{"id":271,"date":"2018-09-05T02:54:35","date_gmt":"2018-09-05T02:54:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=271"},"modified":"2018-10-10T20:00:20","modified_gmt":"2018-10-10T20:00:20","slug":"el-cementerio-republicano-espanol-de-kasserine-tunez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2018\/09\/05\/el-cementerio-republicano-espanol-de-kasserine-tunez\/","title":{"rendered":"Le cimeti\u00e8re r\u00e9publicain espagnol de Kasserine (Tunisie)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je ne sais pas si des membres de leurs familles cherchent leurs morts en Tunisie. Ce qui est certain, c&rsquo;est qu&rsquo;Ambrosio Mart\u00ednez, Fernando S\u00e1nchez, Eligio Casal et Francisco Puig y gisent en terre \u00e9trang\u00e8re, entre des s\u00e9pultures profan\u00e9es<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans un petit restaurant de Tunis, deux amis catalans de passage dans le pays pour effectuer un travail de documentation, me racontent qu&rsquo;ils ont fait une d\u00e9couverte inattendue \u00e0 Kasserine. Kasserine,\u00a0 une ville de 80 000 habitants situ\u00e9e \u00e0 300 kilom\u00e8tres de la capitale, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re avec l&rsquo;Alg\u00e9rie, est l&rsquo;un des foyers originaux de la r\u00e9volution qui a renvers\u00e9 le dictateur Ben Ali en 2011. Pauvre et rebelle, comme la province du m\u00eame nom dont elle fait partie, elle a toujours v\u00e9cu mis\u00e9rablement des maigres ressources de l&rsquo;agriculture et du transport des phosphates\u00a0 exploit\u00e9s plus au sud, dans la r\u00e9gion de Gafsa.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.es.lapluma.net\/images\/stories\/celap\/Restos_del_cementerio_republicano_de_Kasserine.jpg\" alt=\"Restos_del_cementerio_republicano_de_Kasserine\" width=\"575\" height=\"314\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Vestiges du cimeti\u00e8re r\u00e9publicain de Kasserine, \u00e0 300 kilom\u00e8tres de la capitale<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Eh bien, dans ce qui est aujourd&rsquo;hui le centre-ville, pr\u00e8s des voies de chemin de fer construites en 1940 par le protectorat fran\u00e7ais, dans la cour d&rsquo;une humble maison familiale, mes amis, guid\u00e9s par Malek Sghiri, un militant du groupe Manich Msamah [<i>Je ne pardonne pas, mouvement contre la loi amnistiant les auteurs de crimes \u00e9conomiques de l\u2019ancien r\u00e9gime, NdE<\/i>], sont tomb\u00e9s inopin\u00e9ment sur 15 pierres tombales qui portaient des noms espagnols. Des Espagnols enterr\u00e9s en Tunisie\u00a0? C&rsquo;est ce qui reste, en effet, d&rsquo;un cimeti\u00e8re r\u00e9publicain, plus vaste \u00e0 l&rsquo;origine.\u00a0 De son existence \u2013pour autant que je sache\u2013 personne ne s&rsquo;est jamais pr\u00e9occup\u00e9, ni en Espagne ni en Tunisie. Certaines des tombes ont \u00e9t\u00e9 profan\u00e9es, peut-\u00eatre parce que les pillards croyaient qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de tombes romaines bourr\u00e9es de tr\u00e9sors, et c&rsquo;est la famille qui vit l\u00e0 \u2013selon son propre\u00a0 t\u00e9moignage\u2013 qui a prot\u00e9g\u00e9 et prot\u00e8ge encore aujourd&rsquo;hui cette enceinte mortuaire pr\u00e8s de laquelle elle a b\u00e2ti sa maison.