Brésil : la politique de la jungle brûlée
Bolsonaro contre l’Amazonie

En pleine croisade pour repousser sa frontière agricole et minière, le Brésil brûle, avec plus d’un millier d’incendies par jour.

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Marcelo Aguilar

Face à la forte augmentation de la déforestation jusqu’à présent dans le cadre de son mandat, Bolsonaro a réagi en congédiant le directeur de l’agence qui avait mis en garde contre cette situation. Sa politique environnementale suscite des résistances même dans les rangs ruralistes {capitalistes de l’agriculture, foresterie et élevage, NdT] et rend plus difficiles les relations diplomatiques brésiliennes.

Image captée par l’Observatoire de la Nasa le 21 août, où l’on peut observer des foyers d’incendie qui dévastent l’Amazonie dans les États d’Amazonas, Mato Grosso et Rondonia. Photo AFP, Nasa, Lauren Dauphi

Le ciel de São Paulo s’est soudain obscurci, et à trois heures de l’après-midi on se serait cru à trois heures du matin. À des milliers de kilomètres de la métropole, de vastes étendues de la jungle amazonienne brûlaient depuis plus de dix jours. Elles continuent à brûler. Le signal du 19 août était clair : la destruction de l’Amazonie nous affecte tous. Le nombre de queimadas, comme on appelle les brûlis de portions de jungle pour les convertir en zones de cultures,, est le plus élevé enregistré par l’Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE). Rien qu’en août et jusqu’au mardi 20, 23 000 incendies ont été signalés en Amazonie, soit plus de 1 000 par jour. Depuis janvier, il y en a eu plus de 53 000. Le nombre d’incendies et l’arrivée d’un front froid seraient la cause du déplacement des cendres vers São Paulo.

Dans le nord de l’État du Pará, des propriétaires terriens ont promu le « Jour du feu », le 10 août. Selon le journal local Folha do Progresso, l’un des organisateurs, l’idée était « de montrer au président que nous voulons travailler et que le seul moyen est de déboiser. Pour nettoyer nos pâturages le feu est (nécessaire »). Selon l’INPE, le nombre de foyers dans cette région a augmenté de 300 pour cent ce jour-là par rapport à la veille. Jair Bolsonaro s’est dissocié et a soulevé la suspicion qu’il pourrait s’agir d’incendies criminels encouragés par des « oéngéux », en réponse aux coupes gouvernementales dans les fonds de préservation de l’Amazonie. Marina Silva, ancienne ministre de l’environnement et candidate à la dernière élection présidentielle du parti Rede, a écrit : « L’Amazonie est brûlée par un mélange d’ignorance et d’intérêts épouvantables. Le gouvernement inaugure une période de délinquance libre, au cours de laquelle la nature et les communautés peuvent être attaquées sans crainte d’être punis ». Et c’est peut-être là le point central. Les effets de ces queimadas peuvent être très graves et leur portée encore incertaine. Mais plus grave encore est le contexte dans lequel elles  s’inscrivent.

Obscurantisme

La récente publication par l’INPE  de données sur la déforestation en Amazonie a placé la question au centre du débat public brésilien et a suscité une controverse au niveau international. L’institut avait déjà signalé une augmentation significative de la déforestation en juin de cette année, soit 88 pour cent de plus qu’au même mois de l’année dernière. Les données ont été recueillies par le système satellite Deter, qui suit la déforestation en temps réel et génère des alertes pour collaborer avec les agences de contrôle. Les réactions du gouvernement n’ont pas tardé à venir, et au lieu de parler de la fièvre, le président a tapé sur  le thermomètre. Le 19 juillet, Bolsonaro a attaqué les données publiées et a déclaré que le président de l’INPE, Ricardo Galvão, « pourrait être au service d ONG ». Galvão a répondu, le lendemain, que Bolsonaro ne peut pas agir « comme s’il était dans une conversation de bar » et a ajouté que les propos du président étaient « inappropriés et sans fondement (…), des attaques inacceptables non seulement contre moi, mais aussi contre les gens qui travaillent pour la science dans ce pays ». Le dignitaire a dit qu’il ne démissionnerait pas, mais la situation est devenue insoutenable, et le 2 août, il a été destitué. Mais de nouvelles données, publiées le 6 août, ont montré une augmentation de la déforestation en juillet : 278 % de plus qu’en juillet 2018. Au total, l’augmentation au cours des 12 derniers mois est de 40 % par rapport aux 12 mois précédents, et cette tendance sera certainement confirmée par les données publiées annuellement, qui devraient être publiées d’ici la fin octobre.

