{"id":21479,"date":"2020-10-06T16:57:08","date_gmt":"2020-10-06T16:57:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=21479"},"modified":"2020-10-06T19:59:23","modified_gmt":"2020-10-06T19:59:23","slug":"van-gogh-y-nosotros-un-perro-enfermo-en-una-gran-ciudad-un-relato-ruso","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2020\/10\/06\/van-gogh-y-nosotros-un-perro-enfermo-en-una-gran-ciudad-un-relato-ruso\/","title":{"rendered":"Van Gogh et nous : un chien malade dans une grande ville <i>  Un r\u00e9cit russe<\/i>"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce texte de la journaliste russe assassin\u00e9e le 7 octobre 2006 est paru dans le journal Novaya Gazeta en septembre 2005. La version fran\u00e7aise ci-dessous est extraite du livre \u00ab\u00a0Qu&rsquo;ai-je fait\u00a0\u00bb publi\u00e9 en 2008 par Buchet Chastel dans une traduction de Galia et Ada Ackermann<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em><span style=\"font-size: 12pt;\">Un chien malade nous fait comprendre \u00e0 quel point l&rsquo;argent nous rend f\u00e9roce<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignright\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23336.jpg\" width=\"387\" height=\"269\" \/>N<span style=\"font-size: 12pt;\">otre chien est mort l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de quinze ans. Pour un doberman, notre fid\u00e8le Martin \u00e9tait\u00a0 un centenaire. Ce merveilleux animal nous avait fid\u00e8lement prot\u00e9g\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du bordel perestro\u00efkiste, puis \u00e0 celle du banditisme total intrins\u00e8quement li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;accumulation du capital et enfin \u00e0 celle de l&rsquo;effondrement actuel des libert\u00e9s, quand vivre est redevenu dangereux. A lui seul, c&rsquo;\u00e9tait une foule de garde du corps : il adorait les siens, sentait imm\u00e9diatement les gens mal intentionn\u00e9s et ne les laissait pas nous approcher, sans jamais mordre cependant personne. Devant les yeux de Martin,\u00a0 nous nous chamaillions, faisions la paix, devenions intimes, nous s\u00e9parions. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas toujours beau \u00e0 voir, mais il nous aimait follement, quoi qu&rsquo;il arrive&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Avec sa mort, ce fut le d\u00e9but de nos souffrances, car il s&rsquo;av\u00e9ra que Martin \u00e9tait notre drogue dure, notre philtre d&rsquo;amour, notre source de joie intarissable. M\u00eame moribond, il relevait ses paupi\u00e8res, remuait le moignon de sa queue et nous souriait.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s sa mort, nous h\u00e9berge\u00e2mes deux chats et un gentil perroquet. On n&rsquo;avait pas \u00e0 se plaindre car ce petit monde \u00e9tait bien sympathique, mais chaque soir, en l&rsquo;absence d&rsquo;un chien, nous \u00e9tions comme en manque sentimental.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Mes enfants trouv\u00e8rent une belle offre sur Internet. Primo, il s&rsquo;agissait d&rsquo;un chiot qui ne ressemblait pas \u00e0 Martin &#8211; pour nous, c&rsquo;\u00e9tait une question de principe. Secundo, il avait des poils courts, auxquels nous \u00e9tions habitu\u00e9s. Et tertio, d&rsquo;apr\u00e8s tous les renseignements, les bloodhounds \u00e9taient une esp\u00e8ce sympathique, amicale.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Nous nous rendons au chenil. L&rsquo;\u00e9leveuse ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter : \u00ab\u00a0C&rsquo;est un miracle de chien. Le meilleur de la port\u00e9e.\u00a0\u00bb Entre-temps, le \u00ab\u00a0meilleur\u00a0\u00bb n&rsquo;arr\u00eate pas de pisser.\u00a0 Mais il est tr\u00e8s c\u00e2lin et fait son num\u00e9ro de charme : prenez-moi, s&rsquo;il vous pla\u00eet&#8230; C&rsquo;est ce qui nous d\u00e9cide : il nous a trop suppli\u00e9s. Pour nous rassurer, l&rsquo;\u00e9leveuse nous baratine : \u00ab\u00a0A quatre mois, il a encore le droit de pisser partout.