\u00a0 Parmi les pierres tombales vandalis\u00e9es et bris\u00e9es, quatre, rest\u00e9es intactes, montrent encore, sous l&rsquo;habituelle inscription fun\u00e9raire RIP, les noms de ceux qui sont enterr\u00e9s l\u00e0\u00a0:\u00a0Ambrosio Mart\u00ednez, Fernando S\u00e1nchez D\u00edez, Eligio Casal, mort le 2 d\u00e9cembre\u00a0 1941 et Francisco Puig Su\u00e1rez, mort \u00e0 son tour le 2 f\u00e9vrier 1943. Ambrosio est mort en d\u00e9cembre, mais l&rsquo;ann\u00e9e a \u00e9t\u00e9 intentionnellement effac\u00e9e \u00e0 coups de burin\u00a0; la date du d\u00e9c\u00e8s de Fernando est illisible. Il est raisonnable de penser que ces tombes datent toutes des ann\u00e9es 1940.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.es.lapluma.net\/images\/stories\/celap\/Lpida_de_Fernando_Snchez_Dez_en_Kasserine.jpg\" alt=\"Lpida_de_Fernando_Snchez_Dez_en_Kasserine\" width=\"487\" height=\"575\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Pierre tombale de\u00a0Fernando S\u00e1nchez D\u00edez \u00e0 Kasserine<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mes deux amis catalans \u2013Marc Almod\u00f3var et Andreu Ros\u00e9s, que je remercie pour ces renseignements\u00a0 \u2013 me racontent cette histoire \u00e9mouvante et terrible dans un restaurant du centre de Tunis appel\u00e9 \u00ab\u00a0El Bolero\u00a0\u00bb. Je le cite ici parce que\u00a0 c&rsquo;est un de mes restaurants pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, cela pour plusieurs raisons\u00a0: parce qu&rsquo;il est populaire, bon march\u00e9 et que la cuisine y est bonne\u00a0; parce qu&rsquo;il sert des boissons alcoolis\u00e9es y compris le vendredi\u00a0; et parce qu&rsquo;il\u00a0 a le m\u00e9rite suppl\u00e9mentaire d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 par un r\u00e9publicain espagnol en exil. De fait, la d\u00e9coration n&rsquo;a pas d\u00fb beaucoup changer\u00a0 depuis 1940, car elle \u00e9voque toujours l&rsquo;ambiance d&rsquo;une vieille taverne madril\u00e8ne\u00a0:\u00a0 les tableaux repr\u00e9sentant des poivrots accoud\u00e9s devant une bouteille, comme \u00e9chapp\u00e9s d&rsquo;une mauvaise copie de Murillo, faisaient sans doute d\u00e9j\u00e0 partie du d\u00e9cor original. Par un troublant hasard,\u00a0 Marc et Andreu me racontent cette histoire de r\u00e9publicains enterr\u00e9s loin de leur patrie dans l&rsquo;un des rares espaces de Tunisie\u00a0 qui maintiennent\u00a0 un lien mat\u00e9riel avec les\u00a0 4 500 espagnols qui ont fui Franco sur la flotte r\u00e9publicaine partie de Carthag\u00e8ne et qui ont trouv\u00e9\u00a0 refuge sur les c\u00f4tes tunisiennes en mars\u00a0 1939.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Cette histoire m&rsquo;affecte personnellement et me met m\u00eame en cause. C&rsquo;est une chose bien connue qu&rsquo;il existe en Tunisie ce qui reste d&rsquo;une petite communaut\u00e9 espagnole\u00a0 compos\u00e9e de fugitifs de la guerre civile\u00a0; j&rsquo;ai m\u00eame connu certains de ses descendants\u00a0; et s&rsquo;il est vrai que le sujet est encore moins abord\u00e9 ici qu&rsquo;en Espagne, bien que j&rsquo;aie eu plusieurs occasions de remonter cette piste,\u00a0 je ne l&rsquo;ai pas fait.\u00a0 Que ce bref article me permette donc de r\u00e9gler deux dettes personnelles.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.es.lapluma.net\/images\/stories\/celap\/Ramn_Villanueva_Echeverra.jpg\" alt=\"Ramn_Villanueva_Echeverra\" width=\"360\" height=\"374\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Ram\u00f3n Villanueva Echeverr\u00eda (1926-2017)\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je m&rsquo;explique. Cela fait maintenant sept mois qu&rsquo;est mort en novembre 2017 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 91 ans Ram\u00f3n Villanueva Echeverr\u00eda.