Vu d’Allemagne : « Il faut se battre pour ses droits. C’est ce qui rend la vie digne d’être vécue »
Entretien avec Annette Groth sur la gestion de la crise, les accusations d’antisémitisme et la question palestinienne

“Los eventos en Khirbet Humsa al-Foqa pueden describirse como ‘limpieza étnica’ de Cisjordania, especialmente con referencia a los asentamientos judíos no afectados.

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Annette Groth, née en 1954, est sociologue et auteure. De 2009 à 2017, elle a été membre du Bundestag, le parlement fédéral allemand pour le parti Die Linke (La Gauche) et son porte-parole sur les droits humains. Ci-dessous un entretien avec elle sur l’ambiance actuelle en Allemagne, en particulier le climat de harcèlement des dissidents et hétérodoxes, généralement traités d’antisémites.

Quelle est la force de l’argument-massue de l’antisémitisme en Allemagne aujourd’hui ? 

D’une force effrayante ! Même de petites remarques critiques concernant les violations des droits humains ou même une remise en question prudente des positions israéliennes est sanctionnée par l’accusation d’antisémitisme. Par pure crainte de l’accusation d’antisémitisme, la majorité des Allemands, y compris la plupart des personnes de  « gauche », gardent le silence sur les graves violations des droits humùains commises par les colons et/ou les soldats israéliens. Ces derniers mois, plus de maisons et d’oliviers palestiniens ont été détruits que jamais auparavant. Le nombre de Palestinien·nes délibérément blessé·es est également extraordinairement élevé !

Début novembre, les autorités israéliennes ont démoli le village de Khirbet Humsa Al Foqa en Cisjordanie occupée. Daphne Banai, une militante qui coordonne diverses ONG en Cisjordanie, rapporte : « Dix minutes ! Dix minutes ont été accordées aux habitants de Khirbet Humsa Al Foqa pour rassembler leurs affaires avant que le rouleau compresseur de l’occupation israélienne ne détruise tout. Les quelques biens des habitants ont été piétinés et écrasés faute de temps pour les mettre à l’abri. 75 adultes et 43 enfants se tenaient au milieu du désert au coucher du soleil mardi et ne savaient pas où aller. Tous leurs ustensiles – les tentes, la cabane en tôle, la bergerie, les panneaux solaires et le matériel électrique, les matelas, les couvertures, les ustensiles de cuisine -, les occupants ont cruellement tout écrasé. Je suis active dans la vallée occidentale du Jourdain depuis de nombreuses années – mais je n’ai jamais vu de destruction à une telle échelle ». (V. ici)

« C’est le plus grand nombre d’abris détruits par les forces armées israéliennes en une seule opération de démolition depuis 2016, et le plus grand nombre de personnes devenues sans abri en une seule opération depuis 2010 », a commenté l’Alliance pour la justice entre Israéliens et Palestiniens dans sa chronique hebdomadaire BIP Aktuell 146.

Khirbet Humsa, le 3/11/2020. Photo Hazem Bader/AFP

La Jüdische Stimme (Voix juive) accuse : « Les événements de Khirbet Humsa Al Foqa peuvent être décrits comme un « nettoyage ethnique » de la vallée du Jourdain, en particulier par rapport aux colonies juives qui n’ont pas été touchées. Ce crime n’est possible qu’en raison de l’absence d’obligation de rendre des comptes devant des acteurs internationaux tels que l’Allemagne. Ce n’est qu’en octobre que le ministre israélien des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi, a été invité à Berlin avec son collègue émirati Cheikh Abdullah Ben Zayed. La visite à Berlin a eu lieu après la signature de l’accord entre Israël et les Émirats arabes unis à la Maison Blanche. Selon les experts, cet accord est moins une étape intermédiaire vers la paix au Moyen-Orient qu’un acte visant avant tout à renforcer une alliance commune contre l’Iran. …Nous demandons au gouvernement allemand d’agir : nous exigeons qu’il ne légitime plus les violations du droit international et qu’il assume sa responsabilité de protéger le peuple palestinien sous occupation et de faire respecter le droit international en imposant des sanctions sévères à l’État d’Israël jusqu’à ce que le gouvernement israélien respecte les décisions de l’ONU et que les responsables de la cruelle destruction de Khirbet Humsa Al Foqa soient traduits en justice ».  (V. ici)

