{"id":16083,"date":"2020-02-03T19:04:43","date_gmt":"2020-02-03T19:04:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lapluma.net\/?p=16083"},"modified":"2020-02-04T17:21:21","modified_gmt":"2020-02-04T17:21:21","slug":"gramsci-en-carne-y-hueso","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapluma.net\/fr\/2020\/02\/03\/gramsci-en-carne-y-hueso\/","title":{"rendered":"Gramsci en chair et en os"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_16087\" aria-describedby=\"caption-attachment-16087\" style=\"width: 102px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-16087\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/aut_7062.jpg\" alt=\"\" width=\"102\" height=\"102\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/aut_7062.jpg 200w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/aut_7062-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 102px) 100vw, 102px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-16087\" class=\"wp-caption-text\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=7062&amp;lg_pp=fr\">Lorenzo Alfano<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Agitateur culturel, il utilisait la plume comme une \u00e9p\u00e9e, secr\u00e9taire de parti, philosophe, linguiste, r\u00e9volutionnaire, organisateur politique infatigable. 129 ans apr\u00e8s sa naissance (22 janvier 1891, Ales, Sardaigne), nous rappelons son souvenir \u00e0 travers la voix de ceux qui l&rsquo;ont connu et aim\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-16088 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21659-300x292.jpg\" alt=\"\" width=\"613\" height=\"597\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21659-300x292.jpg 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21659.jpg 700w\" sizes=\"auto, (max-width: 613px) 100vw, 613px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Turin, rue de l&rsquo;Archev\u00each\u00e9. Nuit noire, toutes premi\u00e8res ann\u00e9es 20 du XX<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. \u00c0 la porte De\u00a0<em>L\u2019<\/em><i>Ordine Nuovo,\u00a0<\/i>se pr\u00e9sente un monsieur \u00e0 l&rsquo;accent m\u00e9ridional qui demande \u00e0 parler \u00e0 Antonio Gramsci. Le monsieur \u00e0 l&rsquo;accent m\u00e9ridional est insistant, il veut tout de suite un entretien avec le directeur de la revue (car\u00a0<em>L\u2019Ordine Nuovo<\/em>\u00a0n&rsquo;\u00e9tait pas seulement le journal des ouvriers turinois, c&rsquo;\u00e9tait aussi le journal d&rsquo;Antonio Gramsci).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-16089 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21684-300x168.jpg\" alt=\"\" width=\"616\" height=\"345\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21684-300x168.jpg 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21684.jpg 700w\" sizes=\"auto, (max-width: 616px) 100vw, 616px\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais, \u00e0 Turin, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, le climat politique est tendu et, chaque soir, les travailleurs des usines montent la garde \u00e0 tour de r\u00f4le pour d\u00e9fendre le journal\u00a0; tous s&rsquo;attendent \u00e0 ce que, t\u00f4t ou tard, les bandes fascistes se pr\u00e9sentent pour d\u00e9vaster le si\u00e8ge. L&rsquo;\u00e9difice a \u00e9t\u00e9 fortifi\u00e9, les ouvriers portent le fusil \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule et, entre le portail et les salles de r\u00e9daction, on trouve un long corridor, une cour, un guichet, du barbel\u00e9, des chevaux de frise, des bombes \u00e0 main et des mitraillettes \u2013 ou du moins c&rsquo;est ce qu&rsquo;on dit&#8230; Les gardes de service d\u00e9visagent le monsieur (peut-\u00eatre napolitain) pour distinguer s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un