{"id":23721,"date":"2021-02-08T11:18:38","date_gmt":"2021-02-08T11:18:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=23721"},"modified":"2021-02-08T12:28:45","modified_gmt":"2021-02-08T12:28:45","slug":"la-republica-no-deberia-llegar-por-una-revancha-historica-conversacion-con-santiago-alba-rico-sobre-su-nuevo-libro-espana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2021\/02\/08\/la-republica-no-deberia-llegar-por-una-revancha-historica-conversacion-con-santiago-alba-rico-sobre-su-nuevo-libro-espana\/","title":{"rendered":"\u201cLa R\u00e9publique en devrait pas arriver comme une revanche historique\u201d <br><i>Entretien avec Santiago Alba Rico sur son nouveau livre, \u00ab Espa\u0148a \u00bb<\/i>"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Pour <b>Santiago Alba Rico<\/b> (Madrid, 1960), \u201cl&rsquo;Espagne, c&rsquo;est de la litt\u00e9rature\u201d, comme le sont aussi Dieu, l&rsquo;identit\u00e9, l&rsquo;amour ou la litt\u00e9rature elle-m\u00eame. Le philosophe r\u00e9pond depuis Tunis, o\u00f9 il vit depuis des ann\u00e9es, aux questions que nous lui posons sur sur son nouveau livre,<i> Espa<\/i><i>\u0148<\/i><i>a<\/i> (Lengua de Trapo, 2021), o\u00f9 il \u00e9crit aussi que \u201cc&rsquo;est la litt\u00e9rature, et non les statistiques, qui donne consistance ontologique aux choses\u201d.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_24169.jpg\" width=\"565\" height=\"377\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Imagine qu&rsquo;on a dit \u00e0 un de tes lecteurs habituels qu&rsquo;on vient de publier un nouveau livre d&rsquo;Alba Rico, sans qu&rsquo;il ait d&rsquo;autres informations \u00e0 ce sujet. Il se rend aussit\u00f4t dans sa librairie pour l&rsquo;acheter, et il tombe tout \u00e0 coup sur une couverture rouge et jaune tr\u00e8s voyante, et lfe titre \u201cEspa<\/b><b>\u0148<\/b><b>a\u201d en gros caract\u00e8res. Quelle va \u00eatre, \u00e0 ton avis, sa premi\u00e8re r\u00e9action ?<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Une r\u00e9action d&rsquo;\u00e9tonnement, sans aucun doute. Quant au titre, je dois dire qu&rsquo;il correspond exactement \u00e0 son contenu ; et, de fait, son contenu est en grande partie consacr\u00e9 \u00e0 justifier ce titre et l&rsquo;utilisation d&rsquo;un nom (Espagne) parfois difficile \u00e0 prononcer. Quant au sujet, je m&rsquo;\u00e9tonne souvent moi-m\u00eame de m&rsquo;\u00eatre embarqu\u00e9 dans cette aventure. Il y a deux choses dont j&rsquo;ai toujours consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9vident que je ne m&rsquo;en occuperais jamais en public et par \u00e9crit : l&rsquo;Espagne, et moi-m\u00eame. Dans ce livre, je fais les deux choses, mais je pense que toutes deux se trouvent aussi justifi\u00e9es tout au long de ses pages. Enfin, en ce qui concerne la couverture, j&rsquo;avoue que, quand on me l&rsquo;a propos\u00e9e, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9. Je suis tr\u00e8s conservateur, et j&rsquo;ai trouv\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait une bombe chromatique d&rsquo;une ironie presque explosive. Mais c&rsquo;est le fait qu&rsquo;elle ne me plaisait pas qui m&rsquo;a tout de suite convaincu que, comme l&rsquo;assurait Jorge Lago, l&rsquo;\u00e9diteur, c&rsquo;\u00e9tait une bonne id\u00e9e. Je n&rsquo;ai pas beaucoup confiance dans mon propre go\u00fbt. Quant au reste, la substitution du drapeau par un fanion de foire traduit graphiquement un passage d\u00e9cisif du livre et m\u00eame son \u201desprit\u201d. Aussi, je profite de l&rsquo;occasion pour remercier le concepteur, Alejandro Cerezo, pour son travail.