Mais au lieu d’un grand tollé et de la demande de suspendre l’accord d’association UE-Israël avec effet immédiat jusqu’à ce que le gouvernement israélien mette fin à toutes les violations du droit international et aux violations quotidiennes des droits humains, le ministère allemand des Affaires étrangères s’est contenté d’exprimer « sa préoccupation ». En outre, « la confiscation et la démolition des structures palestiniennes en Cisjordanie … constituent un obstacle à la mise en œuvre d’une solution négociée à deux États ». La solution des deux États est toujours une vache sacrée pour le gouvernement allemand, et sa mise en œuvre est une priorité de la politique étrangère allemande, quelle que soit la façon dont les populations des deux États la perçoivent.

Néanmoins, le communiqué de presse du ministère fédéral des Affaires étrangères rappelle encore le droit international humanitaire, qui « oblige tous les États à accorder une protection spéciale aux civils dans les conflits. Nous demandons à Israël de respecter ces obligations, en particulier celles qui découlent de la 4e  Convention de Genève pour la protection des civils dans les territoires occupés ». (V. ici)

De La Gauche au Bundestag, on n’a rien entendu !

« Désapprendre le sionisme » n’est rien de nouveau. Comment se fait-il que la propagande sioniste fonctionne toujours aussi bien ? Sur quoi s’appuie-t-elle toujours et encore ?

C’est comme un réflexe pavlovien. Dès qu’un journaliste ou toute autre personne du monde politique et médiatique signale un événement, un article, un projet, une pièce de théâtre ou un morceau de musique qui n’est pas dans la ligne du courant dominant et qui laisse entendre une quelconque critique d’ Israël ou du judaïsme, on brandit l’argument-massue de l’antisémitisme.

 

 

Le coup de massue le plus récent a été le scandale entourant « Unlearning Zionism (Désapprendre le sionisme) », un projet d’étudiants juifs israéliens de l’École des Beaux-Arts de Weißensee (KHB) qui s’occupent de l’historiographie officielle de leur pays d’origine et discutent du type de société qu’ils aimeraient voir en Israël et du changement d’approche de leur propre histoire que cela nécessite.

« Le projet a été mis en place par Yehudit Yinhar, une étudiante juive israélienne de la Weißensee Kunsthochschule Berlin (KHB) et membre du conseil d’administration de la Jüdische Stimme, entre autres. Avec d’autres Israéliens juifs, elle a organisé le « Programme d’octobre » avec des conférences en ligne en hébreu et en anglais et une exposition d’art afin de créer un espace de discussion et de réflexion sur diverses questions historiques, culturelles et économiques liées à l’histoire du sionisme.

« Le programme et le projet en général ont été mis à mal début octobre lorsque le journaliste de la presse Springer Frederik Schindler a envoyé une demande de renseignements à la KHB et à la Kunsthalle am Hamburger Platz (KHHP), le lieu où se déroulait le « Programme d’octobre ». Schindler a affirmé qu’il écrirait un article sur l’École pour désapprendre le sionisme, et a mentionné quatre des intervenant·es dans le « Programme d’octobre », les accusant de soutenir le mouvement BDS [Boycott-Désinvestissment-Sanctions] (bien que ni le projet ni les conférences n’aient eu de rapport avec ce mouvement). Sa demande était donc basée sur le principe maccarthyste de la culpabilité par association, ou plutôt de la suspicion de culpabilité par association. Bien que tous les conférenciers du « Programme d’octobre » ne soient pas juifs, toutes les personnes mentionnées par Schindler sont des Israélien·nes juif·ves. Les insinuations de Schindler sur ces quatre personnes, ainsi que son affirmation (en référence à deux tweets) selon laquelle le programme attirerait déjà des critiques parce que la Kunsthalle est financée par le ministère de l’Éducation (BMBF), ont apparemment suffi à persuader la KHB de boycotter le projet.

