{"id":20911,"date":"2020-09-08T13:05:33","date_gmt":"2020-09-08T13:05:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=20911"},"modified":"2020-09-08T13:14:24","modified_gmt":"2020-09-08T13:14:24","slug":"por-que-todos-tienen-miedo-del-poscolonial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2020\/09\/08\/por-que-todos-tienen-miedo-del-poscolonial\/","title":{"rendered":"Pourquoi ont-ils tous peur du postcolonial ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c0 peu pr\u00e8s tous les deux ou trois mois, le public lettr\u00e9 d\u2019expression fran\u00e7aise est convi\u00e9 \u00e0 un curieux sabbat au cours duquel des sacrificateurs patent\u00e9s proc\u00e8dent \u00e0 l\u2019immolation rituelle non point d\u2019un b\u00e9lier, d\u2019un agneau ou de tout autre bouc \u00e9missaire, mais du postcolonialisme. Cela fera bient\u00f4t vingt ans que dure le man\u00e8ge et rien, en l\u2019\u00e9tat actuel des choses, ne semble \u2013 h\u00e9las \u2013 devoir l\u2019arr\u00eater.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><b><i>Pour Edward W. Said (1935-2003)<\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><b><i>et James Arthur Baldwin (1924-1987)<\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Contrairement \u00e0 Edward Sa\u00efd, Homi Bhabha ou Gayatri Spivak, je ne suis pas un th\u00e9oricien du postcolonialisme, encore moins l\u2019un des grands pr\u00eatres de la pens\u00e9e dite d\u00e9coloniale et dont l\u2019essentiel des th\u00e8ses,\u00a0tout comme au z\u00e9nith de la th\u00e9orie de la d\u00e9pendance (ou de ce que l\u2019on appelait alors \u00ab le d\u00e9veloppement du sous-d\u00e9veloppement \u00bb), nous viennent d\u2019Am\u00e9rique Latine. Des <i>subaltern studies <\/i>(un important courant de pens\u00e9e historiographique\u00a0<a href=\"http:\/\/www.karthala.com\/545-lhistoriographie-indienne-en-debat-9782865379156.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">n\u00e9 en Inde<\/a> dans les ann\u00e9es 1980), je n\u2019en ai entendu parler qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, lorsque je me suis \u00e9tabli aux \u00c9tats-Unis apr\u00e8s des \u00e9tudes \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Paris I-Panth\u00e9on Sorbonne et \u00e0 Sciences-Po.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">C\u2019est vrai, j\u2019ai publi\u00e9 en 2000 un <a href=\"http:\/\/www.karthala.com\/1510-de-la-postcolonie-9782845860780.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">essai<\/a> intitul\u00e9 <i>De la postcolonie, <\/i>une r\u00e9flexion avant tout d\u2019ordre esth\u00e9tique qui tirait son inspiration de l\u2019\u00e9criture romanesque et de la musique africaine de la fin du XXe si\u00e8cle<\/span><a name=\"_ednref1\"><\/a><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_edn1\">[ 1]<\/a>. Pass\u00e9 sous silence en France, l\u2019essai fut rapidement traduit en anglais et connut un remarquable succ\u00e8s aux \u00c9tats-Unis et dans les mondes anglo-saxons o\u00f9 il est devenu un classique<a name=\"_ednref2\"><\/a> <a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_edn2\">[2]<\/a>. Les \u00ab\u00a0\u00e9tudes postcoloniales\u00a0\u00bb n\u2019en constituaient pas l\u2019objet. En v\u00e9rit\u00e9, il s\u2019agissait d\u2019une contribution \u00e0 la critique de la tyrannie et de l\u2019autoritarisme, ces facettes souvent inavou\u00e9es et longtemps r\u00e9prim\u00e9es de notre modernit\u00e9 tardive.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">J\u2019interrogeais en particulier la mani\u00e8re dont les formations sociales issues de la colonisation s\u2019efforc\u00e8rent, alors que les politiques n\u00e9olib\u00e9rales d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 accentuaient leur crise de l\u00e9gitimit\u00e9, de forger un style de commandement hybride et baroque, marqu\u00e9 par la pr\u00e9dation des corps, une violence carnavalesque et une relation symbiotique entre dominants et domin\u00e9s. \u00c0 ces formations et \u00e0 ce style de commandement, je donnais le nom de <i>postcolonie<\/i>, un terme invent\u00e9 de toute pi\u00e8ce, qui jusqu\u2019\u00e0 ce jour, du moins \u00e0 ma connaissance, n\u2019existe d\u2019ailleurs dans aucun dictionnaire fran\u00e7ais.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ne me reconnaissant gu\u00e8re dans ces mouvements d\u2019id\u00e9es, je n\u2019ai par ailleurs aucune raison de leur \u00eatre hostile. \u00c0 quoi cela servirait-il ? Comme tant d\u2019autres courants issus d\u2019autres traditions intellectuelles \u00e0 diverses p\u00e9riodes de notre histoire, je les consid\u00e8re comme faisant partie des archives du Tout Monde, une part d\u00e9sormais in\u00e9radicable de nos multiples h\u00e9ritages, que ceux-ci soient assum\u00e9s ou non. Ailleurs et dans le reste du <i>monde d\u2019expression fran\u00e7aise,<\/i> beaucoup l\u2019ont au demeurant compris. Pourquoi s\u2019en priveraient-ils, alors que le nouveau si\u00e8cle s\u2019ouvre sur un d\u00e9placement historique majeur ? L\u2019Europe, en effet, \u00ab ne constitue plus le centre du monde m\u00eame si elle en est toujours un acteur relativement d\u00e9cisif \u00bb <\/span><a name=\"_ednref3\"><\/a><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_edn3\">[3]<\/a>. Pour avancer dans la nuit qui nous guette, ne vaut-il pas mieux rester \u00e9veill\u00e9, pr\u00eat \u00e9ventuellement \u00e0 accueillir l\u2019inattendu, voire ce qui, \u00e0 premi\u00e8re vue, nous d\u00e9soriente et nous d\u00e9route ?