\u00a0 Qui \u00e9tait ce Ram\u00f3n Villanueva\u00a0? Je pourrais \u00e9tablir une longue et passionnante liste de ses m\u00e9rites\u00a0: descendant d&rsquo;un c\u00e9l\u00e8bre lign\u00e9e de personnages politiques, opposant \u00e0 Franco depuis les ann\u00e9es 40, diplomate de carri\u00e8re, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crivain, historien et vivante archive de l&rsquo;histoire de notre pays et de ses relations ext\u00e9rieures. Ses missions en Libye, en Irak et en Turquie en ont fait un excellent connaisseur du monde arabo-musulman\u00a0; son engagement pour la d\u00e9mocratie et contre le franquisme,\u00a0 qui d\u00e9rangeait au minist\u00e8re des Affaires \u00c9trang\u00e8res, a fait de lui un m\u00e9diateur sensible et un pointilleux\u00a0 gardien de la m\u00e9moire que le franquisme, d&rsquo;abord,\u00a0 puis l&rsquo;amn\u00e9sique transition,\u00a0 se sont efforc\u00e9s de maintenir enterr\u00e9e dans des fosses communes ou des dossiers poussi\u00e9reux. Il a s\u00e9journ\u00e9 deux fois en Tunisie, d&rsquo;abord comme second de Javier Pradera au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, puis comme ambassadeur entre 1990 et 1993. Ce fut son dernier poste avant sa retraite. Ram\u00f3n Villanueva \u2013\u00e0 ma connaissance\u2013 \u00e9tait le seul ambassadeur \u00e0 lire r\u00e9guli\u00e8rement <i>Gara<\/i><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.fr.lapluma.net\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=4542:2018-09-01-02-26-26&amp;catid=94:monde&amp;Itemid=427#_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0; se d\u00e9clarant ouvertement r\u00e9publicain, il a suivi avec enthousiasme les \u00e9v\u00e9nements du 15 mars 2011 et la cr\u00e9ation de <i>Podemos<\/i>.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.es.lapluma.net\/images\/stories\/celap\/Lpida_de_Ambrosio_Martnez.jpg\" alt=\"Lpida_de_Ambrosio_Martnez\" width=\"324\" height=\"575\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Pierre tombale d&rsquo;Ambrosio Mart\u00ednez \u00e0 Kasserine<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je ne l&rsquo;ai pas connu en Tunisie, bien que ce pays ait toujours constitu\u00e9 un lien suppl\u00e9mentaire entre nous deux.\u00a0 J&rsquo;avais\u00a0 avec Ram\u00f3n une relation affective que je peux sans exag\u00e9ration qualifier de \u00ab\u00a0familiale\u00a0\u00bb. Il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e8s sa jeunesse un ami de mes parents, et il occupait dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, sur le plan intellectuel et \u00e9motionnel, la place que mon propre p\u00e8re a toujours laiss\u00e9e vide.\u00a0 Nous \u00e9changions nos lectures et nos analyses politiques\u00a0; nous nous appelions souvent et, quand j&rsquo;\u00e9tais de passage \u00e0 Madrid, nous d\u00e9jeunions ensemble.\u00a0 Je n&rsquo;ai jamais connu quelqu&rsquo;un qui le surpasse dans l&rsquo;art de la conversation. Il connaissait une quantit\u00e9 infinie d&rsquo;anecdotes d&rsquo;ordre politique ou priv\u00e9\u00a0; il avait une m\u00e9moire prodigieuse des noms et des d\u00e9tails\u00a0; de plus, c&rsquo;\u00e9tait un conteur exceptionnel, expressif, fin connaisseur de la litt\u00e9rature, \u00e0 qui on ne peut reprocher qu&rsquo;une chose\u00a0:\u00a0 malgr\u00e9 l&rsquo;intention qu&rsquo;il en avait fr\u00e9quemment manifest\u00e9, il n&rsquo;a jamais \u00e9crit ses m\u00e9moires.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ram\u00f3n me parlait beaucoup de la Tunisie, surtout de sa premi\u00e8re mission dans les ann\u00e9es 60, un \u00e9poque tr\u00e8s heureuse pour lui sur le plan personnel et tr\u00e8s riche en termes\u00a0 d&rsquo;exp\u00e9rience diplomatique.