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_24170.jpg\" width=\"579\" height=\"462\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Malgr\u00e9 ton \u00e9tat de philosophe et \u00e9crivain, ce qui impressionne beaucoup dans ton livre, c&rsquo;est la profonde et vaste connaissance de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Espagne que tu d\u00e9montres, depuis les \u00e9poques romaine, wisigothe et arabe jusqu&rsquo;aux XIXe et XXe si\u00e8cles, en passant par des personnages comme les Rois Catholiques, saint Ignace de Loyola ou Miguel de Cervantes. Une bonne connaissance de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Espagne est-elle une condition <i>sine qua non<\/i> pour comprendre le pr\u00e9sent de notre pays ?<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c0 vrai dire, pour \u00e9crire ce livre, j&rsquo;ai d\u00fb lire beaucoup, et je l&rsquo;ai fait \u2013 je l&rsquo;avoue \u2013 de fa\u00e7on d\u00e9sordonn\u00e9e et vorace. \u00c7&rsquo;a \u00e9t\u00e9 un des plaisirs et des dangers de cette aventure. La dimension de plaisir se comprend sans difficult\u00e9 : m\u00eame si elle finit presque toujours mal, l&rsquo;histoire de ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;Espagne est passionnante. Quant aux dangers, je peux en citer trois. Le premier \u00e9tait de renoncer \u00e0 mon projet, accabl\u00e9 par l&rsquo;\u00e9normit\u00e9, impossible \u00e0 embrasser, de la question, que je voulais condenser en une sorte d&rsquo;\u201dessai dix<i>&#8211;<\/i>neuvi\u00e9miste \u201d de poche. Le deuxi\u00e8me danger \u00e9tait de m&rsquo;orienter dans mes lectures selon un \u201cparti pris de confirmation\u201d, danger conjur\u00e9 par mon propre d\u00e9sarroi ; je veux dire que, \u00e0 partir d&rsquo;un certain moment, je ne savais plus ni ce que je cherchais, ni en quoi je croyais au juste. Les fils conducteurs m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 offerts par Am\u00e9rico Castro, philologue, et Jos\u00e9 Luis Villaca\u0148as, philosophe, m\u00eame si mon avis de profane, c&rsquo;est que, quand les historiens le sont r\u00e9ellement, et ind\u00e9pendamment de leur tendance id\u00e9ologique, ils font bien leur travail. Quant au troisi\u00e8me danger, il est en rapport avec la question que tu poses : combien faut-il lire pour pouvoir \u00e9crire sur l&rsquo;Espagne en connaissance de cause ? Plus encore : combien d&rsquo;histoire faut-il conna\u00eetre pour pouvoir comprendre le pr\u00e9sent ? On ne peut r\u00e9pondre \u00e0 la premi\u00e8re question qu&rsquo;en disant que nous \u00e9crivons tous sur l&rsquo;Espagne trop t\u00f4t, car l&rsquo;Espagne n&rsquo;est pas encore faite, parce qu&rsquo;elle se fait de fa\u00e7on continuelle ; je dirais m\u00eame plus\u00a0: le pass\u00e9 de l&rsquo;Espagne n&rsquo;est pas encore fait, parce qu&rsquo;il se fait de fa\u00e7on continuelle, c&rsquo;est pourquoi, chaque fois que nous nous y plongeons, il se prolonge avec nous jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Quant au pr\u00e9sent, nous ne pouvons pas demander \u00e0 tous les Espagnols d&rsquo;\u00eatre historiens. Les probl\u00e8mes que j&rsquo;essaie de d\u00e9crire dans mon livre ne viennent pas de l\u00e0, du fait qu&rsquo;on ne sait pas assez d&rsquo;histoire, mais au contraire du fait qu&rsquo;on sait \u201ctrop\u201d d&rsquo;histoire. \u201cTrop\u201d dans le sens o\u00f9 tous les mythes contiennent un exc\u00e8s d&rsquo;historicisme qui ne laisse pas passer l&rsquo;histoire. Le probl\u00e8me n&rsquo;est pas ce que nous ne savons pas, mais ce que nous croyons savoir. Et c&rsquo;est ce \u201ccroire savoir\u201d des Espagnols qui constitue un probl\u00e8me qui configure notre pr\u00e9sent, parce qu&rsquo;il continue \u00e0 alimenter ces deux guerres dont je parle dans mon livre : la guerre entre castes*, qui impose \u00e0 tous les conflits une pulsion d&rsquo;Unit\u00e9 excluante et alt\u00e9ricide, et la guerre intergermanique* qui, avec la victoire de la Castille en 1492 \u2013 aujourd&rsquo;hui Madrid seulement \u2013 laisse irr\u00e9solu jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours le probl\u00e8me territorial. Ces deux guerres, pour ainsi dire \u201cfondationnelles\u201d, sont intimement associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;institution de la Monarchie. En d\u00e9finitive, le probl\u00e8me, ce n&rsquo;est pas que nous connaissons peu, mais que nous nous souvenons mal. Il est toujours pr\u00e9f\u00e9rable de tout oublier plut\u00f4t que de se souvenir mal.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_24173.jpg\" width=\"585\" height=\"629\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><strong>Benito P\u00e9rez Gald\u00f3s, caricature de Madrid C\u00f3mico, vers 1898<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>P\u00e9rez Gald<\/b><b>\u00f3<\/b><b>s et ses romans sont un des principaux fils conducteurs du livre. Tu le d\u00e9finis comme \u201cl&rsquo;\u00e9crivain le moins sectaire du monde et le plus engag\u00e9 dans le destin d\u00e9mocratique de son pays\u201d. Qu&rsquo;est-ce que cela signifie pour toi, et quel est son h\u00e9ritage litt\u00e9raire et politique ?<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Cela signifie, tout d&rsquo;abord, un archipel narratif presque infini qu&rsquo;on ne peut explorer sans ressentir un bonheur litt\u00e9raire in\u00e9puisable. Gald\u00f3s est un romancier prodigieux qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 plus de 5 000 personnages, auxquels il a ajout\u00e9 avec un naturel stup\u00e9fiant les avatars de XIXe si\u00e8cle. Comme \u00e9crivain, il est incommensurable. Il a \u00e9crit pour tous les publics, mais toujours \u00e0 l&rsquo;avant-garde de la litt\u00e9rature europ\u00e9enne. Certains, dans la g\u00e9n\u00e9ration suivante, celle de 98 \u2013 lui ont reproch\u00e9 son style n\u00e9glig\u00e9. Curieusement, celui de ses critiques \u2013 Valle Incl\u00e1n ou P\u00edo Baroja \u2013 nous semble aujourd&rsquo;hui, par contraste, beaucoup plus raide et \u201cdat\u00e9\u201d, justement parce qu&rsquo;ils voulaient avoir \u201cdu style\u201d. Celui de Gald\u00f3s, populaire sans effort, non seulement est rest\u00e9 actuel, mais, comme il conserve le langage quotidien de son temps, il a aujourd&rsquo;hui un charme, une richesse et une pr\u00e9cision d\u00e9licieux. Comme Dickens, beaucoup plus que Balzac, il a \u00e9t\u00e9 capable d&rsquo;int\u00e9grer le drame social et l&rsquo;humour \u00e9l\u00e9mentaire dans des personnages inoubliables (l&rsquo;un de mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s est l&rsquo;usurier Torquemada).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ses <i>Episodes Nationaux<\/i> font de lui le meilleur romancier et le meilleur historien du XIXe si\u00e8cle, si\u00e8cle qui est toujours, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, dans certains traits, le n\u00f4tre. Sur le plan politique, il a \u00e9t\u00e9 un exemple d&rsquo;engagement et de tol\u00e9rance. Engagement lib\u00e9ral, socialiste et r\u00e9publicain, mais toujours exprim\u00e9 avec une tol\u00e9rance active, \u00e0 rebours de la guerre des castes de l&rsquo;histoire espagnole : il fut anticl\u00e9rical, mais ami et admirateur de pr\u00eatres (Jacint Verdaguer (1) entre autres), il fut lib\u00e9ral et socialiste, mais amant d&rsquo;Emilia Pardo Baz\u00e1n, carliste, et ami de Men\u00e9ndez Pelayo et de Jos\u00e9 Mar\u00eda de Pereda, traditionalistes catholiques. Il fut le plus espagnol et le plus