Le Maroc et le Front Polisario renoueront le dialogue en décembre à Genève

« La réponse de l’Algérie », dit une source du Front Polisario, « revient en fait à dire au Maroc :  » Si vous voulez vraiment dialoguer, faisons-le sérieusement et avec tous les pays du Maghreb autour de la table ».

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Le Conseil de sécurité fait pression sur les parties pour qu’elles négocient et il renouvelle la mission de l’ONU au Sahara pour six mois.

Des représentants du Front Polisario et du Maroc s’assiéront les 5 et 6 décembre prochains à Genève pour une table -ronde parrainée par l’ONU à laquelle l’Algérie et la Mauritanie participeront également en tant que pays observateurs. Les derniers pourparlers entre le Maroc et le Front Polisario se sont tenus à Manhaset (USA) il y a six ans, en mars 2012.

Les membres du Conseil de sécurité votent sur la résolution prolongeant la MINURSO au Sahara occidental le 31 octobre à New York. Photo Loey Felipe /EFE

L’arrivée de l’actuel Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, et de son envoyé pour le Sahara, Horst Köhler, a donné un nouvel élan à une situation dans laquelle aucune des parties n’a changé de position. La République arabe sahraouie démocratique (RASD) appelle à un référendum d’autodétermination alors que Rabat rejette cette option et n’est disposée qu’à accorder plus d’autonomie à ce qu’elle considère comme ses « provinces du Sud ».

Le 31 octobre, le Conseil de sécurité a prolongé le mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) pour six mois, jusqu’en avril prochain. L’idée de raccourcir l’échéance de la mission, qui a été renouvelée chaque année jusqu’en avril dernier, vise à faire pression sur les parties pour qu’elles engagent des négociations. La résolution a été approuvée par 12 voix en faveur et abstentions de la Russie, de la Bolivie et de l’Ethiopie au plus haut niveau de l’ONU. Les USA, qui se sont fixé pour objectif de mettre fin au statu quo dans le conflit, sont le principal promoteur du raccourcissement de six mois du délai de renouvellement. Pour sa part, le Maroc et son principal soutien au Conseil de sécurité, la France, se sont prononcés en faveur d’une prolongation du renouvellement d’un an.

Cependant, chaque partie a vu quelque chose de positif dans la résolution de l’ONU. L’ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU, Omar Hilale, a souligné dans les médias locaux que, pour la première fois, une résolution du Conseil de sécurité a consacré l’Algérie comme  » l’élément principal du processus politique « . Le Maroc a toujours essayé d’inclure l’Algérie dans les négociations sur le Sahara occidental et le Front Polisario a toujours vu dans cet objectif une tentative de saper la légitimité de la République arabe sahraouie démocratique.

Sidi Omar, représentant du Front Polisario auprès de l’ONU, a commenté lors d’une conversation téléphonique depuis Washington : «  Nous n’attendons pas et ne pensons pas qu’un accord concret sera conclu en décembre prochain à Genève. Mais si nous parvenons à nous mettre d’accord sur un calendrier pour la prochaine rencontre, ce serait déjà un exploit en soi. Cela dépendra des thèmes et du calendrier proposés par l’Envoyé personnel Horst Köhler ».

Omar souligne que l’Allemand Köhler a été très actif dans l’ouverture des négociations. « Köhler nous a envoyé des lettres d’invitation pour la table-ronde en septembre. Le 2 octobre, le Maroc a accepté et le Front Polisario a accepté le lendemain. Ensuite, les deux pays voisins ont également accepté.

Le 9 novembre dernier, le Roi Mohamed VI a envoyé un message de dialogue à l’Algérie qui a surpris de nombreux Marocains. « Le Maroc est prêt à un dialogue direct et sincère avec l’Algérie sœur afin de surmonter les divergences temporelles et objectives qui entravent le développement des relations entre les deux pays », a déclaré le monarque dans son discours à l’occasion du 43ème anniversaire de la marche verte, avec laquelle le Sahara occidental est passé aux mains du Maroc.

L’invitation n’avait même pas reçu de réponse officielle de l’Etat algérien jusqu’à hier. Et la réponse était assez sceptique. Le ministère algérien des Affaires étrangères a publié un communiqué appelant l’Union du Maghreb arabe (UMA) à convoquer dès que possible une réunion des ministres des Affaires étrangères pour poursuivre la reconstruction de cet organe. L’UMA est pratiquement obsolète depuis 1989, date à laquelle les chefs d’État de l’Algérie, du Maroc, de la Libye, de la Tunisie et de la Mauritanie ont apposé leur signature pour fonder une entité dont l’objectif était la libre circulation des capitaux, des biens et des personnes entre les pays associés.

« La réponse de l’Algérie », dit une source du Front Polisario, « revient en fait à dire au Maroc :  » Si vous voulez vraiment dialoguer, faisons-le sérieusement et avec tous les pays du Maghreb autour de la table ».

Le Sahara occidental était une colonie espagnole jusqu’au retrait de l’armée espagnole en 1976. L’Espagne avait cédé l’administration des territoires au Maroc et à la Mauritanie un an plus tôt, sans le Front Polisario, un mouvement armé qui a fondé la République arabe sahraouie démocratique en 1976. La même année, des dizaines de milliers de Sahraouis se sont exilés dans des camps près de la ville algérienne de Tindouf. Depuis lors, le Front Polisario est entré en guerre contre la Mauritanie et le Maroc. Il a signé la paix avec la Mauritanie en 1979 et un cessez-le-feu avec le Maroc en 1991, lorsque la MINURSO a été créée.

Francisco Peregil

Original: Marruecos y el Frente Polisario volverán al diálogo en diciembre en Ginebra

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source: Tlaxcala, le 27 nombre 2018