{"id":23410,"date":"2021-01-20T10:44:35","date_gmt":"2021-01-20T10:44:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=23410"},"modified":"2021-01-20T12:00:21","modified_gmt":"2021-01-20T12:00:21","slug":"tunez-2011-2021-una-historia-a-seguir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2021\/01\/20\/tunez-2011-2021-una-historia-a-seguir\/","title":{"rendered":"Tunisie 2011-2021 : une histoire \u00e0 suivre"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Le 14 janvier, c\u2019est en Tunisie la \u00ab\u00a0f\u00eate nationale de la r\u00e9volution\u00a0\u00bb. Mais dix ans exactement apr\u00e8s la fuite de Ben Ali, on s\u2019interroge toujours pour savoir ce qui est vraiment c\u00e9l\u00e9br\u00e9. S\u2019il est difficile de jeter un regard froid sur l\u2019encha\u00eenement des \u00e9v\u00e9nements et la combinaison des temporalit\u00e9s, de capter la multitude des acteurs apparus sur la sc\u00e8ne et disparus des radars depuis cette phase insurrectionnelle, on ne peut nier le basculement du pays et de ses ressortissants dans des dynamiques nouvelles et contradictoires.\u00a0<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Faire le bilan des dix ans v\u00e9cus par la Tunisie depuis 2011 est une entreprise d\u00e9licate. On mettra encore du temps avant de pouvoir rendre compte des logiques d\u2019un soul\u00e8vement spectaculaire qui a caus\u00e9 le d\u00e9part d\u2019un militaire, devenu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique par un \u00ab\u00a0coup d\u2019Etat m\u00e9dical\u00a0\u00bb en 1987, et que le monde s\u2019est habitu\u00e9 \u00e0 croire inamovible. S\u2019il est difficile de jeter un regard froid sur l\u2019encha\u00eenement des \u00e9v\u00e9nements et la combinaison des temporalit\u00e9s, de capter la multitude des acteurs apparus sur la sc\u00e8ne et disparus des radars, on ne peut nier le basculement du pays et de ses ressortissants dans des dynamiques nouvelles et contradictoires.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23991.jpg\" width=\"519\" height=\"347\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Processus d\u2019un r\u00eave inachev\u00e9 !, par Hamzi Mazhoudi, Tunis<\/strong><\/p>\n<h3 align=\"justify\">Multiplicit\u00e9s<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La surprise face au <em>crescendo<\/em> insurrectionnel doubl\u00e9e de la paralysie progressive des instances dirigeantes du pays ont culmin\u00e9 \u00e0 la fin d\u2019une phase de 29 jours que Tunisiennes et Tunisiens nomment <em>thawra, <\/em>d\u00e9partageant depuis un <em>avant<\/em> et un <em>apr\u00e8s, <\/em>diversement appr\u00e9ci\u00e9s. Le terme arabe signifie \u00e0 la fois \u00ab\u00a0r\u00e9volte\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb, divisant ceux et celles pour qui le 17 d\u00e9cembre 2010 \u00e0 Sidi Bouzid est le v\u00e9ritable d\u00e9clenchement et les adeptes de la canonisation du 14 janvier, quand Zine El Abidine Ben Ali s\u2019envole en avion pour l\u2019Arabie Saoudite. La d\u00e9cision du pouvoir central de faire du 14 janvier la \u00ab\u00a0f\u00eate nationale de la r\u00e9volution\u00a0\u00bb n\u2019emp\u00eache pas les habitants de Sidi Bouzid de comm\u00e9morer r\u00e9guli\u00e8rement le 17 d\u00e9cembre comme le jour m\u00e9morable d\u00e9terminant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019auto-immolation de Bouazizi, objet de consid\u00e9rations contraires, l\u2019a fait entrer dans l\u2019histoire de la Tunisie contemporaine comme un protestataire qui a retourn\u00e9 la violence contre lui-m\u00eame. M\u00eame si ce marchand ambulant n\u2019est ni le premier ni le dernier \u00e0 s\u2019\u00eatre donn\u00e9 la mort par le feu, ce <em>chahid<\/em>\/martyr d\u2019un type nouveau modifie l\u2019imaginaire et le langage politiques tunisiens, comme il fournira le mod\u00e8le pour une s\u00e9rie d\u2019actes d\u2019insoumission, en particulier l\u2019immolation du journaliste Abderrazak Zorgui, le 25 d\u00e9cembre 2018.