\u00a0 Un des d\u00e9fis qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait fix\u00e9s \u00e0 cette \u00e9poque -il m&rsquo;en parlait avec un enthousiasme m\u00eal\u00e9 de douleur- avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment de soutenir la communaut\u00e9 d&rsquo;exil\u00e9s r\u00e9publicains, repr\u00e9sent\u00e9e par un consul officieux , qu&rsquo;il essayait que rapprocher de l&rsquo;ambassade franquiste que Bourguiba, malgr\u00e9 ses promesses, n&rsquo;avait pas ferm\u00e9e apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de la Tunisie en 1956. Ce fut donc Ram\u00f3n Villanueva, ex-consul et ex-ambassadeur en Tunisie, qui me fit conna\u00eetre l&rsquo;histoire des\u00a0 r\u00e9fugi\u00e9s de 1939, \u00e0 propos desquels \u2013me racontait-il, agac\u00e9\u2013 il n&rsquo;existait pratiquement aucune documentation bibliographique. Comme preuve et comme compensation, il m&rsquo;a offert \u2013cela fait d\u00e9j\u00e0 dix ans ! \u2013 le seul texte qui existait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque\u00a0: un m\u00e9moire universitaire en fran\u00e7ais, mal tap\u00e9, qu&rsquo;il avait re\u00e7u des mains de sa r\u00e9dactrice dans les ann\u00e9es 90, quand il \u00e9tait revenu \u00e0 Tunis en qualit\u00e9 d&rsquo;ambassadeur. Je ne l&rsquo;ai jamais lu. Je l\u2019avais emport\u00e9 chez moi et laiss\u00e9 sur une table et la mar\u00e9e l&rsquo;avait emport\u00e9 jusque dans les profondeurs benthiques de ma biblioth\u00e8que.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je m&rsquo;en suis souvenu la semaine derni\u00e8re apr\u00e8s ma conversation avec Marc et Andreu et le cr\u00e8ve-c\u0153ur de lire les noms espagnols sur les photos des pierres tombales de Kasserine. En revenant d\u2019\u00ab\u00a0El Bolero\u00a0\u00bb, je l&rsquo;ai cherch\u00e9 sans r\u00e9pit est sans espoir dans la nouvelle maison et soudain, alors que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 renonc\u00e9, il a surgi d\u2019elle-m\u00eame de sous un album des Aventures de Tintin:\u00a0Refugi\u00e9s politiques espagnols de la flotte r\u00e9publicaine en 1939 en Tunisie\u00a0. Cette th\u00e8se a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e \u00e0 Paris en 1986, et son auteure, Marianne Catzaras, n\u00e9e \u00e0 Djerba de parents grecs, est aujourd&rsquo;hui une photographe prestigieuse qui expose\u00a0 fr\u00e9quemment dans des galeries de Sidi Bou Sa\u00efd. C&rsquo;est une enqu\u00eate d&rsquo;\u00e0 peine 100 pages qui comporte surtout, faute de documentation, des coupures de presse, des textes officiels tir\u00e9s des archives fran\u00e7aises et tunisiennes et des t\u00e9moignages de survivants. Quoi qu&rsquo;il en soit, il est impossible de le lire sans que les larmes vous montent aux yeux.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.es.lapluma.net\/images\/stories\/celap\/Almirante_Miguel_Buiza_Fernndez-Palacios.jpg\" alt=\"Almirante_Miguel_Buiza_Fernndez-Palacios\" width=\"309\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;amiral Miguel Buiza Fern\u00e1ndez-Palacios (1598-1963), commandant de la flotte r\u00e9publicaine, est arriv\u00e9 \u00e0 Bizerte \u00e0 bord du croiseur Miguel de Cervantes en mars 1939. En mai 1939, il s\u2019engage dans la L\u00e9gion \u00c9trang\u00e8re, en est chass\u00e9 par le r\u00e9gime de Vichy, se rengage en 1942 dans les Corps francs d\u2019Afrique, dont il commande une compagnie durant la campagne de Tunisie. Un des blind\u00e9s de la Nueve, la 9\u00e8me compagnie de