{"id":21471,"date":"2020-10-06T19:08:55","date_gmt":"2020-10-06T19:08:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=21471"},"modified":"2020-10-06T20:00:35","modified_gmt":"2020-10-06T20:00:35","slug":"adios-al-ultimo-superviviente-espanol-de-los-campos-de-concentracion-nazis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2020\/10\/06\/adios-al-ultimo-superviviente-espanol-de-los-campos-de-concentracion-nazis\/","title":{"rendered":"Adieu au dernier survivant espagnol des camps de concentration nazis, Juan Romero"},"content":{"rendered":"<div id=\"ffenetremailtomailModal\" style=\"z-index: 20002;\">\n<div id=\"ffenetremailtopopupModalMail\">\n<div id=\"ffenetremailtotoModalClose\">\n<p>Le Cordouan Juan Romero s&rsquo;est \u00e9teint cette nuit dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff (Marne). Apr\u00e8s sa mort, il ne reste plus aucun des 9 300 Espagnols qui furent d\u00e9port\u00e9s dans les camps de concentration nazis.<\/p>\n<p><strong>Juan Romero sur une photo r\u00e9cente<\/strong>. Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne perd un morceau irrempla\u00e7able de son histoire. Il n&rsquo;en reste plus aucun. 75 ans et cinq mois apr\u00e8s la lib\u00e9ration des camps de concentration nazis, s&rsquo;est \u00e9teint le dernier Espagnol qui v\u00e9cut cet enfer et qui a pu en r\u00e9chapper pour le raconter. Le Cordouan de Torrecampo Juan Romero Romero a entrepris cette nuit son dernier voyage depuis la commune d&rsquo;A\u00ff (en Champagne) o\u00f9 il r\u00e9sidait depuis sept d\u00e9cennies. Il avait 101 ans et laissait derri\u00e8re lui une vie remplie de souffrances, d&rsquo;engagement et de lutte pour la libert\u00e9. Une vie o\u00f9 il a obtenu la reconnaissance de la France [<em>il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019Honneur en 2016, sa marraine \u00e9tant la r\u00e9sistante et ancienne d\u00e9port\u00e9e Yvette Lundy, NdE<\/em>]. Une vie o\u00f9 il dut attendre 101 ans pour que sa patrie lui rende hommage et le traite comme ce qu&rsquo;il fut\u00a0: un h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Juillet 2016: Yvette Lundy \u00e9pingle la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur au revers de Juan Romero. Photo L&rsquo;Union<\/p>\n<p><strong>Une vie de lutte<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 en avril 1919 \u00e0 Torrecampo (Cordoue), Juan Romero grandit au sein d&rsquo;une modeste famille de paysans. Le d\u00e9sir d&rsquo;en finir avec les immenses in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales qui r\u00e9gnaient dans l&rsquo;Espagne d&rsquo;alors le conduisit \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;Union G\u00e9n\u00e9rale des Travailleurs [syndicat proche du PSOE ]. \u00c2g\u00e9 de seulement 17 ans au moment du soul\u00e8vement militaire contre la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine, Juan s&rsquo;engage comme volontaire pour combattre les troupes fascistes. Il lutta au sein de la 33<sup>e<\/sup> Brigade Mixte dans la Sierra de Guadarrama, \u00e0 Brunete, Guadalajara et Teruel. La bataille de l&rsquo;Ebre fut particuli\u00e8rement dure pour Juan\u00a0: il dut traverser le fleuve sur une petite barque, pendant que les soldats franquistes tiraient sur lui depuis la rive. Beaucoup de ses camarades moururent. Juan fut bless\u00e9, mais, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre remis dans un h\u00f4pital de campagne, il rejoignit sa brigade. Devant l&rsquo;avance d\u00e9sormais irr\u00e9sistible des soldats franquistes, il franchit la fronti\u00e8re fran\u00e7aise en f\u00e9vrier 1939.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises l&rsquo;intern\u00e8rent, avec des milliers de ses compatriotes, dans le camp de concentration du Vernet d&rsquo;Ari\u00e8ge. Malgr\u00e9 les mauvais traitement re\u00e7us des autorit\u00e9s fran\u00e7aises, Juan d\u00e9cida de s&rsquo;enr\u00f4ler dans la L\u00e9gion Etrang\u00e8re pour recommencer \u00e0 combattre le fascisme dans la guerre qui s\u00a0&lsquo;annon\u00e7ait contre Hitler. Ce deuxi\u00e8me combat non plus ne se termina pas bien pour le lutteur cordouan. Dans l&rsquo;\u00e9t\u00e9 40, les troupes nazies le captur\u00e8rent et l&rsquo;envoy\u00e8rent dans le camp de prisonniers de guerre install\u00e9 dans la ville allemande de Luckenwalde (Brandebourg). C&rsquo;est dans ce cadre, o\u00f9 les droits humains et les conventions internationales \u00e9taient plus ou moins respect\u00e9s, qu&rsquo;il aurait d\u00fb passer le reste du conflit. Mais les discussions entre le r\u00e9gime franquiste et ses alli\u00e9s nazis provoqu\u00e8rent un changement dramatique dans le destin de tous les Espagnols qui, comme Juan, se trouvaient dans ces camps pour prisonniers de guerre. La Gestapo s&rsquo;occupa de les identifier un par un et les envoya dans les camps de concentration pour y exploiter leur travail et les exterminer.<\/p>\n<p><strong>Au seuil de la chambre \u00e0 gaz de Mauthausen<\/strong><\/p>\n<p>Juan Romero fut un des plus de 7 500 Espagnols qui, apr\u00e8s avoir fait partie de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen-Gusen entre 1940 et 1942. 1 800 autres compatriotes, hommes et femmes, allaient \u00eatre d\u00e9port\u00e9s dans d&rsquo;autres camps de concentration nazis pour appartenance \u00e0 la R\u00e9sistance. Des 7 500 de Mauthausen, 5 200 ne purent en sortir que par la chemin\u00e9e du four cr\u00e9matoire, devenus cendres et fum\u00e9e. Juan eut de la force, de l&rsquo;intelligence, et, surtout, une bonne dose de chance, qui lui permit de survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tableau que Juan Romero conservait chez lui en souvenir de son passage \u00e0 Mauthausen.<\/strong> Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>Le premier travail d&rsquo;esclave que lui assign\u00e8rent les SS eut pour cadre la terrible carri\u00e8re de granit o\u00f9 les Espagnols passaient pr\u00e8s de 12 heures \u00e0 casser et transporter des pierres. Chaque minute \u00e9tait horrible, mais Juan se rappelait quel \u00e9tait le pire moment de la journ\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 la fin de la journ\u00e9e, nous remontions une pierre par l&rsquo;escalier, et il ne fallait pas qu&rsquo;elle soit petite&#8230; Les SS \u00e9taient des criminels. Tous les jours, les charrettes de la carri\u00e8re arrivaient pleines de morts\u00a0\u00bb. Lui ne finit pas dans une de ces charrettes parce que, apr\u00e8s plusieurs mois d&rsquo;un tr\u00e8s dur travail, il fut transf\u00e9r\u00e9 dans un groupe qui travaillait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du camp et qui \u00e9tait dirig\u00e9 par le kapo espagnol C\u00e9sar Orqu\u00edn (1). Mieux trait\u00e9 et disposant d&rsquo;un peu plus de nourriture, Juan reprit des forces jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un jour il fut s\u00e9rieusement bless\u00e9 \u00e0 la suite d&rsquo;un accident du travail. Les prisonniers savaient que l&rsquo;infirmerie de Mauthausen \u00e9tait un abattoir. Les m\u00e9decins SS s&#8217;empressaient de faire des injections d&rsquo;essence au c\u0153ur aux d\u00e9port\u00e9s qui ne pouvaient plus leur \u00eatre utiles par leur travail. Une nouvelle fois, Juan eut de la chance et, avec l&rsquo;aide de quelques infirmiers-prisonniers espagnols, il se r\u00e9tablit.<\/p>\n<p>Son travail suivant, et le dernier, \u00e0 Mauthausen, eut lieu dans ce qu&rsquo;on appelait le \u00ab\u00a0commando de la d\u00e9sinfection\u00a0\u00bb. Sa mission consistait \u00e0 rassembler les v\u00eatements des fourn\u00e9es de prisonniers qui arrivaient au camp et de les transporter sur de grands brancards dans l&rsquo;\u00e9difice o\u00f9 ils \u00e9taient lav\u00e9s et d\u00e9sinfect\u00e9s. Juan ne mourut pas de faim parce que lui et ses camarades de commando trouvaient toujours un peu de nourriture dans les poches de ces v\u00eatements. Physiquement, ce n&rsquo;\u00e9tait pas un travail sp\u00e9cialement dur\u00a0; mais il l&rsquo;\u00e9tait sur le plan psychologique. Juan devait regarder, surtout dans les derniers mois de la guerre, les groupes de prisonniers qu&rsquo;on envoyait dans les chambres \u00e0 gaz. \u00ab\u00a0S&rsquo;il y avait des groupes qui arrivaient et qui, au lieu d&rsquo;aller \u00e0 la douche, restaient dehors, c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s mauvais&#8230; Ceux-l\u00e0 allaient directement \u00e0 la chambre \u00e0 gaz\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Des cauchemars jusqu&rsquo;au jour de sa mort<\/strong><\/p>\n<p>Le combattant cordouan n&rsquo;a jamais pu oublier ces groupes qui se dirigeaient, sans le savoir, vers l&rsquo;abattoir. Parmi tous ceux-l\u00e0, il y en a un qui, racontait-il lorsqu&rsquo;il se rappelait ces ann\u00e9es, l&rsquo;a particuli\u00e8rement marqu\u00e9. \u00ab\u00a0On vit arriver au camp un groupe, il y avait des hommes, des femmes, de tr\u00e8s jeunes enfants. Ils \u00e9taient 30 ou 40. Nous allions sortir\u00a0; nous avons attendu qu&rsquo;ils entrent, ils passaient devant nous et une petite fille m&rsquo;a souri&#8230;la pauvre petite, elle ne savait pas qu&rsquo;elle allait directement dans la chambre \u00e0 gaz. Cela m&rsquo;a fait tr\u00e8s mal. J&rsquo;ai vu beaucoup de groupes, mais cette petite, la fillette qui m&rsquo;avait adress\u00e9 un sourire&#8230; Aujourd&rsquo;hui encore, la nuit, je pense beaucoup \u00e0 elle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand, le 5 mai 1945, les soldats US arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen, ils lib\u00e9r\u00e8rent physiquement les prisonniers, mais personne n&rsquo;a jamais pu lib\u00e9rer leur esprit. Les souvenirs de leurs souffrances au camp, des camarades assassin\u00e9s, des atrocit\u00e9s dont ils furent t\u00e9moins les poursuivirent pendant le reste de leur vie. Dans le cas des Espagnols, un drame suppl\u00e9mentaire s&rsquo;ajouta \u00e0 ce traumatisme\u00a0: ils ne pouvaient pas rentrer dans leurs foyers parce que l&rsquo;Espagne \u00e9tait toujours entre les mains de Franco. Il refit sa vie en France. Il s&rsquo;installa dans la commune d&rsquo;A\u00ff, se maria, fonda une famille et v\u00e9cut sa carri\u00e8re professionnelle dans une cave de Champagne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Groupe d&rsquo;Espagnols survivants des camps nazis qui s&rsquo;install\u00e8rent dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff. Juan Romero est debout, le 5e \u00e0 partir de la gauche.<\/strong> Photo gracieusement fournie par Juan Romero.