<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23066.jpg\" width=\"340\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Album n\u00b08 de Forton, 1937<\/strong><\/p>\n<h3 align=\"justify\"><b>Toxicose<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">H\u00e9las, telle n\u2019est manifestement pas la sensibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque. La preuve ? \u00c0 peu pr\u00e8s tous les deux ou trois mois, le public lettr\u00e9 d\u2019expression fran\u00e7aise dans les quatre coins du monde est convi\u00e9 \u00e0 un curieux sabbat au cours duquel des sacrificateurs auto-d\u00e9sign\u00e9s proc\u00e8dent \u00e0 l\u2019immolation rituelle non point d\u2019un b\u00e9lier, d\u2019un agneau ou de tout autre bouc \u00e9missaire, mais de ces courants de pens\u00e9e, auxquels il convient d\u2019ajouter les \u00e9<i>tudes de genre ou de la race<\/i>, et de leurs d\u00e9vots suppos\u00e9s. Cela fera bient\u00f4t vingt ans que dure le man\u00e8ge et rien, en l\u2019\u00e9tat actuel des choses, ne semble devoir l\u2019arr\u00eater. \u00c0 y regarder de pr\u00e8s, cette offrande \u00e0 l\u2019on ne sait quel dieu a toutes les apparences d\u2019une tentative d\u2019<i>id\u00e9icide. <\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il faut la qualifier d\u2019id\u00e9icide dans la mesure o\u00f9 ce dont on cherche \u00e0 emp\u00eacher la diss\u00e9mination et ce dont on r\u00e9clame \u00e0 cors et \u00e0 cris l\u2019extirpation, ce sont des id\u00e9es, quitte \u00e0 blesser au passage ceux et celles qui les portent. Dans la langue des nouveaux sacrificateurs, plusieurs \u00e9pith\u00e8tes et sobriquets servent \u00e0 typifier ces courants juges nocifs, et dont beaucoup, apparemment, redoutent ouvertement l\u2019emprise sur les esprits et sur les institutions. \u00ab Obs\u00e9d\u00e9s de la race \u00bb, \u00ab racistes anti-blancs \u00bb, \u00ab bonimenteurs \u00bb en sont quelques-uns, sans doute pas les plus fleuris, d\u2019une longue et scabreuse flop\u00e9e. Que dire des multiples autres d\u00e9signations, les unes plus sexistes que les autres, dont la fonction est, manifestement, de jeter le discr\u00e9dit sur des pratiques et des univers cognitifs dont on ne sait pas grand-chose, dont au fond on n\u2019a cure (\u00ab f\u00e9minisme radical, groupusculaire, vindicatif et victimaire \u00bb), ou que l\u2019on r\u00e9duit \u00e0 une affaire de petits sous (vulgaire \u00ab business \u00bb), voire \u00e0 une oiseuse et bruyante distraction (un simple \u00ab carnaval \u00bb) ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Toutes ces \u00e9pith\u00e8tes, insultes et caricatures et tous ces sobriquets ont en commun une chose. Ils cherchent vainement \u00e0 \u00e9loigner un spectre et \u00e0 conjurer la terreur que ne cesse de provoquer un hideux f\u00e9tiche mal acquis et mal dissimul\u00e9, <i>le colonial<\/i> ou, ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, <i>la colonialit\u00e9<\/i>, ses g\u00e9n\u00e9alogies, ses structures et ses cons\u00e9quences dans le pr\u00e9sent. L\u2019interminable campagne de stigmatisation et de d\u00e9nigrement, et dans certaines circonstances d\u2019intimidation pure et simple n\u2019a, quant \u00e0 elle, strictement rien d\u2019un d\u00e9bat acad\u00e9mique. Souvent men\u00e9e \u00e0 coup d\u2019injures, ses v\u00e9ritables significations se trouvent ailleurs, et c\u2019est sur <i>ce dont elle est le sympt\u00f4me<\/i> (et non sur l\u2019objet stigmatise) qu\u2019il convient donc de se pencher.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Cette campagne de d\u00e9nigrement est pass\u00e9e par plusieurs \u00e9tapes. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, tr\u00e8s peu ayant pris la peine de s\u2019informer, de lire les textes majeurs, de les traduire en fran\u00e7ais ou de les \u00e9tudier s\u00e9rieusement dans leur langue d\u2019origine, ce ne furent que condescendance et indiff\u00e9rence, sarcasmes et quolibets, \u00e0 quoi l\u2019on ajoutait, de temps \u00e0 autre, la traditionnelle dose de m\u00e9pris. Ignorance, suffisance et arrogance ne parvenant gu\u00e8re \u00e0 endiguer la vague, l\u2019on passa au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 au proc\u00e8s en ill\u00e9gitimit\u00e9. D\u00e9sormais, le temps est au combat frontal. Pour masquer la b\u00eatise r\u00e9currente, l\u2019on n\u2019h\u00e9site plus \u00e0 recourir aux injures ou \u00e0 vilipender ce au sujet de quoi l\u2019on ne sait strictement rien ou si peu. Du coup, ceux et celles d\u2019entre nous qui s\u2019attendaient \u00e0 une v\u00e9ritable joute intellectuelle en sont pour leurs frais.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Car, \u00e0 aucune de ces \u00e9tapes, la raison n\u2019aura avanc\u00e9 d\u2019un seul pas. Au contraire, les approximations et raccourcis se multipliant, la pieuvre de l\u2019ignorance et de la veulerie continue d\u2019\u00e9tendre au loin ses tentacules, recouvrant d\u2019un assourdissant brouhaha les voix de ceux et celles, en v\u00e9rit\u00e9 tr\u00e8s peu nombreux, qui ont effectivement pris la peine de lire et d\u2019\u00e9tudier les dits courants de pens\u00e9e afin d\u2019en saisir le lexique, les m\u00e9thodes, les \u00e9nonc\u00e9s exacts et leur impact r\u00e9el ou suppos\u00e9 sur la compr\u00e9hension de notre monde.