Carlos Nobre, docteur en météorologie du MIT, qui a travaillé à l’Institut national de recherche amazonienne et a travaillé comme chercheur à l’INPE pendant 35 ans, a dit à Brecha à propos du départ de Galvão que « le licenciement d’un scientifique de renom, qui est un des meilleurs gestionnaires des institutions scientifiques que le Brésil a produit ces dernières décennies, est un signe terrible et répand une grande insécurité sur le rôle des institutions scientifiques publiques ». Nobre comprend que le message est « anachronique » et fait référence à l’idée que « les institutions ne servent pas la société, mais le gouvernement, et que si le gouvernement n’est pas satisfait d’un fait que les institutions diffusent dans le cadre de leur mission, elles sont forcées de s’aligner sur une position politique consistant à ne diffuser que ce qui est bon ». Mais  » les satellites ne mentent pas « , rappelle Nobre. Pour cette raison, le scientifique a déclaré que la stratégie consistant à attaquer le messager est à courte vue : « Il existe de nombreux systèmes de surveillance de haute qualité dans diverses parties du monde qui mesurent ce qui arrive à la végétation partout sur la planète, principalement dans les forêts tropicales humides. Il serait insensé d’essayer de cacher ce qui se passe en Amazonie ou de s’énerver contre la divulgation de ce qui se passe : cette politique ne mène nulle part ».

Le pouvoir des 3 B : Banque, Bible, Boeuf

Tel fils

La ligne du nouveau gouvernement en matière de politique environnementale était déjà très claire en décembre dernier, avec le choix du ministre chargé de sa mise en œuvre. Ricardo Salles est un cadre de la droite réactionnaire, fortement liée aux ruralistes. Actuellement membre du parti Novo, et fondateur du mouvement conservateur Endireita Brasil, au cours de la campagne, il a distribué un pamphlet avec un paquet de balles au centre et leurs destinataires autour : « Contre la peste du sanglier », « Contre la gauche et le Mst (Mouvement des travailleurs ruraux sans terre) », « Contre le vol de tracteurs, bétail et matériel », « Contre les bandits dans la campagne ».

Partisan d’une ligne dure de défense de la propriété privée, dans une interview publiée sur sa page Youtube et citée par Nexo, il a déclaré : « Nous devons garantir un environnement sûr, stable et prévisible afin que la production rurale puisse progresser ». Lire : augmenter sa surface d’expansion, c’est-à-dire augmenter la déforestation. Dans cette même interview, Salles se plaignait de « ces invasions, ces trucs du MST, des quilombolas et des Indiens qui menacent la propriété productive. C’est un grand retard, et nous devons défendre le producteur pour qu’il puisse travailler en paix. Le producteur rural a toujours été soigneux, conscient de ses devoirs, et maintenant il est menacé tous les jours à cause de ce manque de sécurité juridique et de l’excès d’État ». Réduire le rôle de l’État, c’est précisément ce que le gouvernement s’efforce de faire.