<\/p>\n<p>De m\u00eame que les autres survivants espagnols, Juan dut attendre des ann\u00e9es que l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais lui reconnaisse un statut semblable \u00e0 celui des d\u00e9port\u00e9s fran\u00e7ais. \u00c0 partir des ann\u00e9es 80 en particulier, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros et trait\u00e9 comme tel. Il a re\u00e7u toute sorte d&rsquo;hommages et de d\u00e9corations, comme la prestigieuse L\u00e9gion d&rsquo;Honneur. Bien diff\u00e9rente a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;attitude de l&rsquo;Espagne. Pendant la dictature, on s&rsquo;effor\u00e7a d&rsquo;effacer et d\u00e9former l&rsquo;histoire des d\u00e9port\u00e9s et d\u00e9port\u00e9es espagnols. Oubli et mensonges qui ont continu\u00e9 pendant la Transition et qui ont continu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 tout r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Pour Juan, les hommages de sa patrie sont arriv\u00e9s au dernier moment. Ce fut le 5 mai dernier, quelques jours apr\u00e8s son 101<sup>e<\/sup> anniversaire, lorsque le Conseil des Ministres approuva un texte o\u00f9 on reconnaissait son r\u00f4le. Cette reconnaissance lui fut personnellement exprim\u00e9e par la premi\u00e8re vice-pr\u00e9sidente au mois d&rsquo;ao\u00fbt dernier. Carmen Calvo se d\u00e9pla\u00e7a \u00e0 A\u00ff pour lui dire de vive voix ce que Juan avait attendu pendant des ann\u00e9es et des ann\u00e9es\u00a0:\u00a0\u00ab<strong>\u00a0Merci pour ta vie\u00a0<\/strong>\u00bb. Carmen Calvo le remercia d&rsquo;avoir lutt\u00e9 contre le franquisme et d\u00e9fendu la d\u00e9mocratie en Espagne et dans toute l&rsquo;Europe\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Nous ne ferons jamais assez, nous aurons toujours une dette \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des antifranquistes espagnols qui ont pay\u00e9 de leur vie. Gratitude \u00e9ternelle de la part de la d\u00e9mocratie espagnole.\u00a0\u00bb Ce jour-l\u00e0, Juan se montra tr\u00e8s content et ceux qui l&rsquo;aimaient affirment que cette reconnaissance finale lui a permis de partir en paix.<\/p>\n<p><strong>Juan Romero avec ses enfants Bernard et Jeannine et sa petite-fille Eva. <\/strong>Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>Avec la mort de Juan Romero, dispara\u00eet le dernier Espagnol d\u00e9port\u00e9 dans les camps de concentration nazis. Les pr\u00e8s de 4 000 \u2013 dont au moins 300 femmes \u2013 qui parvinrent \u00e0 survivre aux barbel\u00e9s de Mauthausen, Buchenwald, Ravensbr\u00fcck, Sachsenhausen, Dachau ou Auschwitz sont partis peu \u00e0 peu durant ces 75 ann\u00e9es. Presque tous sont morts oubli\u00e9s, ignor\u00e9s, sans avoir \u00e9t\u00e9 reconnus par l&rsquo;\u00c9tat espagnol. D\u00e9sormais, ils font partie de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<p>Vicente Garc\u00eda Riestra, survivant asturien du camp de concentration de Buchenwald, exprima en 2017 ce que ressentaient alors Juan Romero et la derni\u00e8re poign\u00e9e de d\u00e9port\u00e9s encore en vie\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes une esp\u00e8ce en voie d&rsquo;extinction. Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. On n&rsquo;y peut rien. C&rsquo;est la vie.\u00a0\u00bb C&rsquo;est la vie.<\/p>\n<p>NdT<\/p>\n<p>(1)\u00a0\u00a0 C\u00e9sar Orqu\u00edn Serra\u00a0: anarchiste valencien, h\u00e9ros de Mauthausen, qui utilisa ses fonctions de kapo (dues \u00e0 sa ma\u00eetrise de l&rsquo;allemand) pour prot\u00e9ger les prisonniers qui faisaient partie de son commando <em>( <a href=\"https:\/\/www.eldiario.es\/sociedad\/cesar-orquin-prisionero-anarquista-salvo-centenares-deportados-espanoles-campo-nazi-mauthausen_1_6255471.html\">voir article du 29 septembre<\/a>, du m\u00eame auteur dans le m\u00eame journal)<\/em>.<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><i><\/i>Le Cordouan Juan Romero s&rsquo;est \u00e9teint cette nuit dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff (Marne). Apr\u00e8s sa mort, il ne reste plus aucun des 9 300 Espagnols qui furent d\u00e9port\u00e9s dans les camps de concentration nazis.<\/p>\n<p><strong>Juan Romero sur une photo r\u00e9cente<\/strong>. Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne perd un morceau irrempla\u00e7able de son histoire. Il n&rsquo;en reste plus aucun. 75 ans et cinq mois apr\u00e8s la lib\u00e9ration des camps de concentration nazis, s&rsquo;est \u00e9teint le dernier Espagnol qui v\u00e9cut cet enfer et qui a pu en r\u00e9chapper pour le raconter. Le Cordouan de Torrecampo Juan Romero Romero a entrepris cette nuit son dernier voyage depuis la commune d&rsquo;A\u00ff (en Champagne) o\u00f9 il r\u00e9sidait depuis sept d\u00e9cennies. Il avait 101 ans et laissait derri\u00e8re lui une vie remplie de souffrances, d&rsquo;engagement et de lutte pour la libert\u00e9. Une vie o\u00f9 il a obtenu la reconnaissance de la France [<em>il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019Honneur en 2016, sa marraine \u00e9tant la r\u00e9sistante et ancienne d\u00e9port\u00e9e Yvette Lundy, NdE<\/em>]. Une vie o\u00f9 il dut attendre 101 ans pour que sa patrie lui rende hommage et le traite comme ce qu&rsquo;il fut\u00a0: un h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Juillet 2016: Yvette Lundy \u00e9pingle la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur au revers de Juan Romero. Photo L&rsquo;Union<\/p>\n<p><strong>Une vie de lutte<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 en avril 1919 \u00e0 Torrecampo (Cordoue), Juan Romero grandit au sein d&rsquo;une modeste famille de paysans. Le d\u00e9sir d&rsquo;en finir avec les immenses in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales qui r\u00e9gnaient dans l&rsquo;Espagne d&rsquo;alors le conduisit \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;Union G\u00e9n\u00e9rale des Travailleurs [syndicat proche du PSOE ]. \u00c2g\u00e9 de seulement 17 ans au moment du soul\u00e8vement militaire contre la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine, Juan s&rsquo;engage comme volontaire pour combattre les troupes fascistes. Il lutta au sein de la 33<sup>e<\/sup> Brigade Mixte dans la Sierra de Guadarrama, \u00e0 Brunete, Guadalajara et Teruel. La bataille de l&rsquo;Ebre fut particuli\u00e8rement dure pour Juan\u00a0: il dut traverser le fleuve sur une petite barque, pendant que les soldats franquistes tiraient sur lui depuis la rive. Beaucoup de ses camarades moururent. Juan fut bless\u00e9, mais, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre remis dans un h\u00f4pital de campagne, il rejoignit sa brigade. Devant l&rsquo;avance d\u00e9sormais irr\u00e9sistible des soldats franquistes, il franchit la fronti\u00e8re fran\u00e7aise en f\u00e9vrier 1939.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises l&rsquo;intern\u00e8rent, avec des milliers de ses compatriotes, dans le camp de concentration du Vernet d&rsquo;Ari\u00e8ge. Malgr\u00e9 les mauvais traitement re\u00e7us des autorit\u00e9s fran\u00e7aises, Juan d\u00e9cida de s&rsquo;enr\u00f4ler dans la L\u00e9gion Etrang\u00e8re pour recommencer \u00e0 combattre le fascisme dans la guerre qui s\u00a0&lsquo;annon\u00e7ait contre Hitler. Ce deuxi\u00e8me combat non plus ne se termina pas bien pour le lutteur cordouan. Dans l&rsquo;\u00e9t\u00e9 40, les troupes nazies le captur\u00e8rent et l&rsquo;envoy\u00e8rent dans le camp de prisonniers de guerre install\u00e9 dans la ville allemande de Luckenwalde (Brandebourg). C&rsquo;est dans ce cadre, o\u00f9 les droits humains et les conventions internationales \u00e9taient plus ou moins respect\u00e9s, qu&rsquo;il aurait d\u00fb passer le reste du conflit. Mais les discussions entre le r\u00e9gime franquiste et ses alli\u00e9s nazis provoqu\u00e8rent un changement dramatique dans le destin de tous les Espagnols qui, comme Juan, se trouvaient dans ces camps pour prisonniers de guerre. La Gestapo s&rsquo;occupa de les identifier un par un et les envoya dans les camps de concentration pour y exploiter leur travail et les exterminer.<\/p>\n<p><strong>Au seuil de la chambre \u00e0 gaz de Mauthausen<\/strong><\/p>\n<p>Juan Romero fut un des plus de 7 500 Espagnols qui, apr\u00e8s avoir fait partie de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen-Gusen entre 1940 et 1942. 1 800 autres compatriotes, hommes et femmes, allaient \u00eatre d\u00e9port\u00e9s dans d&rsquo;autres camps de concentration nazis pour appartenance \u00e0 la R\u00e9sistance. Des 7 500 de Mauthausen, 5 200 ne purent en sortir que par la chemin\u00e9e du four cr\u00e9matoire, devenus cendres et fum\u00e9e. Juan eut de la force, de l&rsquo;intelligence, et, surtout, une bonne dose de chance, qui lui permit de survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tableau que Juan Romero conservait chez lui en souvenir de son passage \u00e0 Mauthausen.<\/strong> Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>Le premier travail d&rsquo;esclave que lui assign\u00e8rent les SS eut pour cadre la terrible carri\u00e8re de granit o\u00f9 les Espagnols passaient pr\u00e8s de 12 heures \u00e0 casser et transporter des pierres. Chaque minute \u00e9tait horrible, mais Juan se rappelait quel \u00e9tait le pire moment de la journ\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 la fin de la journ\u00e9e, nous remontions une pierre par l&rsquo;escalier, et il ne fallait pas qu&rsquo;elle soit petite&#8230; Les SS \u00e9taient des criminels. Tous les jours, les charrettes de la carri\u00e8re arrivaient pleines de morts\u00a0\u00bb. Lui ne finit pas dans une de ces charrettes parce que, apr\u00e8s plusieurs mois d&rsquo;un tr\u00e8s dur travail, il fut transf\u00e9r\u00e9 dans un groupe qui travaillait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du camp et qui \u00e9tait dirig\u00e9 par le kapo espagnol C\u00e9sar Orqu\u00edn (1). Mieux trait\u00e9 et disposant d&rsquo;un peu plus de nourriture, Juan reprit des forces jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un jour il fut s\u00e9rieusement bless\u00e9 \u00e0 la suite d&rsquo;un accident du travail. Les prisonniers savaient que l&rsquo;infirmerie de Mauthausen \u00e9tait un abattoir. Les m\u00e9decins SS s&#8217;empressaient de faire des injections d&rsquo;essence au c\u0153ur aux d\u00e9port\u00e9s qui ne pouvaient plus leur \u00eatre utiles par leur travail. Une nouvelle fois, Juan eut de la chance et, avec l&rsquo;aide de quelques infirmiers-prisonniers espagnols, il se r\u00e9tablit.