\u00a0\u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">A la maison, on donna au chien le nom de Van Gogh. Mais on d\u00e9couvrit rapidement qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas simplement un chien pisseur, mais une v\u00e9ritable machine \u00e0 produire de l&rsquo;urine. Et voici ce qui \u00e9tait bizarre : il faisait une flaque d\u00e8s qu&rsquo;il voyait un homme. D&rsquo;accord, on a arr\u00eat\u00e9 d&rsquo;inviter des hommes \u00e0 la maison, en esp\u00e9rant que cela allait le rassurer. On n&rsquo;osait pas non plus \u00e9lever la voix pour le gronder, ne serait-ce que d&rsquo;un demi-ton : car cela produisait non pas une flaque, mais une rivi\u00e8re. Et d\u00e8s qu&rsquo;il faisait une flaque \u00e0 la maison, il commen\u00e7ait \u00e0 se d\u00e9mener, \u00e0 se cacher et, pis, \u00e0 laper sa propre urine pour en effacer les traces. Se promener? Van Gogh d\u00e9testait la rue &#8211; tout l&rsquo;insupportait, et le seul moment joyeux de la promenade \u00e9tait le retour \u00e0 la maison. Sa queue se dressait et remuait d\u00e8s que nous franchissions le seuil de chez nous. Notre maison \u00e9tait en passe de devenir sa forteresse qu&rsquo;il aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne jamais quitter.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">A la clinique v\u00e9t\u00e9rinaire, on nous pr\u00e9cisa que le chiot n&rsquo;avait pas quatre mois, mais cinq au bas mot. Pourquoi l&rsquo;\u00e9leveuse nous avait-elle menti ? On nous l&rsquo;expliqua : \u00ab\u00a0C&rsquo;est pour que vous le preniez. Les gens n&rsquo;aiment pas prendre les chiens adultes, car on leur a d\u00e9j\u00e0 appris des choses, et pas toujours les bonnes.\u00a0\u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">C&rsquo;\u00e9tait s\u00fbrement vrai pour Van Gogh. En plus, le v\u00e9t\u00e9rinaire trouva des calculs urinaires dans sa vessie. Les recherches de lithiase cout\u00e8rent douze mille roubles [environ 400 dollars, le salaire mensuel d&rsquo;Anna]. Les antibiotiques n\u00e9cessaires pour traiter sa forte inflammation en co\u00fbt\u00e8rent deux mille de plus. Le m\u00e9decin nous expliqua qu&rsquo;une lithiase \u00e0 un \u00e2ge aussi bas \u00e9tait due aux terribles \u00e9conomies qu&rsquo;on fait souvent dans les chenils : les \u00e9leveurs donnent \u00e0 manger n&rsquo;importe quoi aux chiots en pleine croissance, ce qui provoque un mauvais m\u00e9tabolisme. Car la seule chose qui compte, c&rsquo;est de vendre rapidement l&rsquo;animal en embobinant les futurs propri\u00e9taires. Et <i>ciao !<\/i> Les propri\u00e9taires de chenils pr\u00e9tendent aimer les animaux, mais en r\u00e9alit\u00e9, ils g\u00e2chent les bonnes races. Et c&rsquo;est irr\u00e9versible, conclut le v\u00e9t\u00e9rinaire.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Ir-r\u00e9-ver-sible&#8230; C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re allusion \u00e0 ce qui nous attendait. Entre-temps, on s&rsquo;aper\u00e7ut que Van Gogh s&rsquo;accrochait \u00e0 nous comme \u00e0 un radeau. Il avait de plus en plus peur de chaque personne qui nous rendait visite. Et cet effroi grandissait litt\u00e9ralement avec lui, tournant \u00e0 l&rsquo;obsession. Imaginez le tableau : quelqu&rsquo;un m&rsquo;approche dans la rue, et Van Gogh essaie de se cacher derri\u00e8re mon dos. Un gros cl\u00e9bard aux pattes puissantes ! Il n&rsquo;aboie pas, il ne hurle pas, il d\u00e9visage simplement l&rsquo;\u00e9tranger avec une telle horreur qu&rsquo;on est saisi d&rsquo;horreur soi-m\u00eame.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Nous fin\u00eemes par comprendre : il avait peur qu&rsquo;on le ramasse. Et dans le pass\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait des hommes qui l&rsquo;avaient d\u00e9j\u00e0 ramass\u00e9. Les hommes \u00e9taient devenus ses ennemis. De fa\u00e7on ir-r\u00e9-ver-sible.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Le tableau se clarifiait : nous avions pris un chien avec des probl\u00e8mes psychiques s\u00e9rieux. Quoi de pire ? Au lieu de protecteur, nous avions un assist\u00e9.