Expulsés et abandonnés
La Banque mondiale abandonne le financement d’une centrale électrique au charbon controversée au Kosovo : les habitants de Hade dans l’incertitude

L’usine « Kosovo C », le premier grand projet énergétique de ce petit pays des Balkans depuis des décennies, a été condamné par les environnementalistes pour l’utilisation de lignite, une variété de charbon notoirement sale.

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Cette décision met fin au soutien de la Banque mondiale au charbon dans le monde entier, mais laisse également les villageois dans l’incertitude quant à leur sort, alors que le gouvernement du Kosovo s’engage à aller de l’avant avec la centrale électrique.

 KEK, la compagnie d’électricité publique du Kosovo, extrait du charbon près du village de Hade. Une veine de charbon de lignite sous les flancs ondulés des collines de Hade en fait une cible alors que KEK poursuit l’expansion de ses opérations minières. Photo Visar Kryeziu / Consortium international des journalistes d’investigation

La Banque mondiale a publiquement abandonné un projet controversé de centrale électrique au charbon de 500 mégawatts au Kosovo, qui faisait auparavant l’objet d’une enquête de l’ICIJ (Consortium international des journalistes d’investigation), mettant ainsi fin à son soutien au charbon dans le monde.

La banque défendait le projet depuis des années, malgré la colère suscitée par les effets de l’usine sur l’environnement et son impact sur les communautés locales.

Annonçant le changement de cap, le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a déclaré que la « décision très ferme » avait été prise parce que l’usine utiliserait du charbon plutôt que des énergies renouvelables maintenant moins chères.

En 2015, l’ICIJ avait rendu compte de l’impact du projet charbonnier sur la communauté voisine de Hade. (Lire Charbon et Banque mondiale, deux menaces pour un seul village au Kosovo)

Environ 1 000 villageois ont été déplacés pour faire place à l’exploitation minière et des milliers d’autres se sont opposés à l’expansion prévue du projet, selon l’ICIJ.

 

Technologie « Made in Germany » pour le lignite kosovar. Photo : Alessandro Alviani, École de reportage, Reutlingen

Des centaines de résidents déplacés de Hade ont été réinstallés dans des logements sociaux de qualité inférieure à celle de leurs anciens logements, en violation de la politique de la banque qui exige que les communautés déplacées soient réinstallées dans des conditions de vie égales ou meilleures.

Ces conclusions faisaient partie de l’enquête de l’ICIJ sur les personnes expulsées et abandonnées, qui a révélé qu’environ 3,4 millions de personnes ont été physiquement ou économiquement déplacées par des projets de développement financés par la Banque mondiale entre 2004 et 2013. Le projet a permis de constater que le bailleur n’appliquait souvent pas ses propres règles protégeant les communautés déplacées contre les abus et exigeant que les personnes déplacées soient correctement réinstallées.

On ne sait pas très bien comment le projet charbonnier du Kosovo se déroulera sans l’appui de la banque. La banque devait fournir des garanties partielles de risque qui faciliteraient les prêts au projet.

L’usine « Kosovo C », le premier grand projet énergétique de ce petit pays des Balkans depuis des décennies, a été condamné par les environnementalistes pour l’utilisation de lignite, une variété de charbon notoirement sale.

Lors de l’assemblée annuelle de la banque à Nusa Dua, en Indonésie, M. Kim a déclaré :  » Nous sommes tenus par nos statuts d’opter pour l’option la moins coûteuse, et les énergies renouvelables sont maintenant moins chères que le charbon « .

Le ministre kosovar de l’Énergie, Valdrin Lluka, a déclaré que son pays – qui lutte contre les pénuries d’électricité – poursuivrait ses projets de recherche d’autres sources de financement pour la centrale électrique.

Kosovo A, une centrale électrique alimentée au charbon, fournit une grande partie de l’électricité du pays. La Banque mondiale a aidé le gouvernement du Kosovo à planifier un projet de centrale au charbon qui remplacerait la centrale Kosovo A, construite dans les années 60. Les groupes environnementaux disent qu’une nouvelle centrale au charbon n’est pas la meilleure solution. Photo Visar Kryeziu / Consortium international des journalistes d’investigation

Le sort des communautés qui se trouvent sur le chemin du projet dépendra de son avancement et, dans l’affirmative, de la question de savoir si les prêteurs qui prennent la place de la Banque mondiale insistent sur une réinstallation adéquate, a déclaré Nezir Sinani, codirecteur du Bank Information Center Europe, un groupe de surveillance à but non lucratif. Sinani a dit que les villageois dans les logements sociaux n’ont pas vu d’amélioration dans leurs conditions.

« Rien n’a changé dans leur vie « , a dit Sinani. « C’est une situation plutôt désastreuse. »

M. Sinani a demandé à la Banque mondiale d’aider le gouvernement du Kosovo à élaborer une stratégie énergétique plus propre, qui inclue l’énergie éolienne et solaire, mette l’accent sur l’efficacité énergétique et favorise une meilleure intégration avec les réseaux électriques des pays voisins.

« Nous avons dit à la banque qu’elle devait trouver une solution rapide pour investir dans d’autres options plus propres « , a dit M. Sinani.

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Sasha Chavkin

Original: Villagers in limbo as World Bank abandons controversial Kosovo power plant

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source: Tlaxcala, le 20 octobre 2018