{"id":27094,"date":"2021-05-23T17:05:09","date_gmt":"2021-05-23T17:05:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=27094"},"modified":"2021-05-23T17:05:09","modified_gmt":"2021-05-23T17:05:09","slug":"cinco-siglos-y-nuestras-venas-siguen-abiertas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2021\/05\/23\/cinco-siglos-y-nuestras-venas-siguen-abiertas\/","title":{"rendered":"Cinq si\u00e8cles et nos veines sont toujours ouvertes"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">J&rsquo;\u00e9tais en plein confinement covidien, \u00e9coutant la chanson de Le\u00f3n Gieco, \u00ab\u00a0 cinco siglos igual\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/lyricstranslate.com\/fr\/cinco-siglos-igual-la-m%C3%AAme-chose-pendant-cinq-si%C3%A8cles.html\">La m\u00eame chose pendant cinq si\u00e8cles<\/a>), ce qui, \u00e9videmment, m&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 me souvenir qu&rsquo;il y a un demi-si\u00e8cle paraissait un livre qui a d&rsquo;abord fait le tour de <em>l&rsquo;Am\u00e9rica Lapobre<\/em> [L\u2019Am\u00e9rique Lapauvre], puis du monde entier. Un texte qui \u00e9tait peut-\u00eatre en avance sur son temps mais qui nous a contamin\u00e9s avec le virus de nous mettre \u00e0 en savoir beaucoup plus sur nous-m\u00eames, sur notre histoire.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-27095 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Eduardo-Galeano-las-venas-abiertas-de-Am\u00e9ruca-Latina-300x169.png\" alt=\"\" width=\"520\" height=\"293\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Eduardo-Galeano-las-venas-abiertas-de-Am\u00e9ruca-Latina-300x169.png 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Eduardo-Galeano-las-venas-abiertas-de-Am\u00e9ruca-Latina-1024x576.png 1024w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Eduardo-Galeano-las-venas-abiertas-de-Am\u00e9ruca-Latina-768x432.png 768w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Eduardo-Galeano-las-venas-abiertas-de-Am\u00e9ruca-Latina-1536x864.png 1536w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Eduardo-Galeano-las-venas-abiertas-de-Am\u00e9ruca-Latina-870x489.png 870w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Eduardo-Galeano-las-venas-abiertas-de-Am\u00e9ruca-Latina-895x503.png 895w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Eduardo-Galeano-las-venas-abiertas-de-Am\u00e9ruca-Latina.png 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Pour beaucoup d&rsquo;entre nous, \u00e2g\u00e9s d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;une des rares fois o\u00f9 nous voyions l&rsquo;Am\u00e9rique latine comme si c\u2019\u00e9tait avec nos propres yeux. Eduardo Hughes Galeano avait 27 ans lorsqu&rsquo;il a commenc\u00e9 le travail ardu de collecte de donn\u00e9es, d&rsquo;histoires, d&rsquo;exp\u00e9riences. Il l&rsquo;a termin\u00e9 quatre ans plus tard, apr\u00e8s avoir interview\u00e9 des personnes r\u00e9elles, apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 leurs histoires et celles de leurs parents et grands-parents, apr\u00e8s avoir voyag\u00e9 dans des territoires peu faits pour des intellectuels en tour d\u2019ivoire, et aussi apr\u00e8s trois mois d&rsquo;enfermement pour pouvoir l&rsquo;\u00e9crire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Pour beaucoup, le d\u00e9but \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une gifle : \u00ab\u00a0La division internationale du travail fait que certains pays se sp\u00e9cialisent dans les profits et d&rsquo;autres dans les pertes\u00a0\u00bb. Et notre Uruguay, qui r\u00eavait de r\u00e9volution, allait entamer cette ann\u00e9e-l\u00e0 l&rsquo;une de ses heures les plus sombres, celle des mesures de s\u00e9curit\u00e9 exp\u00e9ditives, de l&rsquo;ing\u00e9rence de la CIA et de ses manuels de torture, de la pers\u00e9cution et de l&#8217;emprisonnement des militants, de la