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Je passe un coup de fil \u00e0 l&rsquo;\u00e9leveuse : quel est le pass\u00e9 du chien ? Je n&rsquo;appelle pas pour des r\u00e9clamations, mais pour aider l&rsquo;animal. Et l&rsquo;\u00e9leveuse c\u00e8de : avant nous, on l&rsquo;avait pris deux fois puis rendu. Elle n&rsquo;est pas au courant des circonstances exactes, mais on l&rsquo;a battu, c&rsquo;est certain. On l&rsquo;a effray\u00e9. Puis rejet\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23320.jpg\" width=\"554\" height=\"249\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">On d\u00e9cida alors de chercher des psychologues et des dresseurs qui travaillent avec des chiens de fa\u00e7on individuelle. Sur le march\u00e9 des psychologues pour animaux, on ne trouva rien \u00e0 moins de cinquante dollars la visite. A ce prix, on pouvait obtenir un conseil pour des situations particuli\u00e8res : vacances, sortie \u00e0 la campagne, changement d&rsquo;appartement, de ville, de pays&#8230; On ne donnait pas plus d&rsquo;un conseil \u00e0 la fois pour le prix affich\u00e9.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">H\u00e9las ! ce service nous \u00e9tait interdit pour de basses raisons mat\u00e9rielles. Impossible.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">On se rua vers des dresseurs professionnels. Katia de la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0Chien sage\u00a0\u00bb (ou peut-\u00eatre \u00ab\u00a0Bon ami\u00a0\u00bb), qui faisait bon poids avec cinq cents roubles l&rsquo;heure, nous informa qu&rsquo;elle travaillait uniquement avec les \u00ab\u00a0chiens de l&rsquo;\u00e9lite\u00a0\u00bb (il ne s&rsquo;agissait pas de chiens de race, mais d&rsquo;animaux appartenant aux gens riches) et qu&rsquo;elle affichait complet. N\u00e9anmoins, elle finit par nous fixer une s\u00e9ance \u00e0 sept heures du matin. Elle arriva ensommeill\u00e9e, mais se mit \u00e0 me donner des ordres : va ici, fais ceci. Ses instructions n&rsquo;avaient rien d&rsquo;\u00e9litiste : elle r\u00e9p\u00e9tait le B.A-BA d&rsquo;un dressage ordinaire.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Un quart d&rsquo;heure avant la fin de la s\u00e9ance, Katia, malgr\u00e9 sa tenue plut\u00f4t altermondialiste &#8211; pulle noir, grosses baskets, bandana &#8211; exigea, de fa\u00e7on tout \u00e0 fait capitaliste, qu&rsquo;on lui paie les cinq cents roubles. Lorsque je remarquai qu&rsquo;elle \u00e9tait cens\u00e9e travailler encore un quart d&rsquo;heure avec le chien, elle fit juste une moue m\u00e9prisante. Nous ne nous sommes plus revues. Pour quoi faire ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">La deuxi\u00e8me puis la troisi\u00e8me dresseuse personnelle furent en tout point identiques \u00e0 la premi\u00e8re, mais \u00e0 un tarif plus \u00e9lev\u00e9 : sept cents et neuf cents roubles pour une heure tronqu\u00e9e.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">On ne pouvait continuer \u00e0 jeter l&rsquo;argent par les fen\u00eatres, d&rsquo;autant plus que la vessie de Van Gogh co\u00fbtaient des milliers de roubles. Et la vie continua comme avant. Van Gogh avait une peur panique de tout, et je le prot\u00e9geais. Je le prot\u00e9geais des hommes, des objets inconnus, des grincements de portes de garage dans la cour, et de nouveau, des hommes&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il devenait adulte, les probl\u00e8mes s&rsquo;accumulaient. Pour parvenir jusqu&rsquo;\u00e0 un terrain pour chiens pr\u00e8s de chez nous, il nous fallait emprunter un passage clout\u00e9, sans feux, en \u00e9vitant de justesse les voitures qui n&rsquo;ont pas l&rsquo;habitude de ralentir. \u00c0 l&rsquo;approche du passage, Van Gogh tombait de panique sur ses quatre pattes, et je le tirais comme un tra\u00eeneau &#8211; ses quarante ou cinquante kilos de masse faisant r\u00e9sistance &#8211; entre les automobiles. Un aller-retour sur le passage clout\u00e9, et ma tension faisait un sacr\u00e9 bond. Mais un chien avec un mauvais m\u00e9tabolisme, une lithiase et des probl\u00e8mes de socialisation se doit de se promener parmi ses semblables !