La “Guerre Hybride” de la CIA contre le Venezuela

Dans cette situation, vu l’impossibilité d’organiser une insurrection populaire, et comme un coup d’État est impraticable, et un impeachment contre le président Nicolas Maduro irréalisable, les hommes de la CIA cherchent à épuiser et délégitimer le gouvernement bolivarien par les sabotages cybernétiques), qui sont le dernier chapitre de la guerre hybride inventée par Mike Pompeo et Donald Trump.

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Bien que “L’Opération Constitution” se soit conclue par le pitoyable et silencieux retour à Caracas de Juan Guaido, et la capture des quatre commandants de la miteuse “Armée de Libération Vénézuélienne” (1), actuellement, dans la région de Tona, dans le département colombien de Santander, les “antennes” de la CIA et les officiers colombiens de l’Intelligence et Contre-Intelligence Militaire Conjunta-J2 continuent les préparatifs pour mettre sur pied un “foyer” subversif dans les Etats vénézuéliens de Tachira, Zulia, Amazonas et Apura, avec pour objectif de promouvoir une guerre civile, qui impliquerait la Colombie et donc l’intervention militaire immédiate des USA.

Images satellite du Venezuela, à gauche dans la nuit du 7 mars, à droite durant le blackout provoqué du 8 mars

Se fondant sur ces perspectives, le vice-président des USA, Mike Pence, repartait à l’attaque, le 4 mars, rappelant que “…Le président Donald Trump reste fermement convaincu de l’urgente nécessité de renverser      le gouvernement présidé par Nicolas Maduro, y compris par une solution militaire (2) et sans l’autorisation internationale !…”

Déclaration scandaleuse qui n’a pas même été appréciée par les laquais du Groupe de Lima (3) : elle a entraîné de nouveau le désaccord des généraux brésiliens et argentins, et même la désapprobation de nombreux officiers supérieurs colombiens.

En effet, le 25 février, le vice-président du Brésil, le général Hamilton Mourao, présent à la réunion du groupe de Lima, qui s’est tenue dans la capitale colombienne, Bogota, confirmait à un Mike Pence estomaqué la position contraire des militaires brésiliens, annoncée pour la première fois le 23 janvier, par le même général Mourao, aussitôt après que Juan Guaido avait été investi      du titre de “Président par intérim” par Donald Trump. Cette déclaration a cassé l’ardeur belliciste de la Maison Blanche, car le général Mourao, qui exerçait alors la charge présidentielle en l’absence du président Jair Bolsonaro, a affirmé : “le Brésil et ses forces armées ne s’ingèreront pas dans la politique interne du Venezuela !”.

La position exprimée par le vice-président brésilien lors de la réunion du groupe de Lima a influencé le positionnement des généraux argentins qui, malgré les déclarations bellicistes du président Macri, ont catégoriquement rappelé que : “…Les forces armées argentines pourraient intégrer une mission de pacification au Venezuela seulement si elle était votée et autorisée par l’Assemblée des Nations-Unies”.

Dans la capitale colombienne – où le climat politique est de plus en plus complexe à cause de la crise économique et de l’état permanent d’instabilité provoqué par la corruption et le narcotrafic -, les embrassades et poignées de main du président Ivan Duque Marquez avec le vice-président Mike Pence n’ont pas convaincu les généraux de l’État-Major, car, après la tragique et décennale expérience du “Plan Colombia”, aucun officier ni soldat colombien ne veut plus risquer sa vie dans une difficile “guerre de jungle”, surtout avec le Venezuela !

En réalité, seule l’explosion d’une sanglante guerre civile, qui menacerait d’endommager les infrastructures pétrolières (puits, raffineries et ports d’embarquement), pourrait convaincre le Congrès des USA de la nécessité d’intervenir militairement au Venezuela et donc d’autoriser les généraux du Pentagone à réaliser une “attaque chirurgicale” contre le Venezuela.

Attaque qualifiée, en octobre dernier, de “risquée” par l’amiral Craig Faller, chef du commandement Sud des forces armées US (SouthCom), au cours d’une séance du Comité du Sénat pour la Défense : en effet, “...l’armée bolivarienne est structurée de façon horizontale, avec environ deux mille généraux qui commandent et contrôlent les différents secteurs de la défense territoriale…”.