<\/p>\n<p>Son travail suivant, et le dernier, \u00e0 Mauthausen, eut lieu dans ce qu&rsquo;on appelait le \u00ab\u00a0commando de la d\u00e9sinfection\u00a0\u00bb. Sa mission consistait \u00e0 rassembler les v\u00eatements des fourn\u00e9es de prisonniers qui arrivaient au camp et de les transporter sur de grands brancards dans l&rsquo;\u00e9difice o\u00f9 ils \u00e9taient lav\u00e9s et d\u00e9sinfect\u00e9s. Juan ne mourut pas de faim parce que lui et ses camarades de commando trouvaient toujours un peu de nourriture dans les poches de ces v\u00eatements. Physiquement, ce n&rsquo;\u00e9tait pas un travail sp\u00e9cialement dur\u00a0; mais il l&rsquo;\u00e9tait sur le plan psychologique. Juan devait regarder, surtout dans les derniers mois de la guerre, les groupes de prisonniers qu&rsquo;on envoyait dans les chambres \u00e0 gaz. \u00ab\u00a0S&rsquo;il y avait des groupes qui arrivaient et qui, au lieu d&rsquo;aller \u00e0 la douche, restaient dehors, c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s mauvais&#8230; Ceux-l\u00e0 allaient directement \u00e0 la chambre \u00e0 gaz\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Des cauchemars jusqu&rsquo;au jour de sa mort<\/strong><\/p>\n<p>Le combattant cordouan n&rsquo;a jamais pu oublier ces groupes qui se dirigeaient, sans le savoir, vers l&rsquo;abattoir. Parmi tous ceux-l\u00e0, il y en a un qui, racontait-il lorsqu&rsquo;il se rappelait ces ann\u00e9es, l&rsquo;a particuli\u00e8rement marqu\u00e9. \u00ab\u00a0On vit arriver au camp un groupe, il y avait des hommes, des femmes, de tr\u00e8s jeunes enfants. Ils \u00e9taient 30 ou 40. Nous allions sortir\u00a0; nous avons attendu qu&rsquo;ils entrent, ils passaient devant nous et une petite fille m&rsquo;a souri&#8230;la pauvre petite, elle ne savait pas qu&rsquo;elle allait directement dans la chambre \u00e0 gaz. Cela m&rsquo;a fait tr\u00e8s mal. J&rsquo;ai vu beaucoup de groupes, mais cette petite, la fillette qui m&rsquo;avait adress\u00e9 un sourire&#8230; Aujourd&rsquo;hui encore, la nuit, je pense beaucoup \u00e0 elle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand, le 5 mai 1945, les soldats US arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen, ils lib\u00e9r\u00e8rent physiquement les prisonniers, mais personne n&rsquo;a jamais pu lib\u00e9rer leur esprit. Les souvenirs de leurs souffrances au camp, des camarades assassin\u00e9s, des atrocit\u00e9s dont ils furent t\u00e9moins les poursuivirent pendant le reste de leur vie. Dans le cas des Espagnols, un drame suppl\u00e9mentaire s&rsquo;ajouta \u00e0 ce traumatisme\u00a0: ils ne pouvaient pas rentrer dans leurs foyers parce que l&rsquo;Espagne \u00e9tait toujours entre les mains de Franco. Il refit sa vie en France. Il s&rsquo;installa dans la commune d&rsquo;A\u00ff, se maria, fonda une famille et v\u00e9cut sa carri\u00e8re professionnelle dans une cave de Champagne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Groupe d&rsquo;Espagnols survivants des camps nazis qui s&rsquo;install\u00e8rent dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff. Juan Romero est debout, le 5e \u00e0 partir de la gauche.<\/strong> Photo gracieusement fournie par Juan Romero.<\/p>\n<p>De m\u00eame que les autres survivants espagnols, Juan dut attendre des ann\u00e9es que l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais lui reconnaisse un statut semblable \u00e0 celui des d\u00e9port\u00e9s fran\u00e7ais. \u00c0 partir des ann\u00e9es 80 en particulier, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros et trait\u00e9 comme tel. Il a re\u00e7u toute sorte d&rsquo;hommages et de d\u00e9corations, comme la prestigieuse L\u00e9gion d&rsquo;Honneur. Bien diff\u00e9rente a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;attitude de l&rsquo;Espagne. Pendant la dictature, on s&rsquo;effor\u00e7a d&rsquo;effacer et d\u00e9former l&rsquo;histoire des d\u00e9port\u00e9s et d\u00e9port\u00e9es espagnols. Oubli et mensonges qui ont continu\u00e9 pendant la Transition et qui ont continu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 tout r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Pour Juan, les hommages de sa patrie sont arriv\u00e9s au dernier moment. Ce fut le 5 mai dernier, quelques jours apr\u00e8s son 101<sup>e<\/sup> anniversaire, lorsque le Conseil des Ministres approuva un texte o\u00f9 on reconnaissait son r\u00f4le. Cette reconnaissance lui fut personnellement exprim\u00e9e par la premi\u00e8re vice-pr\u00e9sidente au mois d&rsquo;ao\u00fbt dernier. Carmen Calvo se d\u00e9pla\u00e7a \u00e0 A\u00ff pour lui dire de vive voix ce que Juan avait attendu pendant des ann\u00e9es et des ann\u00e9es\u00a0:\u00a0\u00ab<strong>\u00a0Merci pour ta vie\u00a0<\/strong>\u00bb. Carmen Calvo le remercia d&rsquo;avoir lutt\u00e9 contre le franquisme et d\u00e9fendu la d\u00e9mocratie en Espagne et dans toute l&rsquo;Europe\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Nous ne ferons jamais assez, nous aurons toujours une dette \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des antifranquistes espagnols qui ont pay\u00e9 de leur vie. Gratitude \u00e9ternelle de la part de la d\u00e9mocratie espagnole.\u00a0\u00bb Ce jour-l\u00e0, Juan se montra tr\u00e8s content et ceux qui l&rsquo;aimaient affirment que cette reconnaissance finale lui a permis de partir en paix.<\/p>\n<p><strong>Juan Romero avec ses enfants Bernard et Jeannine et sa petite-fille Eva. <\/strong>Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>Avec la mort de Juan Romero, dispara\u00eet le dernier Espagnol d\u00e9port\u00e9 dans les camps de concentration nazis. Les pr\u00e8s de 4 000 \u2013 dont au moins 300 femmes \u2013 qui parvinrent \u00e0 survivre aux barbel\u00e9s de Mauthausen, Buchenwald, Ravensbr\u00fcck, Sachsenhausen, Dachau ou Auschwitz sont partis peu \u00e0 peu durant ces 75 ann\u00e9es. Presque tous sont morts oubli\u00e9s, ignor\u00e9s, sans avoir \u00e9t\u00e9 reconnus par l&rsquo;\u00c9tat espagnol. D\u00e9sormais, ils font partie de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<p>Vicente Garc\u00eda Riestra, survivant asturien du camp de concentration de Buchenwald, exprima en 2017 ce que ressentaient alors Juan Romero et la derni\u00e8re poign\u00e9e de d\u00e9port\u00e9s encore en vie\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes une esp\u00e8ce en voie d&rsquo;extinction. Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. On n&rsquo;y peut rien. C&rsquo;est la vie.\u00a0\u00bb C&rsquo;est la vie.<\/p>\n<p>NdT<\/p>\n<p>(1)\u00a0\u00a0 C\u00e9sar Orqu\u00edn Serra\u00a0: anarchiste valencien, h\u00e9ros de Mauthausen, qui utilisa ses fonctions de kapo (dues \u00e0 sa ma\u00eetrise de l&rsquo;allemand) pour prot\u00e9ger les prisonniers qui faisaient partie de son commando <em>( <a href=\"https:\/\/www.eldiario.es\/sociedad\/cesar-orquin-prisionero-anarquista-salvo-centenares-deportados-espanoles-campo-nazi-mauthausen_1_6255471.html\">voir article du 29 septembre<\/a>, du m\u00eame auteur dans le m\u00eame journal)<\/em>.<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><i><\/i>Le Cordouan Juan Romero s&rsquo;est \u00e9teint cette nuit dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff (Marne). Apr\u00e8s sa mort, il ne reste plus aucun des 9 300 Espagnols qui furent d\u00e9port\u00e9s dans les camps de concentration nazis.<\/p>\n<p><strong>Juan Romero sur une photo r\u00e9cente<\/strong>. Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne perd un morceau irrempla\u00e7able de son histoire. Il n&rsquo;en reste plus aucun. 75 ans et cinq mois apr\u00e8s la lib\u00e9ration des camps de concentration nazis, s&rsquo;est \u00e9teint le dernier Espagnol qui v\u00e9cut cet enfer et qui a pu en r\u00e9chapper pour le raconter. Le Cordouan de Torrecampo Juan Romero Romero a entrepris cette nuit son dernier voyage depuis la commune d&rsquo;A\u00ff (en Champagne) o\u00f9 il r\u00e9sidait depuis sept d\u00e9cennies. Il avait 101 ans et laissait derri\u00e8re lui une vie remplie de souffrances, d&rsquo;engagement et de lutte pour la libert\u00e9. Une vie o\u00f9 il a obtenu la reconnaissance de la France [<em>il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019Honneur en 2016, sa marraine \u00e9tant la r\u00e9sistante et ancienne d\u00e9port\u00e9e Yvette Lundy, NdE<\/em>]. Une vie o\u00f9 il dut attendre 101 ans pour que sa patrie lui rende hommage et le traite comme ce qu&rsquo;il fut\u00a0: un h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Juillet 2016: Yvette Lundy \u00e9pingle la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur au revers de Juan Romero. Photo L&rsquo;Union<\/p>\n<p><strong>Une vie de lutte<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 en avril 1919 \u00e0 Torrecampo (Cordoue), Juan Romero grandit au sein d&rsquo;une modeste famille de paysans. Le d\u00e9sir d&rsquo;en finir avec les immenses in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales qui r\u00e9gnaient dans l&rsquo;Espagne d&rsquo;alors le conduisit \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;Union G\u00e9n\u00e9rale des Travailleurs [syndicat proche du PSOE ]. \u00c2g\u00e9 de seulement 17 ans au moment du soul\u00e8vement militaire contre la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine, Juan s&rsquo;engage comme volontaire pour combattre les troupes fascistes. Il lutta au sein de la 33<sup>e<\/sup> Brigade Mixte dans la Sierra de Guadarrama, \u00e0 Brunete, Guadalajara et Teruel. La bataille de l&rsquo;Ebre fut particuli\u00e8rement dure pour Juan\u00a0: il dut traverser le fleuve sur une petite barque, pendant que les soldats franquistes tiraient sur lui depuis la rive. Beaucoup de ses camarades moururent. Juan fut bless\u00e9, mais, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre remis dans un h\u00f4pital de campagne, il rejoignit sa brigade. Devant l&rsquo;avance d\u00e9sormais irr\u00e9sistible des soldats franquistes, il franchit la fronti\u00e8re fran\u00e7aise en f\u00e9vrier 1939.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises l&rsquo;intern\u00e8rent, avec des milliers de ses compatriotes, dans le camp de concentration du Vernet d&rsquo;Ari\u00e8ge. Malgr\u00e9 les mauvais traitement re\u00e7us des autorit\u00e9s fran\u00e7aises, Juan d\u00e9cida de s&rsquo;enr\u00f4ler dans la L\u00e9gion Etrang\u00e8re pour recommencer \u00e0 combattre le fascisme dans la guerre qui s\u00a0&lsquo;annon\u00e7ait contre Hitler. Ce deuxi\u00e8me combat non plus ne se termina pas bien pour le lutteur cordouan. Dans l&rsquo;\u00e9t\u00e9 40, les troupes nazies le captur\u00e8rent et l&rsquo;envoy\u00e8rent dans le camp de prisonniers de guerre install\u00e9 dans la ville allemande de Luckenwalde (Brandebourg). C&rsquo;est dans ce cadre, o\u00f9 les droits humains et les conventions internationales \u00e9taient plus ou moins respect\u00e9s, qu&rsquo;il aurait d\u00fb passer le reste du conflit. Mais les discussions entre le r\u00e9gime franquiste et ses alli\u00e9s nazis provoqu\u00e8rent un changement dramatique dans le destin de tous les Espagnols qui, comme Juan, se trouvaient dans ces camps pour prisonniers de guerre. La Gestapo s&rsquo;occupa de les identifier un par un et les envoya dans les camps de concentration pour y exploiter leur travail et les exterminer.<\/p>\n<p><strong>Au seuil de la chambre \u00e0 gaz de Mauthausen<\/strong><\/p>\n<p>Juan Romero fut un des plus de 7 500 Espagnols qui, apr\u00e8s avoir fait partie de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen-Gusen entre 1940 et 1942. 1 800 autres compatriotes, hommes et femmes, allaient \u00eatre d\u00e9port\u00e9s dans d&rsquo;autres camps de concentration nazis pour appartenance \u00e0 la R\u00e9sistance. Des 7 500 de Mauthausen, 5 200 ne purent en sortir que par la chemin\u00e9e du four cr\u00e9matoire, devenus cendres et fum\u00e9e. Juan eut de la force, de l&rsquo;intelligence, et, surtout, une bonne dose de chance, qui lui permit de survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tableau que Juan Romero conservait chez lui en souvenir de son passage \u00e0 Mauthausen.