pays et je ne suis pas, de ce fait, en mesure de participer au festival. Je suis tr\u00e8s pein\u00e9e de ne pas \u00eatre avec mes amis et coll\u00e8gues \u00e9crivains pour me pencher sur et c\u00e9l\u00e9brer nos traditions litt\u00e9raires avec des lecteurs et avec chacun de nous dans notre pays. Je suis tr\u00e8s pein\u00e9e que nous puissions nous rencontrer partout dans le monde sauf en Palestine, le lieu auquel nous appartenons, d\u2019o\u00f9 nos histoires \u00e9mergent et o\u00f9 tous nos parcours finissent par aboutir. Nous ne pouvons pas nous r\u00e9unir sur le sol qui a \u00e9t\u00e9 fertilis\u00e9 par les corps de nos anc\u00eatres et arros\u00e9 par les larmes et le sang des fils et filles de Palestine qui combattent chaque jour pour elle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Depuis mon expulsion, je lis que les autorit\u00e9s isra\u00e9liennes ont indiqu\u00e9 que j\u2019\u00e9tais requise de \u00ab\u00a0coordonner\u00a0\u00bb mon voyage avec elles par avance. C\u2019est un mensonge. En fait, \u00e0 mon arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019a\u00e9roport on m\u2019a dit que j\u2019aurais d\u00fb demander un visa avec mon passeport am\u00e9ricain et que cette demande ne serait pas satisfaite avant 2020, soit au moins cinq ans apr\u00e8s la premi\u00e8re fois qu\u2019ils m\u2019ont refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e. Ils ont dit qu\u2019il \u00e9tait de ma responsabilit\u00e9 de le savoir alors m\u00eame que je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e que j\u2019\u00e9tais interdite d\u2019entr\u00e9e. Puis ils ont dit que ma premi\u00e8re expulsion en 2015 \u00e9tait due \u00e0 mon refus de leur donner les raisons de ma visite. Cela aussi est un mensonge. Voici les faits\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">En 2015 je suis venue en Palestine pour la construction de terrains de jeux dans plusieurs villages et pour des c\u00e9r\u00e9monies d\u2019inauguration de terrains de jeux que nous avions d\u00e9j\u00e0 construits dans les mois pr\u00e9c\u00e9dents. Une autre membre de notre organisation voyageait avec moi. Il se trouve qu\u2019elle \u00e9tait juive et ils l\u2019ont laiss\u00e9e entrer. Plusieurs interrogateurs isra\u00e9liens m\u2019ont pos\u00e9 les m\u00eames questions de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons pendant \u00e0 peu pr\u00e8s 7 heures et demie. J\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 toutes ces questions, comme le doivent les Palestiniens si nous voulons avoir une chance d\u2019aller chez nous, y compris comme visiteurs. Mais je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 suffisamment respectueuse et je n\u2019en \u00e9tais pas capable \u00e0 ce moment-l\u00e0. Mais j\u2019\u00e9tais certainement calme et \u2013 ce qui est exig\u00e9 de tous les gens maltrait\u00e9s \u2013 \u00ab\u00a0civique\u00a0\u00bb. J\u2019ai finalement \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e de ne pas coop\u00e9rer parce que je ne savais pas combien j\u2019ai de cousins et comment ils s\u2019appellent tous, eux et leurs \u00e9pouses. C\u2019est seulement apr\u00e8s qu\u2019on m\u2019ait dit que mon entr\u00e9e \u00e9tait refus\u00e9e que j\u2019ai \u00e9lev\u00e9 la voix et refus\u00e9 de partir tranquillement. J\u2019ai cri\u00e9 et je maintiens tout ce que j\u2019ai cri\u00e9. D\u2019apr\u00e8s Haaretz, Isra\u00ebl a dit que je me suis \u00ab\u00a0comport\u00e9e avec col\u00e8re, grossi\u00e8ret\u00e9 et vulgarit\u00e9\u00a0\u00bb en 2015 au Pont Allenby.