De même, Galen Carpenter, analyste du conservateur “Cato Institute” et spécialiste de questions militaires internationales, rappelait dans une interview à “BBB News Mundo”, en soulignant les risques, que :”...Bien qu’il puisse exister des causes de division interne, il est certain que la plus grande partie des forces de l’armée bolivarienne se mobiliseront pour repousser l’invasion…”.

Cette question ne prend pas les officiers des FANB au dépourvu. En effet, en 2018, le général vénézuélien Jacinto Pérez Arcay (4) présenta à l’État-Major des FANB et au président Maduro lui-même, aussitôt après la décision du gouvernement bolivarien de remplacer le dollar par le yuan chinois dans les opérations de vente de pétrole, une étude détaillée sur les possibles opérations du SOUTHCOM pour ouvrir la voie à l’invasion terrestre des troupes US.

Toujours selon le général Jacinto Pérez Arcay et d’autres sources du renseignement militaire des FANB, “la première opération guerrière du Southcom serait une attaque chirurgicale avec des avions et des missiles contre les bases aériennes de Palo Negro et de Barcelona et contre la base navale de Puerto Cabello”.

Selon le chef du Pentagone, le général Jim Mattis, pour enclencher la dissolution de l’organisation de l’armée vénézuélienne et donc favoriser l’arrivée éventuelle des marines US dans le but de pacifier et non de combattre, l’attaque aérienne chirurgicale devrait être réalisée sur tous les objectifs militaires du Venezuela et sans subir aucune perte. En effet, pour le général Mattis, la dissolution organique des FANB a toujours été la condition “sine qua non” pour réaliser en peu de temps et sans pertes graves l’invasion du Venezuela dans le but d’instaurer un nouveau gouvernement. C’est pourquoi le chef du Pentagone a toujours averti le président Donald Trump que “…Sans cette condition, l’attaque pourrait devenir une aventure tragique”.

Le général Mattis a maintes fois répété ce raisonnement au président Donald Trump, lui rappelant aussi que, sans la participation, et surtout sans la logistique de l’armée brésilienne et de l’armée colombienne, l’implication des “marines” au Venezuela s’avèrerait extrêmement risquée. Selon certains analystes, cette position a été l’une des causes de son éviction, par Trump, du poste de Secrétaire à la Défense. Il est à souligner que les généraux H. R. McMaster, John Kelly et Michael Flynn, tous engagés puis licenciés par le président, ont eux aussi eu de véritables différends avec Donald Trump à cause des problématiques politiques et militaires liées à la question vénézuélienne.

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La guerre entre les mains de la CIA

Par conséquent, Mike Pompeo – l’éminence grise du gouvernement Trump -, a pu, sans l’avis déterminant des généraux, confier à la CIA la responsabilité absolue de la planification et de la réalisation de toutes les opérations subversives nécessaires pour provoquer une crise profonde et destructrice au Venezuela, susceptible de détruire la capacité de résistance du gouvernement de NIcolas Maduro.

Dans cette optique, et après avoir reçu l’appui ouvert de nombreux pays “démocratiques” de l’Union Européenne, le gouvernement Trump a triplé le soi-disant “fonds pour le rétablissement de la démocratie au Venezuela”, qui dépasse maintenant les 120 millions de dollars. A ce chiffre, il faut ajouter les fonds pour les “opérations top secret” de la CIA au Venezuela qui, selon certaines indiscrétions, sont estimés à 800 millions de dollars pour la seule année en cours. C’est donc sur cette base que la CIA a pu renforcer la collaboration avec les services secrets brésiliens et colombiens et avec les secteurs du renseignement militaire brésilien et de la Colombie, et qu’on peut comprendre ce qui se passe au Venezuela. En effet, pour les analystes de Langley, il est important de savoir jusqu’à quel point les différents secteurs de l’opposition sont encore crédibles, quels types de mobilisation ils seraient capables de réaliser et si sont réunies les conditions et la capacité pour créer un “foyer subversif urbain” dans les principales villes vénézuéliennes, au même moment où les groupes paramilitaires mettraient sur pied un “foyer subversif rural” dans les régions    frontalières  de la Colombie.

La division au sein de l’opposition après l’aventure de Juan Guaido et l’inactivité des partis d’opposition qui en découle ont poussé la CIA à recourir à l’action du terrorisme cybernétique, seul élément de conflictualité qui reste actif dans cette guerre hybride, de plus en plus isolée en termes politiques, même en ce qui concerne la classe moyenne.