espion de la FIAT, d&rsquo;un fasciste, ou d&rsquo;un sbire (ou les trois choses \u00e0 la fois), et lui disent que, pour parler avec Antonio Gramsci, il devra se mettre un bandeau sur les yeux, de fa\u00e7on \u00e0 ne pouvoir rien d\u00e9couvrir en ce qui concerne la d\u00e9fense militaire du journal. A ce moment-l\u00e0, l&rsquo;individu suspect s&#8217;emporte violemment, tourne les talons, et fait mine de s&rsquo;en aller\u00a0; mais, apr\u00e8s quelques pas, il se retourne et hurle\u00a0: \u00ab\u00a0Dites \u00e0 Gramsci que Benedetto Croce est venu\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Quand Gramsci apprit l&rsquo;incident, il en fut contrari\u00e9, mais il en rit aussi, parce qu&rsquo;il n&rsquo;arrivait vraiment pas \u00e0 imaginer le personnage le plus important de la culture italienne un bandeau sur les yeux et titubant \u00e0 sa recherche. Il en riait, car Antonio \u00e9tait un homme d&rsquo;un caract\u00e8re simple, sociable, souriant, qui \u00e9clatait souvent en de joyeux rires juv\u00e9niles qui mettaient tout le monde de bonne humeur. Des rires comiques qui \u00ab\u00a0se d\u00e9clenchaient par \u00e0-coups\u00a0\u00bb, les rires d&rsquo;un homme qui \u00ab\u00a0ne se vexait jamais\u00a0\u00bb. Un homme habitu\u00e9 aux plaisanteries, \u00e0 la compagnie et aux farces (qu&rsquo;il en soit l&rsquo;auteur ou l&rsquo;objet). C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;image de Gramsci qui nous arrive, limpide, de ses amis et camarades, dont les t\u00e9moignages (qui constituent le corpus de sources \u00e0 l&rsquo;origine de cet article) non seulement nous enrichissent de donn\u00e9es biographiques, mais nous aident \u00e0 mieux comprendre le contexte (dur mais souvent heureux) dans lequel s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e sa pens\u00e9e. Bref, loin du h\u00e9ros tragique et s\u00e9rieux qu&rsquo;on imagine d&rsquo;ordinaire. Et m\u00eame si le po\u00e8te Corrado Alvaro le d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0l&rsquo;image d&rsquo;un Leopardi ayant travers\u00e9 la Vall\u00e9e du P\u00f4 avec le socialisme\u00a0\u00bb, Gramsci avait bien peu de choses en commun avec Leopardi, si ce n&rsquo;est une intelligence vive, vorace et universelle. Chez Gramsci, il n&rsquo;y avait pas trace de pessimisme, sinon le fameux \u00ab\u00a0pessimisme de l&rsquo;intelligence\u00a0\u00bb, qui devait toutefois, selon lui, servir \u00e0 pr\u00e9voir, \u00e0 chaque fois, la pire situation possible \u00ab\u00a0de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir mettre en jeu toutes les r\u00e9serves de volont\u00e9 et d&rsquo;optimisme, pour \u00eatre \u00e0 m\u00eame de renverser l&rsquo;obstacle\u00a0\u00bb. Cependant, comme on sait, Gramsci partageait avec Leopardi un corps marqu\u00e9 par la m\u00eame maladie, la maladie de Pott. Une maladie qui lui valut souvent des railleries de la part des pauvres d&rsquo;esprit et de ceux qui ne savaient quoi r\u00e9pondre face \u00e0 une \u00e9crasante sup\u00e9riorit\u00e9 dialectique. Comme cette fois, en 1925, o\u00f9 les fascistes interrompirent le seul discours qu&rsquo;il ait prononc\u00e9 \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s en lui criant\u00a0: \u00ab\u00a0Tais-toi, Rigoletto\u00a0!\u00a0\u00bb. Ou encore, quand, pendant ses ann\u00e9es d&rsquo;Universit\u00e9, quelques camarades du cours de philosophie th\u00e9or\u00e9tique dirent au Professeur Annibale Pastore\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0 M\u00e9fiez-vous de Gramsci, ce n&rsquo;est qu&rsquo;un bossu\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0Oui, c&rsquo;est un bossu, r\u00e9pondit-il, mais quel bossu\u00a0!