Pacte militaire entre l’Italie et le régime de Tripoli pour le pétrole et contre les migrants

Il est prévisible que l’Italie fournira aux autorités de Tripoli de nouveaux armements, systèmes de renseignement, dispositifs et équipements, etc.

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De retour d’une visite officielle en Israël, l’infatigable ministre de la Défense italien Lorenzo Guerini a rencontré le 4 novembre à Rome, au siège de l’état-major de l’armée, le titulaire du département de la défense du gouvernement d’entente nationale de la Libye, Salahuddin Al-Namroush. Au cours de la réunion, les deux ministres ont signé un accord technique conjoint de coopération militaire renouvelant l’accord bilatéral de 2013. Comme l’a précisé le service de presse du ministère de la Défense, le nouvel accord couvre plusieurs domaines « tout d’abord celui de la santé militaire, avec l’identification de nouvelles formes de collaboration adaptées au niveau médico-sanitaire, à partir de la formation et de l’éducation du personnel médical et infirmier libyen par l’hôpital militaire italien de Misurata ».

 

« C’est la Libye qui nous le demande« – Mauro Biani, 2016

Un autre secteur important qui verra le renforcement du partenariat militaire italo-libyen est celui de la formation et de l’éducation « pour les cadets, les officiers et les sous-officiers libyens en Italie » et aussi en Libye « par la réactivation des Académies nationales ». Les militaires italiens et libyens participeront à des exercices et des manœuvres conjoints et échangeront des consultants, des informations et des expériences dans le domaine de la recherche scientifique et technique et de la sécurité militaire. Il est prévisible que l’Italie fournira aux autorités de Tripoli de nouveaux armements, systèmes de renseignement, dispositifs et équipements, etc.

Les spécialistes des forces armées italiennes contribueront également aux activités de déminage des munitions présentes sur le territoire libyen et, comme l’a ajouté le ministre Guerini, « l’Italie collaborera à la création en Libye et à la certification aux Nations unies du Centre de formation au déminage humanitaire (Training Center for Humanitarian Demining) ».

En ce qui concerne les activités de formation du personnel libyen, Rome et Tripoli ont confirmé leur volonté d’élargir la gamme des interventions par la définition d’un programme qui sera déterminé et géré par une commission technique italo-libyenne spécifique. Le ministre de la Défense Guerini a également assuré à son homologue que les activités de formation et de soutien technico-logistique de la marine libyenne par les garde-côtes italiens se poursuivront, actions vivement critiquées par les organisations humanitaires pour les nombreuses violations des droits humains commises par le personnel libyen à l’encontre des migrants illégalement détenus en mer, en accord (tacite) avec Rome et l’Union européenne. Comme le rapporte Sicurezza Internazionale, le journal en ligne de l’Université libre LUISS de Rome, les deux parties se sont en effet engagées à continuer à « coopérer dans la lutte contre l’immigration clandestine, ainsi qu’à assurer la sécurité des frontières terrestres et maritimes », et dans l’élimination des munitions et des mines, les opérations de sauvetage en cas de catastrophe naturelle et à faire face aux urgences sanitaires.

« La réunion d’aujourd’hui peut être considérée comme la première session de la commission mixte italo-libyenne, qui nous permettra de donner une continuité à notre dialogue et de décider ensemble des modalités et de la priorité du soutien italien au renforcement des capacités des forces armées libyennes », a commenté le ministre de la Défense à l’issue de la rencontre avec Salahuddin Al-Namroush. « Ces dernières années, l’Italie a fait de nombreux efforts pour développer la collaboration civile et militaire avec les autorités locales et notre engagement vise principalement à soutenir le processus de stabilisation, de pacification et de restructuration institutionnelle que nous espérons tous ».

L’Italie déploie actuellement 400 militaires en Libye dans le cadre de la MIASIT, la mission italienne d’assistance et de soutien établie en 2018 en faveur du gouvernement d’entente nationale, des forces armées et des garde-côtes libyens, avec pour priorité la « lutte contre le terrorisme et les flux migratoires illégaux ». La MIASIT collabore également à la restauration de l’efficacité des principaux moyens terrestres, navals et aériens dont dispose le GEN, opérant également en reconnaissance, formation, conseil, assistance et soutien, détection contre les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN), etc.

Lorenzo Guerini et Salahuddin Al-Namroush s’étaient rencontrés à Doha, au Qatar, le 13 novembre dernier, à la fois pour renforcer les mécanismes de coopération bilatérale et, comme le rapportent les agences de presse libyennes, pour discuter également des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée et du soutien nécessaire à la marine libyenne. Le même jour du 13, le représentant du gouvernement d’entente nationale avait signé un important accord de coopération militaire avec le ministre de la Défense du Qatar, Khaled Al Attiaha.

Le 5 août 2020, c’est Lorenzo Guerini qui a effectué une visite officielle en Libye pour rencontrer le Premier ministre du GEN Fayez al Sarraj et les principales autorités politiques et militaires locales. À cette occasion, le ministre était accompagné à Tripoli par le chef d’état-major de la défense, le général Enzo Vecciarelli, le directeur de l’AISE (Agence d’informations et de sécurité extérieure, services de renseignement), le général Giovanni Caravelli, et le chef du commandement opérationnel du sommet Interforces, le général Luciano Portolano. En plus d’aborder des questions purement stratégiques et militaires, la délégation italienne devait, lors de son séjour à Tripoli, inviter son homologue à faciliter le retour en Libye des principaux groupes industriels italiens, notamment ceux opérant dans le secteur énergétique, en vue de la reprise des activités d’extraction et de production de la National Oil Corporation (NOC), la compagnie pétrolière libyenne. Les mêmes demandes ont été formulées le 1er septembre 2020 par le ministre des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, lors de sa rencontre en tête-à-tête à Tripoli avec le président Fayez al-Serraj, le président de la Chambre des représentants, Aguila Saleh et la direction de la compagnie pétrolière NOC.

Antonio Mazzeo

Original: Patto militare tra l’Italia e il regime di Tripoli per il petrolio e contro i migranti

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Traductions disponibles : Español 

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_21691.jpg