Malheureusement, dans ces trente derniers jours, le terrorisme cybernétique a causé des dommages sérieux à l’économie, avec divers sabotages sur les lignes de transmission et sur les centres de distribution d’énergie électrique. De fait, le 7 mars a eu lieu le premier black-out national, qui a duré 60 heures, paralysant tous les réseaux informatiques du pays. Ces sabotages n’ont toutefois pas réduit la confiance à l’égard du gouvernement dans la plus grande partie de la population. Au contraire, les black-out ont provoqué un plus grand discrédit des partis de l’opposition vénézuélienne, surtout de ceux qui soutiennent la nécessité d’un changement politique immédiat utilisant toutes les formes de lutte, y compris les formes violentes. C’est pour cette raison, et pour masquer l’échec politique, que le président Trump et l’éminence grise des Néocons (5), Mike Pompeo, se sont remis à brandir le drapeau de la solution militaire, stimulant la guerre psychologique des médias, et dans l’espoir d’une résurrection de l’opposition.

Arrivés là, la conjoncture politique qui s’est formée au Venezuela pose trois questions : 1) Pourquoi le président Donald Trump et le groupe des Néocons, tout en sachant que l’opposition est pratiquement délégitimée, persistent-ils à vouloir renverser de façon urgente et à tout prix le gouvernement de Nicolas Maduro ? 2) pourquoi Mike Pompeo a-t-il estimé “intéressant” le projet subversif mis en forme par la CIA (destruction économique progressive du Venezuela) ? 3) Pourquoi John Bolton a-t-il mis au placard l’avis des généraux du Pentagone, selon lequel le développement des actions subversives renforcerait la position de Maduro et le rôle de l’armée bolivarienne, annulant la mission pacificatrice des marines US et la possibilité de “rétablir la démocratie” sans coup férir ?

Pour répondre à ces questions, il faut recourir aux analyses de quelques experts politiques, spécialisés en “géostratégie des blocs dominants” – en particulier celles du professeur brésilien José Luis Da Costa Fiori (6) qui publiait, en août 2018, un article où il analysait le nouveau rôle de ce qu’on appelle “Guerre Hybride” comme une partie intégrante de la politique géostratégique du gouvernement de Donald Trump, comprise comme une tentative extrême pour imposer le contrôle US sur tous les États du continent latino-américain au moyen d’une guerre de basse intensité.

En effet, pour le professeur Fiori, le terme de “Guerre Hybride” identifie l’évolution de la traditionnelle solution militaire (bombardement et invasion des marines) et de la classique tentative de coup d’État militaire avec une “Guerre de Quatrième Génération”, dans laquelle le Département d’Etat, la CIA et la Maison Blanche articulent dans un même temps une série d’attaques (économiques, juridiques, financières, diplomatiques, médiatiques, politiques, psychologiques, subversives et cybernétiques), ayant pour objectif de déstabiliser le gouvernement de Nicolas Maduro, de démobiliser le mouvement chaviste et, surtout, de désarticuler les forces armées bolivariennes.

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L’urgence d’une “Guerre Hybride”

L’élément clé de cette “Guerre Hybride” est l’urgence du gouvernement impérialiste de Donald Trump dans la volonté de mettre en route “à tout prix” les complexes et multiples éléments subversifs de cette “guerre de basse intensité”, où l’objectif principal serait d’obtenir une rébellion populaire en apparence spontanée, susceptible d’intégrer les principales branches de l’armée et les secteurs ouvriers les plus dynamiques des entreprises énergétiques et pétrolières d’État.

Ainsi, si nous considérons que ce qu’on peut appeler la “complexe multiplicité subversive” doit suivre son rythme pour se consolider dans le contexte politico-institutionnel vénézuélien, il est évident qu’elle ne peut être improvisée et tout aussi peu accélérée. L’exemple le plus évident en a été l’échec de l’”Operación Constitución”.

De fait, le gouvernement de Donald Trump, après que le gouvernement bolivarien a réussi à contourner une grande partie des sanctions financières, a, de façon opportuniste, joué la carte du “président par intérim”, en espérant que l’opposition serait capable de réaliser une “révolution de couleur” qui lui permettrait d’imposer un nouveau gouvernement totalement dépendant de la Maison Blanche et des multinationales. En fait, la CIA, le Département d’État et la Maison Blanche ont cherché à réaliser une deuxième “Opération Maïdan” au sud de l’équateur.