antiespagnol de nos \u00e9crivains. Pour cela aussi, il est unique. En janvier 1920, pendant son enterrement, la police dut intervenir pour r\u00e9primer des centaines d&rsquo;admirateurs pl\u00e9b\u00e9iens qui protestaient contre la confiscation officielle de la c\u00e9r\u00e9monie par des institutions et autorit\u00e9s publiques qui l&rsquo;avaient toujours mal trait\u00e9. Ses combats \u2013 la d\u00e9mocratie, la r\u00e9publique, la justice sociale, l&rsquo;\u00e9ducation \u2013 sont toujours les n\u00f4tres ; sa litt\u00e9rature est la plus p\u00e9dagogique parce qu&rsquo;elle ne fut jamais pamphl\u00e9taire ou id\u00e9ologique ; parce que c&rsquo;est de la litt\u00e9rature. Ce n&rsquo;est pas une relique. C&rsquo;est notre contemporain et notre alli\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Tu \u00e9tablis une analogie entre le patriotisme et le f\u00e9minisme et tu \u00e9cris que \u201cl&rsquo;appartenance nationale espagnole n&rsquo;impose pas un paquet \u00e9tabli ou d\u00e9finitif d&rsquo;\u00e9motions et r\u00e9actions, de m\u00eame que le sexe masculin n&rsquo;impose pas aux hommes le viol comme seul mode possible de relations avec les femmes\u201d.<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Un des probl\u00e8mes de l&rsquo;\u201dappartenance nationale espagnole\u201d, c&rsquo;est qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 historiquement monopolis\u00e9e par un projet catholique-imp\u00e9rial qui a impos\u00e9 une orthodoxie nationale, \u201cune mani\u00e8re unique d&rsquo;\u00eatre espagnol\u201d. Le patriarcat historique, en effet, a fait la m\u00eame chose avec la masculinit\u00e9 : il a impos\u00e9 \u201dune mani\u00e8re unique\u201d d&rsquo;\u00eatre homme, associ\u00e9e \u00e0 la virilit\u00e9, la violence, l&rsquo;honneur, la domination hi\u00e9rarchique. Et de m\u00eame que cette mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre homme a fait obstacle \u00e0 d&rsquo;autres mani\u00e8res de l&rsquo;\u00eatre, et a ainsi rendu tr\u00e8s malheureux \u2013 en plus des femmes &#8211; une grande partie des hommes, de m\u00eame, \u201c l&rsquo;appartenance nationale\u201d orthodoxe, qui associait catholicisme intol\u00e9rant, monarchie, tradition imp\u00e9riale, a exclu d&rsquo;autres projets (au XIXe si\u00e8cle, par exemple, le lib\u00e9ralisme de Fl\u00f3rez Estrada ou le f\u00e9d\u00e9ralisme de Pi i Margall) et a rendu malheureux \u2013 ou directement tu\u00e9 \u2013 des milliers d&rsquo;Espagnols qui voulaient \u00eatre espagnols d&rsquo;une autre fa\u00e7on. Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que, sous cette pression de l&rsquo;orthodoxie nationale, de nombreux militants et th\u00e9oriciens de la gauche espagnole aient fini par faire l&rsquo;erreur d&rsquo;assumer avec une fiert\u00e9 m\u00e9prisante le stigmate d&rsquo;anti-espagnolisme que leur avait impos\u00e9 Franco, et de consid\u00e9rer l&rsquo;Espagne comme perdue, pour soutenir d&rsquo;autres \u201cnationalismes\u201d qui leur paraissaient plus accueillants et progressistes (depuis Cuba jusqu&rsquo;aux ind\u00e9pendantismes basque et catalan).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>\u201cCeux qui croient impossible de redonner un sens au drapeau constitutionnel oublient parfois de se demander ce que signifie ce symbole, au-del\u00e0 des \u00e9lecteurs de Vox, qui le brandissent comme un couteau, et au-del\u00e0 de la gauche radicale, qui le voit impr\u00e9gn\u00e9 de sang ; ce qu&rsquo;il signifie dans cet entre-deux si peupl\u00e9, o\u00f9 habitent des millions d&rsquo;Espagnols qui ne pensent pas \u00e0 l&rsquo;histoire de l&rsquo;Espagne quand ils regardent ou utilisent le drapeau\u201d. Que signifie la \u201crojigualda\u201d pour tous ces Espagnols ?