combat du r\u00e9giment de marche du Tchad, qui lib\u00e9ra Paris en 1944, portait son nom<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.es.lapluma.net\/images\/stories\/celap\/crucero_miguel_de_cervantes.jpg\" alt=\"crucero_miguel_de_cervantes\" width=\"575\" height=\"372\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L&rsquo;histoire \u2013peu s&rsquo;en souviendront dans notre Espagne amn\u00e9sique\u2013 est la suivante. Le 6 mars 1939, la flotte r\u00e9publicaine de Carthag\u00e8ne, command\u00e9e par l&rsquo;amiral Buiza, est arriv\u00e9e au port tunisien de Bizerte\u00a0: quatre croiseurs, huit destroyers et un sous-marin, transportant quelque 4 500 personnes dont la plupart \u00e9taient des marins et des militaires, avec un certain nombre de femmes et\u00a0 d&rsquo;enfants. La France coloniale, qui avait d\u00e9j\u00e0 reconnu en f\u00e9vrier le gouvernement de Franco, ne leur a pas r\u00e9serv\u00e9 un tr\u00e8s bon accueil. Elle a dispers\u00e9 les nouveaux arrivants dans cinq \u00ab\u00a0camps d&rsquo;h\u00e9bergement\u00a0\u00bb qui, comme ceux de l&rsquo;Europe d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, \u00e9taient plut\u00f4t des camps de concentration\u00a0: sans eau, sans nourriture, dans des conditions d&rsquo;hygi\u00e8ne ex\u00e9crables, et surtout, avec l&rsquo;interdiction de se d\u00e9placer\u00a0 librement dans le pays, trait\u00e9s comme des criminels par la presse officielle, les r\u00e9fugi\u00e9s espagnols furent soumis \u00e0 un r\u00e9gime de travaux forc\u00e9s et de privation de droits qui poussa certains d&rsquo;entre eux, \u2500h\u00e9las\u2500 une fois termin\u00e9e la guerre civile, et sur la demande de Franco, \u00e0 rentrer en Espagne.\u00a0 D&rsquo;autres, apr\u00e8s avoir combattu le r\u00e9gime de Vichy et Hitler dans les campagnes africaines de la Seconde guerre mondiale (ce qui fut le cas de Buiza lui-m\u00eame), partirent en France ou au Br\u00e9sil en 1945 ou, lors d&rsquo;une seconde vague, entre 1956 et 1961, apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de la Tunisie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ceux qui sont rest\u00e9s \u2013environ un millier\u2013, une fois qu&rsquo;on leur eut permis de travailler, se sont consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;agriculture pr\u00e8s de la ville de Kasserine \u2013o\u00f9 \u00e9tait situ\u00e9 l&rsquo;un des \u00ab\u00a0camps\u00a0\u00bb cit\u00e9s plus haut et dont les infrastructures ont \u00e9t\u00e9 en grande partie construites par nos compatriotes, qui ont \u00e9galement cr\u00e9\u00e9 leur propre \u00e9quipe de football\u00a0 \u2013 ou au travail du cuir dans la capitale, o\u00f9 ils ont ouvert en outre quelques restaurants, dont le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0Caf\u00e9 Cuarenta\u00a0\u00bb, \u00e0 pr\u00e9sent disparu, et \u00ab\u00a0El Bolero\u00a0\u00bb, qui, jusque dans les ann\u00e9es 50, fermait tous les ans le 14 avril pour c\u00e9l\u00e9brer l&rsquo;av\u00e8nement de la R\u00e9publique. En 1976, Il ne restait plus en Tunisie que cent r\u00e9publicains espagnols ou leurs descendants, g\u00e9n\u00e9ralement mari\u00e9s avec des Italien\/nes ou des autochtones.