r\u00e9pression. Comme si les gouvernants avaient lu Les Veines : \u00ab\u00a0L&rsquo;Empire, incapable de multiplier les pains, fait de son mieux pour supprimer les mangeurs\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que la plus grande publicit\u00e9 pour ce livre ne soit pas venue des critiques litt\u00e9raires mais de nos dictatures et dictateurs, qui l&rsquo;ont interdit. Et tandis que certains pensaient qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un livre m\u00e9dical, d&rsquo;autres disaient m\u00eame que c&rsquo;\u00e9tait un instrument pour corrompre la jeunesse. Et Galeano a quitt\u00e9 le pays, laissant derri\u00e8re lui ses amis, dont beaucoup, d&rsquo;ailleurs, sont partis dans les ann\u00e9es suivantes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais il serait plut\u00f4t mesquin de commencer l&rsquo;histoire en 1970 ou 1971. Revenons \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50, lorsqu&rsquo;un gamin, un pitchoun mignon, se rendait \u00e0 la Casa del Pueblo et \u00e0 l&rsquo;hebdomadaire <em>El Sol<\/em>, bastions du parti socialiste. Quand ils lui ont demand\u00e9 ce qu&rsquo;il voulait, il a r\u00e9pondu qu&rsquo;il voulait adh\u00e9rer au parti et collaborer \u00e0 l&rsquo;hebdomadaire.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-27101 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Homenaje-a-Eduardo-Galeano.jpg\" alt=\"\" width=\"480\" height=\"269\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Hommage \u00e0 Eduardo Galeano<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Et il suscita la curiosit\u00e9 de dirigeants tels que don Emilio Frugoni, Vivi\u00e1n Tr\u00edas, Ra\u00fal Sendic, Guillermo \u00ab\u00a0Yuyo\u00a0\u00bb Chifflet, Jos\u00e9 D\u00edaz, Reinaldo Gargano. Une chronique de ces ann\u00e9es-l\u00e0 &#8211; <em>El botija Gius [Le gamin Gius]<\/em>, de Garabed Arakeli\u00e1n &#8211; raconte que Bebe Sendic (qui deviendra plus tard le leader supr\u00eame du Movimiento de Liberaci\u00f3n Nacional-Tupamaros) l&rsquo;a convaincu de rejoindre d&rsquo;abord la Jeunesse Socialiste, et aussi que don Emilio \u00ab\u00a0s&rsquo;occupait de lui, lui parlait beaucoup et l&rsquo;invitait souvent \u00e0 aller au cin\u00e9ma et \u00e0 prendre un caf\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00a0Eduardo a int\u00e9gr\u00e9 la r\u00e9daction <em>d&rsquo;El Sol<\/em>, a collabor\u00e9 avec ses dessins qu&rsquo;il signait du nom de Gius (c&rsquo;est Hughes en uruguayen, m&rsquo;a-t-il expliqu\u00e9 un apr\u00e8s-midi) et ses notes ; il a assist\u00e9 aux cours de formation avec Enrique Broquen ainsi qu&rsquo;aux entretiens et discussions avec Vivi\u00e1n Tr\u00edas pour qui il \u00e9prouvait de l&rsquo;affection et du respect.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Arakeli\u00e1n se souvient aussi des longues \u00ab\u00a0s\u00e9ances\u00a0\u00bb au caf\u00e9 de Don Alfredo, \u00e0 l&rsquo;angle des rues Soriano et Y\u00ed, avec les fr\u00e8res Dubra, les fr\u00e8res Brando, Gloria Dalesandro, Carlitos Machado, les D\u00edaz Maynard et bien d&rsquo;autres, au cours desquelles il cherchait des r\u00e9ponses aux nombreuses questions que ce <em>sentipensant<\/em> (terme invent\u00e9 par Galeano) se posait d\u00e9j\u00e0. D&rsquo;excellents professeurs -don Emilio, Tr\u00edas, el Bebe Sendic, Chifflet- pour commencer \u00e0 voir l&rsquo;Am\u00e9rique latine de leurs propres yeux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Lorsqu&rsquo;il a commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger <em>Las Venas<\/em>, il avait quitt\u00e9 le journalisme depuis un certain temps d\u00e9j\u00e0. Il ne dirigeait plus <em>\u00c9poca<\/em> et collaborait seulement \u00e0 <em>Marcha<\/em>, avec le vieux Quijano. Il se consacreait aux voyages et \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Une fois, je lui ai demand\u00e9 ce qu&rsquo;il