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce que j\u2019ai dit en 2015 \u00e0 mes interrogateurs et qui a aussi \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 par Haaretz \u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019est qu\u2019ils devraient \u00eatre ceux qui partent, pas moi\u00a0; que je suis une fille de cette terre et que rien ne le changera\u00a0; que ma propre histoire est ancr\u00e9e dans la terre et qu\u2019il n\u2019y a pas moyen qu\u2019ils l\u2019en extirpent\u00a0; qu\u2019avec les contes de f\u00e9es mythologiques sionistes qu\u2019ils invoquent, ils ne pourront jamais pr\u00e9tendre \u00e0 autant de lignages familiaux personnels qu\u2019ils le voudraient.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je suppose que cela semble vulgaire \u00e0 des oreilles sionistes. D\u2019\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019indig\u00e9nit\u00e9 palestinienne malgr\u00e9 l\u2019exil, face \u00e0 des narrations coloniales apocryphes et toujours changeantes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Mon manque de respect en 2015 et mon choix de ne pas accepter tranquillement la d\u00e9cision arbitraire d\u2019un gardien ill\u00e9gitime \u00e0 la porte de mon pays ont apparemment \u00e9t\u00e9 attach\u00e9s \u00e0 mon nom et signal\u00e9s cette fois \u00e0 mon arriv\u00e9e le 1er novembre, pour une expulsion imm\u00e9diate.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">La v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 est que plusieurs millions d\u2019Europ\u00e9ens et d\u2019autres \u00e9trangers vivent maintenant en Palestine alors que la population indig\u00e8ne vit soit en exil soit sous les bottes cruelles de l\u2019occupation isra\u00e9lienne\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 est dans les rangs des tireurs d\u2019\u00e9lite qui surplombent Gaza, qui visent soigneusement et tirent sur des \u00eatres humains qui n\u2019ont pas vraiment de moyen de se d\u00e9fendre en osant manifester contre leur enfermement collectif et contre la mis\u00e8re qui leur est impos\u00e9e\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 c\u2019est de voir notre jeunesse en sang \u00e0 terre, jet\u00e9e dans les prisons isra\u00e9liennes, avoir faim d\u2019\u00e9ducation, de voyages, d\u2019apprentissage ou d\u2019une chance d\u2019\u00eatre pleinement dans le monde\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 c\u2019est la fa\u00e7on dont ils ont pris et continuent \u00e0 nous prendre tout, comment ils ont creus\u00e9 nos c\u0153urs, vol\u00e9 tout de nous, occup\u00e9 notre histoire, et pilonn\u00e9 nos voix et notre art.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Au total, Isra\u00ebl m\u2019a d\u00e9tenue pendant environ 36 heures. Nous n\u2019avons eu droit \u00e0 aucun appareil \u00e9lectronique, plume ou crayon dans les cellules de prison, mais j\u2019ai trouv\u00e9 moyen d\u2019en avoir \u2013 parce que nous les Palestiniens sommes pleins de ressources, astucieux et nous trouvons notre voie vers la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 par tous les moyens possibles. J\u2019ai des photos et des vid\u00e9os de l\u2019int\u00e9rieur de ce terrible centre de d\u00e9tention, que j\u2019ai prises avec un second t\u00e9l\u00e9phone cach\u00e9 sur moi et je leur ai laiss\u00e9 quelques messages au mur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lit sale sur lequel j\u2019ai d\u00fb m\u2019allonger. Je suppose qu\u2019ils trouveront vulgaire ce qu\u2019ils liront\u00a0: \u00ab\u00a0Palestine Libre, Isra\u00ebl est un \u00c9tat d\u2019apartheid\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Susan Abulhawa \u00e9tait l\u00e0 et elle a introduit ill\u00e9galement ce crayon dans sa cellule de prison\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais la partie la plus m\u00e9morable de ce calvaire furent les livres. J\u2019avais deux livres dans mon bagage quand je suis arriv\u00e9e \u00e0 la prison et j\u2019ai eu le droit de les garder. J\u2019ai tour \u00e0 tour lu chacun d\u2019eux, dormi et r\u00e9fl\u00e9chi.