Deux présidents et ¼
Maduro,Trump et Macron

L’Union européenne, son unanimité brisée, fait un pas de plus vers sa disparition. Certains agissent en tant que disciples de l’empire, d’autres calculent, se protègent.

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L’Union européenne, son unanimité brisée, fait un pas de plus vers sa disparition. Certains agissent en tant que disciples de l’empire, d’autres calculent, se protègent. Ainsi, Emmanuel Macron a décidé, dans l’isolement de son bureau, de reconnaître une marionnette télécommandée depuis Washington : Juan Guaidó. Pour ce faire, il a trouvé une jurisprudence dans l’Histoire de France elle-même. Dans ses heures les plus noires.

Ainsi, l’adolescent attardé qui tient lieu de chef d’État français a reconnu Juan Guaidó comme le président légitime du Venezuela. Putain de merde. 

La France en Marche était un magazine de propagande cinématographique bimensuel, projeté entre 1940 et 1942, pour promouvoir la Révolution nationale – « Travail, famille, patrie » – du Maréchal Pétain.

La République en Marche est le nom du « parti » macroniste

La vision particulière qu’Emmanuel Macron a de l’Histoire de France lui offre au moins un précédent en or massif, une jurisprudence aléatoire qu’il s’empresse de faire sienne avec la facilité de celui qui a fait ses armes professionnelles dans une banque qui a financé une bonne partie de l’aventure colonialiste française.

Le 16 juin 1940, alors que le territoire de la République est envahi par la Wehrmacht et qu’il est submergé par la pression des « pacifistes » qui rêvent de mettre fin à la guerre contre l’Allemagne hitlérienne et de se mettent sous sa coupe, le président de la République Albert Lebrun désigne Philippe Pétain comme président du Conseil chargé de former un gouvernement.

Pétain, brûlant d’impatience, nomme un cabinet aussi réduit que  » pacifiste « , si l’on accepte que dans ce cas  » pacifiste  » est synonyme de défaitiste. L’illusion de  » l’unité nationale  » a été entretenue par deux ministres socialistes, André Février et Albert Rivière, ce dernier ministre des Colonies, comme on le lit, on a la faiblesse de penser que  » socialiste  » et  » Colonies  » sont antonymes, ou au mieux constituent un oxymore, mais l’Histoire nous prouve que non.

Pétain s’empresse d’annoncer : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. » Unilatéralement, provoquant une débâcle encore plus grande : les Allemands prirent plaisir à faire prisonnières les forces françaises, car eux n’avaient pas cessé le combat. La gaffe de Pétain fut si désastreuse qu’à la demande de l’Etat-major général, une correction absurde au message de Pétain fut diffusée, invitant les troupes françaises à « tenter de cesser le combat ». Des centaines de milliers de soldats français sont restés prisonniers en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre en 1945.

En mai 1940, la Chambre des députés avait achevé son mandat et il était impossible d’organiser des élections. La question de la légitimité du pouvoir, dans un régime parlementaire, a commencé à se poser de manière aigüe. Pétain, avide de pouvoir total, cherchait un moyen de devenir chef de l’Etat. La Constitution en vigueur – article 8 de la loi constitutionnelle du 24 février 1875 – avait laissé le pouvoir constituant entre les mains du Parlement, même si ce pouvoir était sévèrement codifié et ne prévoyait pas que le Parlement le cède.

Néanmoins, entre le 8 et le 10 juillet 1940, le Parlement – en l’absence de 61 parlementaires communistes déchus de leur mandat en raison du Pacte Molotov – Ribbentrop -, de 27 députés et sénateurs embarqués sur le Massilia et arrêtés à Casablanca, et de 200 autres parlementaires qui ne purent accéder à Vichy – accepta d’abord de renoncer au pouvoir constituant, puis de transférer tous les pouvoirs à Pétain, qui devint ainsi plus « l’État c’est moi » que Louis XIV.

Le vote fut de 569 « oui », 80 « non » et 20 abstentions. Ainsi naquit le régime de Vichy, la  » révolution nationale  » fasciste, la collaboration avec le nazisme. L’illégalité de la manœuvre fait encore aujourd’hui l’objet de débats savants et sages érudits. La vérité, c’est que la France s’est réveillée avec…. deux présidents : Albert Lebrun et Philippe Pétain.

Dans ce cas, Pétain ne s’est pas autoproclamé, il a été proclamé par un Parlement qui n’avait pas compétence en la matière, et qui lui a même offert le pouvoir de nommer son successeur ! Le régime hitlérien s’est empressé de reconnaître le président proclamé et non élu.

Le président légitime, Albert Lebrun, n’a opposé aucune résistance et, sans démissionner de ses fonctions, s’est retiré paisiblement à Vizille, chez son gendre Jean Freysselinard, polytechnicien comme lui, directeur d’une entreprise de taille de pierre dans cette ville du Dauphiné.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, Albert Lebrun ose demander à Charles de Gaulle de le ramener à la présidence de la République. Dans ses Mémoires de guerre, le grand Charles évoque le rôle que Lebrun a joué dans l’effondrement de la République par ces paroles terribles :

« Au fond, comme chef de l’État, deux choses lui avaient manqué : qu’il fût un chef ; qu’il y eût un État ».

Voici, à mon modeste avis, le précédent, l’éminente jurisprudence qui guide le minuscule Emmanuel Macron. Il se croit en présence d’un Albert Lebrun, et il est tombé sur Maduro.

Macron suppose que Juan Guaidó est un homme providentiel – un  » sauveur  » – alors qu’il n’est même pas un Philippe Pétain, proclamé de l’intérieur, mais une sinistre marionnette activée de l’extérieur

La tâche confiée à Guaidó est semblable à celle que Pétain a accomplie : collaborer avec l’ennemi. Remettre à une puissance étrangère les combattants antifascistes comme Pétain l’a fait effectivement. Mettre la capacité productive du pays au service du pouvoir tout azimut de l’Empire, comme Pétain l’a fait pour favoriser Hitler. Établir un régime autoritaire et dictatorial sans contrepoids, une méthode qui facilite l’imposition d’un modèle économique prédateur.

Renault a fait fortune en fabriquant des chars de combat pour les nazis. Guaidó ne fabriquera rien, mais livrera le pétrole, comme d’autres ont livré le cuivre et le lithium.

Ce n’est pas pour rien que le programme politique et économique de la Résistance française a privilégié les droits des travailleurs et la reconstruction du patrimoine public.

Ce Guaidó compte avec la reconnaissance honteuse d’Emmanuel Macron, pathétique homme de main des desseins de son maître, les États-Unis d’Amérique.

Maduro et Trump…. deux présidents opposés et dissemblables.

Macron, juste ¼ de président pour du beurre….

Lebrun                                            Maduro

Luis Casado

Original: Dos presidentes y ¼
Maduro, Trump y Macron

Traduit par:    Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source: Tlaxcala, le 5 février 2019