Nazha El Khalidi condamnée à une amende pour avoir exercé le journalisme au Sahara occidental occupé

Le délit de la journaliste a été de rapporter une manifestation sahraouie, le 4 décembre 2018 à El Ayoun, à l’occasion des négociations à Genève entre le Front Polisario et le Maroc.

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  • Son cas a suscité de vives critiques de la part des Nations Unies et des organisations de défense des droits humains.
  • Condamnée pour avoir travaillé comme journaliste sans titre officiel.
  • Le Maroc a empêché l’accès au procès de douze observateurs internationaux

La journaliste sahraouie Nazha El Khalidi a été condamnée à une amende de 4 000 dirhams (environ 400 euros) pour avoir exercé le journalisme sans titre officiel au Sahara occidental occupé par le Maroc, dans un procès qui a suscité de vives critiques de la part des Nations unies et des organisations de défense des droits humains.

  • Nazha El Khalidi a été jugée le 24 juin dernier à El Ayoun, capitale du Sahara occidental, pour usurpation de fonctions par l’exercice d’une profession « sans remplir les conditions requises « , ce qui, selon l’article 381 du Code pénal marocain, aurait pu entraîner une peine de trois mois à deux ans de prison et une amende de 120 dirhams (12 €) à 5 000 dirhams (500 €).Le délit de la journaliste a été de rapporter une manifestation sahraouie, le 4 décembre 2018 à El Ayoun, à l’occasion des négociations à Genève entre le Front Polisario et le Maroc. Elle a été arrêtée, battue et son téléphone portable confisqué, et au poste de police, elle a été interrogée pendant quatre heures. Le 21 août 2016, elle avait déjà été arrêtée alors qu’elle couvrait une manifestation de femmes. Dans son arrêt, le Tribunal de première instance d’El Ayoun déclare que la journaliste pourra récupérer téléphone qui lui a été confisqué à l’issue de la procédure judiciaire.Le procès a eu lieu après deux reports et l’expulsion de douze observateurs internationaux : huit avocats espagnols mandatés par le Conseil général des avocats espagnols, deux observateurs norvégiens et deux envoyés de la Clooney Foundation for Justice des USA.

    Nazha El Khalidi, membre du collectif de journalistes sahraouis Equipe Média, qui lutte contre le blocus de l’information imposé par le Maroc au Sahara occidental, est en Espagne et prévoit de retourner à El Ayoun dans les prochains jours, ce qu’elle aurait également fait si elle avait été condamnée à la prison, a-t-elle dit.

    Le cas de cette journaliste, qui travaille comme correspondante pour SADR TV depuis 2010, a suscité de  » graves inquiétudes  » dans plusieurs organes de l’ONU, selon Elina Steinerte, vice-présidente du Groupe de travail sur la détention arbitraire, David Kaye, rapporteur spécial pour la promotion du droit à la liberté d’opinion et d’expression et Nils Melzer, rapporteur spécial sur la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants.

    Ils ont demandé au gouvernement marocain d’abroger la législation criminalisant les personnes qui pratiquent le journalisme sans autorisation préalable et ont noté que l’article du Code pénal au nom duquel Nazha El Khalidi a été condamnée à une amende contredit le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, signé et ratifié par le Maroc.

    Le procès de la journaliste sahraouie a également été critiqué par Human Rights Watch (HRW), qui a estimé que la procédure contre Nazha était incompatible avec le droit de rechercher, recevoir et répandre des informations et des idées garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi que par Amnesty International (AI), l’Organisation mondiale contre la torture et Front Line Defenders.

    Reporters sans frontières (RSF) dénonce le fait que la pratique du journalisme au Sahara occidental occupé par le Maroc soit  » un acte d’héroïsme  » et que les journalistes sahraouis soient accusés de prétendus délits toujours plus  » créatifs  » afin de  » torpiller tout espoir de continuité dans l’exercice de leur profession  » et les emprisonner en recourant à « des procédures partiales et lourdes » « .

    Avant d’être jugée, la journaliste avait déclaré à l’agence EFE que le travail pour briser le blocus de l’information au Sahara occidental occupé se fait depuis les toits et des lieux clandestins, afin d’éviter la difficulté de sortir dans la rue avec une caméra et « d’être arrêté pour avoir filmé une manifestation dans un territoire interdit aux journalistes internationaux ».

    Elle a déclaré à Contramutis qu’ils n’arrêteraient pas son travail de journaliste : « Je peux payer la taxe de la prison pour mon travail, mais d’autres continueront à le faire afin de montrer au monde ce qui se passe »

  • Alfonso Lafarga
  • Original: Nazha El Khalidi condenada a una multa por ejercer el periodismo en el Sáhara Occidental ocupado

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source: Tlaxcala, le 9 juillet 2019