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Le premier livre \u00e9tait un texte tr\u00e8s recherch\u00e9 de l\u2019historien Nour Masalha, \u00ab\u00a0Palestine\u00a0: Une Histoire de Quatre Mille Ans\u00a0\u00bb. Je devais interviewer Nour sur sc\u00e8ne sur sa revue \u00e9pique de l\u2019histoire mill\u00e9naire de la Palestine qui est racont\u00e9e non pas \u00e0 partir des narratifs \u00e0 motivation politique, mais de narratifs arch\u00e9ologiques et m\u00e9dico-l\u00e9gaux. C\u2019est une histoire du peuple, qui couvre les couches multiples et en d\u00e9sordre des identit\u00e9s de la population indig\u00e8ne palestinienne depuis l\u2019\u00e2ge de bronze jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Dans une cellule de d\u00e9tention isra\u00e9lienne, avec cinq autres femmes \u2013 toutes d\u2019Europe de l\u2019Est et chacune dans sa propre souffrance, les chapitres du livre de Nour Masalha m\u2019ont emmen\u00e9e dans le pass\u00e9 pluraliste, multiculturel et multi religieux de la Palestine, d\u00e9form\u00e9 et essentialis\u00e9 par des inventions modernes sur le pass\u00e9 antique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019ironie la plus am\u00e8re de notre condition n\u2019a pas eu d\u2019effet sur moi. Moi, fille de la terre, d\u2019une famille enracin\u00e9e depuis au moins 900 ans dans cette terre, et qui a pass\u00e9 l\u2019essentiel de son enfance \u00e0 J\u00e9rusalem, \u00e9tait expuls\u00e9e de sa patrie par les fils et filles d\u2019arrivants r\u00e9cents, venus en Palestine quelques d\u00e9cennies plus t\u00f4t dans l\u2019ethos europ\u00e9en du darwinisme racial, invoquant des contes de f\u00e9es bibliques et un droit divin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Il me vint \u00e0 l\u2019esprit, aussi, que tous les Palestiniens \u2013 quelles que soient nos conditions, id\u00e9ologies, ou lieux d\u2019emprisonnement ou d\u2019exil &#8211; sont li\u00e9s pour toujours par une histoire commune qui commence avec nous et voyage vers le pass\u00e9 antique vers un espace sur la terre, comme les nombreuses feuilles et branches d\u2019un arbre qui m\u00e8nent \u00e0 un tronc. Et nous sommes aussi li\u00e9s ensemble par la souffrance collective n\u00e9e de la vue de ces gens venus du monde entier qui colonisent non seulement l\u2019espace physique de notre existence, mais les sc\u00e8nes spirituelles, familiales, et culturelles de notre existence. Je pense que nous trouvons aussi du pouvoir dans cette blessure sans fin, sans soulagement. C\u2019est de l\u00e0 que nous \u00e9crivons nos histoires. Que nous chantons nos chants et notre dabke l\u00e0 aussi. Nous faisons de l\u2019art de ces douleurs. Nous nous saisissons de fusils et de crayons, de cam\u00e9ras et de pinceaux dans cet espace, nous lan\u00e7ons des pierres, faisons voler des cerfs-volants et y brandissons des poings de victoire et de pouvoir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019autre livre que je lisais \u00e9tait le roman acclam\u00e9 et envo\u00fbtant de Colson Whitehead, \u00ab\u00a0Le Chemin de Fer Souterrain\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019histoire de Cora, la fille n\u00e9e en esclavage de Mabel qui fut la premi\u00e8re esclave \u00e0 s\u2019enfuir de la plantation Randal. Dans cette fiction, Cora s\u2019\u00e9chappe de la plantation avec son ami C\u00e9sar, Ridgeway, leur captureur d\u2019esclaves \u00e0 leurs trousses dans le chemin de fer souterrain \u2013 une m\u00e9taphore de la vie r\u00e9elle transpos\u00e9e dans un chemin de fer r\u00e9el dans le roman. Le traumatisme g\u00e9n\u00e9rationnel de l\u2019inconcevable asservissement est d\u2019autant plus d\u00e9vastateur dans ce roman qu\u2019il est donn\u00e9 de fa\u00e7on neutre, du point de vue du captif. Une autre blessure collective d\u2019un peuple, non soulag\u00e9e, mise \u00e0 nu, un puissant pass\u00e9 commun insoutenable, un lieu de leur pouvoir aussi, une source de leurs histoires et de leurs chants.