<\/strong> Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>Le premier travail d&rsquo;esclave que lui assign\u00e8rent les SS eut pour cadre la terrible carri\u00e8re de granit o\u00f9 les Espagnols passaient pr\u00e8s de 12 heures \u00e0 casser et transporter des pierres. Chaque minute \u00e9tait horrible, mais Juan se rappelait quel \u00e9tait le pire moment de la journ\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 la fin de la journ\u00e9e, nous remontions une pierre par l&rsquo;escalier, et il ne fallait pas qu&rsquo;elle soit petite&#8230; Les SS \u00e9taient des criminels. Tous les jours, les charrettes de la carri\u00e8re arrivaient pleines de morts\u00a0\u00bb. Lui ne finit pas dans une de ces charrettes parce que, apr\u00e8s plusieurs mois d&rsquo;un tr\u00e8s dur travail, il fut transf\u00e9r\u00e9 dans un groupe qui travaillait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du camp et qui \u00e9tait dirig\u00e9 par le kapo espagnol C\u00e9sar Orqu\u00edn (1). Mieux trait\u00e9 et disposant d&rsquo;un peu plus de nourriture, Juan reprit des forces jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un jour il fut s\u00e9rieusement bless\u00e9 \u00e0 la suite d&rsquo;un accident du travail. Les prisonniers savaient que l&rsquo;infirmerie de Mauthausen \u00e9tait un abattoir. Les m\u00e9decins SS s&#8217;empressaient de faire des injections d&rsquo;essence au c\u0153ur aux d\u00e9port\u00e9s qui ne pouvaient plus leur \u00eatre utiles par leur travail. Une nouvelle fois, Juan eut de la chance et, avec l&rsquo;aide de quelques infirmiers-prisonniers espagnols, il se r\u00e9tablit.<\/p>\n<p>Son travail suivant, et le dernier, \u00e0 Mauthausen, eut lieu dans ce qu&rsquo;on appelait le \u00ab\u00a0commando de la d\u00e9sinfection\u00a0\u00bb. Sa mission consistait \u00e0 rassembler les v\u00eatements des fourn\u00e9es de prisonniers qui arrivaient au camp et de les transporter sur de grands brancards dans l&rsquo;\u00e9difice o\u00f9 ils \u00e9taient lav\u00e9s et d\u00e9sinfect\u00e9s. Juan ne mourut pas de faim parce que lui et ses camarades de commando trouvaient toujours un peu de nourriture dans les poches de ces v\u00eatements. Physiquement, ce n&rsquo;\u00e9tait pas un travail sp\u00e9cialement dur\u00a0; mais il l&rsquo;\u00e9tait sur le plan psychologique. Juan devait regarder, surtout dans les derniers mois de la guerre, les groupes de prisonniers qu&rsquo;on envoyait dans les chambres \u00e0 gaz. \u00ab\u00a0S&rsquo;il y avait des groupes qui arrivaient et qui, au lieu d&rsquo;aller \u00e0 la douche, restaient dehors, c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s mauvais&#8230; Ceux-l\u00e0 allaient directement \u00e0 la chambre \u00e0 gaz\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Des cauchemars jusqu&rsquo;au jour de sa mort<\/strong><\/p>\n<p>Le combattant cordouan n&rsquo;a jamais pu oublier ces groupes qui se dirigeaient, sans le savoir, vers l&rsquo;abattoir. Parmi tous ceux-l\u00e0, il y en a un qui, racontait-il lorsqu&rsquo;il se rappelait ces ann\u00e9es, l&rsquo;a particuli\u00e8rement marqu\u00e9. \u00ab\u00a0On vit arriver au camp un groupe, il y avait des hommes, des femmes, de tr\u00e8s jeunes enfants. Ils \u00e9taient 30 ou 40. Nous allions sortir\u00a0; nous avons attendu qu&rsquo;ils entrent, ils passaient devant nous et une petite fille m&rsquo;a souri&#8230;la pauvre petite, elle ne savait pas qu&rsquo;elle allait directement dans la chambre \u00e0 gaz. Cela m&rsquo;a fait tr\u00e8s mal. J&rsquo;ai vu beaucoup de groupes, mais cette petite, la fillette qui m&rsquo;avait adress\u00e9 un sourire&#8230; Aujourd&rsquo;hui encore, la nuit, je pense beaucoup \u00e0 elle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand, le 5 mai 1945, les soldats US arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen, ils lib\u00e9r\u00e8rent physiquement les prisonniers, mais personne n&rsquo;a jamais pu lib\u00e9rer leur esprit. Les souvenirs de leurs souffrances au camp, des camarades assassin\u00e9s, des atrocit\u00e9s dont ils furent t\u00e9moins les poursuivirent pendant le reste de leur vie. Dans le cas des Espagnols, un drame suppl\u00e9mentaire s&rsquo;ajouta \u00e0 ce traumatisme\u00a0: ils ne pouvaient pas rentrer dans leurs foyers parce que l&rsquo;Espagne \u00e9tait toujours entre les mains de Franco. Il refit sa vie en France. Il s&rsquo;installa dans la commune d&rsquo;A\u00ff, se maria, fonda une famille et v\u00e9cut sa carri\u00e8re professionnelle dans une cave de Champagne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Groupe d&rsquo;Espagnols survivants des camps nazis qui s&rsquo;install\u00e8rent dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff. Juan Romero est debout, le 5e \u00e0 partir de la gauche.<\/strong> Photo gracieusement fournie par Juan Romero.<\/p>\n<p>De m\u00eame que les autres survivants espagnols, Juan dut attendre des ann\u00e9es que l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais lui reconnaisse un statut semblable \u00e0 celui des d\u00e9port\u00e9s fran\u00e7ais. \u00c0 partir des ann\u00e9es 80 en particulier, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros et trait\u00e9 comme tel. Il a re\u00e7u toute sorte d&rsquo;hommages et de d\u00e9corations, comme la prestigieuse L\u00e9gion d&rsquo;Honneur. Bien diff\u00e9rente a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;attitude de l&rsquo;Espagne. Pendant la dictature, on s&rsquo;effor\u00e7a d&rsquo;effacer et d\u00e9former l&rsquo;histoire des d\u00e9port\u00e9s et d\u00e9port\u00e9es espagnols. Oubli et mensonges qui ont continu\u00e9 pendant la Transition et qui ont continu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 tout r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Pour Juan, les hommages de sa patrie sont arriv\u00e9s au dernier moment. Ce fut le 5 mai dernier, quelques jours apr\u00e8s son 101<sup>e<\/sup> anniversaire, lorsque le Conseil des Ministres approuva un texte o\u00f9 on reconnaissait son r\u00f4le. Cette reconnaissance lui fut personnellement exprim\u00e9e par la premi\u00e8re vice-pr\u00e9sidente au mois d&rsquo;ao\u00fbt dernier. Carmen Calvo se d\u00e9pla\u00e7a \u00e0 A\u00ff pour lui dire de vive voix ce que Juan avait attendu pendant des ann\u00e9es et des ann\u00e9es\u00a0:\u00a0\u00ab<strong>\u00a0Merci pour ta vie\u00a0<\/strong>\u00bb. Carmen Calvo le remercia d&rsquo;avoir lutt\u00e9 contre le franquisme et d\u00e9fendu la d\u00e9mocratie en Espagne et dans toute l&rsquo;Europe\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Nous ne ferons jamais assez, nous aurons toujours une dette \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des antifranquistes espagnols qui ont pay\u00e9 de leur vie. Gratitude \u00e9ternelle de la part de la d\u00e9mocratie espagnole.\u00a0\u00bb Ce jour-l\u00e0, Juan se montra tr\u00e8s content et ceux qui l&rsquo;aimaient affirment que cette reconnaissance finale lui a permis de partir en paix.<\/p>\n<p><strong>Juan Romero avec ses enfants Bernard et Jeannine et sa petite-fille Eva. <\/strong>Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>Avec la mort de Juan Romero, dispara\u00eet le dernier Espagnol d\u00e9port\u00e9 dans les camps de concentration nazis. Les pr\u00e8s de 4 000 \u2013 dont au moins 300 femmes \u2013 qui parvinrent \u00e0 survivre aux barbel\u00e9s de Mauthausen, Buchenwald, Ravensbr\u00fcck, Sachsenhausen, Dachau ou Auschwitz sont partis peu \u00e0 peu durant ces 75 ann\u00e9es. Presque tous sont morts oubli\u00e9s, ignor\u00e9s, sans avoir \u00e9t\u00e9 reconnus par l&rsquo;\u00c9tat espagnol. D\u00e9sormais, ils font partie de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<p>Vicente Garc\u00eda Riestra, survivant asturien du camp de concentration de Buchenwald, exprima en 2017 ce que ressentaient alors Juan Romero et la derni\u00e8re poign\u00e9e de d\u00e9port\u00e9s encore en vie\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes une esp\u00e8ce en voie d&rsquo;extinction. Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. On n&rsquo;y peut rien. C&rsquo;est la vie.\u00a0\u00bb C&rsquo;est la vie.<\/p>\n<p>NdT<\/p>\n<p>(1)\u00a0\u00a0 C\u00e9sar Orqu\u00edn Serra\u00a0: anarchiste valencien, h\u00e9ros de Mauthausen, qui utilisa ses fonctions de kapo (dues \u00e0 sa ma\u00eetrise de l&rsquo;allemand) pour prot\u00e9ger les prisonniers qui faisaient partie de son commando <em>( <a href=\"https:\/\/www.eldiario.es\/sociedad\/cesar-orquin-prisionero-anarquista-salvo-centenares-deportados-espanoles-campo-nazi-mauthausen_1_6255471.html\">voir article du 29 septembre<\/a>, du m\u00eame auteur dans le m\u00eame journal)<\/em>.<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><i><\/i>Le Cordouan Juan Romero s&rsquo;est \u00e9teint cette nuit dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff (Marne). Apr\u00e8s sa mort, il ne reste plus aucun des 9 300 Espagnols qui furent d\u00e9port\u00e9s dans les camps de concentration nazis.<\/p>\n<p><strong>Juan Romero sur une photo r\u00e9cente<\/strong>. Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne perd un morceau irrempla\u00e7able de son histoire. Il n&rsquo;en reste plus aucun. 75 ans et cinq mois apr\u00e8s la lib\u00e9ration des camps de concentration nazis, s&rsquo;est \u00e9teint le dernier Espagnol qui v\u00e9cut cet enfer et qui a pu en r\u00e9chapper pour le raconter. Le Cordouan de Torrecampo Juan Romero Romero a entrepris cette nuit son dernier voyage depuis la commune d&rsquo;A\u00ff (en Champagne) o\u00f9 il r\u00e9sidait depuis sept d\u00e9cennies. Il avait 101 ans et laissait derri\u00e8re lui une vie remplie de souffrances, d&rsquo;engagement et de lutte pour la libert\u00e9. Une vie o\u00f9 il a obtenu la reconnaissance de la France [<em>il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019Honneur en 2016, sa marraine \u00e9tant la r\u00e9sistante et ancienne d\u00e9port\u00e9e Yvette Lundy, NdE<\/em>]. Une vie o\u00f9 il dut attendre 101 ans pour que sa patrie lui rende hommage et le traite comme ce qu&rsquo;il fut\u00a0: un h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Juillet 2016: Yvette Lundy \u00e9pingle la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur au revers de Juan Romero. Photo L&rsquo;Union<\/p>\n<p><strong>Une vie de lutte<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 en avril 1919 \u00e0 Torrecampo (Cordoue), Juan Romero grandit au sein d&rsquo;une modeste famille de paysans. Le d\u00e9sir d&rsquo;en finir avec les immenses in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales qui r\u00e9gnaient dans l&rsquo;Espagne d&rsquo;alors le conduisit \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;Union G\u00e9n\u00e9rale des Travailleurs [syndicat proche du PSOE ]. \u00c2g\u00e9 de seulement 17 ans au moment du soul\u00e8vement militaire contre la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine, Juan s&rsquo;engage comme volontaire pour combattre les troupes fascistes. Il lutta au sein de la 33<sup>e<\/sup> Brigade Mixte dans la Sierra de Guadarrama, \u00e0 Brunete, Guadalajara et Teruel. La bataille de l&rsquo;Ebre fut particuli\u00e8rement dure pour Juan\u00a0: il dut traverser le fleuve sur une petite barque, pendant que les soldats franquistes tiraient sur lui depuis la rive. Beaucoup de ses camarades moururent. Juan fut bless\u00e9, mais, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre remis dans un h\u00f4pital de campagne, il rejoignit sa brigade. Devant l&rsquo;avance d\u00e9sormais irr\u00e9sistible des soldats franquistes, il franchit la fronti\u00e8re fran\u00e7aise en f\u00e9vrier 1939.