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Hébron/Al Khalil: « Nous vivons dans une prison »

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aut_5582BisHarcelés par des restrictions et des abus toujours plus nombreux, les Palestiniens luttent pour garder leurs maisons dans la vieille ville historique d’Al Khalil/Hébron.

Al Khalil/Hébron, en Cisjordanie occupée – Cela fait des semaines que les membres de la famille Abou Rajab sont confinés dans leur maison située au cœur de la vieille ville historique d’Hébron.

Photo : Mersiha Gadzo/Al Jazeera

«Ils nous encerclent de plus en plus afin que nous quittions la zone», dit un résident d'Hébron - Photo : Mersiha Gadzo/Al Jazeera

Ils n’osent pas sortir de peur que les colons n’occupent leur maison. Lorsque cela devient absolument nécessaire, un membre de la famille va acheter au plus près de la nourriture ou d’autres denrées de première nécessité, avant de se dépêcher de rentrer.

« Nous faisons toujours très attention quand nous sortons et nous rentrons, et nous ne laissons jamais la maison vide », a déclaré à Al Jazeera, Hazem Abu Rajab, 28 ans, assis sur le pas de sa maison.

Le 25 juillet, un groupe de 15 familles de colons a fait irruption dans des locaux attenant à la maison familiale ancestrale des Abou Rajab et qui leur appartenaient, et s’y sont installés. Le même soir, les colons ont agressé physiquement des membres de la famille Abou Rajab pour envahir leur résidence principale. Et lorsque les autorités israéliennes sont arrivées sur les lieux, elles ont voulu arrêter les Abou Rajab.

Photo : Mersiha Gadzo/Al Jazeera

Hazem Abou Rajab dit que sa famille ne peut pas quitter sa maison, de peur que les colons ne l’occupent – Photo : Mersiha Gadzo/Al Jazeera

Pendant six jours, la famille Abou Rajab n’a pas pu quitter du tout son domicile, en raison d’un ordre militaire qui interdisait à quiconque de sortir ou d’entrer, raconte Abou Rajab. Le quatrième jour, l’administration civile palestinienne a tenté de leur apporter de la nourriture mais on l’a renvoyée.

La propriété que les colons ont investie par la force demeure l’objet d’un litige judiciaire. Les mêmes colons avaient déjà occupé la maison auparavant, en 2012, en affirmant qu’ils avaient légalement acheté la propriété – une allégation que la famille Abou Rajab nie catégoriquement. L’administration civile d’Israël a statué que les colons ne pouvaient pas apporter de preuve de leur achat et la Cour suprême israélienne leur a ordonné de partir. La propriété a depuis été déclarée zone militaire fermée.

Les colons ont fait appel de la décision et, le mois dernier, l’administration civile a accepté d’entendre leur appel. En attendant, les colons continuent d’occuper illégalement la maison.

Lassés d’être harcelés par les mesures de sécurité d’Israël qui incluent des restrictions de mouvement pour les Palestiniens, et d’être persécutés par les colons, de nombreux Palestiniens ont fini par quitter la zone H2 de Hébron contrôlée par Israël.

Selon un rapport de 2007 de l’organisation israélienne des droits de l’homme B’Tselem, 42% des Palestiniens vivant dans la zone H2 – plus de 1 000 familles – ont quitté leurs foyers depuis 1994.

En 1997, le Protocole d’Hébron a divisé la ville en deux zones: H1 contrôlée par l’Autorité palestinienne, et H2 contrôlée par Israël, qui comprend la vieille ville historique. Quelque 600 colons vivent illégalement dans la zone H2, sous la protection de milliers de soldats.

Photo : Mersiha Gadzo/Al Jazeera

La vieille ville d’Hébron ressemble à une ville fantôme, avec des maisons abandonnées et des magasins fermés bordant les rues – Photo : Mersiha Gadzo/Al Jazeera

« À l’heure actuelle, il n’y a plus que quelques personnes qui vivent ici. En raison des attaques des colons, la vie est de plus en plus difficile ici, parfois c’est absolument invivable », dit Abou Rajab. « [Le harcèlement] fait partie de leur plan pour vider la zone des Palestiniens et les remplacer par des colons. La dernière attaque remonte seulement à hier. Des colons ont attaqué la maison de notre voisin. Ils ont jeté des pierres depuis le toit et ont blessé à la tête une fillette de 10 ans qui jouait dans son jardin. »

Les colons lancent régulièrement des pierres sur les Abou Rajab, et un soldat a pissé dans leur cour depuis le toit de leur immeuble, a-t-il dit. Les colons voisins les ont également aspergés d’eau nauséabonde de mouffette.