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je suis rentr\u00e9e chez moi maintenant, aupr\u00e8s de ma fille et de nos chiens et chats aim\u00e9s, mais mon c\u0153ur ne quitte jamais la Palestine. Aussi, je suis l\u00e0-bas et nous continuerons \u00e0 nous rencontrer dans les paysages de notre litt\u00e9rature, de notre art, de notre cuisine et de toutes les richesses de notre culture partag\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s avoir \u00e9crit cette d\u00e9claration, j\u2019ai appris que la conf\u00e9rence de presse a lieu \u00e0 Dar el Tifl. J\u2019ai v\u00e9cu l\u00e0 les meilleures ann\u00e9es de mon enfance, malgr\u00e9 la s\u00e9paration d\u2019avec ma famille et les conditions parfois difficiles auxquelles nous devions faire face, sous occupation isra\u00e9lienne. Dar el Tifl est l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une des plus admirables femmes que j\u2019aie jamais connues, Sitt Hind el Husseini. Elle m\u2019a sauv\u00e9e de plus de fa\u00e7ons que je suppose qu\u2019elle n\u2019ait su ou que je n\u2019ai compris \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Elle a sauv\u00e9 beaucoup de nous, filles. Elle nous a rassembl\u00e9es de tous les fragments cass\u00e9s de la Palestine. Elle nous a donn\u00e9 le g\u00eete et le couvert, nous a \u00e9duqu\u00e9es et elle croyait en nous et en retour nous faisait croire que nous valions quelque chose. Il n\u2019y a pas de lieu plus appropri\u00e9 \u00e0 la lecture de cette d\u00e9claration que Dar el Tifl.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je veux vous laisser avec une pens\u00e9e encore, que j\u2019aie eue dans cette cellule de prison et la voici\u00a0: Isra\u00ebl est spirituellement, \u00e9motionnellement et culturellement petit malgr\u00e9 les gros fusils qu\u2019ils pointent vers nous, ou peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause d\u2019eux. C\u2019est \u00e0 leur propre d\u00e9triment qu\u2019ils ne peuvent accepter notre pr\u00e9sence dans notre patrie, parce que notre humanit\u00e9 reste intacte et notre art est beau et il affirme la vie et nous n\u2019irons nulle part ailleurs que chez nous.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je voudrais exprimer ma profonde gratitude au Festival de litt\u00e9rature palestinienne Kalimat, \u00e0 Mahmoud Muna en particulier, et \u00e0 l\u2019Institut Kenyon du British Council, pour m\u2019avoir invit\u00e9e et avoir assum\u00e9 les frais de ma participation au festival de litt\u00e9rature de cette ann\u00e9e en Palestine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Comme vous le savez tous maintenant, les autorit\u00e9s isra\u00e9liennes m\u2019ont refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e dans mon pays et je ne suis pas, de ce fait, en mesure de participer au festival. Je suis tr\u00e8s pein\u00e9e de ne pas \u00eatre avec mes amis et coll\u00e8gues \u00e9crivains pour me pencher sur et c\u00e9l\u00e9brer nos traditions litt\u00e9raires avec des lecteurs et avec chacun de nous dans notre pays. Je suis tr\u00e8s pein\u00e9e que nous puissions nous rencontrer partout dans le monde sauf en Palestine, le lieu auquel nous appartenons, d\u2019o\u00f9 nos histoires \u00e9mergent et o\u00f9 tous nos parcours finissent par aboutir. Nous ne pouvons pas nous r\u00e9unir sur le sol qui a \u00e9t\u00e9 fertilis\u00e9 par les corps de nos anc\u00eatres et arros\u00e9 par les larmes et le sang des fils et filles de Palestine qui combattent chaque jour pour elle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Depuis mon expulsion, je lis que les autorit\u00e9s isra\u00e9liennes ont indiqu\u00e9 que j\u2019\u00e9tais requise de \u00ab\u00a0coordonner\u00a0\u00bb mon voyage