pensait du Mexicain Juan Rulfo, un \u00e9crivain qui m&rsquo;avait surpris et m\u00eame laiss\u00e9 songeur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0Rulfo a \u00e9t\u00e9 mon ma\u00eetre. Il m&rsquo;a appris \u00e0 \u00e9crire aussi bien avec la hache plut\u00f4t qu&rsquo;avec la pluma, et je dirais qu&rsquo;\u00e9crire pour moi est une chasse, une sorte de traque du mot qui fuit, et une fois que je pense l&rsquo;avoir attrap\u00e9, je le d\u00e9couvre tr\u00e8s habill\u00e9, et je dois alors le mettre \u00e0 nu\u00a0\u00bb. Une fa\u00e7on de m&rsquo;expliquer que le texte original que l&rsquo;on \u00e9crit n&rsquo;est jamais le texte d\u00e9finitif : il faut le relire mille fois, et \u00e9laguer toutes les branches s\u00e8ches, celles qui d\u00e9vient, les laides, les abondantes, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le texte soit nu, pour l&rsquo;offrir aux lecteurs.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-27096 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/De-qu\u00e9-se-rien-las-calaveras-300x276.jpg\" alt=\"\" width=\"472\" height=\"434\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/De-qu\u00e9-se-rien-las-calaveras-300x276.jpg 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/De-qu\u00e9-se-rien-las-calaveras.jpg 565w\" sizes=\"auto, (max-width: 472px) 100vw, 472px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 Montevideo, il se rend en Argentine, o\u00f9 il r\u00e9cup\u00e8re Helena Villagra, sa compagne jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, pour se r\u00e9fugier en Espagne. Jusqu&rsquo;\u00e0 son retour dans son petit pays, qui est \u00e0 peine visible sur la carte.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">En 1978, rappellent ses \u00e9diteurs, il notait que \u00ab\u00a0depuis la premi\u00e8re \u00e9dition&#8230; le syst\u00e8me a multipli\u00e9 la faim et la peur ; la richesse a continu\u00e9 \u00e0 se concentrer et la pauvret\u00e9 \u00e0 s&rsquo;\u00e9tendre. Quand je l&rsquo;ai \u00e9crit en 1970, le syst\u00e8me tol\u00e9rait plus de naufrag\u00e9s que de marins. Aujourd&rsquo;hui, je constate avec \u00e9tonnement que la proportion de naufrag\u00e9s est beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">D\u00e8s qu&rsquo;il l&rsquo;a termin\u00e9, Galeano a pr\u00e9sent\u00e9 son m\u00e9moire d\u00e9taill\u00e9, document\u00e9 et dramatique du pillage \u00e0 la Casa de las Am\u00e9ricas \u00e0 La Havane. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai perdu. Selon le jury, le livre n&rsquo;\u00e9tait pas s\u00e9rieux\u00a0\u00bb, alors que les cons\u00e9quences terribles des actions des \u00ab\u00a0prox\u00e9n\u00e8tes du malheur\u00a0\u00bb qu&rsquo;il d\u00e9nonce dans l&rsquo;introduction et les deux tomes de <em>Las Venas<\/em> \u00e9taient (et sont) toujours en vigueur : ch\u00f4mage, analphab\u00e9tisme, mis\u00e8re, maladie, violence, exclusion, colonisation, exploitation, d\u00e9pendance, in\u00e9galit\u00e9s intol\u00e9rables.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Peut-\u00eatre ces jur\u00e9s se sont-ils collectivement suicid\u00e9s lorsqu&rsquo;ils ont appris qu&rsquo;une maison d&rsquo;\u00e9dition universitaire en Uruguay et une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9dition transnationale ayant des bureaux au Mexique allaient le publier. Peut-\u00eatre y avait-il un pr\u00e9jug\u00e9 fond\u00e9 : Galeano \u00e9tait connu comme journaliste, pas comme universitaire ou \u00e9crivain baroque. Malgr\u00e9 cela, Eduardo est toujours rest\u00e9 tr\u00e8s proche de la Casa de la Am\u00e9ricas.