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises l&rsquo;intern\u00e8rent, avec des milliers de ses compatriotes, dans le camp de concentration du Vernet d&rsquo;Ari\u00e8ge. Malgr\u00e9 les mauvais traitement re\u00e7us des autorit\u00e9s fran\u00e7aises, Juan d\u00e9cida de s&rsquo;enr\u00f4ler dans la L\u00e9gion Etrang\u00e8re pour recommencer \u00e0 combattre le fascisme dans la guerre qui s\u00a0&lsquo;annon\u00e7ait contre Hitler. Ce deuxi\u00e8me combat non plus ne se termina pas bien pour le lutteur cordouan. Dans l&rsquo;\u00e9t\u00e9 40, les troupes nazies le captur\u00e8rent et l&rsquo;envoy\u00e8rent dans le camp de prisonniers de guerre install\u00e9 dans la ville allemande de Luckenwalde (Brandebourg). C&rsquo;est dans ce cadre, o\u00f9 les droits humains et les conventions internationales \u00e9taient plus ou moins respect\u00e9s, qu&rsquo;il aurait d\u00fb passer le reste du conflit. Mais les discussions entre le r\u00e9gime franquiste et ses alli\u00e9s nazis provoqu\u00e8rent un changement dramatique dans le destin de tous les Espagnols qui, comme Juan, se trouvaient dans ces camps pour prisonniers de guerre. La Gestapo s&rsquo;occupa de les identifier un par un et les envoya dans les camps de concentration pour y exploiter leur travail et les exterminer.<\/p>\n<p><strong>Au seuil de la chambre \u00e0 gaz de Mauthausen<\/strong><\/p>\n<p>Juan Romero fut un des plus de 7 500 Espagnols qui, apr\u00e8s avoir fait partie de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen-Gusen entre 1940 et 1942. 1 800 autres compatriotes, hommes et femmes, allaient \u00eatre d\u00e9port\u00e9s dans d&rsquo;autres camps de concentration nazis pour appartenance \u00e0 la R\u00e9sistance. Des 7 500 de Mauthausen, 5 200 ne purent en sortir que par la chemin\u00e9e du four cr\u00e9matoire, devenus cendres et fum\u00e9e. Juan eut de la force, de l&rsquo;intelligence, et, surtout, une bonne dose de chance, qui lui permit de survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tableau que Juan Romero conservait chez lui en souvenir de son passage \u00e0 Mauthausen.<\/strong> Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>Le premier travail d&rsquo;esclave que lui assign\u00e8rent les SS eut pour cadre la terrible carri\u00e8re de granit o\u00f9 les Espagnols passaient pr\u00e8s de 12 heures \u00e0 casser et transporter des pierres. Chaque minute \u00e9tait horrible, mais Juan se rappelait quel \u00e9tait le pire moment de la journ\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 la fin de la journ\u00e9e, nous remontions une pierre par l&rsquo;escalier, et il ne fallait pas qu&rsquo;elle soit petite&#8230; Les SS \u00e9taient des criminels. Tous les jours, les charrettes de la carri\u00e8re arrivaient pleines de morts\u00a0\u00bb. Lui ne finit pas dans une de ces charrettes parce que, apr\u00e8s plusieurs mois d&rsquo;un tr\u00e8s dur travail, il fut transf\u00e9r\u00e9 dans un groupe qui travaillait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du camp et qui \u00e9tait dirig\u00e9 par le kapo espagnol C\u00e9sar Orqu\u00edn (1). Mieux trait\u00e9 et disposant d&rsquo;un peu plus de nourriture, Juan reprit des forces jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un jour il fut s\u00e9rieusement bless\u00e9 \u00e0 la suite d&rsquo;un accident du travail. Les prisonniers savaient que l&rsquo;infirmerie de Mauthausen \u00e9tait un abattoir. Les m\u00e9decins SS s&#8217;empressaient de faire des injections d&rsquo;essence au c\u0153ur aux d\u00e9port\u00e9s qui ne pouvaient plus leur \u00eatre utiles par leur travail. Une nouvelle fois, Juan eut de la chance et, avec l&rsquo;aide de quelques infirmiers-prisonniers espagnols, il se r\u00e9tablit.<\/p>\n<p>Son travail suivant, et le dernier, \u00e0 Mauthausen, eut lieu dans ce qu&rsquo;on appelait le \u00ab\u00a0commando de la d\u00e9sinfection\u00a0\u00bb. Sa mission consistait \u00e0 rassembler les v\u00eatements des fourn\u00e9es de prisonniers qui arrivaient au camp et de les transporter sur de grands brancards dans l&rsquo;\u00e9difice o\u00f9 ils \u00e9taient lav\u00e9s et d\u00e9sinfect\u00e9s. Juan ne mourut pas de faim parce que lui et ses camarades de commando trouvaient toujours un peu de nourriture dans les poches de ces v\u00eatements. Physiquement, ce n&rsquo;\u00e9tait pas un travail sp\u00e9cialement dur\u00a0; mais il l&rsquo;\u00e9tait sur le plan psychologique. Juan devait regarder, surtout dans les derniers mois de la guerre, les groupes de prisonniers qu&rsquo;on envoyait dans les chambres \u00e0 gaz. \u00ab\u00a0S&rsquo;il y avait des groupes qui arrivaient et qui, au lieu d&rsquo;aller \u00e0 la douche, restaient dehors, c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s mauvais&#8230; Ceux-l\u00e0 allaient directement \u00e0 la chambre \u00e0 gaz\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Des cauchemars jusqu&rsquo;au jour de sa mort<\/strong><\/p>\n<p>Le combattant cordouan n&rsquo;a jamais pu oublier ces groupes qui se dirigeaient, sans le savoir, vers l&rsquo;abattoir. Parmi tous ceux-l\u00e0, il y en a un qui, racontait-il lorsqu&rsquo;il se rappelait ces ann\u00e9es, l&rsquo;a particuli\u00e8rement marqu\u00e9. \u00ab\u00a0On vit arriver au camp un groupe, il y avait des hommes, des femmes, de tr\u00e8s jeunes enfants. Ils \u00e9taient 30 ou 40. Nous allions sortir\u00a0; nous avons attendu qu&rsquo;ils entrent, ils passaient devant nous et une petite fille m&rsquo;a souri&#8230;la pauvre petite, elle ne savait pas qu&rsquo;elle allait directement dans la chambre \u00e0 gaz. Cela m&rsquo;a fait tr\u00e8s mal. J&rsquo;ai vu beaucoup de groupes, mais cette petite, la fillette qui m&rsquo;avait adress\u00e9 un sourire&#8230; Aujourd&rsquo;hui encore, la nuit, je pense beaucoup \u00e0 elle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand, le 5 mai 1945, les soldats US arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen, ils lib\u00e9r\u00e8rent physiquement les prisonniers, mais personne n&rsquo;a jamais pu lib\u00e9rer leur esprit. Les souvenirs de leurs souffrances au camp, des camarades assassin\u00e9s, des atrocit\u00e9s dont ils furent t\u00e9moins les poursuivirent pendant le reste de leur vie. Dans le cas des Espagnols, un drame suppl\u00e9mentaire s&rsquo;ajouta \u00e0 ce traumatisme\u00a0: ils ne pouvaient pas rentrer dans leurs foyers parce que l&rsquo;Espagne \u00e9tait toujours entre les mains de Franco. Il refit sa vie en France. Il s&rsquo;installa dans la commune d&rsquo;A\u00ff, se maria, fonda une famille et v\u00e9cut sa carri\u00e8re professionnelle dans une cave de Champagne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Groupe d&rsquo;Espagnols survivants des camps nazis qui s&rsquo;install\u00e8rent dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff. Juan Romero est debout, le 5e \u00e0 partir de la gauche.<\/strong> Photo gracieusement fournie par Juan Romero.<\/p>\n<p>De m\u00eame que les autres survivants espagnols, Juan dut attendre des ann\u00e9es que l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais lui reconnaisse un statut semblable \u00e0 celui des d\u00e9port\u00e9s fran\u00e7ais. \u00c0 partir des ann\u00e9es 80 en particulier, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros et trait\u00e9 comme tel. Il a re\u00e7u toute sorte d&rsquo;hommages et de d\u00e9corations, comme la prestigieuse L\u00e9gion d&rsquo;Honneur. Bien diff\u00e9rente a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;attitude de l&rsquo;Espagne. Pendant la dictature, on s&rsquo;effor\u00e7a d&rsquo;effacer et d\u00e9former l&rsquo;histoire des d\u00e9port\u00e9s et d\u00e9port\u00e9es espagnols. Oubli et mensonges qui ont continu\u00e9 pendant la Transition et qui ont continu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 tout r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Pour Juan, les hommages de sa patrie sont arriv\u00e9s au dernier moment. Ce fut le 5 mai dernier, quelques jours apr\u00e8s son 101<sup>e<\/sup> anniversaire, lorsque le Conseil des Ministres approuva un texte o\u00f9 on reconnaissait son r\u00f4le. Cette reconnaissance lui fut personnellement exprim\u00e9e par la premi\u00e8re vice-pr\u00e9sidente au mois d&rsquo;ao\u00fbt dernier. Carmen Calvo se d\u00e9pla\u00e7a \u00e0 A\u00ff pour lui dire de vive voix ce que Juan avait attendu pendant des ann\u00e9es et des ann\u00e9es\u00a0:\u00a0\u00ab<strong>\u00a0Merci pour ta vie\u00a0<\/strong>\u00bb. Carmen Calvo le remercia d&rsquo;avoir lutt\u00e9 contre le franquisme et d\u00e9fendu la d\u00e9mocratie en Espagne et dans toute l&rsquo;Europe\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Nous ne ferons jamais assez, nous aurons toujours une dette \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des antifranquistes espagnols qui ont pay\u00e9 de leur vie. Gratitude \u00e9ternelle de la part de la d\u00e9mocratie espagnole.\u00a0\u00bb Ce jour-l\u00e0, Juan se montra tr\u00e8s content et ceux qui l&rsquo;aimaient affirment que cette reconnaissance finale lui a permis de partir en paix.<\/p>\n<p><strong>Juan Romero avec ses enfants Bernard et Jeannine et sa petite-fille Eva. <\/strong>Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>Avec la mort de Juan Romero, dispara\u00eet le dernier Espagnol d\u00e9port\u00e9 dans les camps de concentration nazis. Les pr\u00e8s de 4 000 \u2013 dont au moins 300 femmes \u2013 qui parvinrent \u00e0 survivre aux barbel\u00e9s de Mauthausen, Buchenwald, Ravensbr\u00fcck, Sachsenhausen, Dachau ou Auschwitz sont partis peu \u00e0 peu durant ces 75 ann\u00e9es. Presque tous sont morts oubli\u00e9s, ignor\u00e9s, sans avoir \u00e9t\u00e9 reconnus par l&rsquo;\u00c9tat espagnol. D\u00e9sormais, ils font partie de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<p>Vicente Garc\u00eda Riestra, survivant asturien du camp de concentration de Buchenwald, exprima en 2017 ce que ressentaient alors Juan Romero et la derni\u00e8re poign\u00e9e de d\u00e9port\u00e9s encore en vie\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes une esp\u00e8ce en voie d&rsquo;extinction. Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. On n&rsquo;y peut rien. C&rsquo;est la vie.\u00a0\u00bb C&rsquo;est la vie.<\/p>\n<p>NdT<\/p>\n<p>(1)\u00a0\u00a0 C\u00e9sar Orqu\u00edn Serra\u00a0: anarchiste valencien, h\u00e9ros de Mauthausen, qui utilisa ses fonctions de kapo (dues \u00e0 sa ma\u00eetrise de l&rsquo;allemand) pour prot\u00e9ger les prisonniers qui faisaient partie de son commando <em>( <a href=\"https:\/\/www.eldiario.es\/sociedad\/cesar-orquin-prisionero-anarquista-salvo-centenares-deportados-espanoles-campo-nazi-mauthausen_1_6255471.html\">voir article du 29 septembre<\/a>, du m\u00eame auteur dans le m\u00eame journal)<\/em>.