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/xWF4c9GMysI\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les coups de th\u00e9\u00e2tre et les d\u00e9sordres induits par les fuites de multiples responsables ont produit une acc\u00e9l\u00e9ration nourrie par le ressenti partag\u00e9 par des cat\u00e9gories sociales \u00e9reint\u00e9es par un r\u00e9gime de plus en plus inique et inapte \u00e0 r\u00e9pondre aux multiples besoins du pays. Les semaines qui ont suivi la phase insurrectionnelle ont \u00e9t\u00e9 plus meurtri\u00e8res, m\u00ealant n\u00e9gociations politiques et <em>sit-ins <\/em>de protestation et donnant lieu \u00e0 des accords progressifs pour apaiser la sc\u00e8ne politique et stopper les d\u00e9mant\u00e8lements en cours.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">En m\u00eame temps, sur fond de tiraillements allant jusqu\u2019\u00e0 la violence, l\u2019opinion publique prend le pli de se d\u00e9chirer \u00e0 propos des qualificatifs des \u00e9v\u00e9nements, des sc\u00e9narios pr\u00e9sum\u00e9s, des acteurs impliqu\u00e9s, du r\u00f4le de l\u2019arm\u00e9e, de la police et de la gendarmerie, du nombre des morts et des bless\u00e9s dont on attend, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, le d\u00e9compte et l\u2019annonce officiels.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019un r\u00e9gime d\u2019information vertical et impos\u00e9, la Tunisie passe \u00e0 un syst\u00e8me de communication\u00a0radicalement transform\u00e9 : les canaux se diversifient (entre m\u00e9dias classiques et r\u00e9seaux sociaux), les voix se d\u00e9multiplient, les r\u00e9cits se croisent et se contredisent, les explications et les critiques se tressent sans rien \u00e9puiser ni faire \u00e9merger une direction stable\u00a0: neuf chefs de gouvernement et douze formations se succ\u00e8dent en dix ans, autant que durant les p\u00e9riodes Bourguiba et Ben Ali r\u00e9unies.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La concurrence sauvage, en particulier pour les postes politiques, n\u2019indique aucune ma\u00eetrise de la situation. Les cha\u00eenes t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es (15) et les radios (50 environ) prolif\u00e8rent sans suffire \u00e0 d\u00e9crypter les transformations au sein des familles, entre les sexes, dans les habitudes publiques et les mentalit\u00e9s. Les Tunisiens et les Tunisiennes sont partag\u00e9s depuis 2011 sur analyses, interpr\u00e9tations, modes de pens\u00e9e et de croyance, votes, styles de vie et, bien \u00e9videmment, sur les perceptions d\u2019une <em>thawra<\/em> aux multiples visages, retomb\u00e9es et r\u00e9troactions.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23990.jpg\" width=\"538\" height=\"364\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Willis<\/strong><\/p>\n<h3 align=\"justify\">Institutions : oui mais\u2026<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019acquis le plus tangible de la R\u00e9volution tunisienne reste la Constitution, proclam\u00e9e dans la soir\u00e9e du 26 au 27 janvier 2014\u00a0dans une liesse et une accalmie qui viennent clore un long processus de bras de fer et de tractations. L\u2019Assembl\u00e9e nationale constituante \u00e9lue en octobre 2011 passe par des d\u00e9bats identitaires houleux, des assassinats politiques (dont le d\u00e9put\u00e9 Mohamed Brahmi, le 25 juillet 2013), une suspension de travaux (en ao\u00fbt 2013), quatre moutures du texte constitutionnel et une dynamique de r\u00e9daction mobilisatrice en son temps, avant de s\u2019entendre sur une version de compromis, au souffle s\u00e9culier, pas toujours respect\u00e9e \u00e0 l\u2019usage. La Constitution s\u2019av\u00e8re aujourd\u2019hui pleine de paradoxes et d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s (notamment face \u00e0 l\u2019Islam), truff\u00e9e de manques (on y parle de droits plus que de devoirs), voire de blocages.