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Comment expliquer autrement la confusion ambiante, entre ceux qui font semblant d\u2019oublier d\u2019o\u00f9 eux-m\u00eames parlent, et ces autres qui ne cessent de b\u00e9gayer, de se m\u00ealer les pieds, de m\u00e9langer les noms, les dates, les lieux, les cat\u00e9gories et les arguments, de prendre le postcolonial pour le d\u00e9colonial, le d\u00e9colonial pour le racisme anti-blanc, la communaut\u00e9 pour le communautarisme (le vieux nouveau chiffon rouge), le racisme pour la race et l\u2019\u00e9tranger pour l\u2019ennemi de l\u2019universel ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">On le voit bien, nous sommes face \u00e0 un cas de toxicose aig\u00fce, du genre qui affecte les vieilles nations imp\u00e9rialistes lorsque, le deuil n\u2019ayant vraiment jamais \u00e9t\u00e9 fait de la colonie, sonne l\u2019heure de la nostalgie et de la m\u00e9lancolie. Hier, en effet, il s\u2019agissait d\u2019accaparer le monde au profit de quelques-uns. Telle \u00e9tait la d\u00e9finition, en derni\u00e8re instance, du colonialisme. Dans un comique retournement de l\u2019histoire, tout se passe comme si le monde qu\u2019hier l\u2019on croyait s\u2019\u00eatre accapar\u00e9 cherchait aujourd\u2019hui \u00e0 nous d\u00e9vorer de l\u2019int\u00e9rieur. La forteresse serait donc assi\u00e9g\u00e9e et prise d\u2019assaut. D\u2019o\u00f9 la panique. La bunkerisation. La volont\u00e9 d\u2019expurgation,\u00a0l\u2019irr\u00e9pressible d\u00e9sir de violence en r\u00e9ponse au d\u00e9fi de la plan\u00e9tarisation du monde, ce vieux nouveau programme culturel europ\u00e9en.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23065.jpg\" width=\"462\" height=\"491\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Appel paru dans le magazine Le Point du 28\/11\/2018. <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/politique\/le-decolonialisme-une-strategie-hegemonique-l-appel-de-80-intellectuels-28-11-2018-2275104_20.php\">Texte et liste des signataires<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c0 coup d\u2019exhortations, d\u2019appels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 la vigilance, \u00e0 la d\u00e9nonciation, \u00e0 l\u2019excommunication, voire \u00e0 la r\u00e9pression bureaucratico-administrative, des personnages de diverses ob\u00e9diences se sont donc mis \u00e0 crier en ch\u0153ur au loup. En ces temps o\u00f9 les plus forts se prennent pour des victimes, des gens qui ont tous pignon sur la place publique, dans les m\u00e9dias et dans les grandes institutions acad\u00e9miques et culturelles de la R\u00e9publique, sans compter les grandes revues et les grandes maisons d\u2019\u00e9dition, se mettent soudain \u00e0 pleurnicher. Afin de prot\u00e9ger de juteuses rentes de situation et de continuer de vivre et d\u2019op\u00e9rer dans une chambre d\u2019\u00e9chos, ils n\u2019h\u00e9sitent plus \u00e0 en appeler \u00e0 davantage de brutalit\u00e9 contre leurs propres coll\u00e8gues, voire leurs subordonn\u00e9s sur lesquels ils veulent voir s\u2019abattre la lourde main de l\u2019\u00c9tat.\u00a0Ravis de se retrouver entre soi, n\u2019ont-ils pas pris l\u2019habitude, des ann\u00e9es durant, de p\u00e9rorer sans interruption ni r\u00e9plique \u00e0 longueur de saisons ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La communaut\u00e9 des nouveaux sacrificateurs se d\u00e9finit par son \u0153cum\u00e9nisme. L\u2019on y retrouve, p\u00eale-m\u00eale, ceux pour qui la perte de l\u2019Empire (et en particulier celle de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise) fut une catastrophe, des marxistes dogmatiques pour lesquels la lutte des classes (et la question sociale) constitue le dernier mot de l\u2019histoire, des anciens de la Gauche prol\u00e9tarienne pass\u00e9s avec armes et bagages au n\u00e9olib\u00e9ralisme, des cat\u00e9chistes de la la\u00efcit\u00e9 d\u00e9fenseurs mod\u00e8le r\u00e9publicain policier et autoritaire tout content d\u2019\u00e9borgner \u00e0 la pelle, des \u00e9piciers et pontificateurs de l\u2019universalisme abstrait, des apolog\u00e8tes autoproclam\u00e9s des valeurs de l\u2019Occident ou encore de l\u2019identit\u00e9 catholique de la France, des nostalgiques et orphelins de la culture classique, des lecteurs de Maurras et de Mao confondus, des tenants de l\u2019antiam\u00e9ricanisme de gauche comme de droite, des crois\u00e9s anti-postmodernistes et adversaires de ce qu\u2019ils nomment d\u00e9daigneusement la \u00ab pens\u00e9e 68 \u00bb, des f\u00e9monationalistes pr\u00eates \u00e0 reprendre le flambeau, \u00e0 savoir le vieux \u00ab fardeau de l\u2019homme blanc \u00bb, et la foule des sans noms aux yeux desquels toute \u00ab personne de couleur \u00bb est par d\u00e9finition un \u00ab communautariste \u00bb qui s\u2019ignore.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais de quoi ont-ils donc peur ? Qu\u2019est-ce qui dans le discours post- ou d\u00e9colonial ou les \u00e9tudes de genre les traumatise tant, se demandent le prix Renaudot Alain Mabanckou et le critique am\u00e9ricain Dominic Thomas dans une <a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/pourquoi-a-t-on-si-peur-des-etudes-postcoloniales-en-france_2115044.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">tribune r\u00e9cente<\/a>. Il faut \u00e9largir l\u2019interrogation et se poser la question de savoir quelle est cette figure de la panique et du traumatisme qui, subrepticement, s\u2019empare du sujet apeur\u00e9 et le pousse \u00e0 hurler avec la foule et \u00e0 ne plus s\u2019exprimer que sur le mode du b\u00e9gaiement, dans la langue de l\u2019injure et en bordure de la diffamation ? En d\u2019autres termes, de quoi cette panique et la fa\u00e7on dont elle se manifeste sont-elles le sympt\u00f4me ?