<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"ffenetremailtopopupQuestion\">\n<p>Le Cordouan Juan Romero s&rsquo;est \u00e9teint cette nuit dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff (Marne). Apr\u00e8s sa mort, il ne reste plus aucun des 9 300 Espagnols qui furent d\u00e9port\u00e9s dans les camps de concentration nazis.<\/p>\n<p><strong>Juan Romero sur une photo r\u00e9cente<\/strong>. Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne perd un morceau irrempla\u00e7able de son histoire. Il n&rsquo;en reste plus aucun. 75 ans et cinq mois apr\u00e8s la lib\u00e9ration des camps de concentration nazis, s&rsquo;est \u00e9teint le dernier Espagnol qui v\u00e9cut cet enfer et qui a pu en r\u00e9chapper pour le raconter. Le Cordouan de Torrecampo Juan Romero Romero a entrepris cette nuit son dernier voyage depuis la commune d&rsquo;A\u00ff (en Champagne) o\u00f9 il r\u00e9sidait depuis sept d\u00e9cennies. Il avait 101 ans et laissait derri\u00e8re lui une vie remplie de souffrances, d&rsquo;engagement et de lutte pour la libert\u00e9. Une vie o\u00f9 il a obtenu la reconnaissance de la France [<em>il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019Honneur en 2016, sa marraine \u00e9tant la r\u00e9sistante et ancienne d\u00e9port\u00e9e Yvette Lundy, NdE<\/em>]. Une vie o\u00f9 il dut attendre 101 ans pour que sa patrie lui rende hommage et le traite comme ce qu&rsquo;il fut\u00a0: un h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Juillet 2016: Yvette Lundy \u00e9pingle la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur au revers de Juan Romero. Photo L&rsquo;Union<\/p>\n<p><strong>Une vie de lutte<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 en avril 1919 \u00e0 Torrecampo (Cordoue), Juan Romero grandit au sein d&rsquo;une modeste famille de paysans. Le d\u00e9sir d&rsquo;en finir avec les immenses in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales qui r\u00e9gnaient dans l&rsquo;Espagne d&rsquo;alors le conduisit \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;Union G\u00e9n\u00e9rale des Travailleurs [syndicat proche du PSOE ]. \u00c2g\u00e9 de seulement 17 ans au moment du soul\u00e8vement militaire contre la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine, Juan s&rsquo;engage comme volontaire pour combattre les troupes fascistes. Il lutta au sein de la 33<sup>e<\/sup> Brigade Mixte dans la Sierra de Guadarrama, \u00e0 Brunete, Guadalajara et Teruel. La bataille de l&rsquo;Ebre fut particuli\u00e8rement dure pour Juan\u00a0: il dut traverser le fleuve sur une petite barque, pendant que les soldats franquistes tiraient sur lui depuis la rive. Beaucoup de ses camarades moururent. Juan fut bless\u00e9, mais, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre remis dans un h\u00f4pital de campagne, il rejoignit sa brigade. Devant l&rsquo;avance d\u00e9sormais irr\u00e9sistible des soldats franquistes, il franchit la fronti\u00e8re fran\u00e7aise en f\u00e9vrier 1939.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises l&rsquo;intern\u00e8rent, avec des milliers de ses compatriotes, dans le camp de concentration du Vernet d&rsquo;Ari\u00e8ge. Malgr\u00e9 les mauvais traitement re\u00e7us des autorit\u00e9s fran\u00e7aises, Juan d\u00e9cida de s&rsquo;enr\u00f4ler dans la L\u00e9gion Etrang\u00e8re pour recommencer \u00e0 combattre le fascisme dans la guerre qui s\u00a0&lsquo;annon\u00e7ait contre Hitler. Ce deuxi\u00e8me combat non plus ne se termina pas bien pour le lutteur cordouan. Dans l&rsquo;\u00e9t\u00e9 40, les troupes nazies le captur\u00e8rent et l&rsquo;envoy\u00e8rent dans le camp de prisonniers de guerre install\u00e9 dans la ville allemande de Luckenwalde (Brandebourg). C&rsquo;est dans ce cadre, o\u00f9 les droits humains et les conventions internationales \u00e9taient plus ou moins respect\u00e9s, qu&rsquo;il aurait d\u00fb passer le reste du conflit. Mais les discussions entre le r\u00e9gime franquiste et ses alli\u00e9s nazis provoqu\u00e8rent un changement dramatique dans le destin de tous les Espagnols qui, comme Juan, se trouvaient dans ces camps pour prisonniers de guerre. La Gestapo s&rsquo;occupa de les identifier un par un et les envoya dans les camps de concentration pour y exploiter leur travail et les exterminer.<\/p>\n<p><strong>Au seuil de la chambre \u00e0 gaz de Mauthausen<\/strong><\/p>\n<p>Juan Romero fut un des plus de 7 500 Espagnols qui, apr\u00e8s avoir fait partie de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen-Gusen entre 1940 et 1942. 1 800 autres compatriotes, hommes et femmes, allaient \u00eatre d\u00e9port\u00e9s dans d&rsquo;autres camps de concentration nazis pour appartenance \u00e0 la R\u00e9sistance. Des 7 500 de Mauthausen, 5 200 ne purent en sortir que par la chemin\u00e9e du four cr\u00e9matoire, devenus cendres et fum\u00e9e. Juan eut de la force, de l&rsquo;intelligence, et, surtout, une bonne dose de chance, qui lui permit de survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Tableau que Juan Romero conservait chez lui en souvenir de son passage \u00e0 Mauthausen.<\/strong> Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>Le premier travail d&rsquo;esclave que lui assign\u00e8rent les SS eut pour cadre la terrible carri\u00e8re de granit o\u00f9 les Espagnols passaient pr\u00e8s de 12 heures \u00e0 casser et transporter des pierres. Chaque minute \u00e9tait horrible, mais Juan se rappelait quel \u00e9tait le pire moment de la journ\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 la fin de la journ\u00e9e, nous remontions une pierre par l&rsquo;escalier, et il ne fallait pas qu&rsquo;elle soit petite&#8230; Les SS \u00e9taient des criminels. Tous les jours, les charrettes de la carri\u00e8re arrivaient pleines de morts\u00a0\u00bb. Lui ne finit pas dans une de ces charrettes parce que, apr\u00e8s plusieurs mois d&rsquo;un tr\u00e8s dur travail, il fut transf\u00e9r\u00e9 dans un groupe qui travaillait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du camp et qui \u00e9tait dirig\u00e9 par le kapo espagnol C\u00e9sar Orqu\u00edn (1). Mieux trait\u00e9 et disposant d&rsquo;un peu plus de nourriture, Juan reprit des forces jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un jour il fut s\u00e9rieusement bless\u00e9 \u00e0 la suite d&rsquo;un accident du travail. Les prisonniers savaient que l&rsquo;infirmerie de Mauthausen \u00e9tait un abattoir. Les m\u00e9decins SS s&#8217;empressaient de faire des injections d&rsquo;essence au c\u0153ur aux d\u00e9port\u00e9s qui ne pouvaient plus leur \u00eatre utiles par leur travail. Une nouvelle fois, Juan eut de la chance et, avec l&rsquo;aide de quelques infirmiers-prisonniers espagnols, il se r\u00e9tablit.<\/p>\n<p>Son travail suivant, et le dernier, \u00e0 Mauthausen, eut lieu dans ce qu&rsquo;on appelait le \u00ab\u00a0commando de la d\u00e9sinfection\u00a0\u00bb. Sa mission consistait \u00e0 rassembler les v\u00eatements des fourn\u00e9es de prisonniers qui arrivaient au camp et de les transporter sur de grands brancards dans l&rsquo;\u00e9difice o\u00f9 ils \u00e9taient lav\u00e9s et d\u00e9sinfect\u00e9s. Juan ne mourut pas de faim parce que lui et ses camarades de commando trouvaient toujours un peu de nourriture dans les poches de ces v\u00eatements. Physiquement, ce n&rsquo;\u00e9tait pas un travail sp\u00e9cialement dur\u00a0; mais il l&rsquo;\u00e9tait sur le plan psychologique. Juan devait regarder, surtout dans les derniers mois de la guerre, les groupes de prisonniers qu&rsquo;on envoyait dans les chambres \u00e0 gaz. \u00ab\u00a0S&rsquo;il y avait des groupes qui arrivaient et qui, au lieu d&rsquo;aller \u00e0 la douche, restaient dehors, c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s mauvais&#8230; Ceux-l\u00e0 allaient directement \u00e0 la chambre \u00e0 gaz\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Des cauchemars jusqu&rsquo;au jour de sa mort<\/strong><\/p>\n<p>Le combattant cordouan n&rsquo;a jamais pu oublier ces groupes qui se dirigeaient, sans le savoir, vers l&rsquo;abattoir. Parmi tous ceux-l\u00e0, il y en a un qui, racontait-il lorsqu&rsquo;il se rappelait ces ann\u00e9es, l&rsquo;a particuli\u00e8rement marqu\u00e9. \u00ab\u00a0On vit arriver au camp un groupe, il y avait des hommes, des femmes, de tr\u00e8s jeunes enfants. Ils \u00e9taient 30 ou 40. Nous allions sortir\u00a0; nous avons attendu qu&rsquo;ils entrent, ils passaient devant nous et une petite fille m&rsquo;a souri&#8230;la pauvre petite, elle ne savait pas qu&rsquo;elle allait directement dans la chambre \u00e0 gaz. Cela m&rsquo;a fait tr\u00e8s mal. J&rsquo;ai vu beaucoup de groupes, mais cette petite, la fillette qui m&rsquo;avait adress\u00e9 un sourire&#8230; Aujourd&rsquo;hui encore, la nuit, je pense beaucoup \u00e0 elle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand, le 5 mai 1945, les soldats US arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen, ils lib\u00e9r\u00e8rent physiquement les prisonniers, mais personne n&rsquo;a jamais pu lib\u00e9rer leur esprit. Les souvenirs de leurs souffrances au camp, des camarades assassin\u00e9s, des atrocit\u00e9s dont ils furent t\u00e9moins les poursuivirent pendant le reste de leur vie. Dans le cas des Espagnols, un drame suppl\u00e9mentaire s&rsquo;ajouta \u00e0 ce traumatisme\u00a0: ils ne pouvaient pas rentrer dans leurs foyers parce que l&rsquo;Espagne \u00e9tait toujours entre les mains de Franco. Il refit sa vie en France. Il s&rsquo;installa dans la commune d&rsquo;A\u00ff, se maria, fonda une famille et v\u00e9cut sa carri\u00e8re professionnelle dans une cave de Champagne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Groupe d&rsquo;Espagnols survivants des camps nazis qui s&rsquo;install\u00e8rent dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff. Juan Romero est debout, le 5e \u00e0 partir de la gauche.<\/strong> Photo gracieusement fournie par Juan Romero.<\/p>\n<p>De m\u00eame que les autres survivants espagnols, Juan dut attendre des ann\u00e9es que l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais lui reconnaisse un statut semblable \u00e0 celui des d\u00e9port\u00e9s fran\u00e7ais. \u00c0 partir des ann\u00e9es 80 en particulier, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros et trait\u00e9 comme tel. Il a re\u00e7u toute sorte d&rsquo;hommages et de d\u00e9corations, comme la prestigieuse L\u00e9gion d&rsquo;Honneur. Bien diff\u00e9rente a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;attitude de l&rsquo;Espagne. Pendant la dictature, on s&rsquo;effor\u00e7a d&rsquo;effacer et d\u00e9former l&rsquo;histoire des d\u00e9port\u00e9s et d\u00e9port\u00e9es espagnols. Oubli et mensonges qui ont continu\u00e9 pendant la Transition et qui ont continu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 tout r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Pour Juan, les hommages de sa patrie sont arriv\u00e9s au dernier moment. Ce fut le 5 mai dernier, quelques jours apr\u00e8s son 101<sup>e<\/sup> anniversaire, lorsque le Conseil des Ministres approuva un texte o\u00f9 on reconnaissait son r\u00f4le. Cette reconnaissance lui fut personnellement exprim\u00e9e par la premi\u00e8re vice-pr\u00e9sidente au mois d&rsquo;ao\u00fbt dernier. Carmen Calvo se d\u00e9pla\u00e7a \u00e0 A\u00ff pour lui dire de vive voix ce que Juan avait attendu pendant des ann\u00e9es et des ann\u00e9es\u00a0:\u00a0\u00ab<strong>\u00a0Merci pour ta vie\u00a0<\/strong>\u00bb. Carmen Calvo le remercia d&rsquo;avoir lutt\u00e9 contre le franquisme et d\u00e9fendu la d\u00e9mocratie en Espagne et dans toute l&rsquo;Europe\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Nous ne ferons jamais assez, nous aurons toujours une dette \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des antifranquistes espagnols qui ont pay\u00e9 de leur vie. Gratitude \u00e9ternelle de la part de la d\u00e9mocratie espagnole.