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><em>Las Venas<\/em> a \u00e9t\u00e9 le texte de base dans lequel nous avons \u00e9t\u00e9 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 apprendre sur l&rsquo;histoire de notre Am\u00e9rique. Et Lula da Silva, Hugo Ch\u00e1vez et Evo Morales s&rsquo;en sont nourris -ils l\u2019ont dit eux-m\u00eames. Je sais que Ch\u00e1vez a \u00e9t\u00e9 tellement impressionn\u00e9 qu&rsquo;il en a fait cadeau au pr\u00e9sident usam\u00e9ricain Barack Obama. \u00ab\u00a0C&rsquo;est incroyable : Ch\u00e1vez lui a donn\u00e9 une \u00e9dition pirate colombienne du livre au lieu de lui donner une \u00e9dition anglaise\u00a0\u00bb, m&rsquo;a-t-il dit lorsque je l&rsquo;ai f\u00e9licit\u00e9 au t\u00e9l\u00e9phone.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">En quelques jours, le livre a d\u00e9pass\u00e9 les milliers de messages pour devenir l&rsquo;un des cinq livres les plus command\u00e9s au monde.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-27097 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Galeano-300x143.jpg\" alt=\"\" width=\"499\" height=\"238\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Galeano-300x143.jpg 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Galeano-768x367.jpg 768w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Galeano.jpg 926w\" sizes=\"auto, (max-width: 499px) 100vw, 499px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Certains l&rsquo;ont pris comme une autocritique. Il l&rsquo;a dit \u00e0 Brasilia, lors de la Biennale du livre et de la lecture, en 2014, je crois : \u00ab\u00a0 Je ne relirais pas <em>Les veines ouvertes de l&rsquo;Am\u00e9rique latine<\/em>, parce que si je le faisais, je m&rsquo;\u00e9vanouirais\u00a0\u00bb. D&rsquo;autres ont interpr\u00e9t\u00e9 que relire toutes ces histoires lui causerait du tort. Et puis il a dit quelque chose en quoi il avait probablement raison : \u00ab\u00a0Je n&rsquo;avais pas assez de connaissances en \u00e9conomie ou en politique quand je l&rsquo;ai \u00e9crit\u00a0\u00bb. Il avait moins de 30 ans quand il l&rsquo;a \u00e9crit.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;ai \u00e9crit Las Venas &#8211; dit-il-, pour diffuser les id\u00e9es des autres et mes propres exp\u00e9riences qui, peut-\u00eatre, aideront un peu, dans leur mesure r\u00e9aliste, \u00e0 \u00e9claircir les questions qui nous ont toujours hant\u00e9s : l&rsquo;Am\u00e9rique latine est-elle une r\u00e9gion du monde condamn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;humiliation et \u00e0 la pauvret\u00e9 ? Condamn\u00e9e par qui ? Est-ce la faute de Dieu, de la nature ? Le malheur n&rsquo;est-il pas un produit de l&rsquo;histoire, fait par les hommes et qui peut donc \u00eatre d\u00e9fait par les hommes ?\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il disait que son intention \u00e9tait de divulguer certains faits que l&rsquo;histoire officielle, l&rsquo;histoire racont\u00e9e par les vainqueurs, cache ou ment. \u00ab\u00a0Je sais qu&rsquo;il a pu para\u00eetre sacril\u00e8ge que ce manuel de vulgarisation parle d&rsquo;\u00e9conomie politique dans le style d&rsquo;un roman d&rsquo;amour ou d&rsquo;un roman de pirates. Je crois qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune vanit\u00e9 dans la joie de constater, apr\u00e8s un certain temps, que <em>Les Veines<\/em> n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 un livre muet\u00a0\u00bb .<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Loin de l\u00e0 ! C&rsquo;\u00e9tait la vraie bible pour ceux d&rsquo;entre nous qui commen\u00e7aient \u00e0 militer, notre vrai texte d&rsquo;histoire am\u00e9ricaine, tr\u00e8s diff\u00e9rent des textes que nous \u00e9tions forc\u00e9s de lire et d&rsquo;\u00e9tudier au lyc\u00e9e et dans les classes pr\u00e9paratoires. C&rsquo;\u00e9tait la bible ath\u00e9e -initiatique, le passeport pour entrer d\u00e9finitivement en Am\u00e9rique Lapauvre- que nous nous sommes pr\u00eat\u00e9s les uns aux autres, press\u00e9s de la lire, parce que tr\u00e8s probablement elle allait \u00eatre interdite.