{"id":23110,"date":"2021-01-02T17:54:23","date_gmt":"2021-01-02T17:54:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=23110"},"modified":"2021-01-27T20:11:16","modified_gmt":"2021-01-27T20:11:16","slug":"23110","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2021\/01\/02\/23110\/","title":{"rendered":"L&rsquo;ann\u00e9e de la peste"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La peste de l&rsquo;ann\u00e9e bissextile 2020 n&rsquo;a pas am\u00e9lior\u00e9 l&rsquo;humanit\u00e9, comme le croyaient certains optimistes. Elle l&rsquo;a montr\u00e9e dans sa dimension r\u00e9elle\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des d&rsquo;\u00eatres puissants, propri\u00e9taires du monde, et de l\u2019autre, ceux qui, en plus d&rsquo;\u00eatre li\u00e9s aux cha\u00eenes de consommation, aux manques et aux in\u00e9galit\u00e9s dans la distribution des richesses, ont \u00e9t\u00e9 plong\u00e9s dans la peur et le caract\u00e8re p\u00e9remptoire de l&rsquo;isolement. Ou, comme l&rsquo;historien Jean Delumeau l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 dit il y a longtemps, \u00ab\u00a0le temps de la peste est le temps de la solitude forc\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_22804.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_22804.jpg\" width=\"523\" height=\"289\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Banlieue populaire de Medellin, 2020<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Et il y a des solitudes de solitudes. Celles des plus pauvres, des oubli\u00e9s, sont ingrates. Douloureuses. Ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9 dans une sorte de taudis, un espace carc\u00e9ral, que dans un petit palais ou une maison avec tout le confort. La peste a rendu l&rsquo;existence de ceux qui n&rsquo;ont rien plus douloureuse. Et plus encore, celle de ceux qui, dans un moment de crise due \u00e0 la faim, ont mis les drapeaux rouges de la d\u00e9faite \u00e0 leurs fen\u00eatres &#8211; peut-\u00eatre avec honte.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La peste a fait croire \u00e0 certains que le n\u00e9olib\u00e9ralisme, ce grand producteur de pauvres et promoteur des fortunes d&rsquo;une minorit\u00e9 de riches extravagants, allait entrer en crise. Rien de tout cela. Il semble qu&rsquo;il en soit ressorti plus fort, du moins dans des pays comme le n\u00f4tre (la Colombie), appauvri dans les campagnes, d\u00e9sindustrialis\u00e9, o\u00f9 une lumpen-bourgeoisie s\u2019en donne \u00e0 c\u0153ur joie, se partage le tr\u00e9sor public, se moque de la loi (qu&rsquo;elle fait elle-m\u00eame) et m\u00e9prise les travailleurs de mani\u00e8re inf\u00e2me, dont elle se moque avec un salaire minimum qui pue.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Cette ann\u00e9e dystopique, qui a commenc\u00e9 sous d&rsquo;autres latitudes avec des gens qui chantaient sur les balcons, avec des messages \u00e9dulcor\u00e9s disant que tout irait mieux apr\u00e8s, avec des conneries du genre \u00ab\u00a0une fois la peste pass\u00e9e, on va tous s\u2019embrasser\u00a0\u00bb, fortifiant ainsi le pouvoir \u00e9tabli. Il y a eu aussi ceux qui, dans des attaques d&rsquo;animosit\u00e9 et de confiance, ont pr\u00e9dit qu&rsquo;il y aurait une sorte de renaissance de l&rsquo;\u00c9tat providence et que le capitalisme subirait des fissures irr\u00e9parables. Et bien que la peste ne soit pas termin\u00e9e, un an apr\u00e8s son apparition, le nouvel ordre est celui de la peur, de la surveillance et du contr\u00f4le.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La peste a transform\u00e9 la plan\u00e8te en un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Panoptique\">panoptique<\/a> dans lequel le pouvoir exerce sa domination \u00e0 volont\u00e9. Les transnationales continuent de r\u00e9gner. Les magnats de la banque sourient aux profits, tandis que les plus d\u00e9munis sombrent dans diverses formes de d\u00e9sespoir et de d\u00e9tresse. La seule assurance pour des millions de personnes d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;incertitude. Le bissextil nous a enferm\u00e9s, mis en quarantaine, confin\u00e9s. Et depuis le confinement, on a pu constater que ce pouvoir, cette entit\u00e9 concr\u00e8te et r\u00e9pugnante, chevauchait sur les \u00e9paules des condamn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;appauvrissement.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ou n&rsquo;est-ce pas ce qui s&rsquo;est pass\u00e9, par exemple, aux USA, en particulier dans des villes comme New York, o\u00f9 des milliers de travailleurs ont p\u00e9ri, ceux qui doivent accomplir les t\u00e2ches les plus difficiles, les Noirs, les immigrants, ceux qui savent en fait ce qu&rsquo;est le \u00ab\u00a0r\u00eave am\u00e9ricain\u00a0\u00bb : un cauchemar. Le m\u00eame que celui que le coronavirus a propuls\u00e9 \u00e0 des niveaux terrifiants.