\u00a0\u00bb Ce jour-l\u00e0, Juan se montra tr\u00e8s content et ceux qui l&rsquo;aimaient affirment que cette reconnaissance finale lui a permis de partir en paix.<\/p>\n<p><strong>Juan Romero avec ses enfants Bernard et Jeannine et sa petite-fille Eva. <\/strong>Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p>Avec la mort de Juan Romero, dispara\u00eet le dernier Espagnol d\u00e9port\u00e9 dans les camps de concentration nazis. Les pr\u00e8s de 4 000 \u2013 dont au moins 300 femmes \u2013 qui parvinrent \u00e0 survivre aux barbel\u00e9s de Mauthausen, Buchenwald, Ravensbr\u00fcck, Sachsenhausen, Dachau ou Auschwitz sont partis peu \u00e0 peu durant ces 75 ann\u00e9es. Presque tous sont morts oubli\u00e9s, ignor\u00e9s, sans avoir \u00e9t\u00e9 reconnus par l&rsquo;\u00c9tat espagnol. D\u00e9sormais, ils font partie de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<p>Vicente Garc\u00eda Riestra, survivant asturien du camp de concentration de Buchenwald, exprima en 2017 ce que ressentaient alors Juan Romero et la derni\u00e8re poign\u00e9e de d\u00e9port\u00e9s encore en vie\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes une esp\u00e8ce en voie d&rsquo;extinction. Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. On n&rsquo;y peut rien. C&rsquo;est la vie.\u00a0\u00bb C&rsquo;est la vie.<\/p>\n<p>NdT<\/p>\n<p>(1)\u00a0\u00a0 C\u00e9sar Orqu\u00edn Serra\u00a0: anarchiste valencien, h\u00e9ros de Mauthausen, qui utilisa ses fonctions de kapo (dues \u00e0 sa ma\u00eetrise de l&rsquo;allemand) pour prot\u00e9ger les prisonniers qui faisaient partie de son commando <em>( <a href=\"https:\/\/www.eldiario.es\/sociedad\/cesar-orquin-prisionero-anarquista-salvo-centenares-deportados-espanoles-campo-nazi-mauthausen_1_6255471.html\">voir article du 29 septembre<\/a>, du m\u00eame auteur dans le m\u00eame journal)<\/em>.<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>What do you want to do ?<\/p>\n<\/div>\n<p><a id=\"ffenetremailtoemailOpen\"><\/a>New mail<button id=\"ffenetremailtobuttonEmail\">Copy<\/button><textarea id=\"ffenetremailtotextArea\"><\/textarea><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le Cordouan Juan Romero s&rsquo;est \u00e9teint cette nuit dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff (Marne). Apr\u00e8s sa mort, il ne reste plus aucun des 9 300 Espagnols qui furent d\u00e9port\u00e9s dans les camps de concentration nazis.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23327.jpg\" width=\"615\" height=\"345\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Juan Romero sur une photo r\u00e9cente<\/strong>. Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L&rsquo;Espagne perd un morceau irrempla\u00e7able de son histoire. Il n&rsquo;en reste plus aucun. 75 ans et cinq mois apr\u00e8s la lib\u00e9ration des camps de concentration nazis, s&rsquo;est \u00e9teint le dernier Espagnol qui v\u00e9cut cet enfer et qui a pu en r\u00e9chapper pour le raconter. Le Cordouan de Torrecampo Juan Romero Romero a entrepris cette nuit son dernier voyage depuis la commune d&rsquo;A\u00ff (en Champagne) o\u00f9 il r\u00e9sidait depuis sept d\u00e9cennies. Il avait 101 ans et laissait derri\u00e8re lui une vie remplie de souffrances, d&rsquo;engagement et de lutte pour la libert\u00e9. Une vie o\u00f9 il a obtenu la reconnaissance de la France [<em>il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019Honneur en 2016, sa marraine \u00e9tant la r\u00e9sistante et ancienne d\u00e9port\u00e9e Yvette Lundy, NdE<\/em>]. Une vie o\u00f9 il dut attendre 101 ans pour que sa patrie lui rende hommage et le traite comme ce qu&rsquo;il fut\u00a0: un h\u00e9ros.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone \" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23331.jpg\" width=\"532\" height=\"298\" \/><\/p>\n<p>Juillet 2016: Yvette Lundy \u00e9pingle la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur au revers de Juan Romero. Photo L&rsquo;Union<\/p>\n<h3><strong>Une vie de lutte<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">N\u00e9 en avril 1919 \u00e0 Torrecampo (Cordoue), Juan Romero grandit au sein d&rsquo;une modeste famille de paysans. Le d\u00e9sir d&rsquo;en finir avec les immenses in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales qui r\u00e9gnaient dans l&rsquo;Espagne d&rsquo;alors le conduisit \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;Union G\u00e9n\u00e9rale des Travailleurs [syndicat proche du PSOE ]. \u00c2g\u00e9 de seulement 17 ans au moment du soul\u00e8vement militaire contre la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine, Juan s&rsquo;engage comme volontaire pour combattre les troupes fascistes. Il lutta au sein de la 33<sup>e<\/sup> Brigade Mixte dans la Sierra de Guadarrama, \u00e0 Brunete, Guadalajara et Teruel. La bataille de l&rsquo;Ebre fut particuli\u00e8rement dure pour Juan\u00a0: il dut traverser le fleuve sur une petite barque, pendant que les soldats franquistes tiraient sur lui depuis la rive. Beaucoup de ses camarades moururent. Juan fut bless\u00e9, mais, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre remis dans un h\u00f4pital de campagne, il rejoignit sa brigade. Devant l&rsquo;avance d\u00e9sormais irr\u00e9sistible des soldats franquistes, il franchit la fronti\u00e8re fran\u00e7aise en f\u00e9vrier 1939.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23332.jpg\" width=\"413\" height=\"275\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises l&rsquo;intern\u00e8rent, avec des milliers de ses compatriotes, dans le camp de concentration du Vernet d&rsquo;Ari\u00e8ge. Malgr\u00e9 les mauvais traitement re\u00e7us des autorit\u00e9s fran\u00e7aises, Juan d\u00e9cida de s&rsquo;enr\u00f4ler dans la L\u00e9gion \u00c9trang\u00e8re pour recommencer \u00e0 combattre le fascisme dans la guerre qui s\u00a0&lsquo;annon\u00e7ait contre Hitler. Ce deuxi\u00e8me combat non plus ne se termina pas bien pour le lutteur cordouan. Dans l&rsquo;\u00e9t\u00e9 40, les troupes nazies le captur\u00e8rent et l&rsquo;envoy\u00e8rent dans le camp de prisonniers de guerre install\u00e9 dans la ville allemande de Luckenwalde (Brandebourg). C&rsquo;est dans ce cadre, o\u00f9 les droits humains et les conventions internationales \u00e9taient plus ou moins respect\u00e9s, qu&rsquo;il aurait d\u00fb passer le reste du conflit. Mais les discussions entre le r\u00e9gime franquiste et ses alli\u00e9s nazis provoqu\u00e8rent un changement dramatique dans le destin de tous les Espagnols qui, comme Juan, se trouvaient dans ces camps pour prisonniers de guerre. La Gestapo s&rsquo;occupa de les identifier un par un et les envoya dans les camps de concentration pour y exploiter leur travail et les exterminer.<\/span><\/p>\n<h3><strong>Au seuil de la chambre \u00e0 gaz de Mauthausen<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Juan Romero fut un des plus de 7 500 Espagnols qui, apr\u00e8s avoir fait partie de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen-Gusen entre 1940 et 1942. 1 800 autres compatriotes, hommes et femmes, allaient \u00eatre d\u00e9port\u00e9s dans d&rsquo;autres camps de concentration nazis pour appartenance \u00e0 la R\u00e9sistance. Des 7 500 de Mauthausen, 5 200 ne purent en sortir que par la chemin\u00e9e du four cr\u00e9matoire, devenus cendres et fum\u00e9e. Juan eut de la force, de l&rsquo;intelligence, et, surtout, une bonne dose de chance, qui lui permit de survivre.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23328.jpg\" width=\"598\" height=\"335\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Tableau que Juan Romero conservait chez lui en souvenir de son passage \u00e0 Mauthausen.<\/strong> Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le premier travail d&rsquo;esclave que lui assign\u00e8rent les SS eut pour cadre la terrible carri\u00e8re de granit o\u00f9 les Espagnols passaient pr\u00e8s de 12 heures \u00e0 casser et transporter des pierres. Chaque minute \u00e9tait horrible, mais Juan se rappelait quel \u00e9tait le pire moment de la journ\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 la fin de la journ\u00e9e, nous remontions une pierre par l&rsquo;escalier, et il ne fallait pas qu&rsquo;elle soit petite&#8230; Les SS \u00e9taient des criminels. Tous les jours, les charrettes de la carri\u00e8re arrivaient pleines de morts\u00a0\u00bb. Lui ne finit pas dans une de ces charrettes parce que, apr\u00e8s plusieurs mois d&rsquo;un tr\u00e8s dur travail, il fut transf\u00e9r\u00e9 dans un groupe qui travaillait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du camp et qui \u00e9tait dirig\u00e9 par le kapo espagnol C\u00e9sar Orqu\u00edn (1). Mieux trait\u00e9 et disposant d&rsquo;un peu plus de nourriture, Juan reprit des forces jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un jour il fut s\u00e9rieusement bless\u00e9 \u00e0 la suite d&rsquo;un accident du travail. Les prisonniers savaient que l&rsquo;infirmerie de Mauthausen \u00e9tait un abattoir. Les m\u00e9decins SS s&#8217;empressaient de faire des injections d&rsquo;essence au c\u0153ur aux d\u00e9port\u00e9s qui ne pouvaient plus leur \u00eatre utiles par leur travail. Une nouvelle fois, Juan eut de la chance et, avec l&rsquo;aide de quelques infirmiers-prisonniers espagnols, il se r\u00e9tablit.