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La seule chose que je n&rsquo;arrive pas \u00e0 assimiler aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est que 50 ans ont pass\u00e9, que <em>Las Venas<\/em> a travers\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations, des coups d&rsquo;\u00c9tat, des tortures, des r\u00e9volutions, des exils, des disparitions&#8230; Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 assimiler qu&rsquo;Eduardo est mort et que nous ne prenons plus un caf\u00e9, une bi\u00e8re, un rhum, quelques verres de vin, dans un caf\u00e9 du centre-ville de Montevideo, dans sa maison du quartier Malv\u00edn rue Dalmiro Costa, dans les bars de Buenos Aires, \u00e0 Porto Alegre ou sur la terrasse de mon appartement \u00e0 Caracas.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-27098 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/50\u00b0-aniversario-Las-Venas-abiertas-300x180.jpg\" alt=\"\" width=\"565\" height=\"339\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/50\u00b0-aniversario-Las-Venas-abiertas-300x180.jpg 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/50\u00b0-aniversario-Las-Venas-abiertas-1024x614.jpg 1024w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/50\u00b0-aniversario-Las-Venas-abiertas-768x461.jpg 768w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/50\u00b0-aniversario-Las-Venas-abiertas-870x522.jpg 870w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/50\u00b0-aniversario-Las-Venas-abiertas.jpg 1067w\" sizes=\"auto, (max-width: 565px) 100vw, 565px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Galeano \u00e9tait toujours ennuy\u00e9 de parler de <em>Las Venas<\/em>, comme si le temps n&rsquo;avait pas pass\u00e9 et qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas \u00e9crit, entre autres, <em>Le livre des \u00e9treintes<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;ai quitt\u00e9 l&rsquo;Uruguay parce que je n&rsquo;aime pas \u00eatre en prison et l&rsquo;Argentine parce que je n&rsquo;aime pas \u00eatre mort\u00a0\u00bb, disait-il avec un air s\u00e9rieux. Joan Manuel Serrat, l&rsquo;un de ses nombreux amis, le d\u00e9crit le mieux : \u00ab\u00a0Galeano aimait rire. Il pratiquait le rire comme une d\u00e9fense contre les mis\u00e8res quotidiennes\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Eduardo s\u2019est arr\u00eat\u00e9 au bord du chemin le 13 avril 2015, il y a maintenant six ans. Les v\u00e9ritables veines latino-am\u00e9ricaines sont encore ouvertes. Au 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et aux suivants, les filons \u00e0 d\u00e9pouiller \u00e9taient le sucre, le caf\u00e9, les bananes, l&rsquo;or, l&rsquo;argent, le caoutchouc. Maintenant, il s&rsquo;agit de soja, de lithium, de p\u00e9trole, d&rsquo;eau, de technologies ou des vaccins anti-Covid m\u00eames qui, nous le savons d\u00e9j\u00e0 et en souffrons, ne seront pas pour tout le monde. La m\u00eame chose depuis cinq si\u00e8cles.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/YjtwJLikZf0\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p><strong>Aram Aharonian<\/strong><\/p>\n<p>Original: Cinco siglos y nuestras venas siguen abiertas<\/p>\n<p><strong>Traduit par <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2&amp;lg_pp=fr\"><span class=\"trad\">Fausto Giudice \u0424\u0430\u0443\u0441\u0442\u043e \u0414\u0436\u0443\u0434\u0438\u0447\u0435<\/span><\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong>Source: <a href=\"https:\/\/tlaxcala-int.blogspot.com\/2021\/05\/cinq-siecles-et-nos-veines-sont.html\">Tlaxcala<\/a>, le 23 mai 2021<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maintenant  les filons \u00e0 d\u00e9pouiller, sont de soja, de lithium, de p\u00e9trole, d&rsquo;eau, de technologies ou des vaccins anti-Covid m\u00eames qui, nous le savons d\u00e9j\u00e0 et en souffrons, ne seront pas pour tout le monde. 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