Pour Telma Monteiro, pédagogue brésilienne qui se consacre depuis des années à la recherche sur les politiques environnementales et les processus d’appel d’offres pour les grands projets en Amazonie, c’est la croisade du ministre choisi par Bolsonaro : « Il est là avec un rôle très spécifique, qui est de mettre fin aux lois environnementales et de démanteler la structure de gouvernance environnementale qui s’est construite dans ce pays depuis des années ». Selon Monteiro, ces structures ne fonctionnent pas toujours pour le bien de l’environnement, mais au moins elles permettent un certain contrepoids de la société civile. Elle estime que l’objectif du gouvernement est de faire place aux monocultures et de mettre fin à ce contrepoids, d’où le  discours radical contre les « oéngés » et les organisations sociales : « L’agrobusiness a besoin de s’étendre, et cette expansion ne peut se faire que dans les régions non encore déboisées. C’est ce pour quoi Salles est là, travailler de l’intérieur en faveur des ruralistes et contre la préservation de l’environnement ». La chercheuse a dit à Brecha que Salles « n’est pas informé, il ne connaît pas l’Amazonie et ses problèmes, ni les populations indigènes, il ne sait pas où coulent les rivières, ni ce qui se passe dans le sol de la jungle ». Pour Monteiro, la situation actuelle de la déforestation pourrait atteindre des niveaux beaucoup plus dramatiques, car « si les structures qui inhibent la déforestation sont attaquées, nous nous dirigeons vers un chaos total ».

Même dans les secteurs ruralistes, il n’y a pas de consensus sur cette croisade antienvironnementale. Katia Abreu, l’une des plus radicales défenseures de l’agrobusiness, ministre de l’Agriculture de Dilma Rousseff entre janvier 2015 et mai 2016, et actuellement leader du groupe ruraliste au Sénat, a déclaré dans une interview à O Estado de São Paulo publiée lundi 13 que « les agriculteurs qui sont heureux aujourd’hui vont pleurer demain ». Abreu, qui fut l’une des voix les plus toniturantes de l’antienvironnementalisme, croit que Bolsonaro « transfère toute sa vision réactionnaire à l’agriculture » et que ce discours, en plus de « nourrir la déforestation », peut « fermer les marchés aux produits du Brésil ». La sénatrice a même défendu le travail de nombreuses « oéngés » et l’a qualifié de « sérieux », prenant le contre-pied du gouvernement. Blairo Maggi lui-même, ancien ministre de l’Agriculture de Temer et l’un des poids lourds de l’agrobusiness, a déclaré à Valor Económico que le discours « agressif » de Bolsonaro génère la « confusion » et pourrait conduire le secteur au « point zéro », mettant en danger l’accord commercial avec l’Union européenne.

La grande casse

Début mai, et dans un événement sans précédent, les huit anciens ministres brésiliens de l’Environnement encore en vie se sont réunis et ont publié une lettre dans laquelle ils dénoncent que «  la gouvernance socio-environnementale au Brésil est en cours de démantèlement, au mépris de la Constitution ». Ils ont affirmé qu’ « au cours des trois dernières décennies, la société brésilienne a été en mesure, par l’intermédiaire des gouvernements successifs, de concevoir un ensemble de lois et d’institutions capables de relever les défis du programme environnemental du pays », mais qu’il existe actuellement « une série sans précédent d’actions qui vident le ministère de l’Environnement de sa capacité à formuler et mettre en œuvre des politiques publiques ». Ils ont également remis en question «  le discours contre les organismes de contrôle de l’environnement, en particulier l’Ibama (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables) et l’ Icmbio (Institut Chico Mendes pour la conservation de la biodiversité), la remise en question des données de surveillance de l’INPE », qui « s’ajoute à une situation budgétaire et personnelle critique de ces organismes ». Tout cela, écrivaient-ils, renforce « le sentiment d’impunité, qui est le signal d’un accroissement de la déforestation et de la violence ».