« Le site ouèbe de la Kunsthalle (KHHP) a été supprimé et le financement du projet a été bloqué, alors qu’il y avait déjà des contrats signés par les conférencier·ères et que la série de conférences avait déjà commencé. En l’espace d’une journée, le journal Jüdische Allgemeine [hebdomadaire du Conseil central des Juifs en Allemagne] s’est positionné contre l’École pour désapprendre le sionisme et a utilisé l’expression « accolade à l’antisémitisme », venant de l’ambassade israélienne, dans un article pour décrire le programme d’octobre. L’article citait la KHB et le ministère fédéral de l’Éducation et de la Recherche, qui se réfère désormais lui-même à la résolution anti-BDS du Bundestag du 17 mai 2019 ; la KHB a déclaré que le programme en serait pas financé par des fonds publics et le ministère a déclaré que la résolution du Bundestag serait prise très au sérieux. Il convient de noter que la résolution n’est pas juridiquement contraignante, et que le Bundestag est maintenant poursuivi pour cela. Il y a une tentative de limiter tout le discours à la question « BDS oui ou non », mais nous savons que bien d’autres choses sont en cause si nous voulons raconter nos histoires. Cette nouvelle tendance dans la lutte contre l’antisémitisme, sert avant tout une chose, à savoir le racisme antimusulman, la discrimination contre les Palestinien·nes et l’exclusion des voix juives critiques du discours en Allemagne. C’est une évolution dangereuse, que nous avons malheureusement pu observer de plus en plus ces dernières années ». (V. ici)

 

Comme beaucoup d’autres, j’ai écrit une lettre de protestation à la rectrice de la Weißensee Kunsthochschule et j’ai clairement exprimé ma critique de la procédure :

En tant qu’ancienne porte-parole en charge des droits humains du parti Die Linke au Bundestag (2009 -2017) et qu’une des rares politicien·nes qui défendent les droits humains des Palestinien·nes et critiquent les graves violations des droits de l’homme par des membres de l’armée israélienne et des colons, je connais bien l’accusation d’antisémitisme. D’après ma propre expérience, je sais à quel point cette accusation est utilisée à dessein pour diffamer des personnes et des positions politiquement inconfortables.

L’accusation d’antisémitisme est le meilleur instrument en Allemagne pour stigmatiser les critiques, les empêcheurs de penser en rond ou les personnes que l’on n’aime pas et pour les faire taire. Le système de dénonciation fonctionne avec une efficacité et une durabilité effrayantes et je ne comprends pas qu’il y ait encore des intellectuels qui ne voient pas clair dans ce jeu indigne et qui se laissent prendre au jeu. D’innombrables événements ont été et sont encore interdits, des professeurs et des artistes de renom, nationaux et étrangers, ont été interdits de parler et de se produire, des professeurs d’université ont perdu leur emploi, la liste est longue et ne cesse de s’allonger.

Parce que ces interdictions représentent une grave violation de notre liberté d’opinion, qui est ancrée dans la constitution allemande, j’ai publié une brochure intitulée « Meinungsfreiheit bedroht ? La mise en danger de la liberté d’opinion en Allemagne par les soi-disant « Amis d’Israël » ».

Depuis lors, la situation a également été aggravée par l’innommable résolution anti- BDS du Bundestag allemand en mai 2019 et occupe plusieurs tribunaux. Cette terrible résolution a également fait l’objet de vives critiques du côté d’Israël et d’un appel « Ne pas assimiler le « BDS » à l’antisémitisme » signé par 240 scientifiques juif·ves et israélien·nes. …

Nous devrions soutenir toutes les recherches et études qui traitent de l’historiographie officielle israélienne, surtout venant d’un groupe d’étudiant·es et d’artistes juif·ves israélien·nes. C’est leur droit de discuter de l’avenir de leur pays, du type de société qu’ils·elles aimeraient voir en Israël et du type de changement d’approche de leur propre histoire que cela nécessite. Il devrait être clair que cela n’est pas dans l’intérêt du gouvernement israélien.