<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je ne suis pas tr\u00e8s s\u00fbr que nous le sachions. La gauche la plus radicale, celle qui a un programme plus id\u00e9alement transformateur, continue \u00e0 s&rsquo;accrocher au drapeau tricolore (2), que personne ne veut leur disputer, et \u00e0 associer la \u201crojigualda\u201d \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame-droite, qui accepte tr\u00e8s volontiers ce cadeau. Mais ce qui est s\u00fbr, c&rsquo;est que, pour une grande partie de la population \u2013 qui a v\u00e9cu ces derni\u00e8res d\u00e9cennies en restant \u00e9trang\u00e8re aux guerres de castes et intergermaniques*, il n&rsquo;existe pas d&rsquo;autre drapeau que la \u201crojigualda\u201d, parce qu&rsquo;ils n&rsquo;en ont pas eu d&rsquo;autre. Je suppose que, pour beaucoup de gens, la \u201crojigualda\u201d n&rsquo;est ni offensante ni revendicative. Elle signifie peu ou rien, sauf pour f\u00eater les triomphes de la s\u00e9lection de football. Malheureusement, \u201cla guerre des drapeaux\u201d a fini par disqualifier tout usage non partisan ou non bellig\u00e9rant des drapeaux de notre pays plurinational. Je me souviens que des gens m&rsquo;ont \u00e9crit apr\u00e8s une intervention radiophonique pour me raconter que, pendant le confinement de mars, ils s&rsquo;\u00e9taient mis d&rsquo;accord pour arborer la \u201crojigualda\u201d sur le balcon, l&rsquo;associant \u00e0 la d\u00e9fense de la sant\u00e9 publique, et qu&rsquo;\u00e0 la fin ils avaient d\u00fb y renoncer : tout le monde, autour d&rsquo;eux, se livrait \u00e0 une intervention id\u00e9ologique. Aussi peut-on dire que l&rsquo;Espagne plurinationale est le pays du monde qui a le plus de drapeaux, et le seul qui n&rsquo;a pas de drapeau. Pourquoi ? Parce qu&rsquo;un drapeau n&rsquo;est pas le symbole qui repr\u00e9sente l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;une communaut\u00e9, mais ses conflits et divisions dans un espace partag\u00e9 ; en Espagne, il n&rsquo;y a pas de drapeau capable de repr\u00e9senter tous les conflits et divisions qui habitent en son sein. Et ceci est d\u00fb en grande partie au fait que ce que nous appelons l&rsquo;Espagne n&rsquo;a jamais eu l&rsquo;audace d&rsquo;aborder s\u00e9rieusement ces divisions et conflits. Elle les a ni\u00e9s au nom de l&rsquo;unit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Dans ton livre, tu inclus quelques anecdotes personnelles. L&rsquo;une d&rsquo;elles est rapport avec le football. Apr\u00e8s avoir assist\u00e9 dans un bar avec ton fils \u00e0 \u201cl&rsquo;humiliante d\u00e9faite\u201d du Bar\u00e7a face au Bayern par 8 \u00e0 2, un voisin madridiste pr\u00e9sent dans le bar a cri\u00e9 :\u201dVive le Bayern ! Vive l&rsquo;Espagne !\u201d. A ce moment-l\u00e0, tu t&rsquo;es demand\u00e9 \u201csi, en Espagne, l&rsquo;appartenance nationale est si fragile et, de ce fait, si excessive, qu&rsquo;on l&rsquo;id\u00e9ologise au point de consid\u00e9rer le Bar\u00e7a plus ennemi de la \u201cpatrie\u201d qu&rsquo;une \u00e9quipe \u00e9trang\u00e8re\u201d.<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ces vivats en faveur de l&rsquo;Allemagne au nom du nationalisme espagnol et contre le Bar\u00e7a m&rsquo;ont laiss\u00e9 perplexe et inquiet. J&rsquo;y trouve deux explications. La premi\u00e8re laisse plus d&rsquo;espoir : c&rsquo;est que les appartenances footballistiques se d\u00e9veloppent parall\u00e8lement aux appartenances nationales et sont parfois plus puissantes qu&rsquo;elles. Mais je crains que ce ne soit pas cela, ou pas seulement. Je crains que ces appartenances se chevauchent de telle sorte que le nationalisme espagnol exprime \u00e0 travers le Real Madrid (et son alli\u00e9 \u201cobjectif\u201d de circonstance, le Bayern de Munich), sa haine furibonde envers les Catalans, ces m\u00e9prisables antiespagnols auxquels, en m\u00eame temps, il ne permet pas de devenir ind\u00e9pendants. Et je crains aussi que, inversement, \u00e0 travers le Bar\u00e7a (et d&rsquo;\u00e9ventuels alli\u00e9s \u201cobjectifs\u201d), le nationalisme catalan le plus essentialiste n&rsquo;exprime sa haine antiespagnole la plus ethnique et excluante.