Pas un mot sur le Sahara Occidental occupé : la visite décevante au Maroc du pape François, « serviteur de l’espérance »

Le Pape a parlé de « barrières » pour les migrants, mais n’a pas fait allusion aux droits humains, aux prisonniers politiques ou au mur miné de 2700 kilomètres de long qui divise le Sahara occidental.

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Mars au Sahara : persécution de la journaliste Nazha El Khalidi, harcèlement du prisonnier politique Sidi Abdallah Abbahah, expulsion de la militante Carmen López Permuy, répression des manifestations…

Le Pape a parlé de « barrières » pour les migrants, mais n’a pas fait allusion aux droits humains, aux prisonniers politiques ou au mur miné de 2700 kilomètres de long qui divise le Sahara occidental.

Le pontife espère que le Maroc continuera à être un « exemple d’humanité » pour les migrants et les réfugiés.

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Ils attendaient un geste du Pape François lors de sa visite au Maroc en tant que « serviteur de l’espérance », mais il n’y en a pas eu ; ils ont demandé la médiation du pontife et ils ne l’ont pas vue venir.

Les organisations de la société civile sahraouie et de solidarité avec le peuple sahraoui ont dénoncé auprès du chef de l’Eglise catholique l’oppression vécue au Sahara Occidental occupé par le Maroc depuis 43 ans, où les droits humains sont quotidiennement violés, les ressources naturelles pillées et le référendum d’autodétermination convenu en 1991 interdit. Ils l’ ont dit à celui qui, lors d’une conférence internationale en décembre 2018, avait déclaré que ceux qui ont des responsabilités institutionnelles devraient placer les droits humains au centre de toutes les politiques, même si cela signifie aller à contre-courant.

Mais dans les interventions publiques du chef de l’Etat de la Cité du Vatican à Rabat les 30 et 31 mars – devant le peuple et les autorités marocaines, lors d’une rencontre avec des migrants, dans une autre avec des prêtres et des religieux et dans l’homélie d’une messe pour 10 000 personnes -, il n’y a eu aucune référence expresse aux droits humains, dont la violation au Sahara occidental a été dénoncée par les principales organisations internationales de ce secteur, ni aux cinquante prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines (ni aux Marocains), ni à l’usurpation des ressources naturelles sahraouies, bref à la persécution subie par le peuple sahraoui depuis l’invasion de l’ex-colonie espagnole par l’armée marocaine et la fuite de milliers de Sahraouis dans le désert, bombardés de napalm et de phosphore blanc.

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Le Maroc, « exemple d’humanité »

Le chef de l’Eglise catholique a eu dans ses discours des propos qui semblaient faire référence à la situation de la population sahraouie, une partie persécutée dans les territoires occupés et l’autre réfugiée dans des camps du désert algérien. Mais ce n’était pas le cas. Il a appelé à « un dialogue qui respecte les richesses et les particularités de chaque peuple et de chaque personne », exprimant la nécessité de passer « de la simple tolérance au respect et à l’estime des autres ». En revanche, le pontife est allé jusqu’à exprimer son espoir que le Maroc  » veuille continuer à être, dans la communauté internationale, un exemple d’humanité pour les migrants et les réfugiés » (sic).

À propos de ceux-ci, les migranst et réfugiés, il a dit qu’il sont « au centre du cœur de l’Église » et que tous ont droit à la vie et au futur ; Il a encouragé les prêtres et les religieux à être proches des « petits et des pauvres, des prisonniers et des migrants », à contribuer « au service de la justice et de la paix », et à accompagner « les personnes âgées, faibles, handicapées et opprimées »

Cependant, le pape François, photographié l’été dernier au Vatican avec un groupe d’enfants des camps de réfugiés sahraouis, qu’il avait qualifiés d' »ambassadeurs sahraouis de la paix », n’a jamais évoqué la situation du peuple sahraoui sous le régime marocain, qui, comme le lui ont dit les organisations pro-sahraouies,  » est entretenue par la répression permanente des forces militaires et policières, ce qui génère toutes sortes d’injustices, d’abus et de représailles, et qui fait de cette occupation une attaque continue contre les droits humains, provoquant peur et haine ». Et elles l’ont demandé « à quelqu’un qui sait qu’on ne peut pas fermer les yeux quand il y a injustice ».

Parlant d’immigrants et de réfugiés, le Pape a déclaré que c’est un phénomène qui « ne trouvera jamais de solution dans la construction de barrières », ce à quoi le site ouèbe El Confidencial Saharaui a répondu que le Pape a ignoré le mur de la honte du Maroc, une barrière militaire avec un remblai et plus de 7 millions de mines antipersonnel et antichar qui tue les civils sahraouis. « Le Pape ne sait-il pas que le peuple sahraoui est divisé par cette barrière depuis 43 ans ? », interroge le site.

Le cas des murs a été évoqué avec le pape par Jordi Evole sur la sixième chaîne de télévision, dans une interview enregistrée avant le voyage mais diffusée la nuit du 31, et le pontife a dit que  » celui qui construit un mur finit par être prisonnier du mur qu’il construit « .

À la fin du voyage et lors d’une conférence de presse sur le vol de retour à Rome, le Pape a reparlé des murs et a dit ressentir de la douleur quand il voit des gens « qui préfèrent construire des murs ».

Dans l’avion, il a également fait référence à la torture, disant avoir vu un film sur une prison de réfugiés « qui fait souffrir » : « Les femmes et les enfants sont vendus, les hommes restent. Et les tortures que vous y voyez filmées ne sont pas croyables ».

Le Pape a été entendu dire deux mots sur lesquels les organisations pro-sahraouies avaient insisté dans leur lettre et qu’il n’a pas prononcés dans les discours publics, Droits humains, mais en les mettant dans la bouche d’un autre : « Une fois que j’ai parlé à un dirigeant, un homme que je respecte, et je vais dire son nom, avec Alexis Tsipras (Premier ministre grec) et parlant de cela et des accords pour ne pas les laisser entrer, il m’a expliqué les difficultés mais, finalement il m’a parlé avec son cœur et m’a dit dit cette phrase : ‘Les droits humains viennent avant les accords’. Cette phrase mérite le prix Nobel », a-t-il dit.

Et les droits humains, c’est ce qu’il n’y a pas dans les territoires occupés du Sahara Occidental, où ils sont violés pratiquement quotidiennement, ainsi que dans les villes du sud du Maroc à population sahraouie et dans les prisons marocaines où se trouvent des prisonniers politiques sahraouis .

Alfonso Lafarga

Original: Ni una palabra sobre Sahara occidental ocupado: la visita decepcionante a Marruecos del papa Francisco, “servidor de esperanza”

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source: Tlaxcala, le 2 avril 2019