\u00a0\u00bb Juste comme C\u00e9zanne disait de Monet\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est qu&rsquo;un \u0153il, mais quel \u0153il\u00a0!\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La maladie poursuivit Gramsci pendant toute sa vie, aggravant les souffrances de la vie en prison qui le men\u00e8rent \u00e0 la mort et compliquant beaucoup sa vie quotidienne. On pourrait donc s&rsquo;interroger longtemps sur ce qu&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 Gramsci s&rsquo;il n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 afflig\u00e9 de la maladie de Pott, mais, sans doute, comme le dit affectueusement\u00a0<b>Giuseppe Amoretto<\/b>\u00a0: \u00ab\u00a0Antonio ne pouvait pas \u00eatre autrement, et un autre Gramsci diff\u00e9rent ou meilleur n&rsquo;est pas concevable. Il devait \u00eatre tel que la nature et la soci\u00e9t\u00e9 l&rsquo;avaient fait s&rsquo;\u00e9panouir, et son destin physique et humain devait \u00eatre un grand destin singulier, comme le destin des g\u00e9nies et des h\u00e9ros, pour lesquels il ne peut y avoir ni joie ni douleur, mais seulement un grand chemin fleuri \u00e0 parcourir jusqu&rsquo;au bout\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21660-300x148.jpg\" width=\"575\" height=\"284\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>La r\u00e9daction et le personnel de\u00a0<em>L&rsquo;Ordine Nuovo<\/em>\u00a0dans la cour du 3, rue de l&rsquo;Archev\u00each\u00e9, 8 mai 1922<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais, \u00e0 Turin, en ce d\u00e9but des ann\u00e9es 20, il n&rsquo;y avait pas de temps \u00e0 perdre et les interrogations existentielles passaient souvent au second plan pour Gramsci. C&rsquo;\u00e9tait un travailleur infatigable et il n&rsquo;avait qu&rsquo;un employeur\u00a0: la classe ouvri\u00e8re. Mais avoir affaire aux ouvriers des usines turinoises n&rsquo;\u00e9tait absolument pas simple, car Gramsci (\u00e0 la diff\u00e9rence de nombreux intellectuels d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui) ne voyait pas les travailleurs comme des sujets passifs. Comme le dira\u00a0<b>Umberto<\/b>\u00a0<b>Calasso<\/b>, lors d&rsquo;une r\u00e9union de l&rsquo;Assembl\u00e9e Constituante, pour Gramsci, la classe ouvri\u00e8re \u00e9tait \u00ab\u00a0l&rsquo;aristocratie du genre humain\u00a0\u00bb et devait \u00eatre trait\u00e9e comme telle. Certes, la relation entre intellectuels et masse devait \u00eatre \u00ab\u00a0\u00e9ducative\u00a0\u00bb, mais l&rsquo;enseignement et la culture devaient circuler dans les deux sens\u00a0: des travailleurs aux intellectuels et vice versa, pour construire une v\u00e9ritable p\u00e9dagogie politique de masse. Pour Gramsci, on \u00ab\u00a0n&rsquo;allait\u00a0\u00bb pas \u00e0 la classe ouvri\u00e8re, on ne \u00ab\u00a0descendait\u00a0\u00bb pas parmi les travailleurs pour porter la parole\u00a0: pour Gramsci, on \u00ab\u00a0montait \u00e0 la classe ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb. La perspective \u00e9tait donc renvers\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9part, et les paroles de Giuseppe Ceresa (disciple d&rsquo;Antonio en prison) expliquent pourquoi Gramsci \u00e9tait per\u00e7u comme un intellectuel diff\u00e9rent de tous les autres\u00a0: \u00ab\u00a0Aupr\u00e8s de lui, nous ne sentions pas ce poids, cette distance qui avertit presque toujours un ouvrier qu&rsquo;il parle avec un intellectuel. Lui ne nous traitait pas et ne nous consid\u00e9rait pas comme de simples instruments mat\u00e9riels du bouleversement social, incapables de nous \u00e9lever au rang d&rsquo;acteurs conscients et intelligents de la r\u00e9volution\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Et c&rsquo;est pour lancer cette p\u00e9dagogie de masse que Gramsci, en 1919, inventa<i>\u00a0L\u2019Ordine Nuovo<\/i>. Outre