Je ne comprends pas pourquoi votre institution n’a pas examiné de manière critique l’argumentation fondée sur l’insinuation et n’a pas parlé aux responsables du projet avant de prendre une décision.

L’accusation d’antisémitisme a longtemps été instrumentalisée, c’est pourquoi les universités et les collèges en particulier doivent examiner attentivement s’il s’agit d’une simple dénonciation. Une décision qui n’a pas fait l’objet d’un examen minutieux approprié est intellectuellement très malhonnête.

En conclusion, je voudrais citer Amos Goldberg, historien juif à l’université de Jérusalem : « Il y a plus de problèmes à venir si vous ne défendez pas vigoureusement les principes de la démocratie, de la liberté d’expression et d’une politique étrangère fondée sur des principes. Si vous ne vous battez pas pour ces valeurs, notamment dans le cas de questions sensibles, l’Allemagne pourrait se transformer en un nouveau bastion illibéral dans cinq ou dix ans. Ses politiques pourraient alors ressembler à celles d’Israël, de la Hongrie et de la Pologne ». 

Goldberg exprime ce qui me préoccupe beaucoup depuis longtemps. C’est pourquoi la liberté d’expression doit être défendue et l’extrémisme de droite combattu.

Que nous apprend cette « gestion de la crise du COVID-19 » totalement destructrice sur la crise des partis de gauche et sur l’incapacité à résoudre la question palestinienne ou plutôt israélienne ?

Cela m’alarme et me rend suspicieuse lorsque les soi-disant « négateurs du Corona »  sont également assimilés à des antisémites. Beaucoup de gens associent déjà le mot « négationnistes du Corona »  à « négationnistes de l’Holocauste » et il n’est donc pas nécessaire d’en dire plus ou d’expliquer quoi que ce soit.

J’étais à Hambourg le 16 mai, peu avant la réouverture des musées, et ce jour-là, il y a eu quelques manifestations sur les mesures Corona, notamment un rassemblement parents-enfants et un autre contre les mesures et pour nos droits fondamentaux. Les soi-disant Antifa s’étaient réunis à proximité. J’y ai vu une pancarte disant « Quoi qu’ils disent, ils sont tous antisémites ». J’ai trouvé cela très étrange, car cette analogie n’avait pas de sens pour moi. Mais très vite, les critiques en matière de Corona ont été diffamés comme antisémites, pourquoi ?

Un « éclaircissement » nous est fourni par Anette Kahane, présidente de la Fondation Amadeu Antonio, qui a souligné lors d’une conférence de presse le 23 novembre 2020 que « les théories du complot ont toujours un système d’exploitation antisémite ». Avec Felix Klein, commissaire du gouvernement fédéral pour l’antisémitisme, et Kevin Kühnert, vice-président fédéral du SPD, Kahane a donné une conférence de presse sur « La radicalisation croissante et le danger posé par l’antisémitisme et les négateurs du Corona ». Le message commun : l’antisémitisme et la critique en matière de Corona ont le même noyau.

Comme les « négationnistes du Corona » sont souvent assimilés à des théoriciens du complot, ils sont également antisémites, car « l’antisémitisme lui-même est la plus ancienne des théories du complot. (…) En d’autres termes, l’antisémitisme lui-même est l’idée du juif malfaisant qui peut être blâmé pour tout ce qui va mal. Et c’est pourquoi les idéologies conspirationnistes sont toujours antisémites. Même lorsqu’ils traitent des gens comme Bill Gates, ils sont véritablement antisémites dans leur forme et leur structure. Et vous devez le savoir quand vous traitez les protestations contre les mesures anti-Corona ».   Cela semble très conspirationniste lorsque Felix Klein explique que « la haine des Juifs (…) dans les manifestations contre les mesures de contrôle des infections lie des milieux politiques qui n’avaient auparavant que peu ou pas de contact.  … Le spectre va des amateurs d’ésotérisme, des praticiens alternatifs et des militants de la paix aux citoyens du Reich et aux extrémistes de droite déclarés qui utilisent ces manifestations comme un forum de mobilisation ».

