Soudan : le grondement de colère de la jeunesse

La fin de cette époque aura clos l’expérience la plus ratée d’un pouvoir de Frères musulmans dans le monde arabe.

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Cette insurrection dont les médias parlent si peu · Voilà un mois que le Soudan est en insurrection, et la jeunesse est en première ligne. Elle se révolte contre un régime militaire en place depuis trente ans et dont la faillite est totale sur les plans économique, social et politique. Pourtant, ce mouvement, similaire à celui qui a saisi le monde arabe à l’hiver 2010-2011 rencontre peu d’échos à l’étranger.

23 décembre 2018 : rassemblement d’exilés soudanais à Paris, en solidarité avec le soulèvement au Soudan. Photo Sara Creta

Le 25 décembre 2018 au matin, dans la province d’Al-Jazira, proche de la capitale Khartoum, le cortège présidentiel d’Omar Al-Bachir, voitures sombres aux vitres fumées, fonce à toute allure sur la route. Il vient d’être interpellé sur son passage par un groupe de femmes qui crient : « Dégage ! Dégage ! », tandis que plusieurs jeunes clament : « Liberté, paix, justice » et : « La révolution est le choix du peuple ».

L’instant marque un basculement dans la vie du Soudan. La terre semble soudain se dérober sous les pieds du chef de l’État. Il entend pour la première fois depuis son coup d’État de juin 1989, et de la manière la plus directe et la plus claire qui soit, la voix de son peuple s’exprimer à travers ces femmes et ces jeunes. Et cette voix est une alerte suffisante pour que le président quitte précipitamment le lieu de la cérémonie à laquelle il assistait, pour rejoindre la capitale… où la situation n’est guère préférable à celle qui prévaut dans les 25 autres villes où le peuple se rebellait contre le pouvoir dans une saisissante simultanéité.

« Ta chute ! Rien d’autre ! »

Chaque jour qui passe renforce la conviction des Soudanais : la page Omar Al-Bachir est en train d’être tournée. Le président n’a plus devant lui tout le champ du possible qu’il a sillonné pendant trois décennies, jusqu’à la veille du soulèvement, le 19 décembre 2018. Un grondement de colère semblable à un tremblement de terre a saisi les villes du pays, grandes ou petites, faisant retentir à l’unisson la même clameur : « Dégage ! Dégage ! » Avec le temps, non seulement le mur de la peur semble s’être effondré, mais la peur elle-même a changé de camp, atteignant les forces du régime qui laissent désormais paraître leur désarroi et commettent de faux pas. L’audace des rassemblements en est galvanisée.

La rue s’organise désormais, dans une résolution sans faille, pour renverser le pouvoir. Les promesses de réformes du président n’y font plus rien, pas plus que les accusations portées contre les traîtres à la nation, les saboteurs et autres agents provocateurs. Le peuple a résumé sa détermination par une expression adressée au président Al-Bachir qui en dit long et qui a fait le tour du pays : « Ta chute ! Rien d’autre ! » Autrement dit, en finir avec trente ans d’un pouvoir autocratique des plus sanguinaires, des plus destructeurs et des plus douloureux de l’histoire du pays, avec des guerres meurtrières dans trois régions, le Darfour, le Kordofan du Sud et le sud du Nil Bleu. La fin de cette époque aura clos l’expérience la plus ratée d’un pouvoir de Frères musulmans dans le monde arabe.

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Tarek El Sheikh طارق الشيخ

Original: السودان : هدير الغضب الشبابي
Traductions disponibles : فارسی 

Source: Tlaxcala, le / février 2019