<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23068.jpg\" width=\"594\" height=\"446\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><b>Les nouveaux voyages de la pens\u00e9e<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Car, dans le reste du monde y compris d\u2019expression fran\u00e7aise, la critique de l\u2019esclavage, du colonialisme, du racisme et du patriarcat n\u2019a pas commenc\u00e9 aujourd\u2019hui. Elle a toujours consubstantielle \u00e0 celle des Temps modernes. Apr\u00e8s tout, le virage postcolonial dans les sciences sociales et les humanit\u00e9s (pour nous limiter \u00e0 cette approche) a eu lieu il y a bient\u00f4t un demi-si\u00e8cle. Depuis lors, la critique postcoloniale, au m\u00eame titre que la critique f\u00e9ministe, p\u00e8se dans de nombreux d\u00e9bats politiques, \u00e9pist\u00e9mologiques, institutionnels et disciplinaires. C\u2019est le cas aux \u00c9tats-Unis, en Grande-Bretagne et dans nombre de r\u00e9gions de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re Sud, de l\u2019Asie du Sud et du Sud-Est, voire de l\u2019Europe orientale. \u00c0 ce que l\u2019on sache, dans ces parties du monde, ce tournant n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la source du genre de traumatismes que l\u2019on observe dans la France d\u2019aujourd\u2019hui.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">D\u00e8s sa naissance, la <a href=\"https:\/\/esprit.presse.fr\/article\/achille-mbembe\/qu-est-ce-que-la-pensee-postcoloniale-entretien-13807\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">pens\u00e9e postcoloniale<\/a> a fait l\u2019objet d\u2019interpr\u00e9tations fort vari\u00e9es et a suscit\u00e9, \u00e0 intervalles plus ou moins r\u00e9guliers, des vagues de pol\u00e9miques et controverses, voire des objections totalement contradictoires les unes avec les autres. Elle a aussi donn\u00e9 lieu \u00e0 des pratiques intellectuelles, politiques et esth\u00e9tiques tout aussi foisonnantes et divergentes, au point que l\u2019on est parfois fond\u00e9 \u00e0 se demander ce qui en constitue l\u2019unit\u00e9. Ces controverses, souvent d\u2019une incontestable facture, se poursuivent all\u00e8grement, sans jamais d\u00e9boucher sur la sorte d\u2019hyst\u00e9rie autoritaire et n\u00e9oconservatrice si typique de la sc\u00e8ne intellectuelle fran\u00e7aise contemporaine<\/span><a name=\"_ednref4\"><\/a><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_edn4\">[4]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La fragmentation de ce courant nonobstant, l\u2019on peut affirmer qu\u2019en son noyau central il se propose d\u2019expliquer les conditions qui ont conduit \u00e0 l\u2019entrem\u00ealement de nos histoires et les cons\u00e9quences de la concat\u00e9nation de nos diff\u00e9rents mondes depuis le d\u00e9but de l\u2019\u00e8re moderne. Qui peut honn\u00eatement nier que l\u2019esclavage et surtout la colonisation, mais aussi la ponction des corps, l\u2019extraction des richesses du sol et du sous-sol, le commerce et les migrations, la circulation des formes et des imaginaires ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans ce processus de collision et d\u2019enchev\u00eatrement des peuples ? C\u2019est donc non sans raison que la pens\u00e9e postcoloniale en a fait des objets privil\u00e9gi\u00e9s de ses enqu\u00eates et de ses discours.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans leurs empires respectifs les puissances europ\u00e9ennes avaient invent\u00e9 des machines sp\u00e9cialis\u00e9es dans la production de la diff\u00e9rence. De tels dispositifs fonctionnaient, pour l\u2019essentiel, sur des bases raciales. Des statuts juridiques diff\u00e9renci\u00e9s et chaque fois inf\u00e9riorisants furent mis en place. En retour, au cours de leurs luttes pour l\u2019abolition de la servitude et pour la remont\u00e9e en humanit\u00e9, bien des sujets colonises proc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 la critique des torts qu\u2019ils avaient subi, recourant \u00e0 l\u2019occasion \u00e0 des contre-grammaires tir\u00e9es de l\u2019arsenal colonial lui-m\u00eame. La pens\u00e9e postcoloniale examine ainsi le travail accompli par ces dispositifs et d\u2019autres technologies de la diff\u00e9rence.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Elle s\u2019int\u00e9resse par ailleurs \u00e0 l\u2019analyse des ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9sistance qui jalonn\u00e8rent l\u2019histoire coloniale, aux diverses exp\u00e9riences d\u2019\u00e9mancipation et \u00e0 leurs limites, \u00e0 la fa\u00e7on dont les peuples opprim\u00e9s se constitu\u00e8rent en sujets historiques et pes\u00e8rent d\u2019un poids propre dans la constitution d\u2019un monde transnational et diasporique, celui dans lequel nous vivons. Elle se pr\u00e9occupe, enfin, de la mani\u00e8re dont les traces du pass\u00e9 colonial font, dans le pr\u00e9sent, l\u2019objet d\u2019un travail \u00e0 la fois politique et de resymbolisation, ainsi que des conditions dans lesquelles ce travail donne lieu \u00e0 des figures identitaires in\u00e9dites, hybrides ou cosmopolites.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Au passage, une immense <i>contre-biblioth\u00e8que<\/i> a pu \u00eatre constitu\u00e9e, que l\u2019on ne peut ignorer ou n\u00e9gliger qu\u2019\u00e0 ses propres d\u00e9pens. Des savoirs autrefois insoup\u00e7onn\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9s de l\u2019oubli et r\u00e9habilit\u00e9s. Des voix que l\u2019on avait coutume d\u2019\u00e9touffer se sont lev\u00e9es et ont prononc\u00e9 des paroles neuves sur \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qui, auparavant, relevait de la seule parole des ma\u00eetres d\u2019antan. Des institutions ont \u00e9t\u00e9 mises en place. Des revues ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es dont le rayonnement international est sans conteste. Des litt\u00e9ratures mineures ont enrichi le canon traditionnel. Il n\u2019y a