Gramsci, il y avait trois autres r\u00e9dacteurs\u00a0: Angelo Tasca, pacifiste convaincu de la premi\u00e8re heure, le futur secr\u00e9taire du PCI Palmiro Togliatti et Umberto Terracini qui, en 1948, signera la Constitution Italienne en qualit\u00e9 de pr\u00e9sident de l&rsquo;Assembl\u00e9e Constituante. Tous avaient moins de trente ans, et tous seront par la suite pers\u00e9cut\u00e9s par Mussolini\u00a0: Tasca et Togliatti seront contraints \u00e0 l&rsquo;exil, tandis que les deux autres se verront infliger, en 1928, des condamnations de 25 ans de travaux forc\u00e9s par le Tribunal fasciste. Et tous les quatre \u00e9taient seulement r\u00e9unis par une vague passion pour la culture prol\u00e9tarienne. \u00ab\u00a0Nous voulions faire, faire, faire\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Et le travail \u00e0 faire ne manquait certes pas. Le<i>\u00a0grand massacre<\/i>\u00a0de 1915-1918 s&rsquo;\u00e9tait conclu quelques mois avant seulement, et il n&rsquo;avait rien rapport\u00e9 aux classes populaires, si ce n&rsquo;est un million de morts. Turin \u00e9tait une poudri\u00e8re, la rage prol\u00e9taire pouvait se toucher du doigt et les ouvriers ne croyaient plus au \u00ab\u00a0radicalisme verbal\u00a0\u00bb du PSI, un parti qui emplissait ses r\u00e9unions tonitruantes du mot \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb, mais qui n&rsquo;\u00e9tait pas capable de montrer la voie pour passer de la th\u00e9orie \u00e0 la pratique. Entre-temps, cependant, en 1917, la Russie avait sonn\u00e9 la cloche\u00a0: Marx \u00e9tait grand, L\u00e9nine \u00e9tait son proph\u00e8te, \u00ab\u00a0Pain, paix et terre\u00a0\u00bb \u00e9tait le mot d&rsquo;ordre. L&rsquo;Octobre Rouge\u00a0 \u00e9tait l&rsquo;espoir des opprim\u00e9s, et les bolcheviks l&rsquo;exemple \u00e0 suivre pour les secteurs les plus politis\u00e9s de la classe ouvri\u00e8re italienne et mondiale. Et, en Italie, les plus bolcheviks de tous \u00e9taient justement les quatre r\u00e9dacteurs turinois\u00a0<i>L\u2019Ordine Nuovo<\/i>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L&rsquo;\u00e9tincelle ne pouvait que s&rsquo;enflammer et, dans l&rsquo;espace de quelques ann\u00e9es, le mouvement ouvrier flamba\u00a0: les gr\u00e8ves se succ\u00e9daient dans un climat pr\u00e9-insurrectionnel, les usines \u00e9taient occup\u00e9es, les ouvriers s&rsquo;armaient, se transformant en Gardes Rouges et, surtout, la production dans les usines continuait m\u00eame pendant les occupations. La ville qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 connue comme l<i>a ville de<\/i>\u00a0<i>l&rsquo;automobile<\/i>\u00a0devenait la ville des Conseils d&rsquo;usine, la ville que les journalistes du monde entier allaient visiter\u00a0: la \u00ab\u00a0Mecque du communisme italien\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Petrograd d&rsquo;Italie\u00a0\u00bb. Le pouvoir ouvrier se renfor\u00e7ait donc, non seulement sur le plan \u00ab\u00a0militaire\u00a0\u00bb, mais aussi, et surtout, sur le plan de l&rsquo;intelligence collective d&rsquo;une classe laborieuse capable de se substituer aux patrons. Et les patrons en furent, avec raison, terroris\u00e9s. Ce monde \u00e0 l&rsquo;envers \u00e9tait en fait un scandale intol\u00e9rable, et seul le fascisme parviendra \u00e0 ramener l&rsquo;ordre que les institutions lib\u00e9rales n&rsquo;\u00e9taient plus en \u00e9tat de construire \u00e0 partir du consensus \u2013 un ordre et un consensus que les classes dirigeantes ne surent recouvrer que par l&rsquo;usage du b\u00e2ton.