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce fut une ann\u00e9e de d\u00e9couragement pour presque tout le monde. Elle n&rsquo;a pas (plus) \u00e9t\u00e9 celle de l&rsquo;humanit\u00e9 partag\u00e9e, bien qu&rsquo;il y ait eu des milliers de cas de solidarit\u00e9, d&rsquo;attention aux autres, d&rsquo;amour et d&rsquo;aide pour l&rsquo;autre qui \u00e9tait dans une situation pire. Au contraire, surtout dans des pays comme la Colombie, les \u00e9normes diff\u00e9rences entre les classes sociales ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9es. Avec un gouvernement antipopulaire qui favorise quelques privil\u00e9gi\u00e9s, dans ce pays d&rsquo;injustices, le foss\u00e9 des in\u00e9galit\u00e9s s&rsquo;est encore creus\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Alors qu\u2019\u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 2019, en Colombie, il y avait eu une vague retentissante de protestations des paysans, des \u00e9tudiants, des travailleurs, des ch\u00f4meurs et d&rsquo;autres secteurs populaires, avec des gr\u00e8ves et des marches, la pand\u00e9mie a produit un reflux dans les expressions massives de r\u00e9sistance contre un r\u00e9gime d\u2019une b\u00eatise sans limites. Cependant, dans un contexte d&rsquo;isolement et de souci d&rsquo;\u00e9viter la contagion, 2020 a \u00e9galement vu des manifestations de m\u00e9contentement dans le pays contre les abus officiels.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L&rsquo;ann\u00e9e de la peste, 2020, a prouv\u00e9 que la pand\u00e9mie universelle, dans des pays comme le n\u00f4tre, a accru les diff\u00e9rences sociales abyssales et le malheur d&rsquo;avoir un mod\u00e8le \u00e9conomique qui favorise la pauvret\u00e9 pour beaucoup et l&rsquo;enrichissement pour quelques-uns. Il a \u00e9galement montr\u00e9 comment la d\u00e9tresse et la mis\u00e8re se sont accrues pour les classes inf\u00e9rieures et moyennes, pour les petits et moyens entrepreneurs, pour les agriculteurs et, bien s\u00fbr, pour une masse \u00e9norme de ch\u00f4meurs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La pand\u00e9mie a eu quelques avantages, par exemple, celui de nous ramener (enfin, cela concerne une minorit\u00e9) \u00e0 Thucydide, Boccace, Daniel Defoe, Poe, Camus, Mann, et d&rsquo;autres \u00e9crivains et historiens qui ont racont\u00e9 les pestes et les maladies. Ce bissextil de la peste et de la mort a de toute fa\u00e7on \u00e9t\u00e9 une ann\u00e9e de tristesse. Et d&rsquo;images douloureuses comme celles des drapeaux de la faim d\u00e9fra\u00eechis accroch\u00e9s \u00e0 certaines fen\u00eatres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23922.jpg\" alt=\"\" width=\"543\" height=\"389\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Michel Serre, <em>Vue du Cours pendant la peste de 1720, 1721<\/em>, huile sur toile, 317 x 440 cm MARSEILLE, MUS\u00c9E DES BEAUX-ARTS. \u00a9VILLE DE MARSEILLE\/RMN-GP \/Michel Serre (n\u00e9 Miquel Serra i Arb\u00f3s dans la ville catalane de Tarragone)<\/strong><br \/>\n<strong>40 000 personnes &#8211; la moiti\u00e9 de la population de la ville &#8211; sont mortes de la peste \u00e0 Marseille en 1720.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Reinaldo Spitaletta <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><strong><span class=\"navigation_cadre\" style=\"font-size: 14pt;\">Original: <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2021\/01\/02\/23110\/\">El a\u00f1o de la peste<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Traduit par <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2&amp;lg_pp=es\"><span class=\"auteur\">Fausto Giudice \u0424\u0430\u0443\u0441\u0442\u043e \u0414\u0436\u0443\u0434\u0438\u0447\u0435 \u0641\u0627\u0648\u0633\u062a\u0648 \u062c\u064a\u0648\u062f\u064a\u0634\u064a<\/span><\/a><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Traductions disponibles: <span class=\"navigation_cadre\"><a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=30634\">English<\/a>\u00a0 <\/span><br \/>\n<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=30417\">Tlaxcala<\/a>, le 1<sub>er<\/sub> janvier 2021<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce bissextil de la peste et de la mort a de toute fa\u00e7on \u00e9t\u00e9 une ann\u00e9e de tristesse. Et d&rsquo;images douloureuses comme celles des drapeaux de la faim d\u00e9fra\u00eechis accroch\u00e9s \u00e0 certaines fen\u00eatres.<\/p>\n","protected":false},"author":20,"featured_media":17250,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[8437,8531,519],"coauthors":[265],"class_list":["post-23110","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-editoriales-y-opiniones","tag-capitalovirus","tag-crisis-del-coronavirus","tag-reinaldo-spitaletta"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23110","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/20"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23110"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23110\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23114,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23110\/revisions\/23114"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17250"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23110"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23110"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23110"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=23110"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}