pas jusqu\u2019\u00e0 l\u2019enseignement de la langue fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019\u00e9tranger qui n\u2019en ait tir\u00e9 de gros b\u00e9n\u00e9fices, gr\u00e2ce en tr\u00e8s grande partie \u00e0 l\u2019ensemble des cr\u00e9ations d\u2019expression fran\u00e7aise dans leur transnationalit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">De nouveaux voyages de la pens\u00e9e ont donc \u00e9t\u00e9 entrepris. Leur sc\u00e8ne, ce n\u2019est point une famille incestueuse dans laquelle r\u00e8gne en despote un p\u00e8re obs\u00e9d\u00e9 par la peur d\u2019\u00eatre \u00e9vinc\u00e9 non pas par ses propres fils, mais par une descendance \u00e9trang\u00e8re. Leur sc\u00e8ne, d\u00e9sormais, c\u2019est la plan\u00e8te tout enti\u00e8re. Ces voyages n\u2019excluent gu\u00e8re l\u2019Europe, mais ses principaux protagonistes ne se soucient plus gu\u00e8re d\u2019en solliciter, comme auparavant ni la b\u00e9n\u00e9diction, encore moins\u00a0<i>l\u2019imprimatur<\/i>. Incapables d\u2019en faire le deuil, est-ce la fin du patriarcat \u00e9pist\u00e9mique longtemps exerc\u00e9 par l\u2019Europe sur le reste du monde que nos sacrificateurs sont en train de vivre comme un parricide, reportant d\u00e8s lors leur rage et leur traumatisme sur le mauvais objet ?<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23067.jpg\" width=\"545\" height=\"714\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><b>Capacit\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les vieilles nations ont en effet leurs fa\u00e7ons d\u2019inventer des moulins \u00e0 vent. Quand elles jouent \u00e0 se faire peur, il faut se m\u00e9fier car c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement dans le but de commettre un sinistre forfait aux d\u00e9pens de plus faible qu\u2019elles. On connait l\u2019antienne. Les domin\u00e9s seraient responsables de la violence qui s\u2019abat sur eux. De cette violence, les puissants ne seraient gu\u00e8re responsables puisqu\u2019ils ne l\u2019exerceraient jamais que malgr\u00e9 eux, \u00e0 contre-c\u0153ur, et souvent pour le bien m\u00eame de ceux \u00e0 qui elle est inflig\u00e9e puisqu\u2019en fin de compte, il s\u2019agirait de les prot\u00e9ger contre leurs mauvais instincts. Une telle violence ne serait donc pas criminelle. Relevant \u00e0 la fois du don et de la mis\u00e9ricorde, elle serait \u00e9minemment civilisatrice.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La v\u00e9rit\u00e9, on s\u2019en doute, est ailleurs. \u00c0 la faveur du tournant autoritaire et n\u00e9oconservateur d\u2019une tr\u00e8s large portion de la sc\u00e8ne intellectuelle et culturelle fran\u00e7aise, beaucoup, de nos jours, ne veulent pas entendre parler du pass\u00e9 colonial. Ils pr\u00e9tendent que ce pass\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0globalement positif\u00a0\u00bb (ce pour quoi les ex-colonis\u00e9s devraient leur \u00eatre reconnaissants), ou alors qu\u2019il est cliniquement mort (pourquoi, des lors, le remettre en sc\u00e8ne ?). Ils clament qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, ils n\u2019en sont gu\u00e8re responsables, et que de toutes les fa\u00e7ons seul importe le pr\u00e9sent.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce pieux mensonge n\u2019est pas seulement partag\u00e9 par les milieux populaires suppos\u00e9ment s\u00e9duits par l\u2019id\u00e9ologie de la pr\u00e9f\u00e9rence nationale. Il est aliment\u00e9 par des \u00e9lites d\u00e9sireuses, elles aussi, de b\u00e9n\u00e9ficier de la rente de l\u2019autochtonie. \u00c0 titre d\u2019exemple, ce pr\u00e9sentisme radical (typique de la vulgate n\u00e9olib\u00e9rale) est l\u2019un des fondements id\u00e9ologiques de la politique africaine d\u2019<a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/politique\/emmanuel-macron\/le-colonialisme-a-ete-une-erreur-profonde-une-faute-de-la-republique-affirme-emmanuel-macron-a-abidjan_3755477.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Emmanuel Macron<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0Moi j\u2019appartiens \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration qui n\u2019est pas celle de la colonisation, proclame-t-il fi\u00e8rement. Le continent africain est un continent jeune. Les trois quarts [des habitants] de votre pays [la C\u00f4te d\u2019Ivoire] n\u2019ont jamais connu la colonisation.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans sa vision du monde, le colonialisme, \u00e9v\u00e8nement \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable, fut tant\u00f4t un \u00ab crime contre l\u2019humanit\u00e9 \u00bb (sa d\u00e9claration \u00e0 Alger) et tant\u00f4t une \u00ab erreur \u00bb, une \u00ab faute de la R\u00e9publique \u00bb (sa d\u00e9claration \u00e0 Abidjan). Recourant volontiers \u00e0 la ficelle g\u00e9n\u00e9rationnelle, il fait semblant de croire que le pr\u00e9sent n\u2019est jamais le produit du pass\u00e9, ou encore que le rapport de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre est strictement de l\u2019ordre de l\u2019al\u00e9atoire. Il semble bien que pour lui, le pass\u00e9 colonial en tant que tel n\u2019est pas passible de critique (t\u00e2che inutile). Il est in\u00e9luctablement vou\u00e9 \u00e0 l\u2019oubli. Et contrairement \u00e0 ce que nous apprirent aussi bien son ma\u00eetre Paul Ric\u0153ur que <a href=\"http:\/\/www.presenceafricaine.com\/philosophie-afrique-philosophe-africain\/650-la-crise-du-muntu-2708706543.