\u00a0 \u00ab\u00a0Les Espagnols de Tunisie\u00a0\u00bb, \u00e9crit Catzaras, \u00ab\u00a0n&rsquo;avaient jamais pens\u00e9 qu&rsquo;ils y resteraient pendant 40 ans. C&rsquo;est pourquoi ils n&rsquo;ont jamais ressembl\u00e9 aux autres exil\u00e9s. Ils ont toujours consid\u00e9r\u00e9 leur situation comme provisoire, passag\u00e8re, et leur fa\u00e7on de vivre \u00e9tait \u00e9galement passag\u00e8re et provisoire\u00a0\u00bb. Certains ont toujours v\u00e9cu dans des pensions, les valises faites; certains ne sont jamais rentr\u00e9s, ni apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, ni apr\u00e8s la mort de Franco\u00a0: parmi eux, Ambrosio Mart\u00ednez, Fernando S\u00e1nchez D\u00edez, Eligio Casal et Francisco Puig Su\u00e1rez. Leurs corps, ensevelis dans des tombes portant leur nom, mais en terre \u00e9trang\u00e8re, abandonn\u00e9es et sans une fleur, \u00e9voquent un destin parall\u00e8le et cruellement invers\u00e9 par rapport \u00e0 celui de ceux qui ont disparu dans les fosses communes espagnoles.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.es.lapluma.net\/images\/stories\/celap\/Lpida_de_Francisco_Puig_Surez.jpg\" alt=\"Lpida_de_Francisco_Puig_Surez\" width=\"545\" height=\"478\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Pierre tombale de\u00a0Francisco Puig \u00e0 Kasserine<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Entre les pages de la th\u00e8se de Catzaras, j&rsquo;ai trouv\u00e9 quelques photocopies volantes que Ram\u00f3n Villanueva a collect\u00e9es lors de sa premi\u00e8re mission en Tunisie : une coupure de\u00a0La D\u00e9p\u00eache\u00a0qui fait \u00e9tat de la mort, le 10\u00a0 juin 1960, d&rsquo;\u00c1ngel Brihuega, \u00a0consul\u00a0des r\u00e9publicains espagnols en exil (probablement un suicide, selon\u00a0 Ram\u00f3n)\u00a0; et quelques lettres, \u00e9crites entre septembre\u00a0 1959 et ao\u00fbt 1962, et adress\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ambassadeur\u00a0 Pradera, dans lesquelles Antonio Ant\u00fanez, lieutenant du croiseur M\u00e9ndez N\u00fa\u00f1ez et repr\u00e9sentant du Parti Communiste Espagnol en Tunisie, au nom des \u00ab\u00a0exil\u00e9s politiques et autres r\u00e9sidents espagnols\u00a0\u00bb, r\u00e9clamait de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e une amnistie g\u00e9n\u00e9rale et un r\u00e9gime d\u00e9mocratique pour l&rsquo;Espagne. Ceux-ci allaient mettre du temps \u00e0 se concr\u00e9tiser. Et il n&rsquo;est pas s\u00fbr qu&rsquo;Ant\u00fanez \u2013sur lequel je n&rsquo;ai pratiquement pas trouv\u00e9 de d\u00e9tails biographiques\u2013 ait pu les f\u00eater. S&rsquo;il l&rsquo;a fait, ce ne fut qu&rsquo;au bout de quarante ans et apr\u00e8s de grandes souffrances.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.es.lapluma.net\/images\/stories\/celap\/Exilio_republicano_en_Tunez.jpg\" alt=\"Exilio_republicano_en_Tunez\" width=\"400\" height=\"571\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>L&rsquo;exil r\u00e9publicain en Tunisie<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je ne sais pas si les morts de Tunisie sont recherch\u00e9s par des membres de leurs familles, ni si, au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l&rsquo;ambassade a tent\u00e9 de remonter cette piste, ou si en Espagne la bibliographie sur ce th\u00e8me s&rsquo;est allong\u00e9e depuis que\u00a0 Ram\u00f3n Villanueva m&rsquo;a offert le m\u00e9moire de Marianne Catzaras. J&rsquo;esp\u00e8re que oui. J&rsquo;ai peur que non. Je sais cependant qu&rsquo;en 2008, le professeur tunisien Bechir Yazidi a \u00e9crit, et traduit en espagnol, un petit livre sur le sujet, publi\u00e9 par une petite maison d&rsquo;\u00e9ditions (<i>El exilio republicano en T\u00fanez<\/i>, \u00c9ditions Embora). Et ce qui est certain, c&rsquo;est qu&rsquo;Ambrosio Mart\u00ednez, Fernando S\u00e1nchez, Eligio Casal et Francisco Puig reposent en terre \u00e9trang\u00e8re, entre des tombes profan\u00e9es,\u00a0 prot\u00e9g\u00e9es seulement par une humble famille tunisienne qui ne sait qu&rsquo;une chose sur leur compte\u00a0: qu&rsquo;ils sont morts\u00a0;\u00a0 je veux dire qu&rsquo;ils m\u00e9ritent \u2013fr\u00e8res d\u00e9funts\u2013 qu&rsquo;on leur accorde le respect d&rsquo;un repos sans heurts.