avec elles par avance. C\u2019est un mensonge. En fait, \u00e0 mon arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019a\u00e9roport on m\u2019a dit que j\u2019aurais d\u00fb demander un visa avec mon passeport am\u00e9ricain et que cette demande ne serait pas satisfaite avant 2020, soit au moins cinq ans apr\u00e8s la premi\u00e8re fois qu\u2019ils m\u2019ont refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e. Ils ont dit qu\u2019il \u00e9tait de ma responsabilit\u00e9 de le savoir alors m\u00eame que je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e que j\u2019\u00e9tais interdite d\u2019entr\u00e9e. Puis ils ont dit que ma premi\u00e8re expulsion en 2015 \u00e9tait due \u00e0 mon refus de leur donner les raisons de ma visite. Cela aussi est un mensonge. Voici les faits\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">En 2015 je suis venue en Palestine pour la construction de terrains de jeux dans plusieurs villages et pour des c\u00e9r\u00e9monies d\u2019inauguration de terrains de jeux que nous avions d\u00e9j\u00e0 construits dans les mois pr\u00e9c\u00e9dents. Une autre membre de notre organisation voyageait avec moi. Il se trouve qu\u2019elle \u00e9tait juive et ils l\u2019ont laiss\u00e9e entrer. Plusieurs interrogateurs isra\u00e9liens m\u2019ont pos\u00e9 les m\u00eames questions de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons pendant \u00e0 peu pr\u00e8s 7 heures et demie. J\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 toutes ces questions, comme le doivent les Palestiniens si nous voulons avoir une chance d\u2019aller chez nous, y compris comme visiteurs. Mais je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 suffisamment respectueuse et je n\u2019en \u00e9tais pas capable \u00e0 ce moment-l\u00e0. Mais j\u2019\u00e9tais certainement calme et \u2013 ce qui est exig\u00e9 de tous les gens maltrait\u00e9s \u2013 \u00ab\u00a0civique\u00a0\u00bb. J\u2019ai finalement \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e de ne pas coop\u00e9rer parce que je ne savais pas combien j\u2019ai de cousins et comment ils s\u2019appellent tous, eux et leurs \u00e9pouses. C\u2019est seulement apr\u00e8s qu\u2019on m\u2019ait dit que mon entr\u00e9e \u00e9tait refus\u00e9e que j\u2019ai \u00e9lev\u00e9 la voix et refus\u00e9 de partir tranquillement. J\u2019ai cri\u00e9 et je maintiens tout ce que j\u2019ai cri\u00e9. D\u2019apr\u00e8s Haaretz, Isra\u00ebl a dit que je me suis \u00ab\u00a0comport\u00e9e avec col\u00e8re, grossi\u00e8ret\u00e9 et vulgarit\u00e9\u00a0\u00bb en 2015 au Pont Allenby.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce que j\u2019ai dit en 2015 \u00e0 mes interrogateurs et qui a aussi \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 par Haaretz \u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019est qu\u2019ils devraient \u00eatre ceux qui partent, pas moi\u00a0; que je suis une fille de cette terre et que rien ne le changera\u00a0; que ma propre histoire est ancr\u00e9e dans la terre et qu\u2019il n\u2019y a pas moyen qu\u2019ils l\u2019en extirpent\u00a0; qu\u2019avec les contes de f\u00e9es mythologiques sionistes qu\u2019ils invoquent, ils ne pourront jamais pr\u00e9tendre \u00e0 autant de lignages familiaux personnels qu\u2019ils le voudraient.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je suppose que cela semble vulgaire \u00e0 des oreilles sionistes. D\u2019\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019indig\u00e9nit\u00e9 palestinienne malgr\u00e9 l\u2019exil, face \u00e0 des narrations coloniales apocryphes et toujours changeantes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Mon manque de respect en 2015 et mon choix de ne pas accepter tranquillement la d\u00e9cision arbitraire d\u2019un gardien ill\u00e9gitime \u00e0 la porte de mon pays ont apparemment \u00e9t\u00e9 attach\u00e9s \u00e0 mon nom et signal\u00e9s cette fois \u00e0 mon arriv\u00e9e le 1er novembre, pour une expulsion imm\u00e9diate.