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">les meilleurs des n\u00f4tres<\/a>, il ne croit pas qu\u2019il existe quelque relation que ce soit entre la m\u00e9moire et l\u2019imagination<\/span><a name=\"_ftnref1\"><\/a><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_ftn1\">[1]<\/a>. Le fait pour une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00eatre n\u00e9e apr\u00e8s un \u00e9v\u00e8nement traumatique scellerait n\u00e9cessairement l\u2019innocence de cette g\u00e9n\u00e9ration, autorisant d\u00e8s lors le d\u00e9ni de responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019histoire dont elle est, par ailleurs, structurellement l\u2019h\u00e9riti\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">On a beau expliquer que le meilleur de la pens\u00e9e postcoloniale ne consid\u00e8re la colonisation ni comme une structure immuable et a-historique, ni comme une entit\u00e9 abstraite, mais comme un processus complexe d\u2019invention \u00e0 la fois de fronti\u00e8res et d\u2019intervalles, de zones de passage et d\u2019espaces interstitiels ou de transit, rien n\u2019y fait. On a beau affirmer que parall\u00e8lement, cette pens\u00e9e fait valoir, \u00e0 juste titre, que l\u2019un des r\u00e9sultats de la colonisation fut l\u2019institution, sur une \u00e9chelle plan\u00e9taire, de rapports de subalternit\u00e9 entre les puissances coloniales d\u2019une part, et d\u2019autre part des entit\u00e9s humaines qui auparavant jouissaient d\u2019une relative autonomie, voire \u00e9taient ind\u00e9pendantes. L\u00e0 n\u2019est apparemment pas la question.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_23069.jpg\" width=\"598\" height=\"383\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un manifeste de \u00ab jeunes signataires nationalistes, \u00e9tudiants et finissants d\u2019\u00e9tudes postsecondaires \u00bb qu\u00e9b\u00e9cois de janvier 2020 d\u00e9nonce le \u00ab noyautage \u00bb des universit\u00e9s \u00ab par des professeurs de la gauche postmoderne \u00bb : \u00ab Dans ce sillage, la novlangue s\u2019enrichit d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e : islamophobie, transphobie, d\u00e9colonialisme, capacitisme, sp\u00e9cisme, s\u00e9paratisme lesbien et syst\u00e8me de domination genr\u00e9e ne sont l\u00e0 que quelques termes du volap\u00fck universitaire \u00bb.<\/strong><\/p>\n<h3 align=\"justify\"><b>La b\u00eate \u00e0 cornes et la saison des poisons<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Puisqu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 il ne s\u2019agit pas d\u2019un d\u00e9bat acad\u00e9mique, il faut donc prendre le taureau par les cornes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le tournant autoritaire et n\u00e9oconservateur de la pens\u00e9e fran\u00e7aise co\u00efncide avec la r\u00e9activation du mythe de la sup\u00e9riorit\u00e9 occidentale et la redistribution de la haine sur une \u00e9chelle plan\u00e9taire. La guerre apparaissant dans ce contexte comme le sacrement de cette nouvelle \u00e9poque, celle du brutalisme. Exploitant \u00e0 sa mani\u00e8re tout l\u2019arc des \u00e9motions et passions populaires, la n\u00e9buleuse des sacrificateurs contribue \u00e0 entretenir le fantasme d\u2019une France d\u00e9barrass\u00e9e des cr\u00e9ations de l\u2019esprit venues de l\u2019\u00e9tranger et de la pens\u00e9e des Autres, ces symboles par excellence de l\u2019Ailleurs, de ceux-l\u00e0 auxquels nous ne pouvons gu\u00e8re nous identifier, et que l\u2019on doit, dans tous les cas, emp\u00eacher de se glisser dans nos formes de vie, puisqu\u2019ils finiront t\u00f4t ou tard par nous empoisonner.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le risque d\u2019empoisonnement se trouve donc au c\u0153ur de la panique actuelle. Ha\u00efr visc\u00e9ralement ce que l\u2019on ne connait pas, ce dont on a cure ou ce \u00e0 l\u2019\u00e9gard duquel l\u2019on n\u2019\u00e9prouve qu\u2019indiff\u00e9rence est notre nouvelle passion, la passion pour les poisons de tout genre. Celle-ci est la cons\u00e9quence d\u2019une lecture ultra-pessimiste du moment contemporain marqu\u00e9, entre autres, par la red\u00e9finition de l\u2019\u00e9tranger en tant que porteur de risques mortels (les id\u00e9es y compris) contre lesquels il faut \u00e0 tout prix se pr\u00e9munir.\u00a0 Le statut pol\u00e9mique qu\u2019occupent l\u2019\u00e9tranger et ses id\u00e9es dans l\u2019imaginaire et le champ fran\u00e7ais et europ\u00e9en des affects n\u2019incite gu\u00e8re \u00e0 l\u2019optimisme. L\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des courants de pens\u00e9e post- et d\u00e9coloniaux et des critiques du f\u00e9minisme civilisationnel participe d\u2019une nouvelle forme de \u00ab commissariat \u00bb, le commissariat pour la \u00ab protection du mode de penser europ\u00e9en \u00bb (\u00e0 supposer qu\u2019une telle curiosit\u00e9 existe), le pendant du portefeuille pour \u00ab la protection du mode de vie europ\u00e9en \u00bb concoct\u00e9 r\u00e9cemment par l\u2019Union Europ\u00e9enne elle-m\u00eame. Cette hostilit\u00e9 est le compl\u00e9ment philosophique et culturel du d\u00e9sir renouvel\u00e9 de la fronti\u00e8re. Elle va de pair avec la r\u00e9activation des techniques de s\u00e9paration et de s\u00e9lection g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9es \u00e0 toute institution frontali\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Loin d\u2019\u00eatre \u00e0 la repentance, l\u2019\u00e8re est plut\u00f4t \u00e0 la bonne conscience. \u00c0 travers la colonisation, les puissances europ\u00e9ennes cherchaient \u00e0 cr\u00e9er le monde sinon \u00e0 leur image, du moins \u00e0 leur profit. \u00ab\u00a0Rude et laborieuse race de m\u00e9caniciens, d\u2019agriculteurs, de constructeurs de ponts\u00a0\u00bb et de statues (dirait Nietzsche), les colons ne purent finalement accomplir que de grossiers travaux. Mais ils \u00e9taient arm\u00e9s d\u2019une poign\u00e9e de certitudes que la d\u00e9colonisation n\u2019a gu\u00e8re effac\u00e9es et dont on peut constater la r\u00e9surgence et les mutations dans les conditions contemporaines.