L’échec de ce projet rend de plus en plus vives les critiques des industriels US du pétrole liés à Rex Tillerson, dirigeant de la multinationale Chevron, lui aussi engagé puis licencié sèchement par le président Trump. En effet, la mauvaise humeur des entreprises pétrolières US est due au fait que, sans les 1.300.000 barils de pétrole vénézuélien, elles sont maintenant obligées de l’importer d’Arabie Saoudite à des prix plus élevés, alors qu’avant les sanctions décrétées par Trump contre la PDVSA, toutes les raffineries du Texas utilisaient du pétrole du Venezuela.

D’autre part, les sanctions de Trump n’ont pas paralysé la production de la PDVSA, car l’OPEP a fixé de nouveaux quotas de production à des prix plus élevés, et la Chine et l’Inde ont immédiatement signé de nouveaux contrats d’acquisition avec la PDVSA, achetant toutes les quantités de pétrole qui étaient auparavant destinées aux USA à travers l’entreprise CITGO Petroleum Corporation. Il faut souligner que les nouveaux contrats de la PDVSA n’ont pas été rédigés en dollars, mais en yuans, c’est-à-dire la monnaie chinoise qu’utilisent actuellement la Russie, la Chine et l’Inde dans leurs échanges commerciaux bilatéraux.

L’utilisation du yuan, comme aussi de la crypto-monnaie créée par le gouvernement bolivarien, est, en réalité, la vraie raison de l’urgence géostratégique de la Maison Blanche dans sa volonté de déstabilisation du gouvernement de Nicolas Maduro qui, avec ce type de transactions commerciales, contribue à affaiblir le pouvoir du dollar sur le marché financier mondial.

Il est nécessaire de rappeler que la guerre d’agression des USA contre l’Irak, tout comme celle contre la Libye, éclatèrent quand Saddam Hussein, puis Kadhafi, tentèrent de sortir de la zone du dollar en vendant leurs titres de la dette US pour acheter de l’or, de l’argent, des diamants, de façon à utiliser ensuite l’euro comme monnaie de base dans la vente du pétrole et du gaz.

Ici, il ne faut pas oublier que, quinze jours avant l’attaque “humanitaire” contre la Libye par les avions de l’OTAN, la Banque d’Angleterre avait fait main basse sur la réserve d’or de la Libye, empêchant le président Kadhafi de procéder à son transfert auprès de la Banque Centrale de Tripoli. C’est peut-être un hasard, mais le gouvernement vénézuélien aussi a subi la même “expropriation” de la part de la Banque d’Angleterre, quand le président Maduro a sollicité le rapatriement de la réserve d’or du Venezuela, déposée dans cette banque depuis les années 70.

La dernière justification de l’urgence de la “Guerre Hybride” concerne la tentative des USA de mettre fin à la présence des entreprises chinoises et indiennes au Venezuela, qui garantissent à l’État bolivarien de nouvelles formes de richesse par l’exploitation de nombreux gisements miniers, en particulier ceux de coltan et d’or (8), et la réalisation de grands projets d’infrastructures.

Cette présence, surtout la chinoise, est considérée par la Maison Blanche comme un péril, car ses entreprises alimentent dans toute l’Amérique Latine la possibilité d’une alternative aux règles rigides imposées par le FMI et les multinationales US et européennes, outre le fait qu’elles présentent d’heureuses solutions technologiques qui rompent l’hégémonie des conglomérats de Wall Street.

Ce contexte nous fait découvrir une deuxième coïncidence, avec le Nicaragua cette fois, alors que les entreprises chinoises auraient dû commencer les travaux pour la réalisation d’un second canal qui unira l’Océan Atlantique avec le Pacifique. Au Nicaragua aussi, comme au Venezuela, l’opposition a engagé la contestation du gouvernement de Daniel Ortega, réclamant à tout prix son renoncement au nom du prétendu “changement démocratique”.

Résistance et préparation au combat des FANB

La grande réforme géostratégique et la restructuration du système de défense nationale que la président Hugo Chavez avait lancées, tout de suite après le coup d’État avorté de 2002, fut considérée par tous les gouvernements qui se sont succédé à la Maison Blanche comme un véritable acte de guerre. Le renforcement des forces armées vénézuéliennes, voulu et coordonné par le Commandant Chavez lui-même, inaugura une conflictualité progressive, que le gouvernement des USA a accentuée ces dix dernières années. Cette conflictualité d’abord latente s’est transformée avec le gouvernement de Trump en une guerre silencieuse de basse intensité.