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais, en 1919, la marche sur Rome \u00e9tait encore loin, et\u00a0<i>L\u2019Ordine Nuovo<\/i>\u00a0une ruche d&rsquo;activit\u00e9. La r\u00e9daction du journal \u00e9tait d\u00e9sormais l&rsquo;\u00e9picentre de la lutte politique citoyenne et, tous les jours, tous les apr\u00e8s-midis, s&rsquo;y d\u00e9roulait la \u00ab\u00a0procession\u00a0\u00bb. Tout le monde passait par le bureau de Gramsci\u00a0: camarades de section et de la Fraction Communiste\u00a0; les dirigeants des mouvements de femmes et de jeunes, les chefs syndicaux. On y voyait passer intellectuels, gardes rouges, ex-professeurs universitaires d&rsquo;Antonio, camarades de base, simples sans-parti. Comme on peut imaginer, ce travail quotidien permettait \u00e0\u00a0<i>L\u2019Ordine Nuovo<\/i>\u00a0de ne pas perdre le contact avec le mouvement politique r\u00e9el, mais ce va-et-vient continuel posait aussi des probl\u00e8mes \u00e0 Gramsci qui, souvent, n&rsquo;arrivait m\u00eame pas \u00e0 terminer les articles qu&rsquo;on lui demandait. Et, parfois, comme le raconte Mario Montagnana (r\u00e9dacteur du journal), on obligeait litt\u00e9ralement Gramsci \u00e0 \u00e9crire. \u00ab\u00a0A 9 ou 10 h du soir, \u00e0 un moment o\u00f9 il n&rsquo;y avait pas de \u00ab\u00a0visiteurs\u00a0\u00bb, un r\u00e9dacteur allait chez Gramsci et lui disait \u00e0 br\u00fble-pourpoint\u00a0: \u00ab\u00a0Maintenant, plus personne n&rsquo;entre jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;article soit pr\u00eat\u00a0\u00bb. Un tour de cl\u00e9 dans la serrure\u00a0: un camarade dans le couloir pour \u00e9loigner les \u00ab\u00a0f\u00e2cheux\u00a0\u00bb et, une heure ou une heure et demie apr\u00e8s, Gramsci nous remettait finalement, en deux ou trois feuillets grands comme la paume de la main, un article trac\u00e9 d&rsquo;une \u00e9criture serr\u00e9e, extr\u00eamement nette, sans presque aucune correction.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais, ces petits inconv\u00e9nients mis \u00e0 part, ce continuel va-et-vient de l&rsquo;apr\u00e8s-midi permit de concr\u00e9tiser l&rsquo;objectif que la revue s&rsquo;\u00e9tait fix\u00e9 d\u00e8s son premier \u00e9ditorial\u00a0: \u00ab\u00a0devenir un espace de vulgarisation intelligente\u00a0\u00bb, comme le dira plus tard<b>\u00a0Pia Carena<\/b>, de toutes les tendances politico-culturelles les plus avanc\u00e9es de l&rsquo;\u00e9poque. Et cette vulgarisation servit \u00e0 r\u00e9aliser ce qui deviendra par la suite une des obsessions de Gramsci\u00a0: la formation des cadres du parti. Gramsci commen\u00e7ait en effet \u00e0 pressentir que former un groupe restreint de dirigeants de haut niveau \u00e9tait de loin bien plus simple que de former une vaste masse de dirigeants interm\u00e9diaires. Des dirigeants qui devaient constituer la fine fleur de la classe laborieuse, et \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 former l&rsquo;\u00e9pine dorsale d&rsquo;une grande organisation r\u00e9volutionnaire. Et dans ce processus de formation s&rsquo;exprimaient toute la patience, et la puissance, p\u00e9dagogiques de Gramsci qui incitait continuellement les camarades \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude pour les convaincre qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas les r\u00e9volutionnaires de barricade et les r\u00e9volutionnaires de bureau, mais que tous devaient s&rsquo;approprier la culture, dans la mesure o\u00f9 celle-ci est la plus grande alli\u00e9e de l&rsquo;action. Et au cours de cette \u0153uvre \u00ab\u00a0ma\u00efeutique\u00a0\u00bb, Gramsci critiquait toujours les erreurs des camarades, mais, dans sa critique &#8211; raconte Montagnana &#8211; \u00ab\u00a0il n&rsquo;y avait jamais rien de n\u00e9gatif, rien de d\u00e9courageant, rien qui fasse perdre aux camarades la confiance dans leurs forces\u00a0\u00bb\u00a0: Gramsci montrait une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9volutionnaire, profond\u00e9ment humaine, toujours impersonnelle et qui se d\u00e9veloppait dans le quotidien.