Cela devient dangereux lorsque Klein établit un lien avec des attentats d’extrême droite. Il a dit : « Les mots deviennent vite des actes. Les attentats de Halle, Hanau et Dresde et les récentes émeutes qui ont suivi les manifestations dites « anti-Corona » l’ont clairement montré ». Il est donc demandé à chacun « de prendre ses responsabilités dans la pandémie afin de se protéger et de protéger les autres – du virus corona ainsi que des fausses croyances infectieuses ». (V. ici)

J’ai également regardé la vidéo de cette conférence de presse et je dois dire que j’ai été horrifiée. Les déclarations de ces trois personnes sont plutôt susceptibles de promouvoir l’antisémitisme.

Cela m’encourage que maintenant des voix critiques se fassent entendre ou se lisent sur le Corona, les tests PCR et les vaccins et j’espère que les gens sortiront de la panique qui les isole et les rend souvent malades.

J’ai quitté l’Allemagne en 2014 parce que je ne pouvais plus supporter le glissement vers la droite et la discrimination des citoyens musulmans dans la vie publique… à quel point la situation s’est-elle aggravée au cours des 6 dernières années et à quoi ressemble-t-elle aujourd’hui ?

Les choses se présentent mal : la surveillance a été perfectionnée et devient de plus en plus sophistiquée, la police dispose d’un pouvoir énorme en raison de diverses lois renforcées, grâce aux mesures prises pour le Corona, de nombreuses lois fondamentales sont mises hors jeu, les fausses nouvelles et les discours de haine ont pris des proportions énormes, y compris la diffamation flagrante des dissidents jusqu’aux menaces de mort ; la censure par Google/Facebook est de plus en plus sévère, les vidéos sur YouTube ayant un contenu critique par rapport au Corona sont désactivées.

Comme par hasard, le ministre fédéral de l’Intérieur Horst Seehofer a récemment annoncé qu’il observerait de plus près les manifestations des opposants au Corona. Seehofer s’inquiète du fait que des extrémistes de droite et des citoyens du Reich manifestent avec des militants anti-vaccination et des critiques du Corona, et il a averti que la propagation des théories de désinformation et de conspiration encourage les « forces radicales » et est susceptible de « manipuler la prise de décision démocratique ».

Seehofer exige également que les enquêteurs aient un accès plus facile aux services de communication tels que WhatsApp. (V. ici)

Tous les manifestants sont mis dans le même sac, aucune distinction n’est faite quant à la raison pour laquelle les gens descendent dans la rue ; je pense que c’est dangereux.

J’observe que beaucoup de personnes partent en émigration interne parce que des amis et des parents rompent en raison de leurs questionnements  et/ou commentaires critiques sur les restrictions liées au Corona.

En outre, je suis très préoccupée par l’obligation indirecte de vaccination et je ne comprends pas qu’il n’y ait pratiquement pas d’articles critiques dans les grands médias sur le vaccin à ARNm, qui pour le moment, n’existe pas.

Les nombreuses faillites, qui se produiront à partir de 2021, accompagnées d’un chômage élevé et d’une pauvreté croissante, sont également très préoccupantes. Les gagnants sont Amazon, Google, Facebook et le BigData, des grandes entreprises pharmaceutiques qui reprennent les secteurs de la vente au détail et de la restauration, ce qui nous laisse seulement des chaînes comme McDonalds. En outre, la scène culturelle se meurt, nous laissant désorientés et pauvres : des perspectives vraiment pas joyeuses.

Les « Anti-allemands » progressent également et ont infiltré de grandes parties des organisations progressistes, comme le parti Die Linke. Il est donc plus difficile pour nous d’exprimer des critiques.