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>L&rsquo;autre anecdote se produit durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2014, quand vous venez de fonder un cercle de Podemos dans un petit village de la r\u00e9gion d&rsquo;Avila. Elle a pour h\u00e9ro\u00efne une jeune fille du village et elle nous dit des choses int\u00e9ressantes sur la distance symbolique qui existe actuellement entre les \u00e9motions de la gauche et les identifications du pays.<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Oui, elle nous dit que le 15M, mouvement qui a nourri les rangs du premier Podemos, ne se reconnaissait pas dans les signes d&rsquo;identit\u00e9, ni discursifs, ni organisationnels, ni symboliques, de la gauche traditionnelle ; que beaucoup de ces jeunes qui demandaient le respect du contrat d\u00e9mocratique qu&rsquo;avaient sign\u00e9 leurs parents ne pensaient pas, quand ils r\u00e9clamaient travail, justice sociale et d\u00e9mocratie, aux p\u00e9ch\u00e9s originels de la Transition, ni \u00e0 la guerre civile, ni \u00e0 la dictature de Franco. Ils ne voulaient pas se rappeler ou se rem\u00e9morer les injustices et d\u00e9faites du pass\u00e9, mais exiger une issue pr\u00e9sente \u00e0 la crise et, de plus, une issue qui ne sacrifie pas les services publics ni les libert\u00e9s civiles et politiques. La jeune fille dont je parle repr\u00e9sentait beaucoup de gens qui se sont rapproch\u00e9s du premier Podemos apr\u00e8s avoir rejet\u00e9, depuis le 15M, la gauche traditionnelle comme faisant partie du r\u00e9gime de 78. L&rsquo;\u00e9chec de Podemos et la droitisation du PP \u2013 dont l&rsquo;expression politique est Vox \u2013 ont exclu cette possibilit\u00e9 de ce que j&rsquo;appelle \u201cune r\u00e9forme depuis le bas\u201d et r\u00e9tabli la pulsion d&rsquo;opposition entre castes qui travaille les cat\u00e9gories gauche\/droite, dont le retour est, paradoxalement, une tr\u00e8s mauvaise nouvelle pour une politique de gauche.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_24174.jpg\" width=\"548\" height=\"430\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Dans ton livre, tu affirmes aussi que \u201cnous devons, avec calme, sans h\u00e2te, sans fanfares rh\u00e9toriques et peut-\u00eatre sans drapeau r\u00e9publicain, assurer la fin de la monarchie, en tant que condition d&rsquo;une v\u00e9ritable transition d\u00e9mocratique\u201d. Pourquoi, dans un contexte apparemment favorable, avons-nous autant de mal \u00e0 construire collectivement un nouveau r\u00e9publicanisme en Espagne ?<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Nous avons trois donn\u00e9es convergentes. La premi\u00e8re, c&rsquo;est que le roi Juan Carlos (pas Franco) a tout laiss\u00e9 \u201c ficel\u00e9 et bien ficel\u00e9\u201d pendant la Transition, de sorte qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune voie constitutionnelle possible vers la R\u00e9publique ; et encore moins avec un PSOE aux convictions monarchiques. La seconde, c&rsquo;est que, malgr\u00e9 la perte de prestige de la Couronne, il n&rsquo;y a pas non plus de voie populaire vers la R\u00e9publique ; il n&rsquo;y a pas, quelque regret qu&rsquo;on en ait, de majorit\u00e9 sociale