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il ne faut cependant pas s&rsquo;imaginer que Gramsci n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un Socrate au c\u0153ur tendre\u00a0; en effet, il \u00e9tait extr\u00eamement s\u00e9v\u00e8re et impitoyable non seulement envers les adversaires, mais aussi envers tous les camarades qui, une fois arriv\u00e9s \u00e0 la maturit\u00e9 politique, \u00e9taient tenus d&rsquo;\u00eatre irr\u00e9prochables, devenant \u00e0 leur tour des ma\u00eetres pour les autres. Particuli\u00e8rement significative \u00e0 cet \u00e9gard est une lettre envoy\u00e9e par Gramsci en 1924 \u00e0\u00a0<b>Vincenzo Bianco<\/b>, o\u00f9 il racontait, \u00e0 propos d&rsquo;un de ses premiers \u00e9l\u00e8ves de r\u00e9daction (Andrea Viglongo), qu&rsquo;il lui faisait \u00ab\u00a0r\u00e9crire ses articles depuis le d\u00e9but 3 ou 4 fois de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;ils passent de huit colonnes de long \u00e0 une et demie\u00a0\u00bb\u00a0; et il arrivait \u00e0 cet impitoyable \u00e9pilogue\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0et Viglongo qui, au d\u00e9but, \u00e9tait bord\u00e9lique, finit par \u00e9crire assez bien, au point qu&rsquo;il s&rsquo;imagina par la suite \u00eatre devenu un grand homme et qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9loigna de nous. C&rsquo;est pourquoi je ne formerai plus les petits jeunes dans son genre\u00a0: je ne le ferai, si je le peux encore, que pour les ouvriers, qui n&rsquo;aspirent pas \u00e0 devenir de grands journalistes de la bourgeoisie\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Mais nous qui sommes habitu\u00e9s \u00e0 penser presque exclusivement Gramsci comme un intellectuel, nous pourrions trouver \u00e9trange l&rsquo;affirmation de Giovanni Parodi, pour qui l&rsquo;\u00e9criture fut une partie secondaire de l&rsquo;activit\u00e9 historique et pratique de Gramsci, tandis que \u00ab\u00a0sa plus grande contribution s&rsquo;est faite \u00e0 travers l&rsquo;enseignement oral et pratique.\u00a0\u00bb\u00a0Parodi lui-m\u00eame \u00e9tait la parfaite incarnation du dirigeant ouvrier, entr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;usine \u00e0 14 ans, qui \u00e9leva sa culture politique (et son savoir technique) au point de pouvoir diriger la production de l&rsquo;\u00e9tablissement Fiat Centro pendant l&rsquo;occupation des usines. Et il nous reste un t\u00e9moignage de ce \u00ab\u00a0monde \u00e0 l&rsquo;envers\u00a0\u00bb que fut la Fiat de Turin dans le premier apr\u00e8s-guerre\u00a0: c&rsquo;est<b>\u00a0une c\u00e9l\u00e8bre photo qui montre les ouvriers assis au bureau de<\/b><i>\u00a0<\/i><b>Giovanni Agnelli.\u00a0<\/b>Et, parmi eux, il y a justement Giovanni Parodi, qui dirigeait le conseil d&rsquo;usine<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-16091 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21683-300x227.jpg\" alt=\"\" width=\"562\" height=\"425\" srcset=\"https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21683-300x227.jpg 300w, https:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21683.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 562px) 100vw, 562px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Parodi et ses camarades du \u00ab\u00a0soviet\u00a0\u00bb de FIAT dans le bureau d\u2019Agnelli, septembre 1920<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Arriv\u00e9 l\u00e0, on pourrait \u00e9crire bien des pages pour essayer d&rsquo;expliquer l&rsquo;alchimie unique qui s&rsquo;\u00e9tait cr\u00e9\u00e9e autour de L\u2019<em>Ordine Nuovo<\/em>. Quel truc se cachait derri\u00e8re la figure mythique d&rsquo;Antonio Gramsci\u00a0? Comment