Colombie : les crimes contre l’humanité visant les autochtones de la Sierra Nevada doivent être punis

Il est important de rappeler qu’en 2020, 47 leaders autochtones ont été assassinés, s’ajoutant aux 262 leaders autochtones assassinés depuis la signature des accords de paix.

A l’occasion de la visite en Colombie du nouveau Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), M. Karim Khan, afin de poursuivre le suivi par la CPI de l’examen préliminaire de la situation en Colombie, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et le Collectif d’avocats José Alvear Restrepo (Cajar) appellent la CPI à maintenir l’examen préliminaire, à évaluer la pertinence et l’authenticité des poursuites judiciaires à l’encontre des principaux responsables de crimes contre l’humanité et, si aucune avancée significative n’est constatée, à passer au stade de l’enquête.

Ils présentent un rapport sur les crimes contre l’humanité contre les peuples indigènes de la Sierra Nevada de Santa Marta

Dans le cadre d’un effort de documentation des crimes internationaux et de l’impunité, la FIDH et le Cajar présentent aujourd’hui le rapport « La blessure au cœur du monde : Crimes contre l’humanité commis contre les peuples indigènes de la Sierra Nevada de Santa Marta, Colombie ». Ce faisant, elles demandent au Bureau du Procureur de la CPI de donner la priorité au suivi des cas où les victimes appartiennent à des groupes indigènes et appellent la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) à ouvrir un macro-cas qui examine l’impact des massacres contre les populations indigènes et le rôle des forces de sécurité colombiennes dans l’expansion des groupes paramilitaires.

Comme le révèle le rapport que la FIDH et le CAJAR publient aujourd’hui, 180 membres de groupes indigènes de la Sierra Nevada de Santa Marta, en Colombie, ont été victimes de crimes contre l’humanité perpétrés entre 2002 et 2009, par l’armée colombienne et par des groupes paramilitaires.

Ces crimes ont été perpétrés dans le cadre d’une attaque systématique contre la population civile de la Sierra Nevada, mettant gravement en danger la survie physique et spirituelle des peuples indigènes Wiwa, Kankuamo, Arhuaco et Kogui, gardiens du cœur du monde, la Sierra Nevada de Santa Marta.

Le rapport identifie l’existence de deux schémas : les meurtres commis contre les indigènes par des membres de l’armée sous forme de « faux positifs » et les meurtres commis directement par des groupes paramilitaires, avec le soutien, la tolérance ou l’assentiment de l’État. Ces faits impliquent la ligne de commandement de la Deuxième Brigade, de la Dixième Brigade et de la Première Division de l’Armée nationale colombienne. L’enquête se base sur des informations obtenues par le biais d’ateliers de documentation, de documents fournis par les groupes indigènes eux-mêmes, de litiges collectifs sur ces crimes, et d’une mission d’enquête de la FIDH.

La sélection de membres de communautés indigènes comme victimes de « faux positifs » par les militaires révèle que ces crimes ont une dimension raciste et stigmatisante. Le rapport précise également que, sur les 180 meurtres, 46 correspondent à des « faux positifs » et 134 à des meurtres commis par des paramilitaires. Ces 134 meurtres sont restés presque entièrement impunis en raison de l’extradition des chefs paramilitaires responsables, de leur non-coopération avec les tribunaux Justice et Paix et de l’absence d’enquête sur les acteurs étatiques qui ont toléré ou soutenu ces crimes. Si le JEP a poursuivi l’enquête sur certains meurtres d’indigènes de la Sierra Nevada de Santa Marta directement imputables à des agents de l’État en tant que « faux positifs », il n’y a eu à ce jour aucune poursuite ni condamnation incriminant les hauts responsables des forces armées colombiennes responsables, par action ou par omission, de ces crimes.

La fin de l’impunité et l’accès à la vérité sur les crimes contre l’humanité décrits dans ce rapport constituent une garantie essentielle pour la non-répétition de ces meurtres. La situation actuelle dans la Sierra Nevada continue de présenter de graves risques pour la survie de ses peuples autochtones.

Aujourd’hui, une reconfiguration des forces est en cours dans la région, aux mains de groupes armés qui contrôlent les principales activités licites et illicites de la Sierra à la recherche d’un plus grand contrôle territorial, et dont certains entretiennent des liens avec d’anciens groupes paramilitaires. La reconfiguration actuelle a entraîné la destruction de biens culturels, l’assassinat de sympathisants de la communauté, le contrôle de la mobilité, le recrutement forcé de mineurs et le déplacement forcé de la population. Il est important de rappeler qu’en 2020, 47 leaders autochtones ont été assassinés, s’ajoutant aux 262 leaders autochtones assassinés depuis la signature des accords de paix.