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le dispositif constitutionnel, amput\u00e9 de la Cour qui devait lui \u00eatre adjointe dans l\u2019ann\u00e9e, a tout de m\u00eame permis d\u2019organiser trois vagues d\u2019\u00e9lections\u00a0: des l\u00e9gislatives en 2014 et 2019, des municipales en mai 2018, des pr\u00e9sidentielles, en 2014 et 2019. Il aura donn\u00e9 deux pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique \u00e9lus \u00e0 deux tours au suffrage universel\u00a0: B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi (2014-2019) et Ka\u00efs Sa\u00efed (2019- ) et servi \u00e0 installer pacifiquement un int\u00e9rim (Mohamed Ennaceur, juillet-octobre 2019), pour cause de d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9 du pr\u00e9sident en exercice.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La succession des rendez-vous \u00e9lectoraux n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 l\u2019usure de l\u2019envie de voter (les \u00e9lections municipales de mai 2018 mobilisent 35% des inscrits) ni la d\u00e9t\u00e9rioration des conditions de travail et de gouvernance de l\u2019Instance Sup\u00e9rieure Ind\u00e9pendante des \u00c9lections (ISIE) \u00e9lue en avril 2011, pour mettre fin \u00e0 la surveillance du Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, un des instruments forts du r\u00e9gime du Parti-\u00c9tat, r\u00e9gnant en Tunisie depuis les \u00e9lections de 1956.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La revanche contre le syst\u00e8me du parti unique r\u00e9side-t-elle dans les 221 partis\u00a0officiels n\u00e9s depuis 2011 ? Les d\u00e9put\u00e9s de l\u2019actuelle Assembl\u00e9e des Repr\u00e9sentants du Peuple (ARP)\u00a0appartiennent \u00e0 seulement vingt et un d\u2019entre eux et le parti en t\u00eate (<em>Ennahda<\/em>, d\u2019ob\u00e9dience islamiste) ne repr\u00e9sente que 8% des inscrits sur les listes \u00e9lectorales qui ne couvrent pas la moiti\u00e9 de la population tunisienne (12 millions environ). L\u2019inefficience du travail parlementaire r\u00e9v\u00e8le que l\u2019offre de ce \u00ab\u00a0r\u00e9gime d\u2019assembl\u00e9e\u00a0\u00bb, propuls\u00e9e apr\u00e8s des d\u00e9cennies de gel autoritaire, instable et actionn\u00e9e par des moyens opaques, est un outil inadapt\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 mouvante.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019apparente fluidit\u00e9 institutionnelle traduit l\u2019\u00e9nergie d\u2019acteurs surgis de partout, apr\u00e8s une longue hibernation, et accapar\u00e9s par la comp\u00e9tition imm\u00e9diate. Ces processus isolent les forces en concurrence dans leurs desseins \u00e9lectoralistes tout en les coupant des besoins \u00e9conomiques et sociaux d\u2019un pays qui s\u2019est pourtant soulev\u00e9 contre les in\u00e9galit\u00e9s structurelles, le manque de perspectives de travail \u2013 notamment pour les dipl\u00f4m\u00e9s \u2013 les dysfonctionnements de la justice, l\u2019absence des libert\u00e9s et de droits sociaux. La corruption prend des formes syst\u00e9miques, l\u2019\u00e9branlement de 2011 ayant affaibli l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique, augment\u00e9 la part de l\u2019informel dans le tissu \u00e9conomique et la pr\u00e9\u00e9minence des privil\u00e8ges acquis.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La r\u00e9gularit\u00e9 et la densit\u00e9 des mouvements sociaux (un millier par mois) t\u00e9moignent des malaises qui rongent le pays et de la persistance des frustrations de pans marginalis\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9. Une des mobilisations les plus longues (depuis 2016) et les plus significatives de ces derni\u00e8res ann\u00e9es est celle du Kamour, dans le Sud, en pleine r\u00e9gion p\u00e9troli\u00e8re. L\u00e0, comme ailleurs, des habitants r\u00e9clament le droit \u00e0 la dignit\u00e9 (<em>karama<\/em>) brandi dans les soul\u00e8vements de 2010\/2011 et toujours sans contenu concret.