est-il possible qu&rsquo;une revue qui traitait de th\u00e8mes tr\u00e8s ardus et complexes soit devenue \u00ab\u00a0le journal des ouvriers\u00a0\u00bb\u00a0? Pour quelle raison les Gardes Rouges se seraient-ils fait tuer pour d\u00e9fendre L\u2019<em>Ordine Nuovo<\/em>\u00a0contre les fascistes\u00a0? Mais surtout\u00a0: comment a pu se cr\u00e9er ce cercle d&rsquo;affections, de solidarit\u00e9s et luttes tr\u00e8s dures qui permit \u00e0 un jeune homme de 30 ans, venu d&rsquo;outre-mer, binoclard, malingre et chevelu de devenir le repr\u00e9sentant et l&rsquo;interpr\u00e8te des int\u00e9r\u00eats de la classe ouvri\u00e8re\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Si nous devions nous limiter \u00e0 une seule r\u00e9ponse, elle devrait partir de la biographie m\u00eame de Gramsci. En effet, bien que venant d&rsquo;une famille de la petite bourgeoisie, Gramsci v\u00e9cut dans sa jeunesse des ann\u00e9es de mis\u00e8re extr\u00eame du fait de l&rsquo;incarc\u00e9ration de son p\u00e8re, condamn\u00e9 pour malversation en 1900. Et m\u00eame si une intelligence exceptionnelle fit d&rsquo;Antonio un des esprits les plus lumineux de la culture europ\u00e9enne, cela n&rsquo;effa\u00e7a pas le souvenir d&rsquo;une vie marqu\u00e9e par les difficult\u00e9s et les privations mat\u00e9rielles, dues \u00e0 un d\u00e9classement social brutal. Il suffit d&rsquo;\u00e9tudier un peu la biographie de Gramsci pour d\u00e9couvrir qu&rsquo;il arriva \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Turin avec une bourse d&rsquo;\u00e9tudes si mis\u00e9rable qu&rsquo;elle l&rsquo;obligeait \u00e0 choisir entre l&rsquo;achat de bois pour le po\u00eale et la nourriture. Ou encore, comme nous le raconte\u00a0<strong>Camilla Ravera<\/strong>, \u00ab\u00a0Gramsci n&rsquo;avait jamais beaucoup d&rsquo;argent et ce qu&rsquo;il avait, il le d\u00e9pensait en livres. Parfois, il en avait si peu qu&rsquo;il ne pouvait pas s&rsquo;acheter de chaussettes, et il allait au journal pieds nus dans ses chaussures\u00a0\u00bb. Togliatti lui-m\u00eame, orphelin de p\u00e8re, et bien que d&rsquo;origine modeste, n&rsquo;avait pas de loyer \u00e0 payer, parce qu&rsquo;il vivait en famille, tandis que la m\u00e8re d&rsquo;Antonio devait s&rsquo;endetter pour envoyer de l&rsquo;argent \u00e0 son fils. En outre, chez Gramsci, sarde jusqu&rsquo;\u00e0 la moelle, restait tr\u00e8s vif le souvenir de la vie mis\u00e9rable, solitaire et incertaine de beaucoup de ses compatriotes. C&rsquo;est dans les souvenirs de Teresa, la jeune s\u0153ur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e d&rsquo;Antonio, qu&rsquo;on peut trouver une des images les plus significatives de l&rsquo;enfance sarde de Gramsci. Une enfance dans laquelle Nino et Teresa, ne pouvant se permettre d&rsquo;acheter des jouets, avaient appris \u00e0 se les fabriquer\u00a0: \u00ab\u00a0Moi, je faisais des poup\u00e9es en roseau, que j&rsquo;habillais avec de petits morceaux d&rsquo;\u00e9toffe color\u00e9e\u00a0; Nino faisait des barques, des voiliers, ou de dr\u00f4les de petits oiseaux, avec des plumes sur la t\u00eate. Puis, nous organisions des loteries. Chaque pi\u00e8ce portait un num\u00e9ro, et tous les gamins du voisinage, enfants de propri\u00e9taires ais\u00e9s, venaient tenter leur chance. Au lieu d&rsquo;argent, ils nous donnaient une pomme ou une poire\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Cependant, pour \u00e9chapper au pur sentimentalisme, on pourrait dire que, si la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9coute et l&#8217;empathie de Gramsci \u00e9taient certainement fondamentales, le secret du petit Sarde se cachait sans doute dans l&rsquo;exceptionnelle conjonction d&rsquo;une t\u00eate prodigieuse, d&rsquo;une\u00a0<em>forma