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">La v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 est que plusieurs millions d\u2019Europ\u00e9ens et d\u2019autres \u00e9trangers vivent maintenant en Palestine alors que la population indig\u00e8ne vit soit en exil soit sous les bottes cruelles de l\u2019occupation isra\u00e9lienne\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 est dans les rangs des tireurs d\u2019\u00e9lite qui surplombent Gaza, qui visent soigneusement et tirent sur des \u00eatres humains qui n\u2019ont pas vraiment de moyen de se d\u00e9fendre en osant manifester contre leur enfermement collectif et contre la mis\u00e8re qui leur est impos\u00e9e\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 c\u2019est de voir notre jeunesse en sang \u00e0 terre, jet\u00e9e dans les prisons isra\u00e9liennes, avoir faim d\u2019\u00e9ducation, de voyages, d\u2019apprentissage ou d\u2019une chance d\u2019\u00eatre pleinement dans le monde\u00a0; la v\u00e9ritable vulgarit\u00e9 c\u2019est la fa\u00e7on dont ils ont pris et continuent \u00e0 nous prendre tout, comment ils ont creus\u00e9 nos c\u0153urs, vol\u00e9 tout de nous, occup\u00e9 notre histoire, et pilonn\u00e9 nos voix et notre art.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Au total, Isra\u00ebl m\u2019a d\u00e9tenue pendant environ 36 heures. Nous n\u2019avons eu droit \u00e0 aucun appareil \u00e9lectronique, plume ou crayon dans les cellules de prison, mais j\u2019ai trouv\u00e9 moyen d\u2019en avoir \u2013 parce que nous les Palestiniens sommes pleins de ressources, astucieux et nous trouvons notre voie vers la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 par tous les moyens possibles. J\u2019ai des photos et des vid\u00e9os de l\u2019int\u00e9rieur de ce terrible centre de d\u00e9tention, que j\u2019ai prises avec un second t\u00e9l\u00e9phone cach\u00e9 sur moi et je leur ai laiss\u00e9 quelques messages au mur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lit sale sur lequel j\u2019ai d\u00fb m\u2019allonger. Je suppose qu\u2019ils trouveront vulgaire ce qu\u2019ils liront\u00a0: \u00ab\u00a0Palestine Libre, Isra\u00ebl est un \u00c9tat d\u2019apartheid\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Susan Abulhawa \u00e9tait l\u00e0 et elle a introduit ill\u00e9galement ce crayon dans sa cellule de prison\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais la partie la plus m\u00e9morable de ce calvaire furent les livres. J\u2019avais deux livres dans mon bagage quand je suis arriv\u00e9e \u00e0 la prison et j\u2019ai eu le droit de les garder. J\u2019ai tour \u00e0 tour lu chacun d\u2019eux, dormi et r\u00e9fl\u00e9chi.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Le premier livre \u00e9tait un texte tr\u00e8s recherch\u00e9 de l\u2019historien Nour Masalha, \u00ab\u00a0Palestine\u00a0: Une Histoire de Quatre Mille Ans\u00a0\u00bb. Je devais interviewer Nour sur sc\u00e8ne sur sa revue \u00e9pique de l\u2019histoire mill\u00e9naire de la Palestine qui est racont\u00e9e non pas \u00e0 partir des narratifs \u00e0 motivation politique, mais de narratifs arch\u00e9ologiques et m\u00e9dico-l\u00e9gaux. C\u2019est une histoire du peuple, qui couvre les couches multiples et en d\u00e9sordre des identit\u00e9s de la population indig\u00e8ne palestinienne depuis l\u2019\u00e2ge de bronze jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Dans une cellule de d\u00e9tention isra\u00e9lienne, avec cinq autres femmes \u2013 toutes d\u2019Europe de l\u2019Est et chacune dans sa propre souffrance, les chapitres du livre de Nour Masalha m\u2019ont emmen\u00e9e dans le pass\u00e9 pluraliste, multiculturel et multi religieux de la