r\u00e9publicaine. La troisi\u00e8me, c&rsquo;est que, en tout \u00e9tat de cause, l&rsquo;institution monarchique est tr\u00e8s d\u00e9grad\u00e9e, touch\u00e9e dans sa ligne de flottaison. Que faire dans cette situation ? Ne pas pr\u00e9cipiter les choses et ne pas favoriser, \u00e0 travers de grandiloquentes revendications r\u00e9publicaines, la rem\u00e9moration intergermanique de castes en guerre des conflits les plus proprement \u201cespagnols\u201d. Je crois que le PP et Vox pourraient \u00eatre moins monarchiques que le PSOE, mais leur strat\u00e9gie passe par une \u201cradicalisation de l&rsquo;ennemi\u201d, qui consiste \u00e0 pr\u00e9senter \u201cl&rsquo;ennemi\u201d comme un ramassis de \u201ccommunistes r\u00e9gicides\u201d.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_24171.jpg\" width=\"577\" height=\"324\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Manifestation de VOX \u00e0 Oviedo\/Uvi\u00e9u. Photo : Iv\u00e1n Gonz\u00e1lez<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Un secteur de la droite veut reproduire la situation \u201cmentale\u201d et id\u00e9ologique de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, parce qu&rsquo;il sait par exp\u00e9rience qu&rsquo;il a alors toutes les chances de l&#8217;emporter. Non, nous ne pouvons pas vouloir la m\u00eame situation politique et sociale que celle qui a men\u00e9 \u00e0 la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, car alors l&rsquo;histoire se r\u00e9p\u00e9terait et nous aurions une troisi\u00e8me Restauration, accompagn\u00e9e, comme toujours, de beaucoup de violence et de souffrance. Il faut s&rsquo;assurer qu&rsquo;il n&rsquo;y aura pas de troisi\u00e8me Restauration, et pour cela, il faut avoir de la patience, laisser l&rsquo;institution monarchique creuser sa propre tombe et travailler pour que la majorit\u00e9 sociale voie dans la r\u00e9publique une solution naturelle, sereine et d\u00e9mocratique, et non une revanche historique ou un arri\u00e8re-go\u00fbt du pass\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><b>Tu appartiens \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration qui, d\u2019apr\u00e8s toi, est n\u00e9e \u201dtrop tard pour lutter contre le franquisme, et trop t\u00f4t pour l&rsquo;indiff\u00e9rence\u201d. Tu caract\u00e9rises aussi la culture h\u00e9g\u00e9monique actuelle comme un \u201ch\u00e9donisme de masses\u201d ou un \u201cloisir prol\u00e9taris\u00e9\u201d. Y a-t-il encore de l\u2019espace pour la lutte et la r\u00e9sistance dans le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme ?<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, pas du tout. Dans l&rsquo;histoire, pas beaucoup. Dans la soci\u00e9t\u00e9 et dans les corps, oui. Il faut d\u00e9shistoriser le capitalisme et socialiser l&rsquo;histoire ; y r\u00e9introduire \u201cen premi\u00e8re instance\u201d les corps en tant que tranch\u00e9es, laboratoires et moteurs. Il faut transformer les espaces de conservation en espaces de construction. Je ne suis pas tr\u00e8s optimiste, parce que le corps est en train de dispara\u00eetre en tant que matrice de liens et axe de l&rsquo;exp\u00e9rience anthropologique, mais, tant que nous d\u00e9pendrons d&rsquo;eux pour survivre, la pens\u00e9e aussi bien que l&rsquo;action seront indispensables et impr\u00e9visibles.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">NdE<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\">*La<strong> guerre des castes<\/strong> se r\u00e9f\u00e8re aux conflits entre chr\u00e9tiens, juifs et musulmans dans l\u2019Espagne du huiti\u00e8me au quinzi\u00e8me si\u00e8cles (p\u00e9riode d\u00e9sign\u00e9e comme celle de la Reconquista), et les <strong>guerres intergermaniques<\/strong> se r\u00e9f\u00e8rent aux conflits entre Vandales, Wisigoths, Souabes et Francs dans la p\u00e9riode entre l\u2019Antiquit\u00e9 et le Moyen-\u00c2ge.