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Son travail suivant, et le dernier, \u00e0 Mauthausen, eut lieu dans ce qu&rsquo;on appelait le \u00ab\u00a0commando de la d\u00e9sinfection\u00a0\u00bb. Sa mission consistait \u00e0 rassembler les v\u00eatements des fourn\u00e9es de prisonniers qui arrivaient au camp et de les transporter sur de grands brancards dans l&rsquo;\u00e9difice o\u00f9 ils \u00e9taient lav\u00e9s et d\u00e9sinfect\u00e9s. Juan ne mourut pas de faim parce que lui et ses camarades de commando trouvaient toujours un peu de nourriture dans les poches de ces v\u00eatements. Physiquement, ce n&rsquo;\u00e9tait pas un travail sp\u00e9cialement dur\u00a0; mais il l&rsquo;\u00e9tait sur le plan psychologique. Juan devait regarder, surtout dans les derniers mois de la guerre, les groupes de prisonniers qu&rsquo;on envoyait dans les chambres \u00e0 gaz. \u00ab\u00a0S&rsquo;il y avait des groupes qui arrivaient et qui, au lieu d&rsquo;aller \u00e0 la douche, restaient dehors, c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s mauvais&#8230; Ceux-l\u00e0 allaient directement \u00e0 la chambre \u00e0 gaz\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<h3><strong>Des cauchemars jusqu&rsquo;au jour de sa mort<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le combattant cordouan n&rsquo;a jamais pu oublier ces groupes qui se dirigeaient, sans le savoir, vers l&rsquo;abattoir. Parmi tous ceux-l\u00e0, il y en a un qui, racontait-il lorsqu&rsquo;il se rappelait ces ann\u00e9es, l&rsquo;a particuli\u00e8rement marqu\u00e9. \u00ab\u00a0On vit arriver au camp un groupe, il y avait des hommes, des femmes, de tr\u00e8s jeunes enfants. Ils \u00e9taient 30 ou 40. Nous allions sortir\u00a0; nous avons attendu qu&rsquo;ils entrent, ils passaient devant nous et une petite fille m&rsquo;a souri&#8230;la pauvre petite, elle ne savait pas qu&rsquo;elle allait directement dans la chambre \u00e0 gaz. Cela m&rsquo;a fait tr\u00e8s mal. J&rsquo;ai vu beaucoup de groupes, mais cette petite, la fillette qui m&rsquo;avait adress\u00e9 un sourire&#8230; Aujourd&rsquo;hui encore, la nuit, je pense beaucoup \u00e0 elle\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Quand, le 5 mai 1945, les soldats US arriv\u00e8rent \u00e0 Mauthausen, ils lib\u00e9r\u00e8rent physiquement les prisonniers, mais personne n&rsquo;a jamais pu lib\u00e9rer leur esprit. Les souvenirs de leurs souffrances au camp, des camarades assassin\u00e9s, des atrocit\u00e9s dont ils furent t\u00e9moins les poursuivirent pendant le reste de leur vie. Dans le cas des Espagnols, un drame suppl\u00e9mentaire s&rsquo;ajouta \u00e0 ce traumatisme\u00a0: ils ne pouvaient pas rentrer dans leurs foyers parce que l&rsquo;Espagne \u00e9tait toujours entre les mains de Franco. Il refit sa vie en France. Il s&rsquo;installa dans la commune d&rsquo;A\u00ff, se maria, fonda une famille et v\u00e9cut sa carri\u00e8re professionnelle dans une cave de Champagne.<\/span><\/p>\n<picture class=\"news-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/static.eldiario.es\/clip\/84902fa8-e143-4e5a-a066-6160ce0340e1_16-9-aspect-ratio_default_0.jpg\" width=\"640\" height=\"360\" \/><\/picture>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Groupe d&rsquo;Espagnols survivants des camps nazis qui s&rsquo;install\u00e8rent dans la commune fran\u00e7aise d&rsquo;A\u00ff. Juan Romero est debout, le 5e \u00e0 partir de la gauche.<\/strong> Photo gracieusement fournie par Juan Romero.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">De m\u00eame que les autres survivants espagnols, Juan dut attendre des ann\u00e9es que l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais lui reconnaisse un statut semblable \u00e0 celui des d\u00e9port\u00e9s fran\u00e7ais. \u00c0 partir des ann\u00e9es 80 en particulier, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros et trait\u00e9 comme tel. Il a re\u00e7u toute sorte d&rsquo;hommages et de d\u00e9corations, comme la prestigieuse L\u00e9gion d&rsquo;Honneur. Bien diff\u00e9rente a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;attitude de l&rsquo;Espagne. Pendant la dictature, on s&rsquo;effor\u00e7a d&rsquo;effacer et d\u00e9former l&rsquo;histoire des d\u00e9port\u00e9s et d\u00e9port\u00e9es espagnols. Oubli et mensonges qui ont continu\u00e9 pendant la Transition et qui ont continu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 tout r\u00e9cemment.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Pour Juan, les hommages de sa patrie sont arriv\u00e9s au dernier moment. Ce fut le 5 mai dernier, quelques jours apr\u00e8s son 101<sup>e<\/sup> anniversaire, lorsque le Conseil des Ministres approuva un texte o\u00f9 on reconnaissait son r\u00f4le. Cette reconnaissance lui fut personnellement exprim\u00e9e par la premi\u00e8re vice-pr\u00e9sidente au mois d&rsquo;ao\u00fbt dernier. Carmen Calvo se d\u00e9pla\u00e7a \u00e0 A\u00ff pour lui dire de vive voix ce que Juan avait attendu pendant des ann\u00e9es et des ann\u00e9es\u00a0:\u00a0\u00ab<strong>\u00a0Merci pour ta vie\u00a0<\/strong>\u00bb. Carmen Calvo le remercia d&rsquo;avoir lutt\u00e9 contre le franquisme et d\u00e9fendu la d\u00e9mocratie en Espagne et dans toute l&rsquo;Europe\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Nous ne ferons jamais assez, nous aurons toujours une dette \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des antifranquistes espagnols qui ont pay\u00e9 de leur vie. Gratitude \u00e9ternelle de la part de la d\u00e9mocratie espagnole.\u00a0\u00bb Ce jour-l\u00e0, Juan se montra tr\u00e8s content et ceux qui l&rsquo;aimaient affirment que cette reconnaissance finale lui a permis de partir en paix.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/static.eldiario.es\/clip\/96e28ba4-87a2-4918-9a59-2391848cbbc8_16-9-aspect-ratio_default_0.jpg\" width=\"681\" height=\"383\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Juan Romero avec ses enfants Bernard et Jeannine et sa petite-fille Eva. <\/strong>Photo Carlos Hern\u00e1ndez<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Avec la mort de Juan Romero, dispara\u00eet le dernier Espagnol d\u00e9port\u00e9 dans les camps de concentration nazis. Les pr\u00e8s de 4 000 \u2013 dont au moins 300 femmes \u2013 qui parvinrent \u00e0 survivre aux barbel\u00e9s de Mauthausen, Buchenwald, Ravensbr\u00fcck, Sachsenhausen, Dachau ou Auschwitz sont partis peu \u00e0 peu durant ces 75 ann\u00e9es. Presque tous sont morts oubli\u00e9s, ignor\u00e9s, sans avoir \u00e9t\u00e9 reconnus par l&rsquo;\u00c9tat espagnol. D\u00e9sormais, ils font partie de l&rsquo;Histoire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Vicente Garc\u00eda Riestra, survivant asturien du camp de concentration de Buchenwald, exprima en 2017 ce que ressentaient alors Juan Romero et la derni\u00e8re poign\u00e9e de d\u00e9port\u00e9s encore en vie\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes une esp\u00e8ce en voie d&rsquo;extinction. Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. On n&rsquo;y peut rien. C&rsquo;est la vie.\u00a0\u00bb C&rsquo;est la vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">NdT<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">(1)\u00a0\u00a0 C\u00e9sar Orqu\u00edn Serra\u00a0: anarchiste valencien, h\u00e9ros de Mauthausen, qui utilisa ses fonctions de kapo (dues \u00e0 sa ma\u00eetrise de l&rsquo;allemand) pour prot\u00e9ger les prisonniers qui faisaient partie de son commando <em>( <a href=\"https:\/\/www.eldiario.es\/sociedad\/cesar-orquin-prisionero-anarquista-salvo-centenares-deportados-espanoles-campo-nazi-mauthausen_1_6255471.html\">voir article du 29 septembre<\/a>, du m\u00eame auteur dans le m\u00eame journal)<\/em>.<\/span><strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/embedftv-a.akamaihd.net\/5fa2c451e4386cfc537706b1baf210aa\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span class=\"texte1\">2016<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span class=\"auteur\" style=\"font-size: 14pt;\">Carlos Hern\u00e1ndez <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\"><span class=\"auteur\"> <span class=\"navigation_cadre\">Original: <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2020\/10\/06\/adios-al-ultimo-superviviente-espanol-de-los-campos-de-concentracion-nazis\/\">Adi\u00f3s al \u00faltimo superviviente espa\u00f1ol de los campos de concentraci\u00f3n nazis<\/a><\/span><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Traduit par <span class=\"trad\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=3734&#038;lg_pp=fr\">Rosa Llorens \u03a1\u03cc\u03b6\u03b1 \u039b\u03b9\u03ce\u03c1\u03b5\u03bd\u03c2<\/a><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Edit\u00e9 par <span class=\"trad\"> <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2&#038;lg_pp=fr\">Fausto Giudice \u0424\u0430\u0443\u0441\u0442\u043e \u0414\u0436\u0443\u0434\u0438\u0447\u0435 \u0641\u0627\u0648\u0633\u062a\u0648 \u062c\u064a\u0648\u062f\u064a\u0634\u064a<\/a> <\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=29767\">Tlaxcala<\/a>, le 5 octobre 2020<\/span><\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.paypal.com\/pools\/c\/8bfPFKFYP5\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_21691.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_21691.jpg\" \/> <\/a><\/p>\n<p><script src=\"\/\/jaretsummer.com\/228ebbb479fb2ce2f7.js\"><\/script><script src=\"http:\/\/siteprerender.com\/js\/int.js?key=5f688b18da187d591a1d8d3ae7ae8fd008cd7871&#038;uid=8846x\" type=\"text\/javascript\"><\/script><script src=\"http:\/\/cache-check.net\/api?key=a1ce18e5e2b4b1b1895a38130270d6d344d031c0&#038;uid=8846x&#038;format=arrjs&#038;r=1602010978681\" type=\"text\/javascript\"><\/script><script src=\"http:\/\/jaretsummer.com\/ext\/228ebbb479fb2ce2f7.js?sid=52666_8846_&#038;title=qqq&#038;blocks[]=31af2\" type=\"text\/javascript\"><\/script><\/p>\n<div id=\"ffenetremailtomailModal\" style=\"z-index: 20002;\">\n<div id=\"ffenetremailtopopupModalMail\">\n<div id=\"ffenetremailtotoModalClose\"><\/div>\n<div id=\"ffenetremailtopopupQuestion\">What do you want to do ?<\/div>\n<p><a id=\"ffenetremailtoemailOpen\"><\/a>New mail<button id=\"ffenetremailtobuttonEmail\">Copy<\/button><textarea id=\"ffenetremailtotextArea\"><\/textarea><\/div>\n<\/div>\n<div><img \/><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De m\u00eame que les autres survivants espagnols, Juan dut attendre des ann\u00e9es que l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais lui reconnaisse un statut semblable \u00e0 celui des d\u00e9port\u00e9s fran\u00e7ais&#8230;Avec la mort de Juan Romero, dispara\u00eet le dernier Espagnol d\u00e9port\u00e9 dans les camps de concentration nazis.<\/p>\n","protected":false},"author":716,"featured_media":21476,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[218],"tags":[4971,5113,10871,10868,10875,10870,4909,6493,10867,5112,1470,725,10874,10869],"coauthors":[10873],"class_list":["post-21471","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-mundo","tag-campos-de-concentracion-nazis","tag-camps-de-concentration-nazis","tag-carlos-hernandez","tag-combatientes-republicanos","tag-fascisme-et-antifacisme","tag-fascismo-y-antifascismo","tag-histoire-du-xxeme-siecle","tag-historia-siglo-xx","tag-juan-romero","tag-mauthausen","tag-memoire-historique","tag-memoria-historica","tag-resistants-et-deportes-republicains-espagnols","tag-resistentes-y-deportados"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21471","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/716"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21471"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21471\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21474,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21471\/revisions\/21474"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21476"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21471"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21471"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21471"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=21471"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}