Comment peut-on encore travailler de manière constructive pour la Palestine à cette époque ?

a) Enfant, en Namibie, j’ai été sensibilisée et politisée au racisme et à l’apartheid et pendant des décennies, j’ai défendu le droit international, la justice et les droits humains. La Palestine est synonyme de colonialisme, d’apartheid, de racisme, d’échec du droit international et de graves violations des droits humains. C’est ce contre quoi je me bats. Malheureusement, je n’ai jamais été en Palestine, mais j’ai rencontré de nombreuses personnes impressionnantes de là-bas et j’admire leur courage et leur persévérance. Nous pouvons apprendre quelque chose d’eux·elles.

Ici aussi, en Allemagne et en Europe, j’ai rencontré de nombreuses personnes impressionnantes, dont certaines sont devenues de bonnes amies. Je leur en suis très reconnaissante, et cela ne va pas de soi. Lorsque je défends la Palestine, je lutte contre le racisme, contre les violations des droits humains et contre l’injustice flagrante qui règne ici chez nous. Parce que, pour moi, tout cela va ensemble. Je ne peux pas défendre la Palestine et fermer les yeux sur la misère sociale que le Corona est en train d’aggraver.  Si les riches et les super-riches ne participent pas massivement aux coûts et si le budget des armements n’est pas réduit de façon drastique, je vois les choses en noir.

b) Je suis encouragée par des initiatives telles que le groupe « les 3 du Bundestag pour la Palestine » (BT3P), qui a déposé une plainte contre la décision anti-BDS du Bundestag du 17 mai 2019 auprès du tribunal administratif de Berlin le 18 mai de cette année. Je pense que c’est formidable et j’espère qu’ils auront du succès !

BT3P sont les trois « militants juifs-palestiniens-allemands » Judith Bernstein, Amir Ali et Christoph Glanz. Pour leur procès, ils ont mandaté l’avocat berlinois Ahmed Abed, qui avait déjà eu gain de cause à plusieurs reprises contre des restrictions à la liberté d’opinion et de réunion dans le cadre de la campagne BDS. Le précédent d’Oldenburg a été suivi de procès gagnés à Munich et à Cologne. BT3P rejette avec véhémence l’accusation selon laquelle le BDS est essentiellement antisémite et présente même des parallèles avec les pratiques nazies. La cofondatrice du groupe, l’Allemande juive Judith Bernstein, qui a elle-même perdu des proches à Auschwitz, souligne l’erreur de catégorie historique de cette comparaison dans une interview à Junge Welt  : « La haine raciale des nazis ne connaissait que la ‘Solution finale’ comme aboutissement. Le BDS, en revanche, est basé sur les droits humains et a un objectif politique clair : ces mesures non violentes doivent être appliquées jusqu’à ce qu’Israël agisse enfin en conformité avec le droit international ».

 

 

Un avis d’expert commandé par le Centre européen de soutien juridique (ELSC) soutient l’interprétation juridique du groupe, comme l’explique Amir Ali de BT3P. L’ELSC apporte un soutien juridique aux groupes et aux personnes qui luttent pour les droits des Palestinien·nes. En octobre 2019, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a également réprimandé le gouvernement allemand pour sa décision anti-BDS. Selon le Spiegel, cinq rapporteurs spéciaux des Nations unies ont critiqué dans une lettre adressée au ministre des Affaires étrangères Heiko Maas le fait « que la décision établit une tendance inquiétante à restreindre de manière disproportionnée la liberté d’opinion, de réunion et d’association ». La lettre poursuit en disant que « la décision empiète de manière disproportionnée sur le droit des gens à l’expression politique en Allemagne ».

Avec l’accusation globale d’antisémitisme portée contre la campagne BDS, la lutte contre l’antisémitisme, nécessaire et urgente, est instrumentalisée pour mettre le gouvernement israélien à l’abri des critiques. « Ceux qui qualifient ce mouvement d’antisémite ont avant tout un intérêt politique – et aucun intérêt pour les Lumières et la paix », a expliqué le célèbre chercheur sur l’antisémitisme Wolfgang Benz en mars 2019 dans une interview à la Südwestpresse. (V. ici)

c) La récente décision du tribunal administratif bavarois est également encourageante pour nous tous. Cela signifie que la ville de Munich est obligée de mettre à la disposition des Munichois une salle de réunion pour une discussion sur le mouvement BDS. Cela a été interdit par une décision de la ville le 13 décembre 2017. Sur cette base, un certain nombre d’événements ont été interdits.