Palestine, d\u00e9form\u00e9 et essentialis\u00e9 par des inventions modernes sur le pass\u00e9 antique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019ironie la plus am\u00e8re de notre condition n\u2019a pas eu d\u2019effet sur moi. Moi, fille de la terre, d\u2019une famille enracin\u00e9e depuis au moins 900 ans dans cette terre, et qui a pass\u00e9 l\u2019essentiel de son enfance \u00e0 J\u00e9rusalem, \u00e9tait expuls\u00e9e de sa patrie par les fils et filles d\u2019arrivants r\u00e9cents, venus en Palestine quelques d\u00e9cennies plus t\u00f4t dans l\u2019ethos europ\u00e9en du darwinisme racial, invoquant des contes de f\u00e9es bibliques et un droit divin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Il me vint \u00e0 l\u2019esprit, aussi, que tous les Palestiniens \u2013 quelles que soient nos conditions, id\u00e9ologies, ou lieux d\u2019emprisonnement ou d\u2019exil &#8211; sont li\u00e9s pour toujours par une histoire commune qui commence avec nous et voyage vers le pass\u00e9 antique vers un espace sur la terre, comme les nombreuses feuilles et branches d\u2019un arbre qui m\u00e8nent \u00e0 un tronc. Et nous sommes aussi li\u00e9s ensemble par la souffrance collective n\u00e9e de la vue de ces gens venus du monde entier qui colonisent non seulement l\u2019espace physique de notre existence, mais les sc\u00e8nes spirituelles, familiales, et culturelles de notre existence. Je pense que nous trouvons aussi du pouvoir dans cette blessure sans fin, sans soulagement. C\u2019est de l\u00e0 que nous \u00e9crivons nos histoires. Que nous chantons nos chants et notre dabke l\u00e0 aussi. Nous faisons de l\u2019art de ces douleurs. Nous nous saisissons de fusils et de crayons, de cam\u00e9ras et de pinceaux dans cet espace, nous lan\u00e7ons des pierres, faisons voler des cerfs-volants et y brandissons des poings de victoire et de pouvoir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019autre livre que je lisais \u00e9tait le roman acclam\u00e9 et envo\u00fbtant de Colson Whitehead, \u00ab\u00a0Le Chemin de Fer Souterrain\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019histoire de Cora, la fille n\u00e9e en esclavage de Mabel qui fut la premi\u00e8re esclave \u00e0 s\u2019enfuir de la plantation Randal. Dans cette fiction, Cora s\u2019\u00e9chappe de la plantation avec son ami C\u00e9sar, Ridgeway, leur captureur d\u2019esclaves \u00e0 leurs trousses dans le chemin de fer souterrain \u2013 une m\u00e9taphore de la vie r\u00e9elle transpos\u00e9e dans un chemin de fer r\u00e9el dans le roman. Le traumatisme g\u00e9n\u00e9rationnel de l\u2019inconcevable asservissement est d\u2019autant plus d\u00e9vastateur dans ce roman qu\u2019il est donn\u00e9 de fa\u00e7on neutre, du point de vue du captif. Une autre blessure collective d\u2019un peuple, non soulag\u00e9e, mise \u00e0 nu, un puissant pass\u00e9 commun insoutenable, un lieu de leur pouvoir aussi, une source de leurs histoires et de leurs chants.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je suis rentr\u00e9e chez moi maintenant, aupr\u00e8s de ma fille et de nos chiens et chats aim\u00e9s, mais mon c\u0153ur ne quitte jamais la Palestine. Aussi, je suis l\u00e0-bas et nous continuerons \u00e0 nous rencontrer dans les paysages de notre litt\u00e9rature, de notre art, de notre cuisine et de toutes les richesses de notre culture partag\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s avoir \u00e9crit cette d\u00e9claration, j\u2019ai appris que la conf\u00e9rence de presse a lieu \u00e0 Dar el Tifl*. J\u2019ai v\u00e9cu l\u00e0 les meilleures ann\u00e9es de mon enfance, malgr\u00e9 la s\u00e9paration d\u2019avec ma famille et les conditions parfois difficiles auxquelles nous devions faire face, sous occupation isra\u00e9lienne. Dar el Tifl est l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une