Selon l’organisation israélienne des droits de l’homme Yesh Din, aucun progrès n’a été fait au fil des ans pour obliger les colons à répondre de leurs violences. Seulement 8 % des cas recensés par Yesh Din entre 2013 et 2016 ont donné lieu à la poursuite judiciaire des agresseurs.

À environ 100 mètres de la maison des Abou Rajab, des enfants jouent devant la maison de Nael Fakhouri, 41 ans, à l’intérieur de ce qui semble être une clôture. En 2012, Israël a érigé une clôture le long de la route qui conduit à la mosquée d'Ibrahim. La route a été divisée en une large rue pavée pour les juifs, et un petit chemin en très mauvais état sur le côté pour les Palestiniens.

Fakhuri se sent complètement assiégé depuis que la « clôture de discrimination » d’Israël passe devant chez lui et qu’une porte a été ajoutée devant son domicile en mai dernier. Une alarme très puissante retentit chaque fois que quelqu’un ouvre porte.

Photo : Mersiha Gadzo/Al Jazeera

Une prolongation de la «clôture de discrimination» d’Israël et une porte ajoutée devant son domicile en mai ont transformé Fakhouri en assiégé – Photo : Mersiha Gadzo/Al Jazeera

« Lorsque la cage est fermée, c’est comme si nous vivions en prison », a-t-il déclaré à Al Jazeera. « Les soldats israéliens ouvrent la porte à 7, 8, 9 ou 10 heures, cela dépend de leur humeur, et ils la ferment quand ils veulent ».

Fakhouri avait l’habitude d’aller au marché tous les matins à 5 heures pour faire ses achats et vendre ses moutons, mais il ne peut plus le faire à cause de la porte verrouillée. Il dit que cela a entraîné une baisse de 70% de ses revenus. Pour nourrir ses moutons lorsque la porte est verrouillée, il doit faire un détour d’environ 600 mètres. Ses fils l’aident à traîner un chariot sur les chemins en pente et les escaliers de pierres irrégulières. Son troupeau est passé d’environ 65 moutons à une quinzaine.

D’après B’Tselem, ces restrictions ont pour but d’isoler davantage les quartiers palestiniens pour chasser les Palestiniens de la région.

« Ces mesures drastiques, imposées à des dizaines de milliers de Palestiniens, constituent des punitions collectives. Les Palestiniens qui vivent encore dans la région se voient refuser la possibilité de mener une vie normale et leur vie quotidienne est un enfer », a déclaré B’Tselem dans un communiqué. « Avec cette politique, Israël chasse silencieusement et inexorablement les Palestiniens du cœur d’Hébron ».

L’armée israélienne a refusé de commenter la question comme le lui demandait Al Jazeera.

Dans la zone H2, entre les colonies et la ville, il y a plus de 100 obstacles physiques dont 18 postes de contrôle permanents et 14 postes de contrôle intermittents. Deux autres points de contrôle ont récemment été construits dans le quartier Tell Roumeida de la zone H2.

Photo : Mersiha Gadzo/Al Jazeera

Selon le groupe des droits B’Tselem, «Israël effectue un transfert silencieux et continu des Palestiniens du cœur d’Hébron» – Photo : Mersiha Gadzo/Al Jazeera

« Ils nous étouffent de plus en plus pour nous faire partir », dit Fakhouri, ajoutant qu’il avait vu 15 à 20 familles quitter le quartier au cours de l’année écoulée.

Les Palestiniens qui restent dans la vieille ville sont trop têtus ou trop pauvres pour partir. Abou Rajab dit que peu importe la dureté de la vie dans la zone H2, il n’abandonnera jamais sa maison. Il se souvient de son enfance à Hébron quand les marchés étaient florissants et qu’il y avait des centaines de personnes dans la rue.

« On ne voyait pas de colons avant ici », s’est-il rappelé. « [Ce quartier] était l’un des plus beaux et des plus animés d’Hébron. »


Des colons expulsent une famille palestinienne de son domicile

Aujourd’hui, il ressemble à une ville fantôme, avec ses maisons abandonnées et ses magasins fermés. Des drapeaux israéliens flottent des deux côtés de sa maison et de son toit.

« Il m’est impossible de m’imaginer en train de quitter ma maison. Elle fait partie de notre histoire familiale. Cette maison a plus de 650 ans, mes ancêtres l’ont construite », dit  Abou Rajab. « Nous ne partirons jamais. Ce sont les colons qui doivent partir. »

Mersiha Gadzo

Original: Hebron/al-Khalil: 'We're living in the heart of a prison'

Traduit par Dominique Muselet

Source: Tlaxcala, le 19 août 2017


 
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