\u00a0 Tout comme il est certain aussi qu&rsquo;en attendant de poursuivre les recherches et d&rsquo;exiger qu&rsquo;on respecte leur dignit\u00e9 , je ressens l&rsquo;urgence aujourd&rsquo;hui, sans plus tarder, de\u00a0 payer cette double dette,\u00a0 et de le faire en rendant un double hommage que j&rsquo;ai plusieurs fois remis \u00e0 plus tard\u00a0: \u00e0\u00a0 Ram\u00f3n Villanueva, qui a tant enrichi ma m\u00e9moire, mon engagement moral et mon bonheur affectif, et \u00e0 ces oubli\u00e9s parmi les oubli\u00e9s (comme Sacrist\u00e1n \u00e9crivait des \u00ab\u00a0vaincus parmi les vaincus\u00a0\u00bb) que l&rsquo;Espagne, amn\u00e9sique\u00a0 f\u00e9roce, mar\u00e2tre sans \u00e2me,\u00a0 a abandonn\u00e9s de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la mer.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\"><i>NdT<\/i><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.fr.lapluma.net\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=4542:2018-09-01-02-26-26&amp;catid=94:monde&amp;Itemid=427#_ftnref1\"><i>[1]<\/i><\/a><b><i> Gara<\/i><\/b><i>\u00a0(\u00ab\u00a0Nous sommes\u00a0\u00bb en\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Basque\">basque<\/a>) est un\u00a0journal\u00a0basque\u00a0espagnol\u00a0bilingue (espagnol\/basque) \u00e9dit\u00e9 dans la ville de Saint- Photos des pierres tombales: Marc Almod\u00f3var et Andreu Ros\u00e9.<\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><i>S\u00e9bastien\u00a0(Donostia) dans le pays basque espagnol.<\/i><\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.fr.lapluma.net\/images\/stories\/celap\/imagenes_articulos\/Capture_flora_republicana.jpg\" alt=\"Capture_flora_republicana\" width=\"575\" height=\"284\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_18814.jpg\" width=\"575\" height=\"285\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span class=\"texte1\"><em>Le Populaire<\/em>, organe de la SFIO, 26 mars 1939<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_18815.jpg\" alt=\"\" width=\"516\" height=\"547\" \/><\/p>\n<p><strong>Santiago Alba Rico \u03a3\u03b1\u03bd\u03c4\u03b9\u03ac\u03b3\u03ba\u03bf \u0386\u03bb\u03bc\u03c0\u03b1 \u03a1\u03af\u03ba\u03bf <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=104&amp;lg_pp=fr\">\u0633\u0627\u0646\u062a\u064a\u0627\u063a\u0648 \u0627\u0644\u0628\u0627 \u0631\u064a\u0643\u0648<\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong>Original: <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2018\/09\/05\/el-cementerio-republicano-espanol-de-kasserine-tunez\/\">El cementerio republicano espa\u00f1ol de Kasserine (T\u00fanez)<\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong>Traduit par <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=4445&amp;lg_pp=fr\">Jacques Boutard<\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong>Traductions disponibles : <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=23927\">Italiano<\/a>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Fuente: <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=23928\">Tlaxcala<\/a>, le 1 septembre 2018<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne sais pas si des membres de leurs familles cherchent leurs morts en Tunisie. 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