Cependant, la principale raison du conflit qui a poussé les généraux du Pentagone à considérer l’État bolivarien comme “irrécupérable, à l’instar de Cuba” est de nature non seulement militaire, mais stratégique. En effet, les nouveaux concepts de défense territoriale et les nouveaux mécanismes d’organisation militaire que le président Hugo Chavez a introduits dans les forces armées vénézuéliennes ont effacé à une vitesse vertigineuse les méthodes d’organisation et les concepts théoriques importés des académies militaires US. Il faut rappeler que, dans les années soixante, l’armée vénézuélienne était considérée comme la pupille du Pentagone, présentée comme le modèle à suivre par toutes les armées du continent sud-américain.

Néanmoins, le Commandant Chavez – suivant en cela l’expérience des FAR cubaines – modifia non seulement les fondements théoriques, mais toute la structure du système de défense, investissant plusieurs milliards de dollars pour acheter de nouvelles armes technologiquement plus avancées, et doter toutes les unités, y compris les formations des “Milicias”, d’un système de communications de dernière génération. Matériel guerrier produit par les entreprises russes qui, tout de suite après la fin de la Guerre Froide, ont dépassé l’efficacité guerrière de nombreuses industries militaires des USA ou des pays de l’Union Européenne. C’est le cas des chasseurs bombardiers Soukhoï et surtout du système de Radars et Missiles de Défense Aérienne S-300VM, produit par l’entreprise russe Antey-Almaz.

L’élément le plus important de la réforme géostratégique et militaire de Chavez n’est pas seulement l’introduction de nouvelles armes technologiquement avancées mais, surtout, la structuration du potentiel guerrier dans les nouvelles lignes de défense tracées dans le pays. En outre, la grande innovation fut la création du Commandement de Défense Aérospatiale (CODAI), branche opérationnelle de la défense, subordonnée, en ligne directe, au Commandement Stratégique Opérationnel (CEOFANB), dont le siège est à Caracas.

Ainsi, avec l’application d’une nouvelle conception de défense territoriale, comprise comme élément fondamental de l’alliance politique des forces armées avec le peuple, il a été effectivement facile de transformer l’ancienne armée – qui dépendait des intentions despotiques des oligarchies -, en une véritable armée populaire, mobilisée en permanence pour défendre la souveraineté et la légitimité du gouvernement bolivarien.

Ce nouvel état de choses a permis la rapide croissance, intellectuelle et politique, du corps des officiers et des conscrits, promouvant la formation d’une “Milice Nationale Bolivarienne”, parfaitement armée et organisée pour intégrer le système de défense territoriale nationale aux côtés des FANB.

Comme dans les FAR cubaines et dans toutes les armées nées pour défendre une perspective révolutionnaire, dans les FANB aussi, l’élément le plus caractéristique de son organisation et sa structure est, très certainement, une préparation politique au combat, qui transforme soldats et officiers en sujets politiques actifs et présents dans l’évolution du contexte social et économique du pays. C’est pourquoi tous les appels de l’opposition à une désertion de masse ou à l’exécution d’un coup d’État contre le gouvernement bolivarien de Nicolas Maduro ont échoué.

Cependant, l’élément qui a le plus irrité les généraux du Pentagone, c’est la décision du président Nicolas Maduro d’installer dans toutes les régions frontalières le Système de Défense Aérien S-300VM. Ainsi, toute tentative de pénétration dans l’espace aérien vénézuélien par des missiles, des avions-espions ou des chasseurs bombardiers est immédiatement repérée par les radars, qui ont une capacité de lecture efficace jusqu’à 10 000 mètres d’altitude et 300 km de distance. Tout ennemi qui tente de violer l’espace aérien vénézuélien sans autorisation est abattu par le système de défense anti-aérienne, qui est constitué de cinq lignes de feu : 1) des canons antiaériens de 20 et 40 mm ; 2) des missiles portatifs MANPADS Igla5 d’un rayon d’action de 5000 m ; 3) des missiles S-125 PECHORA 2M d’un rayon d’action de 20 000 m ; 4) des missiles BUK-2ME d’un rayon d’action de 30 000 m.