La procédure a été déclenchée par la demande du plaignant au Musée municipal de Munich de lui fournir une salle pour une discussion sur le thème « Dans quelle mesure Munich restreint-elle la liberté d’opinion ? La décision du Conseil municipal ddu 13/12/2017 et ses conséquences ». Cette résolution stipule que « les organisations et les personnes qui souhaitent organiser des événements dans les institutions municipales qui traitent, soutiennent, poursuivent ou font la publicité du contenu, des thèmes et des objectifs de la campagne BDS sont (…) exclues de la mise à disposition ou de la location de locaux ».

La requête du demandeur a été rejetée au motif que l’événement prévu « ne pouvait se passer d’aborder le BDS et son contenu, ses thèmes et ses objectifs ». Il a estimé qu’il s’agissait d’une restriction inadmissible de sa liberté d’opinion dans l’utilisation des installations municipales, ce qu’il est en droit de faire en tant que citoyen de la ville de Munich en vertu de l’article 21 du code municipal bavarois. Après le rejet de sa plainte en première instance, le tribunal administratif lui a donné raison.

Le tribunal a estimé qu’il n’est pas pertinent pour l’analyse d’impact de la décision sur les droits fondamentaux de savoir si le mouvement BDS peut être qualifié d’antisémite ou non. « Car même si cela pouvait être clairement prouvé sur la base de critères objectifs, cela ne justifierait pas à lui seul une restriction de la liberté d’opinion ». La qualification d’antisémite « ne suffit pas en soi pour interdire d’emblée de telles expressions d’opinion par les autorités, même dans le cadre d’informations ou de débats politiques, ou pour en fonder une exclusion d’utilisation ». Cela n’est possible que si les expressions d’opinion antisémites « mettent en danger la paix publique comme la tranquillité du débat public et marquent ainsi le passage à l’agression ou à la violation de la loi ». Cependant, une telle menace concrète de violation d’un bien protégé juridiquement, qui déclencherait un devoir de protection de l’État, ne peut être évoquée en relation avec la campagne BDS dans les circonstances actuelles ». (V. L’antisémitisme (ou ce que certains considèrent comme tel) n’entre pas en jeu dans la liberté d’opinion, par Lothar Zechlin)

La ville de Munich a annoncé qu’elle allait se pourvoir en appel. Par conséquent, le Tribunal administratif fédéral traitera également la question de la mise à disposition d’espaces pour les événements liés au BDS. La jurisprudence antérieure est caractérisée par une tendance claire à s’opposer au refus des organismes d’État ou municipaux d’accorder des salles pour des événements. La décision de la Cour européenne des droits de l’homme du 11/6/2020 en fait également partie. Il serait donc surprenant que le Tribunal administratif fédéral parvienne à un avis fondamentalement différent de celui du tribunal bavarois. Il est donc temps pour les nombreuses municipalités qui ont adopté des résolutions similaires à celles du conseil municipal de Munich de reconsidérer leur pratique. (V. ici)

Et nous espérons que bientôt nous aurons des salles pour nos événements sur la Palestine !

Ces succès montrent qu’on doit se battre pour ses droits ! Mais cela en vaut la peine et c’est pourquoi je voudrais encourager tou·tes les lecteur·rices à ne pas faire l’autruche mais à lutter avec d’autres contre l’injustice et le racisme. La vie devient alors digne d’être vécue !

Variante allemande de « Résister, c’est exister »

Milena Rampoldi ميلينا رامبولدي میلنا رامپلدی Милена Рампольди

Original: „Man muss um seine Rechte kämpfen. Dann wird das Leben lebenswert!“
Gespräch mit Annette Groth über Krisenmanagement, Antisemitismuskeule und Palästinafrage

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Traductions disponibles : Español 

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_21691.jpg


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