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">En fin de compte, je d\u00e9cide de transporter Van Gogh dans ma voiture. Sur le terrain, il court peureusement parmi les autres chiens, mais il joue parfois avec eux. Il bouge, il renifle, il s&rsquo;habitue. Cependant, la plupart du temps, il reste pr\u00e8s de la palissade et regarde notre bagnole avec angoisse. D\u00e8s que j&rsquo;ouvre la porti\u00e8re, il saute vivement sur le si\u00e8ge arri\u00e8re. Il adore se d\u00e9placer et m\u00eame rester assis dans la voiture. Ce petit espace clos &#8211; o\u00f9 il est pr\u00e9serv\u00e9 du monde et se retrouve t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec sa propri\u00e9taire &#8211; est son territoire le plus confortable. Il se calme aussit\u00f4t, contemple avec plaisir le monde ext\u00e9rieur, presse ses oreilles contre la vitre et peut m\u00eame s&rsquo;endormir &#8211; toutes ses craintes sont derri\u00e8re lui. A l&rsquo;arriv\u00e9e, il saute de la voiture et se pr\u00e9cipite dans le hall de l&rsquo;immeuble, vers l&rsquo;ascenseur, vers l&rsquo;appartement. Tout va bien : ma maison est son bastion.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Ma tension se normalise. Alors que faire de lui ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Les v\u00e9t\u00e9rinaires me le disent droit dans les yeux : il faut l&rsquo;euthanasier. Mes amis ne sont pas en reste : pourquoi souffrir ? Le chien n&rsquo;est pas un humain&#8230; Donne-le quelque part&#8230; Mais c&rsquo;est encore le discours \u00e9vasif de l&rsquo;intelligentsia. Au fond, cela revient \u00e0 l&rsquo;euthanasier. Car qui va s&rsquo;occuper de ce chien hormis ceux qui se sont d\u00e9j\u00e0 attach\u00e9s \u00e0 cette cr\u00e9ature aux longues oreilles et aux yeux tristes et qui n&rsquo;est coupable de rien ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Le monde devenu cruel \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des invalides (handicap\u00e9s, orphelins, malades), l&rsquo;est aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des animaux. C&rsquo;est naturel, cela ne peut \u00eatre autrement. Lorsque tu as un chien malade au bout de la laisse, tu comprends \u00e0 quel point l&rsquo;odeur de l&rsquo;argent nous a rendus f\u00e9roces.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Je n&rsquo;appartiens pas au club des cynophiles extr\u00e9mistes qui pr\u00e9f\u00e8rent les chiens aux gens. Moi, quoi qu&rsquo;il arrive, j&rsquo;aime les gens plus que les chiens. Mais je ne sais pas abandonner. Et surtout, je ne puis abandonner un \u00eatre vivant qui ne survivra pas \u00e0 une nouvelle trahison. Sans moi, il mourra. Il est enti\u00e8rement en mon pouvoir, jusqu&rsquo;au dernier poil de sa longue oreille soyeuse. De m\u00eame qu&rsquo;il aurait \u00e9t\u00e9 sous la coupe de n&rsquo;importe quel autre ma\u00eetre. C&rsquo;est le monde des riches qui engendre la caste de plus en plus nombreuse des chiens abandonn\u00e9s. Ils ach\u00e8tent des Van Gogh comme des jouets &#8211; on a jou\u00e9, on n&rsquo;a pas aim\u00e9, on lui a donn\u00e9 un coup de pied -. Qu&rsquo;il s&rsquo;estime heureux qu&rsquo;on le rende au chenil au lieu de le jeter dans la rue. Ces gens ne sentent ni la valeur de l&rsquo;argent, ni celle d&rsquo;une \u00e2me vivante qui se livre enti\u00e8rement \u00e0 eux.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Certes les gens riches ne sont pas tous mauvais, certes, les v\u00e9t\u00e9rinaires ne sont pas tous des profiteurs. Mais comment se fait-il que des meutes enti\u00e8res de chiens de race r\u00f4dent dans des cours d&rsquo;immeubles moscovites ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">C&rsquo;est de nouveau le soir. Je tourne la cl\u00e9 dans la porte, et Van Gogh se jette vers moi. M\u00eame s&rsquo;il a mal au ventre, m\u00eame s&rsquo;il est en plein sommeil, m\u00eame s&rsquo;il est en train de manger&#8230; La source d&rsquo;une joie intarissable. Tout le monde peut t&rsquo;abandonner, se f\u00e2cher contre toi &#8211; le chien, lui, ne cessera pas de t&rsquo;aimer.