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La premi\u00e8re \u00e9tait la foi absolue en la force. Les plus forts ordonnaient, dictaient, agen\u00e7aient, commandaient, et donnaient forme au reste du troupeau humain. La deuxi\u00e8me, toute nietzsch\u00e9enne, \u00e9tait que la vie m\u00eame \u00e9tait avant tout volont\u00e9 de puissance et instinct de conservation. La troisi\u00e8me \u00e9tait la conviction selon laquelle les colonis\u00e9s repr\u00e9sentaient des formes morbides et d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es de l\u2019homme, corps obscurs en attente de secours et qui r\u00e9clamaient de l\u2019aide. Quant \u00e0 la passion de commander, elle se nourrissait du sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ceux dont l\u2019unique t\u00e2che \u00e9tait d\u2019ob\u00e9ir et de se laisser instruire. S\u2019y ajoutait l\u2019intime certitude que la colonisation \u00e9tait un sublime acte de charit\u00e9 et de bienfaisance pour lequel les colonis\u00e9s devaient \u00e9ternellement t\u00e9moigner de sentiments de gratitude, d\u2019attachement et de fid\u00e9lit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce complexe id\u00e9o-symbolique sert de fondement \u00e0 ce qui passe pour la bonne conscience europ\u00e9enne et \u00e0 son fantasme-ma\u00eetre, le fantasme de l\u2019innocence. Cette bonne conscience a toujours consist\u00e9 en un m\u00e9lange d\u2019indiff\u00e9rence, de volont\u00e9 de ne pas savoir et de pulsion de brutalit\u00e9, notamment \u00e0 l\u2019encontre des non-parents. Elle a toujours consist\u00e9 \u00e0 vouloir n\u2019\u00eatre coupable de rien, la revendication d\u2019un ir\u00e9nique \u00e9tat d\u2019innocence qui trahit paradoxalement la peur de la v\u00e9rit\u00e9. Cette fuite permanente dans l\u2019ir\u00e9nisme, cet attachement visc\u00e9ral \u00e0 un \u00e9tat illusoire d\u2019innocence aura chaque fois pouss\u00e9 une certaine Europe \u00e0 toujours vouloir nier ses crimes. Elle repose paradoxalement sur la conviction selon laquelle les instincts de haine, d\u2019envie, de cupidit\u00e9 et de domination font partie de la vie, et qu\u2019il ne saurait donc y avoir de morale valable pour tous, les forts comme les faibles.\u00a0 L\u2019homme sup\u00e9rieur ne saurait \u00eatre condamn\u00e9 sur la base de la morale du faible. Et, puisqu\u2019il existe une hi\u00e9rarchie entre les hommes, il devrait en exister entre les morales. Aux yeux des contempteurs des pens\u00e9es minoritaires, la critique du pass\u00e9 colonial ne sert \u00e0 rien, sinon \u00e0 d\u00e9viriliser l\u2019Europe, \u00e0 la d\u00e9vitaliser et \u00e0 en alanguir la volont\u00e9, c\u2019est-a-dire la capacit\u00e9 de brutalisation.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Telle est <i>la b\u00eate \u00e0 cornes<\/i>. Nietzsche disait qu\u2019elle a toujours exerc\u00e9 le plus grand attrait sur l\u2019Europe. Cet attrait ne s\u2019est gu\u00e8re affadi. Bien au contraire, il est en pleine r\u00e9surgence. Ceci \u00e9tant, c\u2019est son proc\u00e8s qu\u2019il faut urgemment intenter si le monde tout entier doit redevenir le sol commun de toute l\u2019humanit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La <i>pens\u00e9e critique d\u2019expression fran\u00e7aise<\/i> se trouve \u00e0 un v\u00e9ritable tournant. Si, comme l\u2019explique la philosophe <a href=\"https:\/\/esprit.presse.fr\/article\/nadia-yala-kisukidi\/l-universel-dans-la-brousse-42500\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Nadia Yala Kisukidi<\/a>, la colonisation a signifi\u00e9 l\u2019accaparement du monde et du sol commun par quelques-uns pour le profit de quelques-uns, alors la d\u00e9colonisation exige de \u00ab rendre \u00e0 chaque partie du monde la possibilit\u00e9 de faire monde \u00bb. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9gale possibilit\u00e9 de faire monde que s\u2019opposent les caporaux \u00ab du mode de penser europ\u00e9en \u00bb. Ils sont convaincus que de la liquidation des pens\u00e9es venues d\u2019Ailleurs d\u00e9pend la survie de ce mode de penser. Ils ne veulent ni faire monde avec d\u2019autres, ni habiter un monde commun.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ainsi que je l\u2019\u00e9crivais dans <a href=\"https:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/catalogue\/index-Critique_de_la_raison_negre-9782707177476.html\"><i>Critique de la raison n\u00e8gre<\/i><\/a>\u00a0en 2013: \u00ab\u00a0l\u2019Europe ne constitue plus le centre de gravit\u00e9 du monde. Tel est en effet l\u2019\u00e9v\u00e9nement ou, en tous cas, l\u2019exp\u00e9rience fondamentale de notre \u00e2ge. Et, s\u2019agissant d\u2019en mesurer toutes les implications et d\u2019en tirer toutes les cons\u00e9quences, nous n\u2019en sommes justement qu\u2019au d\u00e9but. Pour le reste, que cette r\u00e9v\u00e9lation nous soit donn\u00e9e dans la joie, qu\u2019elle suscite l\u2019\u00e9tonnement ou qu\u2019elle nous plonge plut\u00f4t dans l\u2019ennui, une chose est certaine : ce d\u00e9classement ouvre de nouvelles possibilit\u00e9s \u2013 mais est aussi porteur de dangers \u2013 pour la pens\u00e9e critique\u00a0\u00bb <\/span><a name=\"_ednref5\"><\/a><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_edn5\">[5]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans le cas de la pens\u00e9e critique d\u2019expression fran\u00e7aise, ces dangers seront mortels si la raison d\u00e9faite, l\u2019intimidation, l\u2019injure et la diffamation l\u2019emportent sur la parole accueillante et d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la seule t\u00e2che qui, aujourd\u2019hui, vaut v\u00e9ritablement la peine, \u00e0 savoir la r\u00e9paration du monde et la r\u00e9conciliation entre tous ses habitants, humains et non-humains.