Ce contexte a toujours été présent dans les difficiles réunions des généraux Jim Mattis et John Kelly avec Donald Trump et Mike Pompeo sur la nécessité d’effectuer un “bombardement chirurgical” pour détruire les objectifs stratégiques du Venezuela. En effet, n’ayant pas de notions de technologie militaire, Donald Trump et Mike Pompeo n’ont jamais compris qu’avec la création par le CODAI vénézuélien (Commandement de Défense Aérospatiale Intégrale) d’une efficace zone d’exclusion aérienne (NOTAM AO 160/19), il était extrêmement risqué de réaliser des missions de bombardement aérien .En effet, tout l’espace aérien vénézuélien se trouve protégé par les missiles S-300VM, y compris l’espace aérien maritime qui s’étend jusqu’aux îles de Curaçao, Aruba et Bonaire.

En fait, les radars vénézuéliens contrôlent parfaitement l’activité aérienne à plus de 100 km de leurs frontières – en particulier les espaces aériens de la région colombienne de Cucuta et de la région brésilienne de Pacaraima qui, selon le plan subversif “Operación Constitución”, devaient être le point de départ de l’invasion rêvée par les USA qui se cachait sous le masque de l’envoi de produits alimentaires.

En pratique, le président Nicolas Maduro, suivant l’orientation de Hugo Chavez, a complété l’installation des batteries de missiles S-300VM dans tout le pays, protégeant tout l’espace aérien du Venezuela par un véritable parapluie armé de missiles anti-aériens, guidé par de puissants radars russes, capables d’annuler jusqu’à 300 km toute espèce d’interférence électronique.

Dans cette situation, vu l’impossibilité d’organiser une insurrection populaire, et comme un coup d’État est impraticable, et un impeachment contre le président Nicolas Maduro irréalisable, les hommes de la CIA cherchent à épuiser et délégitimer le gouvernement bolivarien par les sabotages cybernétiques (9), qui sont le dernier chapitre de la guerre hybride inventée par Mike Pompeo et Donald Trump.

Notes

1- Le 1er février, les unités spéciales de l’Armée et du SEBIN capturaient sur l’autoroute José Antonio Paez les deux premiers commandants autoproclamés de la naissante “ ELV”, les colonels en retraite Oswaldo Garcia Palomo et José Acevedo Montonés. Par la suite étaient capturés les deux autres “commandants”, Antonio José Labichele Barrios et Alberto José Salazar Cabana.

2-Le 4 février, le Président US réaffirmait, dans une interview sur CNN “…la volonté de la Maison Blanche de renverser le “dictateur vénézuélien” même par une solution militaire… “.

3-Le “Groupe de Lima” a été constitué au sein de l’OEA (Organisation des États Américains) pour isoler diplomatiquement le gouvernement bolivarien et appuyer la stratégie subversive de l’opposition.

4-Le Général Jacinto Pérez Arcay exerce la fonction de Chef d’État-Major du Commandement des Forces Armées Nationales Bolivariennes.

5-Les Néocons (Nouveaux Conservateurs) sont le groupe créé au sein du parti Républicain par Mike Pompeo et John Bolton, qui a toujours soutenu Donald Trump.

6-José Luis Da Costa Fiori est un universitaire brésilien spécialisé en macro-économie politique internationale, qui a été analyste de BID (Banque Internationale pour le Développement) pour ensuite enseigner pendant deux ans (2005/2006) à l’Université de Cambridge.

7-Opération Maïdan est le nom de code du projet subversif que la CIA et le Département d’Etat ont utilisé pour renverser le gouvernement de l’Ukraine.

8_ La Banque Centrale russe a été le principal acquéreur mondial d’or en 2018. Plus précisément, elle a vendu tous les titres d’État US qu’elle avait dans son bilan, acquérant en même temps 274,3 tonnes d’or. La Fédération Russe est ainsi devenue le cinquième possesseur d’or mondial, après les USA, l’Allemagne, la France et l’Italie.

9_ Le jeudi 7 mars, le Venezuela a été la cible d’une série d’attaques cybernétiques sur le système de contrôle de la centrale hydroélectrique d’El Guri. Après le black-out, une nouvelle attaque a été organisée contre le pays, cette fois dans les structures de la région pétrolifère de l’Orénoque, la plus grande réserve de brut de la planète. Le gouvernement bolivarien a dit que ce sabotage a été effectué grâce à une technologie que seul le gouvernement des USA détient, pour provoquer un black-out dans tout le pays.

Achille Lollo

Original: La “Guerra Ibrida” della CIA contro il Venezuela

Traduit par Rosa Llorens

Edité par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source: Tlaxcala, le 10 avril 2019

Traductions disponibles: English  Português/Galego