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_17715.jpg\" width=\"415\" height=\"502\" \/><\/p>\n<h3 align=\"justify\">Cr\u00e9ativit\u00e9s et freins<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Une des cons\u00e9quences dont je peux t\u00e9moigner est celle de mon rapport \u00e0 l\u2019\u00e9crit, jusque l\u00e0 cantonn\u00e9 \u00e0 une pratique professionnelle d\u2019universitaire francophone dans un pays anciennement colonis\u00e9 par la France. \u00c0 la faveur du d\u00e9verrouillage, j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 un blog en juin 2011, m\u2019exer\u00e7ant \u00e0 lire l\u2019actualit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019histoire puis orientant mon travail de consignation vers le terrain culturel et \u00e9ditorial, en plein essor. Suivre la production intellectuelle tunisienne m\u2019a amen\u00e9e \u00e0 mieux comprendre ce co-linguisme qui mod\u00e8le les fa\u00e7ons d\u2019\u00e9changer, d\u2019\u00e9crire et de penser de plus d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, avant et apr\u00e8s la mienne, baignant dans des cultures contig\u00fces, d\u00e9cal\u00e9es, en osmose et\/ou en conflit, se parlant entre les lignes, en dialogue ou en discorde.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019\u00e9mancipation de la parole qui r\u00e8gne depuis 2011 me confirme dans ce diagnostic qui constitue, \u00e0 mes yeux, une des ressources de la vie politique et culturelle tunisienne. L\u2019espace public s\u2019est en effet enrichi et diversifi\u00e9 avec la suppression de la censure, qui a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9largir les modes d\u2019expression, \u00e0 multiplier les contenus et \u00e0 varier les formes de transmission. Malgr\u00e9 le manque de moyens, la bureaucratie et l\u2019absence d\u2019infrastructures, une \u00e9bullition cr\u00e9atrice a touch\u00e9 l\u2019ensemble des domaines\u00a0culturels : litt\u00e9ratures en langue arabe et fran\u00e7aise, films documentaires et de fiction, courts et longs m\u00e9trages, approches musicales vari\u00e9es, propositions th\u00e9\u00e2trales, essor de talents photographiques, innovations digitales, d\u00e9veloppement des supports vid\u00e9o\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La production s\u2019envole sans toutefois conna\u00eetre la diffusion et la r\u00e9ception souhait\u00e9es, notamment sur le territoire tunisien. Les canaux de m\u00e9diation et de valorisation durable (laboratoires, mus\u00e9es, expositions\u2026) manquent \u00e0 l\u2019appel. Les in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9gionales persistant, cette cr\u00e9ativit\u00e9 est loin d\u2019irriguer un pays toujours priv\u00e9 de politiques publiques qui le doteraient d\u2019emplois locaux, de moyens de transport adapt\u00e9s, de s\u00e9curit\u00e9 dans les lieux publics, de libert\u00e9 d\u2019entreprendre et de circuler. Ces pr\u00e9-requis tardant \u00e0 advenir, on voit persister les mouvements de migration des jeunes, qui partent de fa\u00e7on l\u00e9gale ou irr\u00e9guli\u00e8re, d\u00e9courag\u00e9s par le manque d\u2019horizon, de libert\u00e9s individuelles et l\u2019absence de respect de la part des autorit\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La crise sanitaire de 2020 d\u00e9voile plus cr\u00fbment l\u2019\u00e9ternelle disparit\u00e9 entre les \u00e9quipements et ressources dans les r\u00e9gions, les lourdeurs des investissements, l\u2019inadaptation des lois, la rigidit\u00e9 des capitaux envers les secteurs agricoles et culturels, pourtant prometteurs et g\u00e9n\u00e9rateurs d\u2019emplois. L\u2019accroissement des in\u00e9galit\u00e9s favorise les m\u00e9contentements populaires et le sentiment d\u2019injustice sociale qui couve dans les esprits, assombrit les perspectives et envenime la vie et les relations publiques et priv\u00e9es, jusqu\u2019\u00e0 la violence.