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">NdlT<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\">(1)\u00a0\u00a0 <strong>Jacint Verdaguer <\/strong>(1845-1902) : pr\u00eatre et \u00e9crivain ; il fut le plus grand po\u00e8te catalan, religieux et \u00e9pique (<i>L&rsquo;Atlantide<\/i>), du XIXe si\u00e8cle ; il redonna au catalan son statut de langue litt\u00e9raire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\">(2)\u00a0\u00a0 Le drapeau r\u00e9publicain, rouge- jaune-violet.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/lenguadetrapo.com\/libros\/ensayo\/espana\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_24172.jpg\" width=\"280\" height=\"447\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/lenguadetrapo.com\/libros\/ensayo\/espana\/\">Espa\u00f1a<\/a><br \/>\n<b><a href=\"https:\/\/lenguadetrapo.com\/libros\/ensayo\/espana\/\">Santiago Alba Rico<\/a><\/b><br \/>\n<b><a href=\"https:\/\/lenguadetrapo.com\/libros\/ensayo\/espana\/\">Lengua de Trapo, 2021<\/a><\/b><br \/>\n<b><a href=\"https:\/\/lenguadetrapo.com\/libros\/ensayo\/espana\/\">316 p\u00e1g.<\/a><\/b><br \/>\n<b><a href=\"https:\/\/lenguadetrapo.com\/libros\/ensayo\/espana\/\">ISBN: 978-84-8381-255-6<\/a><\/b><br \/>\n<b><a href=\"https:\/\/lenguadetrapo.com\/libros\/ensayo\/espana\/\">19,50\u20ac<\/a><\/b><br \/>\n<b><a href=\"https:\/\/lenguadetrapo.com\/libros\/ensayo\/espana\/\">Comprar<\/a><\/b><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/paypal.me\/pools\/c\/8bfPFKFYP5\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_21691.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_21691.jpg\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span class=\"auteur\">David S\u00e1nchez Pi\u00f1eiro <\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"navigation_cadre\" style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Original: <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2021\/02\/08\/la-republica-no-deberia-llegar-por-una-revancha-historica-conversacion-con-santiago-alba-rico-sobre-su-nuevo-libro-espana\/\">\u201cLa Rep\u00fablica no deber\u00eda llegar por una revancha hist\u00f3rica\u201d<\/a><\/strong><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2021\/02\/08\/la-republica-no-deberia-llegar-por-una-revancha-historica-conversacion-con-santiago-alba-rico-sobre-su-nuevo-libro-espana\/\"><i><strong>Conversaci\u00f3n con Santiago Alba Rico sobre su nuevo libro, \u2018Espa\u00f1a<\/strong>\u2019<\/i><\/a><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Traduit par <span class=\"trad\">\u00a0<b> <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=3734&amp;lg_pp=fr\">Rosa Llorens \u03a1\u03cc\u03b6\u03b1 \u039b\u03b9\u03ce\u03c1\u03b5\u03bd\u03c2<\/a> <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Edit\u00e9 par <strong><span class=\"trad\">\u00a0<b> <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2&amp;lg_pp=fr\">Fausto Giudice \u0424\u0430\u0443\u0441\u0442\u043e \u0414\u0436\u0443\u0434\u0438\u0447\u0435 \u0641\u0627\u0648\u0633\u062a\u0648 \u062c\u064a\u0648\u062f\u064a\u0634\u064a<\/a><\/b><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Source: <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=30765\">Tlaxcala<\/a>, le 8 f\u00e9vrier 2021<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le philosophe Santiago Alba Rico publie l&rsquo;essai \u201cEspa\u0148a\u201d et remarque que pour beaucoup de gens, la rojigualda [le drapeau rouge et jaune] n&rsquo;est \u201cni offensant ni 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