des plus admirables femmes que j\u2019aie jamais connues, Sitt Hind el Husseini. Elle m\u2019a sauv\u00e9e de plus de fa\u00e7ons que je suppose qu\u2019elle n\u2019ait su ou que je n\u2019ai compris \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Elle a sauv\u00e9 beaucoup de nous, filles. Elle nous a rassembl\u00e9es de tous les fragments cass\u00e9s de la Palestine. Elle nous a donn\u00e9 le g\u00eete et le couvert, nous a \u00e9duqu\u00e9es et elle croyait en nous et en retour nous faisait croire que nous valions quelque chose. Il n\u2019y a pas de lieu plus appropri\u00e9 \u00e0 la lecture de cette d\u00e9claration que Dar el Tifl.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Je veux vous laisser avec une pens\u00e9e encore, que j\u2019aie eue dans cette cellule de prison et la voici\u00a0: Isra\u00ebl est spirituellement, \u00e9motionnellement et culturellement petit malgr\u00e9 les gros fusils qu\u2019ils pointent vers nous, ou peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause d\u2019eux. C\u2019est \u00e0 leur propre d\u00e9triment qu\u2019ils ne peuvent accepter notre pr\u00e9sence dans notre patrie, parce que notre humanit\u00e9 reste intacte et notre art est beau et il affirme la vie et nous n\u2019irons nulle part ailleurs que chez nous.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Note de Tlaxcala<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\">*Dar El Tifl el arabi, la Maison des enfants arabes fut au d\u00e9part un orphelinat ouvert en 1948 pour recueillir 55 orphelines survivantes du massacre de Deir Yassine. Elle est au fil du temps devenue une institution d&rsquo;\u00e9ducation importante, dans le quartie de Sheikh Jarrah, \u00e0 J\u00e9rusalem-Est, comprenant aussi un mus\u00e9e. Elle fait l&rsquo;objet de tentatives de destruction et d&rsquo;expropriation de la part de colons sionistes.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"auteur\"> Susan Abulhawa \u0633\u0648\u0632\u0627\u0646 \u0623\u0628\u0648 \u0627\u0644\u0647\u0648\u0649\u200e <\/span><\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"navigation_cadre\"> Original: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=24554\">\u2018My heart doesn\u2019t ever leave Palestine\u2019: statement to the Kalimat Palestinian Literature Festival<\/a><\/span><\/p>\n<p>Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=24555\">Tlaxcala<\/a>, le 7 novembre 2018<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9crivaine palestinienne Susan Abulhawa, citoyenne des USA, a \u00e9t\u00e9 interdite d&rsquo;entrer en Palestine par la police des fronti\u00e8res isra\u00e9lienne et expuls\u00e9e vers les USA apr\u00e8s 36 heures de dt\u00e9tention. Elle a envoy\u00e9 ce message au Festival<\/p>\n","protected":false},"author":160,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[19,218],"tags":[1384,488,1386,1385],"coauthors":[1383],"class_list":["post-2899","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-literatura","category-mundo","tag-festival-de-litterature-palestinienne-kalimat","tag-palestine-israel","tag-soumoud","tag-susan-abulhawa"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":false,"excerpt":false},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2899","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/160"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2899"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2899\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2903,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2899\/revisions\/2903"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2899"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2899"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2899"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=2899"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}