Dans sa réponse, Salles s’est rabattu sur les mêmes clichés auxquels le président est habitué et a écrit : « Ce qui nuit à l’image du Brésil, c’est la campagne de diffamation permanente et bien orchestrée promue par les oéngés et les prétendus spécialistes, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, soit pour des préjugés idéologiques soit pour une contrariété indéniable face aux mesures de moralisation contre la farce des accords, des études éternelles, des moyens transférés, des sponsors, des voyages, des séminaires et discussions ». Le ministre, comme Bolsonaro, soutient qu’il y a une composante idéologique qui sape les actions des organes de contrôle de l’environnement de l’État et du Fonds amazonien (FA), un mécanisme créé en 2008, sous la présidence de Lula da Silva, pour attirer des ressources des États et entreprises étrangers dans le but de financer des projets de « préservation environnementale » et « de développement durable en Amazonie. Lors d’une conférence de presse à Sao Paulo en mai de cette année, Salles a déclaré avoir trouvé « des irrégularités dans 100 pour cent des contrats (du FA) avec les oéngés » et a remis en question les résultats des projets financés et la gestion de leurs ressources (plus de 840 millions de dollars). Cependant, dans un rapport cité par O Globo le mardi 14, la Cour des comptes de l’Union – qui a commencé un audit du fonds à la fin de l’année dernière – a loué la transparence dans l’information et la gestion des ressources du FA, contredisant le ministre.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement a déjà déclaré qu’il veut utiliser ces ressources pour indemniser les ruralistes touchés par les expropriations de terres pour des unités de préservation de l’environnement. La réaction des ambassades d’Allemagne et de Norvège, les principaux bailleurs de fonds du FA, a été immédiate. Jeudi 15, la Norvège a suspendu le transfert annuel des ressources au FA, équivalent à 33 millions de dollars, et a ainsi suivi les traces de l’Allemagne, qui avait fait la même chose quelques jours auparavant. Le ministre norvégien du Climat et de l’Environnement, Ola Elvestuen, a déclaré que l’augmentation des taux de destruction en Amazonie montre que « le gouvernement brésilien ne veut plus arrêter la déforestation ».

Guilherme Carvalho, docteur en développement durable des tropiques humides de l’Université fédérale du Pará et coordinateur en Amazonie de l’ ONG Fase, a attiré l’attention, dans une conversation avec Brecha, sur le rôle des différents niveaux de gouvernement dans l’affaiblissement des politiques environnementales : « Le gouvernement fédéral est le moteur, mais c’est un projet du bloc entier de pouvoir qui contrôle l’Etat. Les gouvernements des États et les administrations municipales élaborent également une série de politiques allant dans le même sens. De nombreux maires utilisent la révision des plans directeurs municipaux pour pouvoir ouvrir davantage de zones aux grandes entreprises, et ils essaient que de plus en plus d’appels d’offres soient faits par les intendances et les mairies, où les entreprises ont un pouvoir de lobbying encore plus grand que dans les instances supérieures. Si ces gouvernements deviennent responsables de l’attribution des projets dans la région, une grande partie de l’Amazonie disparaîtra ».

Il faut qu’on s’arrête

Dans un texte de 1977 intitulé Brésil, terre des Indiens, le célèbre anthropologue brésilien Darcy Ribeiro écrivait : « Les effets de l’impact de la civilisation sur les populations indigènes sont si dramatiques et destructeurs que, sans aucun doute, les tribus indigènes du Brésil qui survivent encore vont disparaître si le gouvernement fédéral ne leur accorde pas une protection spécifique et plus efficace que l’actuelle. Cela signifie que la guerre séculaire de décimation et d’oppression n’a pas encore été interrompue : nous continuons à tuer nos Indiens, il faut qu’on s’arrête ! » Quarante-deux ans plus tard, l’administration dirigée par Jair Bolsonaro est déterminée à s’attaquer précisément au seul point qui, selon Darcy Ribeiro, pouvait garantir la survie des autochtones : la protection du gouvernement fédéral. Le premier jour de son mandat, le président a transféré la responsabilité de la démarcation et de la réglementation des terres autochtones de la Fondation nationale indienne (Funai) au ministère de l’Agriculture, dirigé par Tereza Cristina, ancienne présidente du groupe ruraliste au Congrès (chambre basse). Le Congrès lui-même, lors de l’examen de la décision présidentielle fin mai, a rendu le pouvoir à la Funai, mais Bolsonaro a insisté et publié un nouveau décret pour renverser la décision. À l’époque, il a dit : « C’est moi qui délimite les terres indigènes. C’est moi qui commande ». Le 1er août dernier, et à l’unanimité, la Cour suprême fédérale a maintenu la responsabilité de la Funai, après une séance au cours de laquelle le magistrat Celso de Mello a déclaré avoir vu « des failles indéniables d’autoritarisme » dans les actions du président.