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je terminerai ce tableau contrast\u00e9 par deux indices qui ont mis dix ans \u00e0 pointer, dans des fiefs dissimul\u00e9s par l\u2019inertie : le fr\u00e9missement du secteur judiciaire jusque-l\u00e0 paralys\u00e9 par son ob\u00e9issance au politique et des pratiques de concussion et un d\u00e9but de mobilisation pour l\u2019environnement, \u00e0 la suite du scandale des d\u00e9chets italiens d\u00e9barqu\u00e9s dans le port de Sousse, en d\u00e9cembre 2020.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019historienne que je suis a choisi de faire des \u00e9v\u00e9nements encore frais dans les m\u00e9moires une mati\u00e8re p\u00e9dagogique, sur la base des traces qui existent et qui sont \u00e0 notre port\u00e9e. Internet offre pour l\u2019instant l\u2019opportunit\u00e9 de revenir sur ce pass\u00e9 et permet aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations de s\u2019interroger sur les vid\u00e9os, les slogans, les images et les \u00e9crits issus de cette d\u00e9cennie particuli\u00e8re. Les sources disponibles sur cette histoire proche sont dignes d\u2019\u00eatre \u00e9tudi\u00e9es et compar\u00e9es afin de restituer le fil de ce qui est advenu, tout en contribuant \u00e0 former l\u2019indispensable esprit critique dont l\u2019enseignement, secteur \u00e9galement \u00e0 la d\u00e9rive, a besoin.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23992.jpg\" width=\"565\" height=\"424\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em>Hypo-crie<\/em>, art mural d&rsquo;Oum\u00e9ma Bouassida, Markez Chaker, Sfax, 2016<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span class=\"auteur\">Kmar Bendana \u0643\u0645\u0627\u0631 \u0628\u0646\u062f\u0627\u0646\u0627<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Source: <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=30508\">Tlaxcala<\/a>, le 13 janvier 2021<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Traductions disponibles: <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2021\/01\/20\/tunez-2011-2021-una-historia-a-seguir\/\">Espa\u00f1ol<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Publi\u00e9 par <a href=\"http:\/\/: https:\/\/aoc.media\/analyse\/2021\/01\/13\/tunisie-2011-2021-une-histoire-a-suivre\/\">AOC<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9gularit\u00e9 et la densit\u00e9 des mouvements sociaux (un millier par mois) t\u00e9moignent des malaises qui rongent le pays et de la persistance des frustrations de pans marginalis\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":773,"featured_media":23413,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[218],"tags":[11792,11795,11790,11791,11794,89,98],"coauthors":[11793],"class_list":["post-23410","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-monde","tag-de-la-dictadura-a-la-democracia","tag-de-la-dictature-a-la-democratie","tag-kmar-bendana","tag-revolucion-tunecina","tag-revolution-tunisienne","tag-tunez","tag-tunisie"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23410","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/773"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23410"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23410\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23417,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23410\/revisions\/23417"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23413"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23410"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23410"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23410"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=23410"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}