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Je le prends, je l&rsquo;am\u00e8ne vers la voiture pour aller au terrain, je saute pr\u00e8s de lui pour qu&rsquo;il se mette \u00e0 sauter avec d&rsquo;autres chiens, je lui montre comment jouer avec eux. Je fais avec lui une course d&rsquo;obstacles pour l&rsquo;aider \u00e0 combattre sa peur, je l&rsquo;entra\u00eene vers d&rsquo;autres hommes, je prends leur main pour caresser les oreilles de Van Gogh et je le rassure : tu n&rsquo;as pas \u00e0 craindre cette main, mon chien&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><em><span style=\"font-size: 12pt;\">NdT<\/span><\/em><br \/>\n<em><span style=\"font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s la mort d&rsquo;Anna, Van Gogh a continu\u00e9 de vivre avec ses enfants. Sa sant\u00e9 s&rsquo;est r\u00e9tablie, mais il reste peureux.<\/span><\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span class=\"auteur\" style=\"font-size: 14pt;\"> <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=7450&#038;lg_pp=fr\">Anna Politkovskaya \u0410\u043d\u043d\u0430 \u041f\u043e\u043b\u0438\u0442\u043a\u043e\u0432\u0441\u043a\u0430\u044f (1958-2006)<\/a> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span class=\"navigation_cadre\" style=\"font-size: 14pt;\">Original: <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=29748\">\u0411\u043e\u043b\u044c\u043d\u0430\u044f \u0441\u043e\u0431\u0430\u043a\u0430 \u0432 \u0431\u043e\u043b\u044c\u0448\u043e\u043c \u0433\u043e\u0440\u043e\u0434\u0435<br \/>\n<i>\u0421\u044e\u0436\u0435\u0442\u044b<\/i><\/a><br \/>\n<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span class=\"navigation_cadre\" style=\"font-size: 14pt;\">Traductions<\/span><\/strong><span class=\"navigation_cadre\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\"> disponibles : <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=29749\">English<\/a>\u00a0 <a href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=29750\">Italiano<\/a>\u00a0 <\/span><\/strong><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Espa\u00f1ol<\/span><\/strong>\u00a0 <\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Source: Tlaxcala, le 4 octobre 2020<\/span><\/strong><\/p>\n<div id=\"ffenetremailtomailModal\" style=\"z-index: 20002;\">\n<div id=\"ffenetremailtopopupModalMail\">\n<div id=\"ffenetremailtotoModalClose\"><\/div>\n<div id=\"ffenetremailtopopupQuestion\">What do you want to do ?<\/div>\n<p><a id=\"ffenetremailtoemailOpen\"><\/a>New mail<button id=\"ffenetremailtobuttonEmail\">Copy<\/button><textarea id=\"ffenetremailtotextArea\"><\/textarea><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est de nouveau le soir. Je tourne la cl\u00e9 dans la porte, et Van Gogh se jette vers moi. M\u00eame s&rsquo;il a mal au ventre, m\u00eame s&rsquo;il est en plein sommeil, m\u00eame s&rsquo;il est en train de manger&#8230; La source d&rsquo;une joie intarissable. Tout le monde peut t&rsquo;abandonner, se f\u00e2cher contre toi &#8211; le chien, lui, ne cessera pas de t&rsquo;aimer.<\/p>\n","protected":false},"author":717,"featured_media":21482,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[10878,10877,10881,10880,10876],"coauthors":[10879],"class_list":["post-21479","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-literatura","tag-anna-politkovskaya","tag-dia-mundial-de-los-animales","tag-journee-mondiale-animaux","tag-le-chien-van-gogh","tag-perro-van-gogh"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21479","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/717"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21479"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21479\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21484,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21479\/revisions\/21484"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21482"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21479"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21479"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21479"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=21479"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}