Dix jours plus tard, lors d’un événement à Pelotas, Rio Grande do Sul, Bolsonaro déclarait : « Du caca indien pétrifié entrave le lancement d’appels d’offres pour des projets importants ». Puis il a dit qu’il faut «  intégrer les Indiens dans la société et chercher un projet pour le Brésil ». La référence aux excréments vient d’une de ses déclarations précédentes, quand il avait dit que la question environnementale pouvait être résolue « en faisant caca tous les deux jours ». À d’autres occasions, le président avait déjà défendu l’intégration forcée des Indiens qui, selon ce qu’il disait en janvier de cette année, « vivent isolés et sont manipulés par les oéngés ». Une autre attaque du gouvernement contre les peuples autochtones a été la menace – proférée en mars – de la fermeture éventuelle du Secrétariat spécial à la santé autochtone, qui dépend de ressources du gouvernement fédéral. Si cela devait se produire, les soins aux autochtones dépendraient des ressources municipales et ils grossiraient les rangs déjà saturés des hôpitaux. Après des protestations dans plusieurs régions du pays, le gouvernement a reculé.

Cleber César Buzatto, secrétaire exécutif du Conseil missionnaire indigéniste, une organisation religieuse qui travaille avec les peuples indigènes du Brésil depuis 1972, a dit à Brecha qu’un changement radical est en cours, fondamental pour comprendre la gravité du moment présent : « Par le discours de Bolsonaro, le gouvernement donne non seulement des signes d’omission, mais aussi indique jusqu’ où les agresseurs des peuples indigènes peuvent et doivent aller, et les encourage. C’est pourquoi son discours est beaucoup plus grave qu’une simple « carte blanche ». Ce n’est pas seulement une sorte d’autorisation : c’est du carburant ». L’omission de l’État, explique-t-il, a toujours existé et demeure. Mais maintenant « c’est le gouvernement lui-même qui dirige les menaces et les processus d’agression et d’attaque ».

Buzatto observe une « augmentation significative des dénonciations et des plaintes concernant de nouveaux processus d’invasion », ce qui indique qu’ »une nouvelle phase de pillage est en cours au Brésil, de vol de terres indigènes, dans laquelle même des terres délimitées et dûment régularisées sont attaquées, mises en lots, commercialisées illégalement, ou soumises à une coupe à zéro ». Ceci s’ajoute au gel de la démarcation de nouvelles terres indigènes, qui « augmente le potentiel de conflit dans les régions et finit par éterniser la situation de vulnérabilité socio-économique dont souffrent ces peuples ». Pour Buzatto, dans cette nouvelle phase, «  il existe des risques très sérieux de génocides, en particulier dans la région amazonienne, contre des peuples qui, sont numériquement faibles, ou des groupes isolés, libres qui vivent sans contact ». Mais toujours, et comme il y a plus de 500 ans, il y a de l’espoir : « Les peuples autochtones ont démontré qu’ils n’allaient pas changer leur position et leur volonté de se battre et de résister. Ils ne se laissent pas intimider. Cela nourrit l’espoir que ce projet génocidaire du gouvernement sera défait par les peuples comme l’a été le projet génocidaire de la dictature militaire ».