mentis<\/em>\u00a0d&rsquo;intellectuel, et d&rsquo;un v\u00e9cu mat\u00e9riel si semblable \u00e0 celui d&rsquo;un prol\u00e9taire. Ce fut peut-\u00eatre l\u00e0 le seul secret d&rsquo;Antonio, secret qui donna au monde celui que Sandro Pertini d\u00e9finissait ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;homme politique le plus intelligent que j&rsquo;aie jamais rencontr\u00e9, dont la mort laissa, non seulement pour le Parti communiste, mais pour tout le mouvement ouvrier italien et international, un vide profond, un vide qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 combl\u00e9 par personne\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">*Lecteur passionn\u00e9 d&rsquo;Antonio Gramsci, LorenzoAlfano a eu l&rsquo;occasion, l&rsquo;an dernier, de collaborer avec la Fondazione Gramsci, et a pu r\u00e9ordonner, mettre en page et \u00e9tudier un vaste corpus de t\u00e9moignages concernant la vie d&rsquo;Antonio Gramsci. L&rsquo;auteur a pu acc\u00e9der \u00e0 ce mat\u00e9riel gr\u00e2ce au travail ant\u00e9rieur de Maria Luisa Righi et Francesco Giasi, travail sans lequel il n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 possible d&rsquo;\u00e9crire la moindre ligne de cet article. L&rsquo;auteur remercie en outre Fabio Dei de l&rsquo;avoir introduit en tout premier lieu \u00e0 la lecture des Cahiers de Prison.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.lapluma.net\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/gal_21658-300x186.jpg\" width=\"676\" height=\"419\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Photo de la fiche carc\u00e9rale de Gramsci prise en d\u00e9cembre 1933, lors de son transfert de la prison de Turi \u00e0 la clinique Cusumano de Formia, dans un \u00e9tat de sant\u00e9 tr\u00e8s mauvais apr\u00e8s sept ans de prison et quatre ans avant sa mort<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong><span style=\"font-size: 12pt;\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=7062&amp;lg_pp=fr\">Lorenzo Alfano<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Original:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=27950\">Gramsci in carne e ossa<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Traduit par\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=3734&amp;lg_pp=fr\">Rosa Llorens \u03a1\u03cc\u03b6\u03b1 \u039b\u03b9\u03ce\u03c1\u03b5\u03bd\u03c2<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Edit\u00e9 par\u00a0<span class=\"trad\"><a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2&amp;lg_pp=fr\">Fausto Giudice \u0424\u0430\u0443\u0441\u0442\u043e \u0414\u0436\u0443\u0434\u0438\u0447\u0435 \u0641\u0627\u0648\u0633\u062a\u0648 \u062c\u064a\u0648\u062f\u064a\u0634\u064a<\/a><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Traductions disponibles:\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=27951\">English<\/a>\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=27952\">Portugu\u00eas\/Galego<\/a>\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lapluma.net\/2020\/02\/03\/gramsci-en-carne-y-hueso\/\">Espa\u00f1ol\u00a0<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Source: <a href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=27986\">Tlaxcaala<\/a>, le 2 f\u00e9vrier 2020<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8230;si la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9coute et l&#8217;empathie de Gramsci \u00e9taient certainement fondamentales, le secret du petit Sarde se cachait sans doute dans l&rsquo;exceptionnelle conjonction d&rsquo;une t\u00eate prodigieuse, d&rsquo;une\u00a0forma mentis\u00a0d&rsquo;intellectuel, et d&rsquo;un v\u00e9cu mat\u00e9riel si semblable \u00e0 celui d&rsquo;un prol\u00e9taire. 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