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00a0Notes<a name=\"_edn1\"><\/a><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_ednref1\">[1]<\/a> Achille Mbembe, <i>De la postcolonie. Essai sur l\u2019imagination politique dans l\u2019Afrique contemporaine<\/i>, Paris, Karthala, 2000. Cet ouvrage vient de faire l\u2019objet d\u2019une r\u00e9\u00e9dition en format poche chez La D\u00e9couverte, avec une pr\u00e9face in\u00e9dite de Nadia Yala Kisukidi [Paris, La D\u00e9couverte, 2020].<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><a name=\"_edn2\"><\/a><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_ednref2\">[2]<\/a> Il a \u00e9t\u00e9 traduit en anglais sous le titre <i>On the Postcolony<\/i>, Berkeley, University of California Press, 2001.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><a name=\"_edn3\"><\/a><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_ednref3\">[3]<\/a> Achille Mbembe et Felwine Sarr (sous la direction de), <a href=\"http:\/\/www.philippe-rey.fr\/livre-%C3%89crire_l%E2%80%99Afrique_Monde-344-1-1-0-1.html\"><i>\u00c9crire l\u2019Afrique-Monde<\/i><\/a>, Paris, Philippe Rey, 2017.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><a name=\"_edn4\"><\/a><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_ednref4\">[4]<\/a> Voir, par exemple, le num\u00e9ro sp\u00e9cial \u00ab\u00a0Racial France\u00a0\u00bb de la revue americaine <i>Public Culture<\/i>, Volume 23, no 1, 2011, avec des contributions entre autres de Sylvie Tissot, Jean-Francois Bayart, Robert J.C. Young, Ann Laure Stoler, Marnia Lazreg, Ranjana Khanna. Lire, par ailleurs, Dipesh Chakrabarty, \u00ab\u00a0Postcolonial Studies and the Challenge of Climate Change \u00bb et Robert C.J. Young, \u00ab\u00a0Postcolonial Remains \u00bb, <i>New Literary History<\/i>, Volume 43, no 1, 2012. Ou encore le num\u00e9ro special \u00ab\u00a0New Topologies of the Postcolonial \u00bb, in <i>Cambridge Journal of Postcolonial Literary Inquiry<\/i>, Volume 1, no 1, 2014.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><a name=\"_edn5\"><\/a><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/#_ednref5\">[5]<\/a> Achille Mbembe, <i>Critique de la raison n\u00e8gre<\/i>, Paris, La D\u00e9couverte, 2013, p. 9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_12676.jpg\" width=\"547\" height=\"840\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"ffenetremailtomailModal\" style=\"z-index: 20002;\">\n<div id=\"ffenetremailtopopupModalMail\">\n<div id=\"ffenetremailtotoModalClose\"><\/div>\n<div id=\"ffenetremailtopopupQuestion\">What do you want to do ?<\/div>\n<p><a id=\"ffenetremailtoemailOpen\"><\/a>New mail<button id=\"ffenetremailtobuttonEmail\">Copy<\/button><textarea id=\"ffenetremailtotextArea\"><\/textarea><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><strong><span class=\"auteur\" style=\"font-size: 14pt;\"> <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=7386&#038;lg_pp=fr\">Achille Mbembe<\/a> <\/span><\/strong><\/div>\n<div><\/div>\n<p><strong><span class=\"navigation_cadre\" style=\"font-size: 14pt;\">Traductions disponibles : <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2020\/09\/08\/por-que-todos-tienen-miedo-del-poscolonial\/\">Espa\u00f1ol\u00a0<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=29495\">Tlaxcala<\/a>, le 2 septembre 2020<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Publie par <\/span><\/strong><a href=\"https:\/\/aoc.media\/opinion\/2020\/07\/30\/pourquoi-ont-ils-tous-peur-du-postcolonial-2\/\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">AOC<\/span><\/strong><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On le voit bien, nous sommes face \u00e0 un cas de toxicose aig\u00fce, du genre qui affecte les vieilles nations imp\u00e9rialistes lorsque, le deuil n\u2019ayant vraiment jamais \u00e9t\u00e9 fait de la colonie, sonne l\u2019heure de la nostalgie et de la m\u00e9lancolie. Hier, en effet, il s\u2019agissait d\u2019accaparer le monde au profit de quelques-uns. <\/p>\n","protected":false},"author":696,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[8,218],"tags":[10607,10613,10610,10604,10605,10611,206,2159,10609,10612,10606],"coauthors":[10608],"class_list":["post-20911","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","category-monde","tag-achille-mbembe","tag-bete-a-cornes","tag-decolonialisme","tag-estudios-descoloniales-y-poscoloniales","tag-ideologia-colonial","tag-ideologie-coloniale","tag-pensamiento-critico","tag-pensee-critique","tag-postcolonialisme","tag-racisme-xenophobie","tag-racismo-xenofobia"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20911","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/696"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20911"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20911\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20918,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20911\/revisions\/20918"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20911"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20911"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20911"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=20911"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}