Feu vert pour plus d’agrotoxiques

Le Seigneur des Poisons

Depuis le début de l’année, le gouvernement Bolsonaro a libéré 262 produits agrotoxiques. Un record. L’explosion a eu lieu après la destitution de Dilma. À partir de 2016, qui avait connu le plus grand nombre d’autorisations au cours des six dernières années (106), les permis ont presque doublé en 2017 (203), ont continué d’augmenter en 2018 (239) et jusqu’ici en 2019 (262). Dans le dernier lot de produits approuvés, en juillet de cette année, 18 sont  » hautement ou extrêmement toxiques « , selon Greenpeace. Parmi ceux qui ont été libérés l’an dernier, 43 % appartiennent à cette catégorie et, au sein de ce groupe, 31 % ne sont pas autorisés dans l’Union européenne. Selon le ministère de l’Agriculture, plus de 2 000 produits sont en attente d’approbation. Entre-temps, le mois dernier, l’Agence nationale brésilienne de surveillance sanitaire a approuvé de nouvelles règles de classification des agrotoxiques, ce qui a conduit à une réduction drastique de celles considérées comme « extrêmement toxiques ». Cela se produit, entre autres, parce que l’agence n’utilisera que le risque de décès pour définir leur classification, laissant de côté les irritations cutanées ou les problèmes respiratoires.

Franciléia Paula de Castro, ingénieure agronome, maîtresse en santé publique et membre de la Campagne permanente contre les agrotoxiques et pour la vie, a déclaré à Brecha que « la libération de ces nouvelles listes de produits n’a rien à voir avec l’efficacité agronomique. Il s’agit d’une action au service des intérêts des industries chimiques et du camp ruraliste ». Paula a souligné un autre point important : « Qui contrôle les agrotoxiques au Brésil ? Les organes qui défendent la libération de nouveaux produits et rendent les normes, comme la classification toxicologique, plus laxistes, sont les mêmes qui devraient exercer les contrôles. C’est une grande fragilité au niveau institutionnel et c’est ce qui permet cette libération abusive de nouvelles listes ».

 

L’arbre de vie brûle, par Ahmed Falah

 Les conséquences de la déforestation

La piste du Capitaine Tronçonneuse

Au milieu des polémiques, Bolsonaro a ironiquement dit qu’il était le  » Capitaine Tronçonneuse ». Mais même si le président prend tout cela à la blague, les effets de sa politique sont extrêmement graves. En 1989, Carlos Nobre fait la première enquête et mis en garde contre la possibilité que la déforestation en Amazonie puisse conduire à une « savanisation » de la région : même en arrêtant la déforestation, la jungle ne reviendrait pas et le paysage deviendrait une savane biodégradée. Nobre dit qu’aujourd’hui la relation entre la déforestation, le réchauffement de la planète et l’augmentation des incendies de forêt est beaucoup mieux connue et, en analysant ces facteurs, la recherche universitaire est arrivée à la conclusion suivante : « Si la déforestation dépasse 25 % de la superficie forestière, nous atteindrions un point de rupture, où la végétation commencera à disparaître progressivement au cours des 30 ou 40 prochaines années, et nous perdrions jusqu’à 60 % de la forêt. En fait, la déforestation dans le bassin amazonien se situe entre 15 et 17 pour cent ; nous ne sommes pas loin de ce risque ».

Nobre a expliqué ce qui est en jeu et ce qui pourrait être perdu : « Tout d’abord, si nous éliminons la jungle, la température va augmenter de 1 à 3 degrés non seulement en Amazonie, mais aussi dans le centre du pays, à cause des vents. Vous réchauffez une région qui est déjà chaude. Cela a d’énormes dommages pour la santé humaine et pour l’agriculture de cette région, avec des pointes de chaleur qui réduisent considérablement sa productivité ». D’autre part, dit-il, « le processus de savanisation a un énorme effet d’extinction. Nous parlons de la disparition de dizaines de milliers d’espèces de la terre ». Pour le scientifique, il faut aller dans la direction opposée : « Restaurer les forêts de la planète, et surtout dans les tropiques, est un mécanisme fantastique pour éliminer le dioxyde de carbone de l’atmosphère. Nous avons besoin de politiques de restauration des forêts ». Et de changer le paradigme : «  Il faut baser l’économie sur la biodiversité, sur la forêt vivante. Son potentiel économique est beaucoup plus élevé que celui de la viande ou du soja ».

São Paulo, 23 août 2019: « Que brûlent les fascistes, pas les forêts »

Marcelo Aguilar

Original: Brasil : selva arrasada
Bolsonaro contra la Amazonia

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source: Tlaxcala, le 28 août 2019